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dimanche 29 août 2010

"USA Today", sa réorganisation en "cercles de contenus", ses 130 emplois supprimés...

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L'appli iPad de USA Today - source image

La nouvelle est tombée hier soir: le groupe Gannett a décidé de restructurer un des principaux quotidiens nationaux américains, USA Today, en réorganisant ses services... et en sacrifiant du même coup 130 emplois, soit 9% de ses effectifs (1 500 salariés en tout). Rien que cela. Principal motif évoqué par le groupe de presse ? La nécessité d'amorcer le virage du numérique.

Anticipation sur les nouveaux revenus issus des abonnements via les applis

Le groupe Gannett justifie cette décision radicale par la nécessité de s'adapter à l'ère du numérique. Les lecteurs lisent de plus en plus les journaux sur le Web, mais aussi sur les smartphones, de plus en plus via des applications mobiles dédiées, dans la lignée des applis iPhone, ou encore sur des tablettes - l'iPad, et bientôt sur la myriade de tablettes concurrentes qui devraient être lancées à l'occasion des fêtes de fin d'année. Autant de sources potentielles de recettes par abonnement pour le groupe.

Certes, le journal papier constitue encore l'essentiel des revenus de USA Today. Mais plus pour longtemps, estiment ses dirigeants. "Nous nous concentrerons moins sur le papier et plus sur la production de contenus pour toutes les plateformes (Web, mobile, iPad et autres formats numériques)", précise-t-il dans le document interne que s'est procuré l'agence de presse AP, cité par la journaliste Marie-Catherine Beuth dans ce billet. D'ici fin septembre, le groupe doit d'ailleurs décider s'il rend ou pas son appli iPad payante.

En creux, USA Today souffre aussi d'un effondrement des ventes de son journal papier - d'où la nécessité de trouver de nouvelles formes d'abonnement. Mais aussi de rentrées publicitaires en berne - "il a ainsi vendu 520 pages de publicité au deuxième trimestre contre 602 l'année passée à la même période", d'après AP. D'où cet argument techno/numérique assez rassurant pour faire passer la pilule de 9% (!) de suppressions de postes.

Et en France?

Une problématique qui concerne aussi de très près les groupes de presse français, notamment les quotidiens. Alors que d'après mes informations, un des principaux quotidiens français a vu sa vente en kiosques chuter de 10% depuis le début de l'année...

En tous cas, tous les groupes de presse s'y préparent déjà. Les journalistes sont déjà amenés à écrire ponctuellement pour le site web de leur titre, en plus du journal papier. Cela entre déjà dans la pratique: pour diffuser des scoops, des news inédites, quitte à ce que cela constitue un avant-papier annonçant ce qui sera publié dans leur quotidien (ou leur hebdo, ou mensuel) - une chronologie des médias assez idéale. Ils se doivent d'adapter une "écriture web" adaptée, plus ramassée, et en pratiquant le journalisme de lien avec des liens hypertextes. Est-ce que l'on verra apparaître un jour des articles ou news écrites spécialement pour être diffusées sur les smartphones ou tablettes? Ce n'est pas impossible...

Comment va se concrétiser se passage à l'ère du journalisme bi-média en France ? En presse nationale comme en PQR, certaines rédactions ont commencé à amorcer le mouvement en lançant d'ambitieux plus de formations, pour que les journalistes papiers se familiarisent avec les nouveaux formats propres au web (écriture web, mais aussi vidéos, partage de l'info via des réseaux sociaux...). Comme par exemple le groupe Express-Roularta, qui a lancé il y a quelques mois un plan de formation destiné à l'ensemble de son personnel, avec l'organisme WAN-IFRA (et les journalistes-formateurs Cyrille Frank et Cédric Motte, qui dresse ce bilan de la formation qu'il vient de boucler au sein du Groupe Express).

Cela risque aussi de générer d'importantes réorganisations des rédactions. Pour l'instant, en France, il y a encore une séparation nette entre les rédactions web et papier. Au sien des rédactions web, l'organisation est claquée sur celle du print: les journalistes sont, chacun, chargés de suivre un secteur précis (économie, politique, culture, high-tech...).

Réorganisation autour de "pôles de contenus"

Mais la réorganisation annoncée par USA Today annonce peut-être un mode d'organisation futur: là, les journalistes (bi-média, s'entend) ne seront plus répartis entre 4 départements d'information (actualité, argent, vie pratique et sport). Mais seront dispatchés entre 13 "cercles de contenus" (sic), Votre vie, voyage, actualité brûlante, investigation, national, Washington/économie, international, technologies, environnement/sciences, divertissement, aviation, finances personnelles ou encore automobile). Ces "cercles" produiront des contenus aussi bien pour les supports numériques que le support papier, détaille Marie-Catherine Beuth. Chaque newsroom ainsi créée sera dirigée par un éditeur prochainement recruté, d'après AP.

On notera déjà la novlangue l'évolution sémantique, très en vogue - et incroyablement agaçante : les journalistes deviennent des "producteurs de contenus" destinés à différents "supports" (on ne parle plus de médias).

Le découpage des rubriques à couvrir est lui aussi surprenant, peut-être symptomatique des rubriques qui réalisent le plus d'audience sur les sites web (cela se vérifie en France sur certains sites d'infos généralistes ;): l'entertainment et le côté vie pratique sont privilégiés (cf "Votre vie", "voyage", "divertissement", automobile"...) au détriment de l'actu (on compte 5 rubriques "sérieuses"). On notera au passage l'apparition à USA Today d'éditeurs (sortes de chefs de rubriques 2.0), un nouveau métier qui commence aussi à apparaître dans certaines rédactions web françaises.

dimanche 25 avril 2010

La nouvelle mue de la "soucoupe" Owni, labo d'expérimentations journalistiques (et des modèles éco qui vont avec)

"Digital Journalism. Société, pouvoirs et cultures numériques". Le slogan est simple, avec une ouverture "sociétale" évidente, bien au-delà de la high tech. Cela faisait un certain temps que je voulais en parler, et justement, ils ont lancé ce vendredi la nouvelle version de leur site, (très agréable) choc esthétique, par lequel on comprend d'emblée que l'on ne se ballade pas sur un simple site d'infos.

Owni.fr est l'un des derniers-nés dans cette nouvelle génération de sites d'information apparus sur la Toile depuis 3 ans. Qui, fait notable, sont toujours là 3 ans après... Après Rue89, Bakchich.info, Mediapart, Arretsurimages.net (présentés alors comme relevant du "journalisme participatif... notion déjà démodée depuis), ''Slate'' France en 2009, Eco89 et E24.fr (dont je parlais ici) ainsi qu'ElectronLibre, Owni.info explore lui aussi, depuis un an, les voies du "journalisme digital". Comme d'autres, il tâtonne, expérimente des voies susceptibles d'être empruntées par le journalisme de demain.

Un autre pure player de la Toile, qui, lui, a pour particularité de mêler ses productions journalistiques, écrites/filmées par son équipe, à des billets de blogs repris ailleurs (dont les miens). D'ailleurs, il se réclame clairement du "journalisme de liens".

A l'origine de ce projet, Nicolas Voisin, blogueur, qui s'est notamment distingué avec le Politic'Show, une Web TV qui suivait les candidats à l'élection présidentielle.

Engagement, journalisme de liens

Ce site hybride, fort d’un réseau de multiples contributeurs (auteurs, professionnels, chercheurs, entrepreneurs,internautes actifs, journalistes... dont moi-même ;) est né en avril 2009 en France lors de la bataille contre la loi Hadopi, engagé pour les libertés numériques, et vise à faciliter un débat public constructif, critique et technophile.

A la Une en ce moment: une itw vidéo du groupe Hocus Pocus et sa vision d'Internet, une itw de Renée, 76 ans, amatrice éclairée d'Internet, un focus sur IlPost.it, premier pure player d'info de la péninsule italienne, un focus sur Prison Valley, le webdoc du moment, un outil malin pour débusquer les images photoshopées (pardon, retouchées)...

Hybride donc, il se veut à la fois "média, réseau social et plateforme de publication", et présente une sélection d'articles et billets (tous publiés sous licence Creative Commons, donc librement reproductibles sur la Toile) pour refléter ce qui fait débat sur l’évolution de la société numérique. Texto, "Owni est un media social collaboratif sur les cultures numériques et l'avenir de l'information en réseau. Un think thank à ciel ouvert auquel participent journalistes, blogueurs, entrepreneurs, étudiants et chercheurs. On y expérimente le digital journalism et on y pense le monde qui nous entoure sous un regard critique, constructif et technophile", explique son fondateur Nicolas Voisin.

En fait, plutôt qu'un média grand public, il faut y voir un laboratoire d'expérimentation pour initiés, qui reflète une multitude de points de vues émis par ses nombreux contributeurs. A vrai dire, sa ligne éditoriale (et même la maquette du site) rappelle furieusement ses lointains prédécesseurs du début des années 2000, comme (feus) Transfert, Newbiz, Futur(e)s, et les contemporains Technology Review et, bien sûr, the master ''Wired''.

Nouveau design épuré

La nouvelle version du site, en ligne depuis deux jours, renverse les codes esthétiques des sites webs d'infos. J'en avais eu un aperçu il y a une quinzaine de jours, en voyant les storyboards placardés aux murs des bureaux de l'équipe de journalistes et geeks passionnés d'Owni, Rue de Malte à Paris.

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Pas d'accumulation de titres et de colonnes, comme ont tendance à le faire beaucoup de sites d'infos, ici, la mise est épurée, moderne. Les quelques dernières publications sont mises en avant dans des carrés, un grand rectangle flashy, vers le bas de la page, permet de valoriser quelques best-of, avec des magnifiques illustrations, entre lesquels on peut naviguer à l'horizontale. Un site qui repose sur le scrolling, donc. En bas de page sont affichés les derniers commentaires.

Pour naviguer entre les pages, pas d'onglets, juste de discrètes notifications en haut de page ("aujourd'hui", "-1", "-2", "-3", "l'hebdo", "le mensuel", "date"); Pour naviguer par rubriques, idem, le minimalisme est de mise: il y a l'actu ("On air"), les articles comportant les tags Acta (pour mémoire, Owni a été créé en réaction au projet Hadopi), "Journalisme" (ie avant tout les nouvelles pratiques journalistiques), "LOL" (ouais, il faut bien un peu de déconne), et Twitter.

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Sur les pages des jours précédents, même chose, design très recherché avec des articles et billets mis en avant par un système de carrés, eu surimpression de photos ou dessins, et un header assez remarquable pour la page Le Mensuel. Une manière de distinguer cette page de l'actu immédiate plus mise en avant sur les pages quotidiennes, nourries par le flux des billets et articles des contributeurs.

Nouvel écosystème des médias

La question qui tue pour tous ces nouveaux médias, qui expérimentent de nouvelles manière de pratiquer le journalisme : où trouver l'argent ? La pub, discrète chez ses congénères, et carrément absente des pages de Owni.

Les autres cherchent des nouvelles recettes de financement : Rue89 propose des prestations de formation, Mediapart a misé sur un modèle semi-payant (il faut s'abonner pour accéder aux contenus les plus approfondis, comme les enquêtes et reportages), tout comme Arretsurimages...

Les media old school, pour leurs sites, tâtonnent quant à lancer une dose de payant, comme Liberation.fr et LeFigaro.fr, qui se sont prudemment lancés sur le payant il y a quelques semaines L'Express.fr, qui avait annoncé fin 2009 lancer (un peu) de contenus payants

En fait, Owni repose sur la société 22mars, qui est la vraie cheville ouvrière du tout. Elle assure des prestations de conseil, créa & développement, ainsi que de formation, autour des media sociaux. Dans les détails, "l'entreprise 22 Mars, maison-mère d'Owni, a décidé d'ouvrir son capital à hauteur de 10 % à de généreux investisseurs pour lever 600.000 euros. L'opération valorise 22 Mars à 6 millions d'euros. Ce qui peut paraître un peu élevé...mais 22 Mars/Owni n'est pas une coquille vide. Avec cette levée de fonds, l'entreprise vise raisonnablement 1 million d'euros de chiffre d'affaires et une rentabilité de l'ordre de 20 à 30 % dès 2012. Ce qui semble jouable compte tenu du modèle et de l'économie de moyens (6 salariés à ce jour) du projet", comme le révèle Jean-Christophe Féraud, qui m'a devancée en consacrant un long et passionnant billet à cette nouvelle mue de la "soucoupe" Owni.

Ambitions européennes

Intéressant, Owni a des ambitions européennes. Comme l'annonce Nicolas Voisin dans ce billet, OWNI vise, à moyen terme, à faire une veille d'actu "numérique", avec bientôt "un réseau de vigies européennes", puis le lancement d'une version anglaise d’OWNI courant 2011, ainsi que le lancement international d’"OWNIeditors, l’association en cours de constitution des éditeurs d’OWNI", qui visera à obtenir des "subventions et partenariats d’ampleur transfrontalière".

dimanche 11 avril 2010

La BD, autre forme de récit journalistique

Blog brièvement laissé à l'abandon ces derniers jours, pour cause, entre autres, de changement de rédaction, de mise à jour de manuscrit pour la réédition à venir de mon livre, Tout sur le Web 2.0, de (courtes) vacances...

Là, à la lecture de ce très bon billet chez Chacaille, j'ai eu envie d'aborder une forme de récit journalistique (voire de "format") pas tout à fait nouvelle certes, mais riche, en constante évolution : la BD journalistique. Un genre riche, longtemps méconnu, qui permet de mêler l'image sous forme de dessins (voire de photos) et l'écriture, le tout avec une structure narrative qui permet littéralement de raconter une histoire au lecteur.

Certes, à première vue, cette forme de récit journalistique est moins innovante que le web-documentaire, dont j'ai notamment parlé ici. A voir, soit dit en passant, l'excellent nouveau web-doc du Monde interactif sur le sujet très tabou du handicap.

Tintin, les croquis...

Tintin

La bande dessinée liée au journalisme, c'est de l'histoire ancienne. On pense bien sûr au reporter Tintin ;) dont les reportages sont prétextes aux récits bédéesques de Hergé. Dès le début du 20ème siècle, les croquis ou caricatures publiées dans les quotidiens, tel Le Petit Journal, permettaient d'y introduire une dose de BD. Rien de tel qu'un dessin bien affûté pour résumer une actu, un angle. Ce que fait d'ailleurs depuis de nombreuses années Plantu dans Le Monde, par exemple, et bien sûr, les journaux satiriques.

Photojournalisme + BD

Mais depuis quelques années, c'est littéralement le journalisme de bande dessinée qui a pris son envol, et là, c'est excitant et prometteur. Les dessinateurs et auteurs de BD "engagés" ont ouvert le feu ces dernières années, avec par exemple la série Le combat ordinaire de Manu Larcenet, où un photojournaliste, bourré d'incertitudes, monte une expo avec des portraits d'anciens ouvriers d'un chantier naval en train de fermer.

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Le photographe, Tome 1, Ed. Dupuis

Dans un autre genre, avec sa série intitulée Le photographe, feu Didier Lefèvre a voulu témoigner de la situation en Afghanistan. En fait, c'est lors d'une mission de Médecins sans frontières que Didier Lefèvre, alors jeune photographe, part pour sa épopée photographique, dont il reviendra avec des centaines d’images, des notes et des souvenirs. Il vendra quelques photos à Libération, et l’aventure restera dans ses archives pendant une quinzaine d’années. C'est en s'associant à un dessinateur qu'il lancera cette BD journalistique.

Or là, on est vraiment à la lisière photojournalisme / investigation / récit sous forme de BD. Dans ces trois tomes, les dessins de BD alternent avec les photos, pour mettre en scène cette histoire - et celle des Afghans. L'écriture BD offre de manière assez inédite l'occasion de faire ressortir des émotions (sur les traits des personnages notamment), et de faire oeuvre de pédagogie, avec par exemple des cartes pour résumer la situation géopolitique locale. Mais aussi, et avant tout, de raconter une histoire (ce qu'attendent avant tout les lecteurs...) de manière linéaire, en images et en textes.

DLefebvre.jpg En progression dans les montagnes d'Afghanistan Photo © Didier Lefèvre.

Un genre à la lisière du journalisme d'investigation et du récit photographique, "Une photo racontant l’histoire, transportée par l’émotion tout en respectant la dignité. Notre démarche d’écriture est moins classique: Une approche différente alliant le reportage et le récit avec quelques fois une touche personnelle car nous faisons aussi partie de ce monde que l’on documente", comme le relate le blog photo Alpha Reporter.

A l'heure où l'on parle de la crise de la presse, d'un journalisme d'investigation réduit à minima faute de budget dans les rédactions, cette forme de récit journalistique ouvre des horizons inédits, aussi bien pour la presse écrite que pour la presse en ligne. Finalement pas très éloigné du gonzo journalisme, qui a beaucoup animé les débats sur la Toile dernièrement, ou le "Nouveau journalisme", où le reporter est présent en permanence tout au long du déroulement du récit, au point de se mettre au centre du récit, en utilisant le "Je" dans la narration, et en s'auto-représentant dans les dessins de BD.

En décembre 2005, dans un article de la revue Médias, Jean-Michel Boissier et Hervé Lavergne définissent d'ailleurs ce nouveau genre de BD, Le BD reportage, comme le "comics journalism" ou "graphic journalism". Et ce pour désigner "une nouvelle tribu de reporters qui ont troqué le clavier, l’appareil photo, le micro ou la caméra contre les crayons, les stylos et les encres – surtout noires. Le BD reportage (appelons-le comme ça) a ses héros internationaux : Art Spiegelman, le génie graphique de « Maus », descente hallucinée dans l’enfer des souris déportées et des chats bourreaux d’Auschwitz, et Joe Sacco, Maltais vivant aux Etats-Unis, qui publie avec un grand succès ses reportages puissants et engagés, de la Palestine à la Bosnie".

De même que des journalistes de presse écrite ou de médias audiovisuels commencent à s'associer à des photographes ou des JRI pour monter des web-documentaires, des journalistes-rédacteurs commencent, de plus en plus, à s'associer à des dessinateurs de BD pour monter des BD reportages. Charlie-Hebdo était déjà familier du genre (avec notamment Cabu). Des nouveaux-venus dans les kiosques s'emploient à briser la frontière et BD, notamment l'excellente revue trimestrielle XXI, qui publie,dans chaque numéro, des BD-reportages, qu'elle qualifie aussi de "récits graphiques". Polka Magazine, le trimestriel dédié à la photo lancé par Alain Genestar a lui aussi adopté le BD reportage.

On le sait, XXI cartonne. Car le grand public (certaines CSP, certes), est encore prêt à mettre de l'argent dans un bel objet, un journal/magazine qu'il conservera. Le genre de la BD-reportage s'y rattache parfaitement, transformant d'ailleurs l'actu relatée par ce biais en récit journalistique, intemporel.

jeudi 18 février 2010

Web-documentaires : c'est parti !

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J'en parlais il y a quelques temps dans ce billet : ces web-documentaires, qui mêlent photo, texte, sons, voire géolocalisation et blog, sont promis à un certain avenir. Ils constituent une nouvelle forme d'écriture journalistique, un pendant web du docu télé avec une dose d'interactivité.

C'est encore un format naissant, mais 2010 sera l'année de la véritable naissance du web-docu. La 5 a inauguré cette semaine, le 15 février, un portail Internet, et une nouvelle série web-documentaire intitulée "Portraits d'un Nouveau Monde". Une série financée par le groupe France Télévisions (auquel appartient France 5) à hauteur de 360 000 €.

Elle proposera tous les deux mois, durant l'année, quatre web-docus sur le site de la "chaîne verte", afin de proposer des histoires singulières sur des personnes ou des lieux, et de mieux cerner les enjeux du XXIe siècle. A chaque parution de ce volet de 24 reportages, un thème global est proposé : avec d'abord pour thème la Chine, puis s'ensuivront l'émigration, l'urbanisation, l'économie, l'écologie et le vivre ensemble.

Le reportage "Chine : superpuissance... à tout prix" propose notamment un reportage sur les concubines, ces "secondes épouses" cachées, dont l'histoire de Xiang Mengfei, devenue très populaire sur le Net chinois. Un autre web-docu' alerte sur les différents aspects du bouleversement écologique frappant le nord du pays.

Dans ces premiers web-reportages, on retrouve des signatures connues de la télé, la presse écrite ou la photo, comme la journaliste Elsa Feyner, Benoît Aquin... Les premières impressions : finalement, on n'est pas très loin du reportage télé, si ce n'est que l'on peut interagir en parcourant le docu par chapitres (bien pratique les balises...).

Sur son site, France 5 met en avant l'aspect communautaire de ses web-reportages, en incitant les internautes à laisser des commentaires et contributions. Quant aux auteurs des web-docs, ils peuvent créer leur espace professionnel en ligne pour enrichir leur programme avec des bonus, des notes d’intention, des bandes-annonces, des pépites non montées, l’interview du réalisateur ou du producteur…

Et à mon avis, ce n'est pas fini : LeMonde.fr et Arte, notamment, avaient ouvert le feu l'an dernier. Déjà, Arte Reportage signe cette année un web-documentaire sur l’Afrique indépendante, signale Afrik.com. Les écoles de journalisme commencent à monter des projets avec leurs étudiants, et les médias s'y penchent de très près. Car si l'audience sera, dans un premier temps, confidentielle, le retour sur image sera garanti ;).

dimanche 14 février 2010

"Ma région vu d'ici", des forums locaux lancés par Radio France

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Cette initiative de Radio France, dont m'a parlé le responsable, lors d'un brunch ce midi, m'a semblé tellement intéressante, et même innovante (qui plus est émanant d'un mastodonte tel que Radio France) qu'il m'a semblé intéressant d'en dire un mot ici.

Alors que les élections régionales approchent, Radio France Bleu a eu la bonne idée d'ouvrir, lundi dernier, le site MaRégionVudici. Un site qui fait l'objet d'une campagne de pub sur les radios du groupe, mais aussi, ces prochains jours, sur France Télévisions, en PQR, ainsi que dans Le Point, qui est partenaire. Il s'agit "d'une opération commune à l'ensemble des chaines du groupe , mais qui a pour vitrine logique, s'agissant des régions , France Bleu. L'opération durera 3 semaines, en amont des régionales", m'expliquait mon interlocuteur. L'idée étant donc, via la vitrine France Bleu (la radio du groupe perçue comme la plus proche des gens, moins CSP ++ que France Info et Inter), de susciter le débat auprès des internautes-auditeurs à propos de leur région : sur le patrimoine, la qualité de vie, leur rapport à leur région, son dynamisme...

En creux, cela permettra de faire remonter aux élus (ou aspirants) un succédané des sujets de préoccupations de certains internautes-citoyens attentifs. Une initiative sans précédent, par laquelle Radio France teste une nouvelle manière d'utiliser le web, avec un aspect communautaire. J'aime bien cette idée de cart e de France interactive : un clic sur une des régions permet d'accéder directement aux forums et questions soulevées par les habitants. Cette initiative n'est pas sans rappeler ce qu'expérimentent déjà plusieurs groupes de presse quotidienne régionale sur leurs sites web, comme Le Télégramme.

dimanche 29 novembre 2009

Le web-documentaire, nouvelle forme de récit journalistique

C'est sans doute un des formats journalistiques les plus prometteurs pour la presse en ligne de demain, et les plus excitants, en terme d'exercice journalistique, pour les journalistes. Le web-documentaire,qui mêle photo (sous forme de portfolio en ligne par exemple), son (audio), vidéo, et bien sûr écrit, voire accompagné d'un blog, est une forme de documentaire, donc de récit journalistique, qui exploite simultanément plusieurs ressources propres au web.

Premiers web-docus, Visa pour l'image...

Le premier, en France, qui avait fait parler de ce nouveau format était LeMonde.fr, avec "Le corps Incarcéré", sur la vie en prison en France. L'idée : on a un documentaire de 15 minutes (une durée très longue pour le web), séquencé par des tags (mots-clés) qui permettent au lecteur-internaute de s'orienter, voire d'aller directement à la séquence qui l'intéresse.

Lecorpsincarcere.JPG "Le corps incarcéré"

Cette année, le web-journalisme a fait une incursion remarquée au festival Visa pour l'image de Perpignan (où "Le corps incarcéré" a été primé : une forme de consécration, qui le situe donc à la lisière du reportage et du photojournalisme. Puis au Festival européen Les 4 écrans, qui se tenait la semaine dernière à Paris, chapeauté par l'agence Capa (dont on imagine bien, comme beaucoup de sociétés de prod' classiques, qu'elle va chercher à se positionner sur ce nouveau créneau).

PrisonValley.JPG "Prison Valley"

Les premiers web-docus ? L'un des plus attendus pour 2010 en France est "Prison Valley", un webdoc dans le couloir de la mort. "Prison Valley", co-produit par Arte.tv et Upian.com, passe au crible l'"industrie carcérale" aux Etats-Unis. Réalisé par les journalistes David Dufresne et Philippe Brault, ce docu multimédia nous entraîne dans les couloirs d'un complexe carcéral du Colorado constitué de 13 prisons, dont Supermax. A la clé, un budget de 200 000 €... et donc similaire à celui d'un docu télé classique. Un site trailer (ici, donc) et une bande-annonce en présentent déjà un avant-goût.

On devrait aussi voir arriver un web-doc sur les 25 ans de Tchernobyl, "Pripyat" (voir le blog dédié), réalisé par Bruno Masi, ancien journaliste de Libération, et le photographe Guillaume Herbaut.

Précédents

Comme le rappelle ce bon papier de L'Express, quelques web-docus ont déjà été tournés. On peut déjà voir aussi "La Cité des mortes", une enquête sur la disparition de femmes à Ciudad Juarez, au Mexique, produit en 2005 (mais pourquoi n'en n'avait-on pas parlé avant ?) par l'agence Upian.com. Outre le docu en ligne, on peut accéder à une carte interactive de Ciudad Juarez, des fiches sur les protagonistes... A signaler aussi, cet autre web-docu du Monde.fr (je suis jalouse de leur avancée dans ce domaine...), "Voyage au bout du charbon", d'Abel Ségrétin et du photographe Samuel Bollendorff (2007), qui porte sur les conditions de travail des gueules noires dans les mines chinoises.

Outre-Atlantique, je porte votre attention sur" In Shadows", un web-documentaire qui se penche sur un sujet délicat, les maladies mentales. Un docu tourné par Chris Carmichael , ancien étudiant en photojournalisme devenu journaliste multimédia complet, qui maîtrise les outils de la vidéo, le son et le web-design. Sur son site, e vous invité à découvrir ses micro-reportages (en anglais). Dont le dernier en date, In Shadows, qui traite des maladies mentales, un sujet lourd qui concerne une famille sur cinq aux Etats-Unis. Le reportage, tourné en Caroline du Nord, montre le supplice des familles concernées par cette maladie face à un système de santé inadapté.

Un modèle économique ?

Le web-documentaire est, à mon sens, un des formats les plus prometteurs pour exercer un journalisme haut de gamme sur la Toile, et proposer des sujets de fond. A l'instar de ce que tente LeMonde.fr, je rêve que l'on puisse proposer un jour, au sein du groupe de presse où je travaille, des docus similaires. Pourquoi ne pas imaginer, en éco, un portrait de boîte, de créateur d'entreprise, ou encore le process d'un produit (de sa fabrication à sa vente) retracés par ce biais ?

Reste la question qui tue : quel business model derrière ? Comme le souligne L'Express, les réalisateurs de ces docus d'un nouveau genre rêvent parfois qu'ils soient ensuite adaptés... pour la télé. Ce qui leur apporterait une visibilité et une audience plus fortes. Certains docus, comme "Prison Valley", bénéficient de subventions du CNC comme pour des docus classiques. C'est un début. Mais ensuite, il faudra forcément greffer de la pub au début ou à la fin de ces web-docus (comme c'est déjà le cas pour les vidéos sur Dailymotion ou de Wat.tv). Ou encore les rendre accessibles selon un modèle payant, à l'unité ou sur abonnement. Mais même pour des contenus interactifs haut de gamme, il n'est pas sûr que l'internaute, déjà (trop) habitué à l'info gratuite, accepte de payer...

dimanche 15 novembre 2009

Un reportage du New York Times payé par des internautes

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Cette semaine, le New York Times a publié dans sa rubrique Sciences un article un peu particulier : il retrace l'histoire d'un amas de déchets flottant dans l'océan Pacifique. Mais surtout, il est signé par une pigiste pigiste... "payée par la foule" dans le cadre d'une initiative inédite.

Les frais engagés par la journaliste Lindsey Hoshaw pour réaliser son reportage lui ont été réglés d'avance non pas par le commanditaire de cet article, le NY Times, mais par des centaines de donateurs, via Spot.Us, qui se définit comme "un projet à but non lucratif visant à être pionnier du journalisme payé par la communauté". Sur son site Internet, Spot.Us déclare d'ailleurs vouloir permettre au public "de lancer des enquêtes avec des donations déductibles fiscalement, sur des sujets importants et peut-être négligés (sous-entendu par les rédactions classiques)". A ce jour, le reportage de Lindsey Hoshaw a récolté 6 000 dollars de dons.

Un peu sur le modèle des sites musicaux où les internautes peuvent plébisciter et financer en ligne, et donc permettre aux artistes de se faire produire par des internautes (tels Akamusic.com ou MyMajorCompany), SpotUS propose aux internautes de choisir le sujet d'article (leur story favorite) qui les intéresse le plus, parmi les pitch présentés sur le site, et visiblement postés par des journalistes freelance (équivalent aux journalistes-pigistes ici). Il y a plusieurs tarifs présentés selon le type de reportage prévu (investigation, reportage sur une entreprise). L'internaute qui finance un reportage peut en connaître la progression via le blog du journaliste. C'est donc une sorte de place de marché, où l'internaute peut choisir de financer des sujets de reportages qui l'intéressent, ou qui lui semblent peu traités par les médias.

L'initiative de SpotUS me laisse quelque peu perplexe. Le NY Times surfe ainsi sur la vogue (quelque peu dépassée d'ailleurs) du journalisme participatif (dont je me souviens avoir parlé en 2007). Un site comme Newsassignment.net proposait déjà à sa communauté d'internautes de contribuer à la rédaction d'articles.

Certes, c'est un moyen de financer des reportages aux coûts (déplacements, etc) parfois élevés, surtout pour des journalistes indépendants, qui doivent habituellement avancer les frais avant de les voir (éventuellement) couverts par la rédaction qui publiera leur papier. Qui plus est, cela donne au journaliste le temps d'enquêter en profondeur. Du temps et des moyens, une denrée qui se raréfie d'ailleurs pour les journalistes dans les rédactions.

Le truc étant que le modèle de relation classique entre les rédactions et les journalistes indépendants qu'elles font travailler repose sur une commande, puis une rémunération directe par la rédaction au journaliste. Là, SpotUS se pose en intermédiaire (et prélève une commission ?). Normalement, l'article finalisé est publié sous licence Creative Commons, et donc reexploitable gratuitement par autrui. Là, le NY Times avalise ce modèle en publiant dans ses pages un article commandé et "produit" par SpotUS, et financé par des internautes.

Est-ce que l'on verra un jour ce modèle importé en France ? Où se distinguent déjà des intermédiaires entre rédactions et journalistes indépendants, comme la Nouvelle Agence Centrale de Presse (ACP), qui suscite déjà beaucoup de débats... Et vous, qu'en pensez-vous ?

Mise à jour : Quelques compléments à partir d'infos ben intéressantes que m'ont fait parvenir des internautes (que je remercie :): - Dans la lignée de Spot.US, en France, on trouve le projet Glifpix qui repose sur le même principe. Parmi ses fondateurs, on trouve un ancien rédacteur en chef du Monde, Patrick Jarreau, un transfuge de Mopndadori France, Bertand Paris, Eric Scherer, directeur de la stratégie et des partenariats à l’AFP... - Le photojournaliste Cyril Cavalié (qui vient de publier cet excellent bouquin, dont j'ai parlé ici) m'indique qu'il a eu (et bénéficié de) la même idée : "en début d'année, et le don de quelques internautes des réseaux Facebook, Twitter et Flickr qui connaissaient mon travail, m'avait permis de partir à Washington sans commande pour couvrir l'investiture de Barack Obama".

dimanche 25 octobre 2009

Impacts des médias sociaux sur les médias traditionnels

Cette semaine, dans le cadre des deux journées de conférences Buzz the brand organisées par le mag Stratégies et l'agence Vanksen, j'ai eu le plaisir de participer à la table ronde sur le thème "Impacts des médias sociaux sur les médias traditionnels", pilotée par François Kermoal, directeur de la rédac' de Stratégies. Le débat fut assez riche, animé... J'avais préparé quelques notes au cas où, je me suis dit que tant qu'à faire, je pouvais en partager avec vous la substantifique moëlle !

Médias sociaux / médias traditionnels : les nouveaux enjeux

- Impact de ces 'nouveaux médias' (en l'occurrence les blogs, les réseaux sociaux tels que Twitter et Facebook). Ce qui me semble essentiel et assez nouveau est que ces 'nouveaux media' changent la chronologie de l'information, et imposent plus de réactivité, de rapidité aux journalistes sous peine d'être dépassés. Dépassés par d'autres médias certes loin d'être toujours aussi légitimes, mais qui, indéniablement, ont habitué le lecteur/internaute à avoir l'info de manière presque instantanée... Du coup, on commence à voir ce phénomène par exemple en presse quotidienne ou en presse hebdo : lorsqu'un journaliste a une info importante, il la sort d'abord sur le site web de son média, sous forme d'un indiscret un d'un article assez bref. Si les délais de décalage avec la parution papier ne sont pas trop importants, il y consacrera un article plus développé, plus léché, dans son journal papier. Les réseaux sociaux impliquent par ailleurs que l'info doit être marketée, donc valorisée, relayée par ces mêmes réseaux sociaux...

Exemple intéressant de ce changement de chronologie, on a vu récemment une journaliste dévoiler un scoop directement sur son fil Twitter. Mi-octobre, un twitt de Fabienne Schmitt de la corres' de la presse annonçait que Martin Bouygues avait convoqué Nonce Paolini et Axel Duroux pour arbitrer leurs conflits. Résultat : l'info a été reprise partout avec citation de son twitt comme source, elle a été interviewée par Canal + et RTL... Et elle s'est vérifiée par la suite, comme on le sait, avec le départ quelque peu précipité d'Axel Duroux cette semaine...

Autre fait, des journalistes commencent à cultiver leur "auto-marketing" (ou personal branding), et du coup émergent hors-rédaction : que ce soit avec leur fil Twitter perso, ou leur blog... Les media sociaux sont d'autant plus bienvenus pour les journalistes indépendants, qui acquièrent ainsi une visibilité plus importante grâce à ces nouvelles vitrines. Dans les rédacs, ces nouvelles vitrines gênent parfois aux entournures certains rédacs chefs, d'autant qu'un journaliste qui blogue a de facto sa propre tribune, il devient en quelque sorte éditorialiste, et peut publier des billets sans le filtre d'un rédacteur en chef...

Mais clairement, quelques journaux prennent en compte ces nouveaux usages, et ouvrent leur propre plateforme de blogs sur leur site web, où les journalistes sont invités à bloguer. Je citerais au premier chef le groupe Express-Roularta (mon employeur donc), avec notamment la plateforme de blogs de L'Express.fr, mais aussi Le Nouvel Obs, Challenges, Les Echos (dans ce dernier cas, ce sont surtout les éditorialistes qui bloguent)...

En revanche, les rédactions commencent à réfléchir, parfois, à des guidelines. Dans mon groupe, j'ai rédigé une ébauche de 'charte des blogs' (destinée aux blogueurs externes et internes). On voit aussi fleurir en ligne des guides, comme ce "Guide de déontologie des médias sociaux pour journalistes" mis en ligne par la journaliste et blogueuse Gina Chen, ou encore les très avisés "22 conseils pour les journalistes à l'heure du web" par Dan Gillmor (auteur de "We are media"), publiés dans le Guardian.

Dans un genre plus extrême, il y a ce précédent du Washington Post, où les journalistes se sont vus édicter des règles très strictes quant à leur utilisation de Twitter (en gros, ils ne doivent pas y émettre d'opinions perso ou politique en tant que membres du journal), parce qu’un des rédacteurs en chef donnait trop son opinion sur son compte Twitter

Comment les médias classiques peuvent intégrer ces médias sociaux dans leur offre (en clair, y a-t-il un business ?)

La table ronde a le plus pêché sur ce point : y a-t-il un business model qui s'esquisse autour de cette dose de médias sociaux à la sauce 2.0 ? Pour ma part, j'ai cité une des nouvelles tentatives, dans la presse éco et financière, avec les aventures Wansquare et LeCrible.fr, que j'évoquais dans ce billet.

De manière générale, je pense que les journaux ont tout intérêt à valoriser leurs contenus et leurs archives, donner à leurs lecteurs la possibilité de les trier de manière personnalisée. Le New York Times a par exemple lancé un outil qui permet au lecteur de trier les articles disponibles en ligne par tags et par mots-clés, et de générer ses flux RSS personnaliséés. Mais le problème est toujours le même : faut-il faire payer ces services ? Le NY Times est peut-être le média qui a le plus innové en ligne avec ce genre d'outils... Mais cette semaine encore, il annonçait 100 départs de journalistes, rappelait Stéphane Zibi (Spread Factory) lors de la table ronde. Dans la même veine, le Financial Times a lancé Newsift, un moteur de recherche sur les entreprises et secteurs d'activités, qui permet de faire remonter ses articles sur une base sémantique.

Autre possibilité à explorer par les journaux, proposer des flux d'informations hyperlocaux : ce que propose le Huffington Post, pais aussi, en France, des titres de PQR tels que Paris-Normandie, ou encore Le Télégramme, comme je l'expliquais dans ce billet.

lundi 12 octobre 2009

Des journalistes (presque) embedded en prisons

Info intéressante dans la dernière édition du mag "Médias" hier midi sur La cinquième. Où l'on a appris que le ministère de la Justice, en plein débat sur les conditions de vie des détenus en France et sur d'éventuelles réformes de l'incarcération en France, souhaitait "reprendre en main la communication de l'administration pénitentiaire". L'idée étant notamment d'éviter la diffusion de reportages télé, avec des images parfois tournées en caméra cachée, donnant à voir les conditions parfois plus que discutables dans lesquelles vivent les prisonniers en France.

Pour cela, Michèle Alliot-Marie, depuis son arrivée au ministère de la Justice, a réfléchi à une nouvelle forme d'"encadrement" des journalistes, généralistes ou spécialisés dans l'actu judiciaire : il pourront bénéficier de "stages d'immersion en prison". Vous avez bien lu.

Concrètement, ils pourront passer plusieurs jours dans une prison, donc "immergés" à plein temps... Déjà une cinquantaine de journalistes se seraient inscrits pour bénéficier de cette sorte de "stage".

Cela me rappelle ces journalistes "embedded", expression que l'on a vu apparaître aux US avec la guerre en Irak, puis, lors des élections présidentielles, avec des photographes et des journalistes politiques qui suivaient à plein temps tel ou tel candidat, étant de facto "embedded" lors de leurs déplacements, au sein de leur staff...

Est-ce une nouvelle forme de journalisme, qui permet de couvrir un sujet au plus près, à plein temps ? Ou n'est-ce pas une manière pour les pouvoir publics de contrôler ce que le journaliste pourra voir - ou pas - de tel ou tel sujet en lui entrouvrant plus ou moins la porte ?

A voir... Concrètement, le milieu carcéral est difficile d'accès pour les journalistes qui veulent y faire des reportages, entre autres à cause d'une administration extrêmement lourde, avec des délais très longs pour obtenir une accréditation, et un lourd encadrement.

Ces 'stages' sont aussi, pour le ministère, une manière de préparer le terrain pour la campagne de prévention qu'il prépare, relayée déjà par ce site, bientôt par un livre...

jeudi 1 octobre 2009

Christian Poveda, "La vida loca", le (vrai) journalisme

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Je ne l'ai pas encore vu, mais ce film mérite largement que l'on se rue en salles pour le voir, ne fut-ce que par les risques qu'il a occasionnés à son auteur. Qui y a laissé sa vie. "La vida loca", sorti en salles hier, est une véritable plongée dans la guerre des gangs au Salvador, en Amérique Centrale, avec ces "maras", gangs de jeunes salvadoriens, tatoués de la tête aux pieds, qui se livrent au trafic de drogue et aux extorsions.

Son auteur, le photojournaliste et reporter Christian Poveda, venait à peine de l'achever, il y a lui-même laissé sa vie dans la nuit du 2 septembre 2009 sur une route de San Salvador. Son corps criblé de balles a été retrouvé, abandonné dans une voiture. ses assasins : les membres de l' un des gangs salvadoriens, qu'il avait probablement interviewés, en confiance, cynisme ultime...

Tout à l'heure, "Envoyé Spécial" an rendu un bel hommage à Christian Poveda avec une enquête sur son assassinat. Entre règlement de compte entre bandes rivales, contrat placé sur sa tête, dans ce docu réalisé par Frédéric Faux, qui le connaissait, plusieurs hypothèses sont évoquées.

Le récit fourmille d'infos : une version-pirate du documentaire est vendu à la sauvette, depuis un certain temps, sur place, et semble avoir gêné aux entournures un certain nombre de gangs, qui auraient dressé une liste noire des personnes (avocats, membres de gangs...) ayant témoigné dans ce documentaire. On y aperçoit d'ailleurs une jeune femme ex-membre du gang 18, qui "porte la malediction sur son visage", avec le chiffre tatoue de son visage - elle est désormais condamnée à mort par son ex-gang...

Quand bien même Christian Poveda avait négocié avec lesdits gangs avant de se lancer dans son enquête. On y apprend aussi que le gouvernement et la police, qui ont officiellement ouvert une enquête, sont elles aussi gênées par cette "affaire"...

dimanche 2 août 2009

La couv' de la semaine : l'International Herald Tribune et sa rétrospective de photos d'amateurs sur l'Iran

couv IHT Photo C. C.

La couv' de la semaine sera un peu moins légère et estivale que celle de la semaine dernière, mais permet d'illustrer de nouvelles pratiques au seil des illustrations. Et qui ne sont pas forcément bon signe.

Jacques Rosselin le signalait sur son fil Twitter tout à l'heure, pour sa Une du jour, l'International Herald Tribune de mettre en avant la "JPEG revolution" de la guerre en Iran, en publiant une sélection de photos d'amateurs sur l'Iran. Des photos réduites en petits carrés, recadrées, parfois violentes visuellement, parfois d'un intérêt limité.

Une manière pour l'IHT de mettre en avant l'importance des photos amateurs dans le conflit iranien, qui ont abondamment circulé ces dernières semaines via les réseaux sociaux (notamment Twitter). Mais aussi, en filigrame, le quotidien new-yorkais consacre une pratique que l'on craint de voir se répandre : exploiter des photos d'amateurs (de facto libres de droits, les crédits photos éventuels n'étant même pas publiés pour illustrer sa Une. Plutôt que de publier des photos de photographes professionnels. J'ai d'ailleurs entendu dire qu'un grand quotidien français sollicitait les internautes pour qu'ils envoient leurs propres photos, susceptibles d'être publiées sur le site web dudit quotidien (sans que les amateurs touchent quoi que ce soit, cela va sans dire !).

Un choix éditorial peut-être pervers, qui prend ici une teneur particulière, à l'heure où Gamma, une des plus grandes agences photos, est en très grande difficulté...

"Surfing the nations", quand des évangélistes font du prosélytisme via le surf

Très bon sujet diffusé ce midi (rediffusion ?) dans la non moins très bonne émission "L'effet papillon"sur Canal, à propos de ce mouvement bigot évangéliste, au discours bien conservateur malgré ses atours branchés. Son originalité ? Il cible les jeunes, par un relais bien particulier : le surf. Un nouveau mouvement a vu le jour à Honolulu et à Bali, "spots" où viennent des surfeurs d'un peu partout dans le monde pour trouver "la" vague. Et notamment des jeunes Américains. Le mouvement "Surfing the nations", donc, rassemble des "surfeurs chrétiens". Il a son gourou-fondateur, un certain Tom Gauer .

Le discours n'en est pas moins rodé : “Nous désirons investir notre temps, notre amour, et notre attention pour la jeunesse d’Hawaï afin de les voir découvrir une signification et un but à leur vie. Notre programme de Jeunesse-à-risque est à facettes multiples", précise le mouvement.

Ce qui est assez édifiant, en fait, est que ce mouvement attire les jeunes par le surf, et maintient l'ambigüité (pour ne pas être perçu juste comme un mouvement religieux) en prétendant organiser des 'événements' autour du surf (que l'on pourrait assimiler aux traditionnels concours de surf) . Le reportage diffusé sur Canal affirmait que "des marques sponsorisent 'Surfing the Nations'" et ses événements - information intéressante, malheureusement invérifiable (aucun sponsor n'étant cité sur le site de l'organisation).

D'après le reportage, le groupe encaissait chaque année, jusque l'an dernier, 100 000 $ du gouvernement américain avec le soutien généreux de Georges Bush, qui avait fait débloquer 3,7 milliards de dollars de fonds fédéraux pour aider les actions caritatives des associations religieuses.

En fouillant, on retrouve les relais de ce mouvement religieux sur le Net : si sa présencé y est limitée - sa page MySpace, son site officiel- il mise davantage sur des vidéos aux images léchées (rien de tel que des images de surfers 'branchés' pour véhiculer un message conservateur) via YouTube. On remarquera que celle-ci a vu sa bande-son coupée "pour des raisons de droit d'auteur" officiellement, et les commentaires sont aussi coupés.

mercredi 13 mai 2009

Photojournalisme + BD + grands reportages + vente en librairies = XXI (et son prix Albert Londres)

XXI

Le projet, ambitieux, avait été lancé début 2008 par Laurent Beccaria, un jeune éditeur à l’origine de la fondation des édition des Arènes, avec plusieurs journalistes, dont des plumes venues du Monde et du Figaro (avec notamment Patrick de Saint Exupéry), et des plumes moins connues. Bonne nouvelle, un an et demi après son lancement, il vient de décrocher un prix Albert Londres pour un reportage exigeant consacré au Zimbabwe de Robert Mugabe, sous la plume de la journaliste pigiste Sophie Bouillon.

Au passage, autre bonne nouvelle, le prix Albert Londres consacre de plus en plus des journalistes indépendants : Alexandre Dereims, récompensé pour son film de 52 minutes "Han, le prix de la liberté", est lui aussi journaliste indépendant, et réalisateur, souligne l'AFP.

L'occasion pour moi de revenir sur XXI, que je n'avais pas encore présenté ici : c'est un magazine pour le moins atypique : ce magazine de reportages, sans publicité, a misé sur le haut de gamme : en papier glacé et à couverture cartonnée, il profite d'une maquette très élégante, et est vendu 15 € exclusivement en librairies. D'un genre inédit, il comporte grands reportages sur plusieurs pages, reportages photo, récits sous forme de BD... Il privilégie le journalisme de récit, qui implique parfois pour le lecteur de s'accrocher - ce qui devient inhabituel, alors que le Net entraîne de plus en plus des habitudes de lecture-zapping. Avec pour prolongement ce blog, qui vient de s'associer à Arte Radio pour proposer des contenus radios. Sa ligne éditoriale ? Exigeant, il revient sur des conflits trop souvent ignorés, notamment en Afrique noire. Les concepteurs de ce journal trimestriel, édité quatre fois par an, le définissent ainsi : « les lignes de frontière ont explosé entre le roman, la bande dessinée, le polar, la photographie, le documentaire et le journalisme ».

Belle réussite - le journal affichait déjà sa rentabilité début 2009. Alors que la presse écrite traditionnelle se remet en question actuellement.. Qui montre qu'il y a encore des créneaux pour d'autres types de presse. A vous d'aller jeter un oeil, d'apprécier, d'aimer, de feuilleter, de déguster...

dimanche 3 mai 2009

Reuters tente d'imposer (à son tour) les mojo-journalistes

Lu dans ce billet d'AFP Mediawatch, au hasard d'un rattrapage de mes revues de web en retard...), les journalistes de l'agence de presse Reuters (groupe Thomson - Reuters) "vont être équipés d'un kit multimédia portable, surnommé 'la valise-studio". Ce kit, présenté ici en images, inclut une caméra Tandberg Edge 95, un micro, un système d'éclairage, un trépied et un moniteur.

Reuters avait déjà amorcé ce tournant en équipant ses journalistes de Nokia N95 et de caméras de poche Flip. Mais là, on passe au niveau supérieur, ave des journalistes potentiellement "multitâches". Reuters espère d'ailleurs impliquer tous ses 2.700 journalistes dans le monde.

Le mouvement vers le mojo-journaliste, pour reprendre l'expression déjà consacrée (ce journaliste capable de prendre du son, de l'image... sur le terrain, et de redispacher le ton en radio, tv et web) tend à se développer dans tous les groupes de presse. Comme l'évoque le journaliste et blogueur Alain Joannes, auteur de l'excellent Le journalisme à l'ère électronique, livre que je fais circuler parmi les jeunes journalistes de mon équipe.

"La plupart des agences de presse se sont lancées dans la production de vidéo et testent, à plus ou moins grande échelle, des matériels légers pour leurs journalistes dont la vidéo n'est pas la spécialité", rappelle AFP Mediawatch. Et d'autres demandent aux (souvent jeunes) journalistes web ou stagiaires de tourner, mettre en ligne de nombreuses vidéos. De fait, le format se prête à des genres journalistiques jusque là connus en télé (interviews, coulisses, reportages...) et engendre des clics.

Ces journalistes multitâches risquent-ils de déposséder d'autres professions, notamment en agences filaires, comme les journalistes de la section vidéo (je pense à l'AFP, qui a une section dédiée), voire les photographes de presse ? A voir... Le sujet avait déjà fait polémique à propos des "O. S. de l'info" du groupe NextRadio TV, comme je l'évoquais dans ce billet.

mardi 3 mars 2009

Le Figaro se dote d'un community manager

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Eh oui, vous avez bien lu : Le Figaro, qui a une stratégie très ambitieuse de développement de sa communauté de lecteurs via son réseau social MonFigaro, dont je parlais , vient de recruter son community manager, Antoine Daccord. Son job : rattaché à Thomas Doduik, directeur des opérations du Figaro.fr, il va animer la plateforme "Mon Figaro", et en piloter les prochaines évolutions en termes de contenus, d'usages et de fonctionnalités techniques.

Ce nouveau métier est apparu il y a à peine un an en France : il désigne quelqu'un étant à la fois homme de réseaux (en ligne), communicant, blogueur averti, veilleur en ligne, webmaster (et j'en oublie...) ; bref, qui est chargé de porter la bonne parole d'une marque dans la blogosphère et les forums. Un de ces "nouveaux métiers de la communication à l'heure des médias sociaux", défini sur ce blog US en novembre 2007, et pour lequel PR2Peer avait défriché le terrain dans ce billet l'année dernière. Je l'évoquais moi-même dans cet article des Echos sur la gestion de réputation numérique d'une entreprise.

En fait, comme le relève cet intéressant article,

" Il s'agit d'un professionnel multi-facettes, à l'aise avec tout ce qui touche au support client, aux services business, à la documentation et au journalisme, capable à la fois de comprendre les besoins techniques des différents services internes (production, marketing) et ceux de la communauté externe (clients, curieux, internautes influents...) et de faire le lien entre ces deux univers. Cette fonction hybride, plutôt complexe, pourrait prendre une importance croissante dans les années à venir, au point de devenir un poste aussi indispensable au sein des entreprises qu'une solide équipe technique ou une direction marketing groupe. A une nuance près : la fonction demande un tel doigté que la personne qui l'assume est en permanence sur un siège éjectable."

Là, ce qu'il y a de nouveau, c'est que ce n'est pas une SSII, une start-up, un YouTube, un Monster ou un eBay qui revendique cette nouvelle recrue, mais un média classique, qui tente de s'approprier les aspects communautaires du Web. L'expérience est intéressante. Dans d'autres media, on voit des journalistes animer un blog, une plateforme de blogs externes, un fil Twitter pour leur canard (comme l'auteure modeste de ces lignes... Je vous renvoie par exemple vers ce fil Twitter que je viens de lancer pour L'Entreprise).

màj le 12 mars : L'Express.fr se dote à son tour d'un community manager, comme l'explique Eric Mettout . Un nouveau métier qui va se développer au sein des différents media ?

lundi 16 février 2009

"Les O. S de l'info" chez NextRadio TV vus par Télérama

RMC

Bien sûr, on connaît le penchant de Télérama à l'exagération sur certains sujets, cela fait partie de sa ligne éditoriale : engagé, parfois moralisateur, agaçant. Mais assurément, il continue d'apporter un regard aigu sur les évolutions des pratiques du journalisme.

Tout cela ressort dans cet article du dernier numéro : le titre coup de poing fait bien sûr référence aux "ouvriers spécialisés" du début du XXème siècle, ces ouvriers à la chaîne qui ont essuyé les plâtres du taylorisme, lors de la seconde révolution industrielle. Télérama ose donc l'analogie pour décrire à sa manière la méthode Alain Weill au sein du groupe NextRadio TV. En s'appuyant essentiellement sur l'exemple de RMC Info (et de son site web), il décrit les méthodes du groupe, qui a peu à peu grossi ces dernières années, à coups de rachats : RMC, BFM & BFM TV, le groupe Tests, La Tribune...

Certaines descriptions sont saisissantes. Et préfigurent peut-être les pratiques journalistiques du futur. Avec notamment la description de la news factory (fabrique de l'info), où "sur les écrans, la matière brute déboule, d'Internet ou d'ailleurs, les tarifs minima des jeunes journalistes fraîchement issus d'écoles, travaillant sur le desk... Et surtout, il esquisse le futur du journalisme (certes avec exagération, ce phénomène étant à peine naissant) : avec des reporters ou rédacteurs capables de travailler pour plusieurs médias. Portrait catastrophiste ? Peut-être, à vous de juger.

Soit dit en passant, le groupe Tests a annoncé vendredi dernier (13 février) avoir présenté au du comité d’entreprise un "projet de réorganisation" de la société. Celui prévoit la suppression de 38 postes sur un effectif total de 200 salariés. Editeur du site internet 01Net, Tests souffre de la baisse des recettes publicitaires de ses magazines (01Informatique, Micro Hebdo, l’Ordinateur Individuel) dans une conjoncture particulièrement difficile. Le groupe souhaite rapprocher ses rédactions papier et web. CQFD...

dimanche 1 février 2009

Ruefrontenac.com, un journal en ligne ouvert par des journalistes et salariés québécois en lock-out

Jrnal de Frontenac

Avec un canon pour emblème, Par la bouche de nos crayons ! pour slogan guerrier, depuis samedi dernier (24 janvier), 253 journalistes et employés du Journal de Montreal, un tabloïd québecois à gros tirage, ont ouvert un Ruefrontenac.com, site d'informations un peu particulier. Présenté comme « le site des employés en lock-out des employés du Journal de Montreal", ce site d’informations a été en effet ouvert par des journalistes et employés au chômage forcé, le propriétaire du journal québecois ayant déclaré le 24 janvier un lock-out, cette procédure par laquelle un patron peut empêcher ses salariés de travailler en riposte à leurs revendications.

Il reproche au Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal de refuser les « mutations nécessaires » pour s’adapter à l’Internet. Et ce alors que les parties doivent renégocier la convention collective, arrivée à échéance. En l’absence des journalistes, le quotidien continue à paraître, mais réalisé par ses cadres.

En mesure de rétorsion, et pour continuer à travailler, les journalistes et employés du Journal de Montreal ont donc ouvert leur propre site d’actualités, avec les mêmes rubriques, les mêmes caricaturistes et les mêmes chroniqueurs, mis en avant sur le site, tout en faisant référence à Rue89.

Plusieurs grandes plumes et chroniqueurs y expliquent les motifs de ce départ précipité, et présentent parfois ce changement brutal avec émotion, tel Bertrand Raymond, "tatoue des pieds à la tête":

"En septembre dernier, je suis entré dans ma 40e année au Journal de Montréal. Avec sincérité je vous le dis, ce furent 40 années de pur bonheur. Le Journal de Montréal a été toute ma vie. Dans l'ordre affectif des choses,il y a eu ma femme, mes deux enfants et le Journal, même si les miens ont parfois eu l'impression que le journal occupait toute la place. Compte tenu de l'ardeur, de l'énergie et de l'amour du métier que j'y ai mis, c'était parfois assez près de la réalité."

"Ma tuque, mes mitaines, une pomme et les bottes thermo de mon fils. Je suis bien armé pour vivre ma première journée de piquetage. À 56 ans.", résumé Serge Touchette, un des journalistes "sur le trottoir".

La situation est tendue depuis un certain temps : comme l'explique le syndicat sur cette page, "Le Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal, affilié à la Fédération nationale des communications (CSN) vit son premier conflit de travail.

Depuis que Pierre K. Péladeau est à la direction de Quebecor Media, l’entreprise a décrété pas moins de 13 lock-out en 14 ans. La position de la direction du Journal, depuis la première journée de négociation avec le STIJM–CSN, le 22 octobre 2008, a toujours été la même, à peu de différences près. Le plan d’affaires de Quebecor comprend quelque 230 demandes qui visent entre autres : • à diminuer les conditions de travail; • à allonger la semaine de travail de 25 %, sans compensation; • à éliminer des départements en favorisant la sous-traitance; il est question d’éliminer 75 emplois occupés par une très grande majorité de femmes dont plusieurs comptent plus de 30 ans d’ancienneté; • à diminuer de 20 % les avantages sociaux; • à introduire des clauses de disparité de traitement (clauses orphelin); • à sabrer dans les libérations syndicales; • à réduire ou à transformer des postes à la rédaction; • à diminuer des clauses de la convention collective qui assurent le respect des règles de déontologie journalistiques et la qualité de l’information; • à assurer la convergence illimitée par le droit d’utiliser dans le Journal tout le contenu provenant des plateformes actuelles et futures de Quebecor et vice versa."

Allez y jeter un oeil, c'est encore une nouvelle manière de pratiquer le journalisme, avec cette fois un contexte inédit - quand des journalistes se donnent les moyens de continuer de poursuivre leur métier...

dimanche 4 janvier 2009

Etude The Biving groups - ce que la presse US fait sur Internet

Alors que j'épluche mails, flux RSS et blogs pas encore lus par manque de temps, à signaler, ce billet très intéressant de ma consoeur du Figaro Marie-Catherine Beuth, qui résume l'étude du cabinet de webdesign The Bivings Group, où il dresse un panorama des pratiques des 100 premiers journaux américains sur Internet, ''The Use of the Internet by America's Newspapers''.

Quels sont les fonctionnalités, outils et services utilisés par les titres de presse écrite US pour leur déclinaison web ? L'étude distingue :

- Les incontournables (flux RSS, vidéos, blogs, pub en ligne) - Les plus populaires (partage de favoris, ou social bookmarking, commentaires d'articles, section "les +" lus/vus/emailés/commentés) - Les émergents (sites médias mobiles, contenus générés par les utilisateurs, ou UGC) - Les loosers (podcasts, inscription pour accéder à des contenus gratuits) - Les minoritaires (création par un titre de presse de son propre réseau social, tags)

lundi 17 novembre 2008

Ushahidi, plateforme open-source de journalisme citoyen en Afrique

Vu sur le blog d'Alain Joannes (auteur de l'excellent Le journalisme à l'ère électronique, mon livre de chevet du moment), cette fascinante utilisation de la plateforme open-source Ushahidi, plateforme de crowdsourcing de l'info de crise ("a platform that crowdsources crisis information").

Sur cette plateforme participative open source, de partage de l'information donc, toute personne sur place qui assiste à un évènement peut raconter ce qu'elle a vu par téléphone, SMS ou mail via un ordinateur connecté, en spécifiant la nature des faits auxquels elle assiste. Quatorze catégories de faits ( incidents, batailles, pillages, viols, déplacements de populations, épidémies, etc...) permettent à la base de données d'affecter un code de couleurs à chaque type de tragédie. Les récits font l'objet d'un classement chronologique et ils sont localisés sur une application Google Maps.

Créé début 2008, cet outil open source d'ailleurs été classé parmi les plus prometteurs de l'année par la Technology Review du MIT. De plus en plus sophistiquée, Ushahidi a collecté les témoignages sur les évènements du Kenya, puis elle a fonctionné sur les violences contre les immigrants en Afrique du Sud. La voici maintenant en action au Congo.

Plus loin, Alain Joannes explique qu'Ushahidi aurait aussi "le mérite de situer enfin et concrètement le rôle du 'citizen journalism' dans l'information à l'ère des réseaux", et que "cette salutaire distinction entre "témoins" et "journalistes" signifie que les citoyens peuvent voir des choses que les journalistes ne voient pas".

appli Ushaidi

De la nécessité de jouer sur la complémentarité entre rédactions web et papier - le préccédent Mediafin

Je suis tombée dessus par hasard en parcourant Mediashift, ce retour d'expérience pourrait nourrir la réflexion de nombre de rédactions françaises, alors que je m'intéresse de près aux problématiques des rédactions web / papier... Roland Legrand, responsable Internet et Nouveaux Médias chez Mediafin en Belgique (groupe de presse de deux quotidiens économiques, le flamand De Tijd et sa version francophone L'Echo), racontait en août dernier, dans ce billet, comment les sites Web de ces journaux sont venus rivaliser avec les versions papier.

En fait, déjà en 2006, Roland Legrand avait été chargé de diriger un "Central News Desk" commun aux rédactions web et papier, fournissant aux journalistes des contenus rédactionnels communs. Autre expérimentation innovante que De Tidj avait été un des premiers à mener, celle de proposer à ses lecteurs une version électronique, consultable sur un ePaper, l'iLiad développé par iRex technologie (spin-off de Philips) comme j'en parlais alors dans ce papier pour Les Echos. au passage, c'est cette même tablette qu'Orange a utilisée pour ses premiers ePapers l'année dernière.

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Courant août, donc, les sites Web des deux journaux de Mediafin ont rivalisé avec les éditions papier, en ayant presque le même nombre de lecteurs par jour - plus de 160 000 visiteurs uniques sur un seul jour. Autre constat dressé par Roland Legrand ,la nécessité de combler plusieurs fossés.

Notamment, " L'infrastructure physique: Notre salle de presse était divisée par des murs en briques, séparant le desk online du print desk. Nous sommes en train de démolir les murs, ce qui, nous l'espérons, encouragera les deux sections à interagir davantage ! L'infrastructure technologique: Actuellement, les mécanismes de publication pour le papier, Internet, le "wire" (fil de news) et les services mobiles sont séparés. Nous sommes à la recherche d'un système qui pourrait intégrer toutes ces plateformes. Par exemple, un système idéal pourrait automatiquement permettre à un journaliste papier d'écrire une version de son histoire qui serait adaptée à plusieurs formats de publication en ligne".

A partir de là, il en déduit que l'ouverture de blogs, la publications de scoops directement sur le Web, l'ouverture des articles aux commentaires, sont autant d'"innovations" qui auraient donné des "résultats encourageants". Pourtant, Legrand constate que encore trop peu de journalistes consentent à utiliser de nouveaux outils de réseautage social : bookmarking, lecteurs de flux... il y a encore des murs à abattre en ce qui concerne l'apprentissage. Même s'il n'est pas facile pour tous nos collègues d'acquérir rapidement de nouvelles compétences, ils sont de plus en plus conscients des nouvelles possibilités qu'offrent le management de communautés et l'interactivité. Des premières leçons qui pourraient profiter aux rédactions françaises ?

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