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vendredi 29 décembre 2017

L'info vidéo, format journalistique de l'année 2018

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Et voilà, 2018, nous y sommes... Bonne année 2018 donc, chers lectrices et lecteurs, que je vous souhaite pleine de bonheur, douceur, curiosité, et d'innovations ! Plus de 10 ans que vous me lisez sur ce blog (pourtant parfois laissé en jachère), donc merci à vous ! En cette nouvelle année, il y a ce phénomène qui irrigue de plus en plus les sites d'actualité.

Des vidéos brèves, de 2 minutes 30 en moyenne, un montage resserré, parfois syncopé, des sous-titres, des citations écrites en exergue, et des phrases pédagos en surtitre... Impossible d'y échapper: tous les médias en ligne adoptent à tour de rôle l'info vidéo, ces vidéos nouvelle génération en format court. Il a ses codes d'écriture, un ton qui lui est propre, et c'est peut-être une des nouveaux formats d'info en vogue. Depuis une dizaine d'années, le journalisme web s'est enrichi de nouveaux formats, parfois tombés en désuétude. Rappelez-vous, il y a eu la grande époque du live comme format journalistique, consacré par des rédactions web en 2008-2010, qui consistait à relater et commenter en direct un événement, pour créer une sorte de fil d'actualité. Dans un autre genre, côté image, il y a eu la grande époque du webdocumentaire, ce documentaire photo et/ou vidéo enrichi de sons, de légendes, et d'une structure chronologique.

L'info vidéo, format journalistique

Maintenant, tous les médias en ligne adoptent différents formats vidéos. Et voici donc venue l'info vidéo, ces vidéos en format court, au rythme incisif. Qui, cela tombe bien, sont calibrées pour être diffusées - et partagées - sur les réseaux sociaux. Cette nouvelle écriture journalistique est portée par une nuée de nouveaux médias d'actu, des start-up qui embauchent, ouvrent des bureaux à l'étranger, et pour certaines, commencent à lever des fonds autour de leurs projets. Leur point commun: tous ces nouveaux médias utilisent les réseaux sociaux (Facebook, Twitter) et YouTube comme relais principal de leurs vidéos. Et donc l'audience intrinsèque puissante de ces réseaux, comme les 26 millions (§) de Français qui se rendent chaque jour sur Facebook. Et en priorité les millennials (15-25 ans), qui utilisent en priorité les réseaux sociaux pour s’informer. Et qui sont une cible privilégiée pour les annonceur

Ce phénomène m'a d'autant plus interpelée, il y a quelques jours, lorsque j'ai consacré ce papier-bilan au média Brut, qui fête bientôt sa première année d'activité. Ses cofondateurs sont des vieux briscards de l'audiovisuel old school, comme Renaud Le Van Kim (célèbre producteur du Grand Journal de Canal de la belle époque), Laurent Lucas (ancien rédacteur en chef du Petit journal), et Guillaume Lacroix (cofondateur du Studio Bagel). Très communicants, ils l'affirment, ils sont sur le point de boucler une levée de fonds de 10 millions d'euros; et comptent 1 milliard de vidéos vues en un an d'existence. Alors qu'ils lancent leur activité aux Etats-Unis, et bientôt avec une déclinaison en Inde.

D'autres jeunes médias spécialisés dans l'info vidéo leur ont emboîté le pas. Explicite, créé en janvier 2017 par de anciens d'iTélé, TF1 One, créé par TF1 en mars, Monkey, lancé en novembre par Emmanuel Chain (fondateur, par le passé, de Capital sur M6), via sa société de production Elephant. En janvier, ce sera Loopsider qui sera lancé. Un projet porté, entre autres, par Johan Hufnagel, l'ancien numéro deux de Libération.

Mais, sur les timelines (fils d'actualité) encombrés des internautes, encore faut-il savoir faire la différence. Et retenir l'attention d'un internaute ultra-sollicité. Alors, chacun essaie de s'imposer avec sa ligne éditoriale, ses astuces. Brut a imposé un style incisif, voire engagé, avec une pointe d'humour, en brassant des sujets divers (actualité internationale, sport, société), de "Trois raisons de manger moins de viande" aux composants toxiques des smartphones. TF1 One, quant à lui, joue plutôt sur l'info positive, avec un ton parfois léger, des références à la culture pop et la culture geek,, grâce à l’association de TF1 avec son partenaire djeuns MinuteBuzz. Monkey promet des vidéos de décryptage en trois minutes.

De leur côté, les acteurs traditionnels de la presse - voire du petit écran - gardent un œil sur ces innovations en provenance du web. TF1, réactif, s'est déjà lancé sur ce format de la l'info vidéo via TF1 One. Les grands tide presse, déjà dotés de rédactions web puissantes, comptant parfois plusieurs dizaines de journalistes web, ont déjà pris le pli. Le Figaro, sur sa page Actualité en vidéo. Il y privilégie d’ailleurs les actualités qui buzzent sur le web. Le Monde, qui a déjà poussé jusqu'à structurer sa page Vidéos en plusieurs parties, entre ses émissions, sa revue du web, des éclairages, et des reportages. A suivre...

dimanche 7 juillet 2013

Le slow journalism, prendre le temps de ralentir

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Il y a l'édito de Michel Denisot pour le premier numéro de Vanity Fair en VF. Où il proclame que "là où le temps s'accélère, Vanity Fair vous propose le temps de ralentir et d'aborder différemment la vision du monde qui nous entoure". (Certes, il faut avoir le temps: ledit édito se trouve page 43, après une floppée de pubs ;). C'est sûr, "il faut du temps et de la distance et c'est aujourd'hui un luxe dans la presse", Vanity Fair, un des lancements de mags les plus attendus cette année, serait-il la dernière incarnation en date du slow journalism ? Denisot nous promet dès l'édito des "histoires captivantes au long cours": et de fait, mis à part les nombreuses rubriques qui rappellent celles de GQ et autres mags branchés ("les minutes de l'info futile", les festivals estivaux...), on arrive ensuite à des sujets parfois d'une dizaine de pages (disons 5/6 une fois que l'on ôte les pages de photos): entretien avec le majordome de Liliane Bettancourt, atelier d'un faussaire allemand, interview-fleuve de Scarlett Johansson, magnifique retour sur les Bains-Douches par Eric Dahan (quand on le lit, on y est)... Le ton y est souvent détaché, chic, parfois désinvolte, un peu snob, avec l'écriture divine de certaines plumes.

C'est en tous cas un des rares exemples de magazines où il y a encore des papiers longs, même si l'on n'atteint guère la longueur (et la subtilité dans l'écriture) dont le New Yorker et The Economist sont coutumiers. Et si prendre le temps d'enquêter, devenait un luxe qui permettrait à la presse écrite de se distinguer, face à l'écume d'infos balancées presque en temps réel sur les médias en ligne, à l’information en temps réel, les articles courts et aux notifications push sur mobile ? C'est le slow journalism, concept autour duquel se greffent plusieurs nouveaux projets de médias.

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Même un des meilleurs quotidiens actuels, le New York Times, s'est y essayé : le 20 décembre dernier, il publiait Snow Fall, un article titanesque, publié en 6 chapitres, et portant sur un sujet plutôt décalé : l’histoire d’un groupe de skieurs qui, l’hiver précédent, avaient été pris dans une gigantesque avalanche à Tunnel Creek, dans l’état de Washington. Au menu: des dizaines de milliers de signes, mais aussi des vidéos, sons, animations et infographies, grandes photos... Et au passage, le résultat de 6 mois de reportage, une équipe de 17 personnes mobilisée… Et plus de 3 millions de visiteurs-lecteurs de ce récit multimédia.

Cette idée de prendre le temps pour raconter, on l'a vue ressurgir dans la floppée de mooks (ou magbooks) lancés ces derniers mois, dans la lignée de la revue XXI : des revues bimensuelles ou trimestrielles, où le papier glacé et la maquette soignée s'y prêtaient d'autant plus. Mais on la retrouve dans plusieurs des projets journalistiques les plus intéressants du moment.

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Il y a notamment le nouveau mensuel Au fait, qui se revendique "média lent". Lancé le 25 avril dernier par Xavier Delacroix, journaliste passé parla BBC dans les années 80, et les RP, qui compte dans son comité éditorial des pointures telles que Bernard Poulet (ex-L’Expansion) et Patrick Blain (ancien du Parisien). Après avoir levé près de 400 000 euros, il a donc lancé son titre, décliné sur papier, tous les mois, et sur tablette. Un magazine sans pub (qui, à ce titre encore, se rapproche des mooks), vendu 7,90 euros le numéro (tout de même...); qui vise l'équilibre à 15 000 exemplaires.

Place ici, donc, au long : pour les articles, interviews, dossier au-delà des écumes de l'actualité. Avec pour particularité que Au fait n'en vient "aux faits", en profondeur ,que sur deux sujets par numéro - d'où sa couv' subdivisée en deux. Au menu ici, 47 pages sur le "système" HEC, "fournisseur officiel d'élites", et des articles qui n'hésitent pas à pointer ses faiblesses: le très faible nombre d’étudiants boursiers, la consanginuité des admis, le manque d'anticipation de l'école quand à la crise... Dans une seconde partie, longue interview de Zungmunt Bauman, sociologue non conformiste, qui donne sa vision de la société, de la religion ("l'expression des limites de l'être humain") à Facebook (où "les citoyens livrent volontairement toute leur intimité (...) Il a déjà collecté plus de secrets que n'avaient pu le faire tous les services d'espionnage et toutes les polices politiques de toute leur histoire"). Illustrations a minima, quelques rares photos: le concept est exigeant. Reste à voir si le lecteur accrochera...

Le Quatre Heures, slow info + grand reportage en ligne

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Mais il y a aussi la revue Le Quatre heures, projet de fin d'études d'étudiants au CFJ de Paris. L'idée : Chaque mercredi, à 16 heures pile, il propose sur son site un reportage multimédia, qui, dans la lignée des webdocus, mêle texte, photo, vidéo et son, en plein écran. Sur la page d'accueil du site, les étudiants revendiquent d'ailleurs de vouloir "faire du Quatre Heures le premier média français de slow info qui réconcilie web et grand reportage". Ils annoncent que le site, en version beta, durera six semaines, avant une version définitive prévue pour 2014.

Il y a également ce superbe projet de media néerlandais, De correspondent, comme j'en parlais dans cette enquête, financé par une jolie opé de crowdfunding: lancé par le journaliste allemand Rob Wijnberg et le designer Harald Dunnink, fondateur de l'agence digitale Momkai, ce média totalement digital, décliné sur Internet, mobile et tablette sera proposé par abonnement, pour 60 euros par an, il n'inclut à priori pas de publicité dans son modèle. De fait, les 17 000 crowdfunders ont préfinancé cette publication en prenant chacun un abonnement.

Des projets de slow journalism qui sonnent comme des répliques à l'ère de l'immédiateté, de la "fast information" en quelque sorte, où une actu chasse l'autre, phénomène dopé par Twitter. A l'heure où bon nombres de médias rivalisent ainsi d'"exclus", et il n'est pas rare qu'une info partagée sur Twitter se voie rapidement tancée d'un #old.

mardi 22 mai 2012

Robot-journalisme: y a-t-il un humain derrière cet article ?

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Des prévisions de résultats de plusieurs sociétés, sur l'actualité boursière d'Abercrombie & Fitch, Limited Brands ou encore Saks, publiés sur Forbes.com, dans un style très factuel, que n'auraient pas dénié les agences AP ou Reuters, signés... par un certain Narrative Science. Et écrits par un robot, ou plus exactement par un algorithme complexe. Bienvenue dans l'ère du journalisme du futur ?

En tous cas, ces prémisses en ont fait frémir plus d'un, alors que l'annonce, la semaine dernière, a fait bruisser la Toile, bien plus que les médias traditionnels - pas vraiment surprenant, on y reviendra. Car oh Gosh, le vénérable Forbes a lancé une petite bombe en recourant le premier à cette étrange signature, comme le relevait le Guardian. Narrative Science, c'est donc le nom d'une start-up basée au nord de Chicago, fondée en 2010 par Larry Barnbaum et Kris Hammond, spécialistes en intelligence artificielle ET journalistes - leur double spécialité n'a absolument rien d'anodin.

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Concrètement, cet algorithme met en forme des données - puisées dans des résultats sportifs, rapports financiers de sociétés... - "enrobées" avec un corpus de mots, de tournures de phrases et d'expressions fréquemment employés par des journalistes. En clair, ce logiciel "transforme des données en article, de telle sorte que le résultat soit indiscernable d'un article écrit par un journaliste", résume la société sur son site Internet.

Certes, l'activité de Narrative Science n'est pas tout à fait nouvelle : la start-up, née en 2010, commencé ses activités sous le nom Stat Monkeys, avec un robot qui reprend les scores de matchs sportifs pour en faire des dépêches, de manière très élaborée, comme le décrivait alors Le Monde:

Pour déclencher Stats Monkey, il suffit qu'un humain lui indique quel match il doit couvrir. Une fois lancé, il travaille automatiquement de A à Z. Il commence par télécharger les tableaux chiffrés publiés par les sites Web des ligues de base-ball, et collecte les données brutes : score minute par minute, actions individuelles, stratégies collectives, incidents... Puis il classe cette masse d'informations et reconstruit le déroulé du match en langage informatique. Ensuite, il va puiser son vocabulaire dans une base de données contenant une liste de phrases, d'expressions toutes faites, de figures de style et de mots-clés revenant fréquemment dans la presse sportive. Il va alors rédiger un article.

Les choses ont évolué depuis. D'après le New York Times, Narrative Science compterait une vingtaine de clients, mais dont peu osent encore révéler leur identité, exceptée, par exemple, la chaîne de télévision sportive américaine The Big Ten Network, qui y recourt pour couvrir davantage de compétitions locales.Elle compte aussi une grand société de fast food, pour "réadapter" en rapports mensuels les résultats des franchises.

Et ce n'est pas fini: d'après cette passionnante enquête de Wired, la start-up, qui compte une trentaine de salariés, a son appli iPhone, GameChanger, qui convertit automatiquement sur l'iPhone du client les résultats d'un jeu sportif en article. Mieux, Narrative Science permet à ses clients de personnaliser le ton, l'angle de leurs articles. Brrr...

Journalisme Web

Rien de bien surprenant que ce soit l'univers du Web et des media sociaux qui se soient intéressés le plus près, la semaine dernière, à cette initiative de Forbes. Car après tout, le journalisme Web est le premier concerné par cette mutation potentielle. Dans les rédactions Web, on apprend déjà (Google dispense des formations en la matière..) comment écrire des articles adaptés au référencement par les moteurs de recherche (et une bonne audience) : placement des mots-clés en tête d'article, utilisation d'outils tels que Insights for search pour voir quels mots-clés ressortent le plus dans les moteurs de recherches par périodes, de Keyworld Tool pour mesurer l'impact potentiel d'une thématique...

Dans la foulée, un peu comme les data journalistes, de nouveaux métiers émergent, les "meta writers", des "journalistes confirmés qui ont conçu un ensemble de templates, et travaillent avec des ingénieurs pour identifier des "angles" variés à partir des data", d'après Wired.

Assurément, l'utilisation au grand jour de Narrative Science par Forbes vaut caution. Et ouvre une brèche. On imagine les perspectives vertigineuses... Déjà, parce que Narrative Science entend s'intéresser à d'autres secteurs, qui reposent sur de solides bases statistiques: le sport, mais aussi la finance, l'immobilier... Ensuite, cet algorithme est d'une efficacité diabolique: il lui faut moins de deux minutes pour produire - j'écris bien produire - un article. Sans compter bien sûr, le coût modique (10 $ les 500 mots dans les chiffres cités). Bref, les robots travaillent beaucoup plus vite, moins cher... et sans revendications, forcément.

D'autres start-ups proposent des services similaires: MarketBrief convertit automatiquement des données boursières en articles, Stat Sheets, rebaptisée Automated Insights, est aussi spécialisée dans le sport. En France, la société Opta , spécialiste des statistiques sportives, a conçu pour RTL un "générateur" de flux automatiques de commentaires pour suivre les matchs de Ligue 1, comme le dévoilait Stratégies en début d'année dans cet article, sous la plume de ma collègue Delphine Soulas.

Tout cela au détriment, évidemment, de certaines bases journalistiques: vérification et recoupement de l'information, caractère exclusif de celle-ci, mise en scène attractive du sujet...

Bien sûr, on joue en quelque sorte à se faire peur. Ce sera un peu compliqué pour ces algorithmes de générer des interviews, mais Frankel prétend déjà que Narrative Science peut produire 20% du contenu des journaux, alors que "de plus en plus de data sont disponibles. S'il y a des data, on peut raconter une histoire", affirmait-il à Wired. Il compte d'ailleurs sur les communautés de fans - geeks pour enrichir ces bases de statistiques. Et pourquoi pas décrocher un jour le Pulitzer, provoque-t-il.

Mais peut-être que cela ouvre d'autant plus la voie à une scission entre un journalisme à deux voies, entre d'une part une offre abondante et gratuite d'articles très factuels, et d'autre part une offre premium, voire luxueuse, de reportages et d'enquêtes fouillés, très écrits, dans la lignée du journalisme à l'état sauvage que revendiquent les héritiers de Hunter S. Thompson.

lundi 13 juin 2011

L'"écriture" Twitter, nouvelle source d'inspiration pour la presse écrite

Tweets-chroniques, tweets du jour (ou de la semaine / du mois, au choix), et même tweet-interview.. C'est incroyable à quel point Twitter est devenu une source d'inspiration pour la presse écrite depuis quelques semaines. Bon bien sûr il y a eu une floraison d'articles pratiques ("On vous donne les clés" sur Europe1.fr, "Mode d'emploi - Le tweet c'est chic" dans Elle il y a 15 jours...) sur ce formidaaable outil qu'est Twitter, plateforme de micro-blogging qu'ont découvert nombre de journalistes lors de l'affaire DSK, qui a consacré Twitter comme canal d'information immédiate. Ou à propos de son impact sur les pratiques journalistiques.

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Mais aussi, des formats de rubriques commencent à fleurir dans la presse écrite, qui s'imprègne inévitablement des pratiques issues du Web. Gadgets éditoriaux (ou de maquette) ou simple tendance de la presse écrite à s'approprier un des phénomènes de mode web du moment ?

Il y a quelques semaines, j'ai tilté en découvrant le "tweet du jour" en der des Echos, où sont aussi présentés quelques papiers et billets à lire sur son site Web. Ou comment résumer en un tweet une actu qui a fait du bruit sur la Twittosphère. La démarche a du sens: c'est à l'occasion du reliftage de la maquette du quotidien qu'a été créée cette mini-rubrique. Sur cette dernière page, très lue (avec notamment un Crible éco et un portrait brossé chaque jour), "je me suis dit qu'on ne pouvait pas seulement mettre en avant l'actu du site, comme c'était déjà le cas avant, mais aussi ce qui se passait sur Internet. Après tout on fait bien une revue de presse étrangère, pourquoi pas le web, les blogs, etc?). Bref j'y ai mis une info par jour sur un bon sujet repéré ailleurs et j'ai cherché un autre type d'info, + originale, d'où cette idée d'un tweet sélectionné chaque jour", m'explique François Bourboulon, rédacteur en chef des Echos.fr.

Des reprises de tweets qui alternent annonces, infos factuelles et petites phrases très Lol, émis alternativement par des twittos pas ou peu connus et des "people" de la Twittosphère ou du Web (bon, j'aurais tendance à voir une certaine surreprésentation de ces derniers ;). Avec pour principe de retenir "des tweets se suffisant à eux-mêmes, c'est à dire ne nécessitant pas de cliquer sur un lien pour les comprendre (sur le print, ce serait un peu compliqué)", explique François Bourboulon. Extraits: "La mort de Ben Laden a généré 1.694.000 réactions en ligne contre 1.203000 pour le #RoyalWedding" (@Kriisiis, 6 mai 2011), "#frenchrevolution à la Bastille : 60 manifestants selon la police, 1.000 tweets selon les organisateurs" (@pascalriche, 26 mai), "The British Goverment want us to move LeWeb to London next year for the Olympics should we do it ?" (@loic, 8 juin), "Plus fort que le tweetclash : pour gagner 250 followers en 24h, change de travail" (@ronez, 9 juin - on apprenait alors sur Twitter son passage de Arte.tv à Radio France)...

De fil en aiguille, via un hashtag dédié, #tweetdujour, la rubrique a pris vie sur Internet, étant relayée par la community manager des Echos sur Twitter, et même, depuis début mai, sur le site des Echos via un blog dédié, qui les répertorie. " Le + sympa, c'est quand le twitto scanne la rubrique du print et rebalance l'image dans Twitter", pour François Bourboulon. La boucle est bouclée...

Un peu dans le même genre, à l'occasion de sa nouvelle formule, L'Express s'est aussi offert un "Tweet express" (avec heure et date précises) en bas de sa page d'indiscrets médias gérée par Renaud Revel. Donc là, on publie sur papier un tweet maison chaque semaine.

Tweet-chronique chez "Be", tweet-interview chez "CB News"

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Repéré via @vincentglad

Twitter, c'est branché. Pour tenter d'"en être" à sa manière, l'hebdo féminin Be (que l'on apprécie ou pas - vous connaissez mon point de vue depuis ce billet ;) a lancé récemment une nouvelle rubrique sur une demi-page, sobrement intitulée "Les 10 tweets de la semaine - Le best-of de notre chroniqueur 2.0 en 140 caractères". De fait, chaque semaine, le féminin publie une sélection de tweets (et le "twitpic hebdo" - photo prise chaque semaine avec un people) de Mouloud Achour @mouloudachour), chroniqueur comique qui officie par ailleurs chaque soir dans "Le Grand Journal" de Canal + (interviews résolument Lol, parfois drôles). Pratique: on connaissait les chroniques tenues dans la presse mag par des journalistes ou people de la télé... Ledit titre s'offrant ainsi une signature connue. Là, on voit apparaître le concept de chronique-express qui ne nécessite même pas un travail éditorial : Mouloud Achour a juste à reprendre certains de ses tweets pour en faire une "chronique" papier. CQFD.

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Et comme Twitter c'est décidément très in, on a même vu apparaître la première... Tweet-interview, dans la nouvelle formule de CB News (désormais publié sous forme de mensuel), avec pour invité - original et inattendu sur ces sujets ;) - Loïc Le Meur."Les meilleures réponses sont les plus courtes", résume le chapô de cette interveiw un peu particulière. Le concept: 15 questions et des réponses qui tiennent en 140 signes. Résultat: une interview un peu zapping qui balaie tour à tour Seesmic, le Web '11, Hadopi, l'antienne des "blogueurs influents", la vie à LA...

lundi 16 mai 2011

Affaire DSK : Twitter 1 - TV 0, immédiateté, émotion, approximations

Un fait presque sans précédent. Ces dernières 36 heures, Twitter a supplanté les dépêches, la radio et la TV, traditionnels relais d'info immédiate. Dès dimanche au petit matin, l'info a fait l'effet d'une bourrasque: Dominique Strass-Kahn, président du FMI, un des potentiels présidentiables socialistes les plus prometteurs, venait d'être arrêté pour agression sexuelle dans un hôtel à New York. Une information dévoilée presque en temps réel sur Twitter, à peine DSK interpellé à bord de son avion Air France en partance pour Paris.

Viralité de l'information

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Le tweet qui a agité la tweetosphère (et les noctambules français) dès la nuit de samedi à dimanche, c'est Jonathan Pinet qui l'a lâché. Ce qui n'a pas manqué de susciter, dès lors, des rumeurs de manipulation : le jeune Franco-Canadien, étudiant à Sciences Po, est par ailleurs militant aux Jeunesses Populaires. Voire: prévenu par un ami new-yorkais, il publiait ce tweet à peine une heure après l’arrestation.

Mais clairement, Twitter s'est imposé comme un outil de veille et de viralité. Il permet à tout un chacun - journaliste ou pas - de publier l'info du jour en temps réel, sans filtre, et ce avant même les plus grands médias. En quelques minutes, en une poignée d'heures, tout le monde était au courant sur Twitter et Facebook, sur la Toile, avant que les chaînes de télé et les radios ne s'emparent à leur tour du sujet. Avec l'immédiateté de l'enchaînement, la vitesse de la chute de DSK n'en paraît que plus vertigineuse.

Une viralité hors-médias, qui déplaît à certains de la garde rapprochée de DSK. Dimanche soir, missionné par les conseillers de DSK à Euro RSCG au 20 heures de France 2, Jean-Marie Le Guen, un des plus proches de DSK, ne peut s'empêcher de lâcher : "il se passe de choses parfois un peu bizarres sur le web"... Raccourci anti-Web qui pourrait sembler délicieusement suranné dans un autre contexte.

Effet à double tranchant

Un outil d’information, et aussi le lieu de débats, tout comme Facebook, au sujet des rumeurs de manipulation… Durant 24 heures, Twitter, tout comme Facebook, a été le relais en temps réel des multiples informations publiées par les médias - la presse US surtout. Classique.

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Mais ce lundi après-midi, on a franchi un cap supplémentaire. DSK est convoqué devant le juge, les caméras sont interdites d'entrée - dans un premier temps - à l'audience. Qu'à cela ne tienne, une poignée de journalistes vont tweeter en direct l'audience. @valeria_e crée illico une liste Twitter avec quelques-uns des journalistes twittos : JP Balasse (@balasseNY), correspondant d'Europe 1 aux Etats-Unis, Yannick Olland de RMC, Emmanuel Duteil (@EDUTEILBFMRADIO), correspondant de BFM Radio, Jon Swaine -@jonswaine), correspondant du Daily Telegraph, Stéphane Jourdain de l'AFP (@daftkurt)... Le live-tweet, une source première et unique pour suivre le procès. Tweets de 140 signes, souvent factuels, parfois touchants, entre arguments du procureur et de l'avocat, brèves descriptions d'un Dominique Strauss-Kahn complètement défait. Jusqu'au verdict : refus du procureur de la libération sous caution de DSK pour 1 million de dollars, placé en détention préventive jusqu'au 20 mai.

Sur les chaînes de télé, Twitter devient une source par défaut pour relater la tenue du procès fermé aux caméras. Et devance les bonnes vieilles dépêches. Des tweets sont cités comme source par les chaînes d'information continue : sur iTélé, le présentateur évoque le "dernier tweet qui nous parvient..." . Au prix d'approximations, tel ce journaliste de France 24 qui source "selon Twitter"... sans donner le nom de l'auteur dudit tweet, pointe alors @gillesbruno.

De 20minutes.fr à France24, en passant par LeMonde.fr, Les sites d'information relaient abondamment le procès historique en recourant au live-tweet, un format journalistique dans l'air du temps, adapté à la couverture de ces actus chaudes, comme j'en parlais dans ce billet.

Une trentaine de minutes plus tard, une fois l'audience achevée, iTélé rediffuse les images en différé. Images en plans serrés, voyeuristes, gros plans sur le visage de DSK anéanti. Autre étape après les images de lundi matin montrant DSK sortant du commissariat de Harlem, où il avait été inculpé pour tentative de viol. Une crucifixion médiatique en temps réel, diffusée par la plupart des chaînes d'info du monde. J'apprendrai quelques minutes plus tard par un twittos, @diabymohamed, que la chaîne populaire ABC est la seule autorisée à tenir une caméra dans la salle d'audience - image rediffusée ensuite par les autres chaînes d'infos.

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La viralité et l'immédiateté de l'info telle que diffusée sur Twitter entraîne les autres médias dans son sillage. Source d'infos pour iTélé, qui, lundi après-midi, reprend illico presto un tweet présenté comme issu du compte de @Tristane_Banon , une jeune journaliste et auteure qui prétend avoir été agressée sexuellement par DSK en 2002, et avait jusque là refusé de porter plainte, dont Agoravox a opportunément ressorti l'extrait d'une émission enregistrée en 2007 avec Thierry Ardisson. Un compte Twitter authentifié par personne... mais quand même cité en direct à l'antenne, relève alors sur Twitter le journaliste Vincent Glad. Pendant plusieurs minutes, la chaîne diffuse un bandeau indiquant que l'écrivaine et journaliste a déposé une plainte contre DSK, comme le relate ensuite Arrêtsurimages.net. Quelques minutes après, plusieurs journalistes sur Twiter, puis LeMonde.fr, démontreront qu'il s'agit d'un fake, Tristane Banon n'ayant pas de compte Twitter, précise alors son avocat.

Donc les tweets ont supplanté les dépêches ce lundi soir, sous nos yeux.

Mise à jour jeudi 19 mai : évidemment je suis loin d'être la seule à avoir écrit sur ce sujet... Allez butiner chez mes confrères: la métarédaction web à l'ouvrage chez Sébastien Bailly, Erwan Gaucher qui se demande si les médias ont basculé, Benoît Raphael si Twitter est un "nouveau média historique ?", "le bruit et la fureur documentaire" chez Olivier Ertzscheid, ou encore le décryptage de la mécanique du live sur Twitter chez Laurent Dupin.

dimanche 3 avril 2011

Crowdsourcing + direct + journalisme "de bureau" = Le "live", un format journalistique confirmé

A côté des articles, billets, vidéos, chats, diaporamas, webdocumentaires et autres infographies (datajournalism oblige), il s'est imposé comme un format journalistique à part entière, prisé des rédactions web. Une consécration au bout de 3/4 ans d'existence, au gré d'une actualité internationale en plein bouillonnement - de l'Afrique du Nord au Proche-Orient, en passant par le Japon, et, ces tous derniers jours, la Côte d'Ivoire. Le live donc, entre live-blogging et live-tweet, se présente sous forme d'enchaînements de phrases courtes, où le journaliste commente en direct un événement, tout en interagissant en direct avec les internautes qui peuvent y publier leurs commentaires.

Le live, concentré des nouvelles pratiques journalistiques online

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Cela faisait un certain temps que je ne m'étais pas penchée sur les nouvelles pratiques journalistiques sur le web, et ces nouveaux formats qu'utilisent - voire créent - les médias en ligne, comme le webdocumentaire, que j'avais décrypté ici. Car les rédactions web sont les mieux placées pour inventer de nouvelles pratiques journalistiques online, mêlant des écritures journalistiques propres au web (écriture simple et factuelle, brièveté des articles, journalisme de liens avec liens hypertextes pour partager ses sources), une organisation du travail propre (avec des journalistes de permanence à tour de rôle jusque tard en soirée, les weekend, et jours fériés) une ligne éditoriale propre (culte de l'instantanéité, du grand public, voire du popu - on y reviendra), des impératifs de mise en page et d'infographie...

Une nouveau format journalistique, avec ses travers, mais particulièrement innovant, qui m'avait déjà frappée lors de mon (bref ;) passage par la rédaction de 20minutes.fr l'année dernière, clairement la rédac web qui y recourt le plus, sous diverses déclinaisons. L'occasion était rêvée pour décrypter ce format du live, un concentré de compétences parfois d'un nouveau type que revêtent les rédactions web. Un format également révélateur des nouvelles pratiques des internautes: ils vont sur des sites d'info pour suivre des événements en direct lorsqu'ils sont au bureau, et interroger en direct le journaliste qui le "couvre". Le soir, ils commentent depuis leur laptop ou leur smartphone une émission qu'ils suivent sur leur téléviseur.

Le Monde a frappé fort en ouvrant un live de cinq jours, du 14 au 17 mars, pour couvrir les événements au Japon. Cinq jours! Imaginez: durant cinq journées d'affilée, des journalistes se sont succédés pour assurer la couverture en permanence des événements au Japon. Une première dans les pratiques liées à cet outil, le live - quitte à en essuyer les plâtres, en comme l'a longuement décrypté Vincent Glad dans ce billet, reprenant André Gunthert.

Ces dernières semaines, plusieurs média en ligne ont aussi monté des lives spéciaux, autour des événements en Libye et dans le monde arabe (comme par exemple France 24, sur l'Egypte, puis la Libye), Slate France, ou encore Owni, puis à propos du séisme du Japon et la centrale nucléaire de Fukushima. Des media plus confidentiels l'ont adopté aussi, comme le site web de Jeune Afrique depuis vendredi dernier, à propos de la Côte d'Ivoire et l'entrée à Abidjan des pro-Ouattara.

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Via Vincent Glad

C'est là, à la lumière de ces soubresauts de l'actu internationale, que l'on a pu prendre toute la mesure de l'adaptabilité de ce format journalistique: complémentaire des articles en ligne et des longues enquêtes publiées sur le print, le live permet d'informer le lecteur en temps réel des bribes d'information. Comme le souligne Vincent Glad, les media en ligne y trouvent un format qui se rapproche dans sa forme des éditions spéciales des chaînes d’infos en continu qui associent les images à un bandeau défilant de breaking news, alimenté par des dépêches d'agences, "avec une insistance sur l’événementialité avec un logo 'édition spéciale'".

Pourquoi le recours à a un tel dispositif ? "Sur de gros événements internationaux, les live sont un outil assez fantastique, ils permettent de suivre rapidement et dans les détails un événement, d'agréger rapidement des sources issues d'autres médias, d'être très précis, de relativiser ou de corriger immédiatement une information", me précise Samuel Laurent, journaliste politique au Monde.fr, ex-Figaro.fr.

Et d'évoquer "tous les apports que nous donne l'audience, que ce soit en posant des questions qui nous obligent à préciser des infos, en apportant des informations locales (pour des événements comme le conflit des retraites), en donnant des liens (lives "internationaux"), des éclairages techniques spécialisés (Fukushima...) et même de l'information brute lorsque les personnes sont sur place (Tunisie, Egypte...). Il y a un travail à faire pour vérifier l'info, évidemment, mais l'apport est fantastique".

Flux d'infos, crowdsourcing, articles évolutifs

Le live, c'est donc un flux continu d'infos, de l'ordre des infos factuelles ou des commentaires, publié sur un outil de publication ad hoc. Le journaliste publie donc en direct des infos concernant un événement, très souvent à partir d'un direct en télé, via une chaîne généraliste ou d'infos continues. D'autres media, comme Owni, l'utilisent surtout pour partager des ressources - articles, blogs, vidéos.

Sur cet outil de publication "ouvert", comme pourrait l'être un blog, les internautes peuvent publier en direct (donc sans modération à priori) leurs commentaires et questions, auxquels le journaliste répond, autant que possible en y ajoutant à l'envi des compléments d'infos glanées dans les dépêches, des liens hypertextes vers des articles publiés par son média sur le sujet, ou vers d'autres sources. Un flux d'infos qui constitue une sorte d'article évolutif, complété au fil de l'eau par les commentaires et compléments des internautes. Le journalisme participatif dans toute sa splendeur, assicé à une certaine transparence, et à un crowdsourcing...

Les premiers lives ont débarqué sur les sites web d'information en 2006. On en était alors encore au stade d'expérimentation: la technologie était encore lourde. Du côté du Figaro, "les journalistes de sport24 devaient utiliser un back office spécifique aux live, qui étaient des modules javascript assez pénibles. A l'époque, il y avait les chats du Monde.fr ou de 20minutes.fr où l'on utilisait des technologies pour faire du temps réel, mais elle était peu employée ailleurs et pas pour faire des suivis d'actus", me raconte Samuel Laurent. CoverItLive, l'outil maintenant utilisé par la majorité des rédacs pour monter des "live", n'existait alors pas.

Après 20minutes.fr, LeFigaro, puis leMonde.fr, d'autres médias en ligne l'ont adopté. Marianne2.fr (par exemple ici pour les Européennes de juin 2009 - où l'on observe que le live n'est pas ouvert aux commentaires extérieurs)

Sport, TV réalité, politique...

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Les thèmes concernés ? Depuis quelques années, progressivement, 20minutes.fr l'a étendu à divers sujets: du sport à des actus politiques, en passant par l'international, et bien sûr des émissions de télé-réalité trash. Le Figaro.fr, lui, s'est toujours cantonné à l'actu sportive. En 2006, c'est à la faveur du rachat du site Sport24.fr que le groupe Figaro y a lancé ses premiers lives sport.

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Chez 20minutes.fr, le sport s'imposait d'emblée: c'est l'un des thèmes qui génère le plus d'audience sur le site d'informations de 20 Minutes (à côté des sujets people, télé, et des faits divers). Durant des matchs-clés (de foot et rugby essentiellement, mais le basket et le tennis s'y prêtent aussi bien), un des journalistes du service sport, devant son ordi, et en regardant la rediffusion en direct à la télé, devient commentateur sportif sur le web. Après avoir publié un avant-papier pour annoncer l'événement, et un chapo d'introduction, il se lance dans le live, racontant en direct le match, les passes de balles entre tel et tel joueur, les réactions du public... Sans manquer d'y ajouter ses émotions, retranscrites dans le texte, ou via une typographie ad hoc (typo couleurs par exemple).

Le genre est prisé des services sports depuis belle lurette, comme le décryptent Florian Vautrin et Laure Gamaury sur Journalismes.info : "Le principal site généraliste sportif, lequipe.fr, utilise ce procédé quotidiennement pour éviter la diffusion en streaming qui est très coûteuse. Mais il n’est pas le seul à s’être lancé dans l’aventure : notons football 365, France football, rugbyrama, etc. C’est le cas également du site eurosport.fr".

Durant le Mondial de foot en été 2010, 20minutes.fr avait imaginé des compléments à ce dispositif. Notamment en faisant venir des invités de marque pour commenter certains matches: j'ai vu passer des journalistes spécialisés qui venaient commenter un live avec leur propre regard, mais aussi des people ou politiques footeux, comme Jean-Paul Huchon.

20minutes.fr a également testé, très tôt, les live des émissions de télé-réalité. Logique: le genre était en pleine éclosion sur les chaines de télé. Et c'est l'occasion rêvée de traiter du people trashy, gros vecteur d'audience pour le site d'infos généralistes. Là, on demande au journaliste - pas forcément spécialisé en médias, mais doté d'un semblant de culture télé - de commenter en direct le déroulement de l'émission, les personnalités des participants à l'émission. Pas besoin d'analyse pointue, juste du commentaire léger et déconnant, pour être dans le même mood que l'internaute...

Le format se prête aussi très bien à la couverture d'événements politiques: soirées électorales, discours, meetings, émissions politiques... "Le format est très efficace pour une soirée électorale, il permet de suivre le fil des déclarations, réactions, chiffres qui tombent de toute la France... Pour une émission ou une interview présidentielle, par exemple, on tente généralement de fournir à la fois le verbatim des propos tenus et de décrypter rapidement, de vérifier les chiffres donnés, de fournir du contexte à telle ou telle annonce... En politique aussi, la participation de l'audience fait l'essentiel de la richesse du live. D'une part elle peut elle aussi apporter des précisions ou du contexte, d'autre part elle peut réagir et nous poser des questions", estime Samuel Laurent.

"Journalisme de bureau"

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James Nachtwey; photoreporter

La quintessence du journalisme web: ce format permet de restituer de manière incroyablement vivante un événement, une actualité immédiate, de le faire vivre à l'internaute, avec offrant une grande variété de registres, entre info factuelle et commentaire (sérieux ou total déconnant, selon le sujet traité.

A défaut de voir le grand reporter sur une zone de conflits raconter, images à l'appui, sur une chaîne de télé, ce qui se passe, l'internaute peut "vivre" l'info en direct, poser des questions au journaliste, qui lui apportera ses infos et son expertise sur le sujet. Cet exercice journalistique requiert des compétences d'un nouveau type du côté du journaliste: ultra-réactivité, bonne expertise sur son sujet (du moins dans le cas d'actus pointues: actu internationale, politiques, ou encore scientifique dans le cas de Fukushima) pour pouvoir répondre en temps réel aux questions des internautes, et aussi capacité à adapter son ton (son "angle" dans un sens) au ton de l'actu commentée - et des internautes.

Accessoirement, il consacre le "journalisme de bureau" qui se pratique de plus en plus dans les rédactions, par économie, et pour faire face aux manques d'effectifs. Dans certains cas, le journaliste "live" parfois en direct depuis l'événement (conférence de presse, Assemblée Nationale...), mais dans les effets, en général, grâce aux diffusions télé en direct (surtout sur les chaînes d'information), il "live" souvent depuis son bureau, en regardant le direct depuis un des écrans télé disséminés dans la rédaction. Revers de la médaille, l'info risque d'y être schématisée, à du consommable, de l'écume, au détriment de l'analyse.

Autre grain de sable, un tel dispositif qui met l'accent sur le caractère exceptionnel de ces actus, les met en scène, crée la surenchère dramatique (par rapport aux autres médias), leur donne un côté (trop ?) spectaculaire.

dimanche 17 octobre 2010

Le journalisme de demain, entre news brutes, "chaudron participatif" et info à haute valeur ajoutée?

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Je suis passée mercredi aux Entretiens de l'information, une journée de réflexion autour de l'évolution du journalisme à l'INA, organisée par Jean-Marie Chrron, sociologue des médias, qui m'y avait gentiment conviée. J'avais envie de revenir sur plusieurs points de vues émis ce jour-là. Vous trouverez aussi un compte-rendu très fidèle chez mon confrère Cyrille Frank (aka @Cyceron) qui, lui, a courageusement assisté à toute la journée de débats :)

Premier sujet abordé, les effets de la crise sur l'organisation du travail des journalistes. Les symptômes décrits par Olivier Da Lage (SNJ, ancien président de la Commission de la Carte de presse) étaient loin de m'être inconnus: avec en particulier le développement des contrats groupe au détriment des contrats de travail rattachés à un seul titre, si jamais le titre de presse (« produit ») disparaît. Un confrère m'avait raconté, il y a quelques mois, avoir signé un "contrat Hadopi lors de son embauche, par lequel il s'engageait à signer des articles pour les titres du groupe de presse qui venait de l'embaucher...

News brutes, chaudron participatif, ou journaux à haute valeur ajoutée

Inévitablement, on en est arrivé à l'évolution des contenus journalistiques en eux-mêmes. Pour Frédéric Filloux (ex-20 Minutes, co-fondateur de la newsletter Monday Note), le premier effet kiss cool de l'économie de l'Internet telle qu'elle s'esquisse, c'est la disparition (relative) de la notion de droit d'auteur en ligne. Je suis content quand je vois que le Washington Post me reprend dans ses colonnes... Mais il y a 20 ans le Washington Post aurait donné un deal, un droit de reproduction. Maintenant, quand est repris par le Washington Post gratuitement, on est payé en notoriété.

Pour lui, trois manières de traiter l'info sur Internet - et donc trois modèles - s'ébauchent :

- le traitement brut de l'info (Commodity news), qui est devenue une sorte de matière première, recueillie avec des moyens électroniques, où la technologie sert l'utilisateur. Les infos sont mises à disposition sur Internet, sur Twitter, très rapidement. On pense par exemple aux photos du crash aérien de l'Hudson River, au printemps 2009, publiés 18 minutes après sur Twitter, avant même les agences de presse. Là, c'est l'instantanéité de l'info qui compte.

- Chaudron participatif : le critère premier n'est plus l'exactitude de l'info, mais la résonance, le buzz, faire réagir les lecteurs. Ce qui renvoie bien sûr à nombre de sites d'info grand public, où l'actu qui fait le buzz - ou mieux, la polémique - devient le fait du jour à traiter le plus vite possible, car susceptible d'alimenter les clics, et les commentaires. Et de dézinguer, non sans provoc', le modèle Huffington Post, et les projet de HoffPost de gauche ou de droite qui fleurissent en France. Car si le succès du HuffPost est certain, dans les faits, c'est un système de pillage absolu, avec quelques blogueurs vedettes payés, et 6 000 non rémunérés, mais trop contents d'être repris. CQFD.

- Mais tout n'est pas perdu, le vrai refuge du journalisme pourrait résider dans des niches qualitatives mais à audiences très faibles : ce vers quoi tendent la plupart des journaux. Le New York Times, le Washington Post... vont sûrement se replier sur un petit segment raisonnablement profitable.

On imagine facilement qu'en misant sur leur image de marque, ces médias vont capitaliser sur des sites payants avec de l'info à haute valeur ajoutée accompagnés d'une publication papier (à fréquence plus réduite puisque les quotidiens papier auront inévitablement disparu), le tout destiné à un lectorat âgé, aisé, cultivé. Ou comment l'info de qualité risque de devenir d'autant plus élitiste...

Fin annoncée des médias d'informations généraliste ou recomposition ? Le cas du Télégramme

Question intéressante, un peu fourre-tout... Bien sûr, on pense aux Médiapart et autres Rue89 comme égéries d'un nouveau modèle de médias en ligne, pas encore rentables (et taclés assez sévèrement par Manu Paquette dans L'Express cette semaine).

Mais un média old school comme le quotidien régional breton Le Télégramme teste, lui,, de nouvelles recettes. Comme le gâteau des recettes des petites annonces lui a échappé ces dernières années au profit du Web, qu'à cela ne tienne, il bascule vers d'autres sources de revenus. Avec une diffusion à 200 000 exemplaires et un fort enracinement local, notre modèle éco est classique, combinant vente journaux + pub, qui nous génèrent à peine 1/3 des recettes, voire moins. Mais nous avons connu une stagnation des revenus pubs et abonnements, et dû basculer vers d'autres sources de revenus, précise Hubert Coudurier, patron du Télégramme.

Du coup, il a développé de nouvelles sources de revenus: on organise des courses comme la Route du Rhum. On a racheté RegionsJob, n°3 dans offres d'emplois en ligne derrière Monster. Ces diversifications représentent 1/3 des revenus du groupe.

Le quotidien régional tente aussi de s'adapter à l'évolution des modes de consommation, le Journal a basculé sur le Net à partir de 1996, il sera sur l'iPad via une appli commune ouverte avec d'autres éditeurs de PQR, et va carrément devenir opérateur mobile dans les semaines à venir. Une déclinaison surprenante...

jeudi 30 septembre 2010

Le mythe de la "niche fiscale" des journalistes - et leur baisse de pouvoir d'achat

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(Photo vintage inchangée depuis ma première carte de presse - il y a 10 ans ;)

L'abattement fiscal dont bénéficient les journalistes est-il un privilège d'un autre âge, contraire à toute démocratie, qui devrait prendre fin ? Plusieurs gouvernements ont rêvé, tour à tour, de faire sauter ce "privilège" journalistique. Comme le rappelle mon confrère Hugues Serraf dans ce billet.

Et cette fois encore, il semblerait bien que le gouvernement ait décidé de faire marche arrière. On n'y a pas échappé: en plein débat sur les niches fiscales, et le "coup de rabot" annoncé de 10%, le gouvernement a laissé entendre, à plusieurs reprises, que l'abattement d'impôt sur le revenu dont bénéficient les journalistes serait lui aussi concerné.

Et le ministre du Budget François Baroin de lâcher, perfide, que les journalistes devaient "contribuer à l'effort comme tout le monde". Une manière d'assimiler l'abattement fiscal du journaliste à une niche fiscale, au même titre que celles dont bénéficient quelques centaines de professions - producteurs de truffes, restaurateurs, chauffeurs de taxi, arbitres de football...

Le mythe du "rabot fiscal" des journalistes

Joli amalgame, mais totalement faux. Jusqu'à présent, l'abattement fiscal de 7 650 euros dont bénéficiaient les journalistes n'était pas considéré par Bercy comme une niche fiscale, comme l'a rappelé en réaction le SNJ. "Ce n'est pas une niche mais bien une aide directe à la presse", soulignait récemment auprès de L'Expansion.com François Boissarie, membre du comité national du SNJ, en charge des questions fiscales.

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Image Wikimedia

Historiquement, ce petit plus fiscal a été créé en 1934 pour compenser la faiblesse, voire l'absence de remboursement des frais professionnels par les éditeurs, et pour aider le secteur de la presse à se reconstruire dans l'après-guerre. Maintenant, l'"allocation pour frais d'emploi" (c'est son nom officiel) joue le même rôle: elle tient lieu "de remboursement de frais pour nombre d'entre eux", selon le SNJ . Ce qui est d'autant plus vrai pour les journalistes pigistes, qui représentent aujourd'hui 25% des journalistes.

Gagner correctement sa vie comme journaliste ?

Car c'est la vraie question en creux: est-on assuré, aujourd'hui, de gagner sa vie correctement comme journaliste ? Sans vouloir virer, par ce billet, au manifeste corporatiste, la profession de journaliste pâtit clairement d'une baisse de pouvoir d'achat, avec un niveau moyen de revenus qui n'a pas du tout suivi l'inflation, comme s'est fait fort de le rappeler le SNJ dernièrement.

Ce qui se vérifie par les chiffres. Si on prend les chiffres de 2008 (certes déjà un peu anciens - source) montrant combien gagnent en revenus mensuels bruts les 37 000 journalistes (j'arrondis) détenteurs de la carte de presse :

- Moins de 500 euros: 3

- De 500 à 1 000 euros: 187

- De 1 001 à 1 500 euros: 1 174 (3,9%)

- De 1 501 à 2 000 euros: 3 094 (10,4%)

- De 2 001 à 2 500 euros: 4 005 (13,4%)

- De 2 501 à 3 000 euros: 5 389 (18,1%)

- De 3 001 à 4 000 euros: 8 459 (28,4%)

- De 4 001 à 5 000 euros: 4 102 (13,8%)

- De 5 001 à 6 000 euros: 1 709 (5,7%)

- De 6 001 à 10 000 euros: 1 485 (5%)

- De 10 001 à 40 000 euros: 207 (0,7%)

- Plus de 40 000 euros: 10

Tout de même, plus du quart des journalistes "encartés" sont sous la barre des 2 500 euros bruts mensuels. Pas évident de vivre avec un tel revenu à Paris, où - centralisme post-jacobin oblige - la plupart des journalistes français exercent leur profession. Alors que cette semaine, Le Monde rappelait que les classes moyennes - les employés et cadres, et évidemment les jeunes actifs - n'ont plus les moyens d'acheter un logement à Paris, où les prix de l'immobilier ont augmenté de plus de 9% en un an... Puis ensuite, 18% gagnent entre 2 500 et 3 000 euros bruts.

Plus inquiétant encore, la profession semble se précariser, les journalistes-pigistes et en CDD représentent une part non négligeable des journalistes - 16,4% en 2008. Et encore, "selon certains chercheurs, ces chiffres ne révèlent qu’imparfaitement la montée de la précarité dans la profession. Certaines personnes réalisent des piges mais sans parvenir à en tirer la majorité de leurs ressources et ne sont donc pas comptabilisées. Ainsi, la CCIJP sous estimerait le nombre réel de pigistes", précise l'étude.

Soit dit en passant, en 2008, 37% des journalistes pigistes gagnaient moins de 1500 euros bruts par mois. En euros constants, le montant brut mensuel moyen des piges a diminué de 2000 à 2008, passant de 2 200,94 à 2 059,25 euros.

Journalistes-pigistes multicartes pour joindre les deux bouts

Face aux baisses des commandes et la la diminution du prix au feuillet (à titre d'exemple, plusieurs titres en ligne pratiquent un tarif moyen de 50 euros le feuillet... contre 80 à 90 euros il y a encore deux ans), les journalistes pigistes sont obligés de développer leurs activités hors-média. Certes, pour mémoire, le tarif moyen du feuillet en presse quotidienne nationale est de 60 euros le feuillet. Un confrère (qui se reconnaîtra ^^) d'un jeune média m'a même proposé récemment un article rémunéré... 40 euros. CQFD.

Certes, on a toujours vu des journalistes donnant des cours en écoles ou animant des conférences. Mais là, on observe une inflation assez inquiétante des journalistes pigistes proposant des prestations de formation, de "conseil", de cours en écoles,voire de prestations pour des entreprises, allant de la rédaction de livres blancs à celle de catalogues... Pas le choix, pour joindre les deux bouts. Des réalités multiples que l'on recouvre par des qualificatifs multiples, comme celui - très pudique et fourre-tout - de "journaliste - entrepreneur".

mercredi 29 septembre 2010

Bilan Hackthepress : un nouveau format journalistique, l'appli iPhone BD - photojournalisme

Le datajournalism fait polémique, il n'empêche, il est bel et bien en train de donner naissance à de nouveaux formats journalistiques ? C'était un des sujets au cœur de la journée HackThePress, organisée par l'équipe de la soucoupe Owni, qui se tenait hier à la Cantine, à Paris.

Au cours de cette journée, 6 équipes pluridisciplinaires (composées de développeurs, designers et journalistes) devaient concevoir une application (pour ordi, iPhone, iPad...) sur un des sujets d'actualité sélectionnés au préalable via Google News. Une battle très amicale donc, qui a bien montré en quoi ces applis pouvaient faire évoluer la manière de présenter l'info.

A la manoeuvre, Rue89, la Netscouade & Mediapart, Umaps, StreetPress, un duo d’indépendants, David Castello-Lopes et Pierre Bance, ainsi qu' OWNI.

"Expérience des profondeurs", graphe comparatif...

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Je suis passée hier soir à la présentation des applications concurrentes, qui se concluait par un vote (à main levée ;) pour désigner les gagnants. Résultat: un joli bouillonnement créatif autour du datajournalism.

Dans ces différents projets (voir la présentation en temps réel sur le fil dédié conçu par Owni, à parcourir de bas en haut), j'ai bien aimé celui de Rue89 (pour qui je signe de temps à autre des papiers): ils sont partis de l’histoire des mineurs chiliens, coincés à 700 mètres sous terre depuis le 5 août, et se sont basés sur des témoignages d'internautes, sollicités pour raconter leur "expérience des profondeurs" (du crowdsourcing donc), pour concevoir une infographie participative: il suffit de cliquer sur un des cercles pour voir un témoignage d'internaute, que l'on fait défiler en scrowlant.

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Bien aimé aussi l'appli du duo Mediapart (autre media pour lequel j'écris parfois) - La Nestcouade : ils sont partis des deux actus (buzz) politiques qui s'entrechoquaient en premières positions sur Google Actu, la quote de François Fillon expliquant que «Nicolas Sarkozy n’est pas son mentor» et le lapsus "économique" de Rachida Dati sur la fellation...

A partir de requêtes quêtes sur un corpus d’articles de 20 sites d’information et de tweets recueillis sur 10.000 comptes Twitter, ils ont conçu ce graphe de "propagation sociale de actualités".

Finalement, c'est un inconnu (mon projet préféré :) qui a remporté la mise (un Minitel ;): StreetPress.com, qui a conçu une BD-reportage multimédia pour supports mobiles. Il est vrai que la BD-reportage a le vent en poupe. Pour couvrir le sujet qu'ils avaient choisi - la fin du gel des constructions en Cisjordanie - ils ont alterné plusieurs formats : vignettes de BD, diaporama de photos, et interview vidéo. "Une manière de mettre en scène le reportage, l'info, pour le web", a résumé un des cofondateurs, Johan Weisz.

dimanche 29 août 2010

"USA Today", sa réorganisation en "cercles de contenus", ses 130 emplois supprimés...

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L'appli iPad de USA Today - source image

La nouvelle est tombée hier soir: le groupe Gannett a décidé de restructurer un des principaux quotidiens nationaux américains, USA Today, en réorganisant ses services... et en sacrifiant du même coup 130 emplois, soit 9% de ses effectifs (1 500 salariés en tout). Rien que cela. Principal motif évoqué par le groupe de presse ? La nécessité d'amorcer le virage du numérique.

Anticipation sur les nouveaux revenus issus des abonnements via les applis

Le groupe Gannett justifie cette décision radicale par la nécessité de s'adapter à l'ère du numérique. Les lecteurs lisent de plus en plus les journaux sur le Web, mais aussi sur les smartphones, de plus en plus via des applications mobiles dédiées, dans la lignée des applis iPhone, ou encore sur des tablettes - l'iPad, et bientôt sur la myriade de tablettes concurrentes qui devraient être lancées à l'occasion des fêtes de fin d'année. Autant de sources potentielles de recettes par abonnement pour le groupe.

Certes, le journal papier constitue encore l'essentiel des revenus de USA Today. Mais plus pour longtemps, estiment ses dirigeants. "Nous nous concentrerons moins sur le papier et plus sur la production de contenus pour toutes les plateformes (Web, mobile, iPad et autres formats numériques)", précise-t-il dans le document interne que s'est procuré l'agence de presse AP, cité par la journaliste Marie-Catherine Beuth dans ce billet. D'ici fin septembre, le groupe doit d'ailleurs décider s'il rend ou pas son appli iPad payante.

En creux, USA Today souffre aussi d'un effondrement des ventes de son journal papier - d'où la nécessité de trouver de nouvelles formes d'abonnement. Mais aussi de rentrées publicitaires en berne - "il a ainsi vendu 520 pages de publicité au deuxième trimestre contre 602 l'année passée à la même période", d'après AP. D'où cet argument techno/numérique assez rassurant pour faire passer la pilule de 9% (!) de suppressions de postes.

Et en France?

Une problématique qui concerne aussi de très près les groupes de presse français, notamment les quotidiens. Alors que d'après mes informations, un des principaux quotidiens français a vu sa vente en kiosques chuter de 10% depuis le début de l'année...

En tous cas, tous les groupes de presse s'y préparent déjà. Les journalistes sont déjà amenés à écrire ponctuellement pour le site web de leur titre, en plus du journal papier. Cela entre déjà dans la pratique: pour diffuser des scoops, des news inédites, quitte à ce que cela constitue un avant-papier annonçant ce qui sera publié dans leur quotidien (ou leur hebdo, ou mensuel) - une chronologie des médias assez idéale. Ils se doivent d'adapter une "écriture web" adaptée, plus ramassée, et en pratiquant le journalisme de lien avec des liens hypertextes. Est-ce que l'on verra apparaître un jour des articles ou news écrites spécialement pour être diffusées sur les smartphones ou tablettes? Ce n'est pas impossible...

Comment va se concrétiser se passage à l'ère du journalisme bi-média en France ? En presse nationale comme en PQR, certaines rédactions ont commencé à amorcer le mouvement en lançant d'ambitieux plus de formations, pour que les journalistes papiers se familiarisent avec les nouveaux formats propres au web (écriture web, mais aussi vidéos, partage de l'info via des réseaux sociaux...). Comme par exemple le groupe Express-Roularta, qui a lancé il y a quelques mois un plan de formation destiné à l'ensemble de son personnel, avec l'organisme WAN-IFRA (et les journalistes-formateurs Cyrille Frank et Cédric Motte, qui dresse ce bilan de la formation qu'il vient de boucler au sein du Groupe Express).

Cela risque aussi de générer d'importantes réorganisations des rédactions. Pour l'instant, en France, il y a encore une séparation nette entre les rédactions web et papier. Au sien des rédactions web, l'organisation est claquée sur celle du print: les journalistes sont, chacun, chargés de suivre un secteur précis (économie, politique, culture, high-tech...).

Réorganisation autour de "pôles de contenus"

Mais la réorganisation annoncée par USA Today annonce peut-être un mode d'organisation futur: là, les journalistes (bi-média, s'entend) ne seront plus répartis entre 4 départements d'information (actualité, argent, vie pratique et sport). Mais seront dispatchés entre 13 "cercles de contenus" (sic), Votre vie, voyage, actualité brûlante, investigation, national, Washington/économie, international, technologies, environnement/sciences, divertissement, aviation, finances personnelles ou encore automobile). Ces "cercles" produiront des contenus aussi bien pour les supports numériques que le support papier, détaille Marie-Catherine Beuth. Chaque newsroom ainsi créée sera dirigée par un éditeur prochainement recruté, d'après AP.

On notera déjà la novlangue l'évolution sémantique, très en vogue - et incroyablement agaçante : les journalistes deviennent des "producteurs de contenus" destinés à différents "supports" (on ne parle plus de médias).

Le découpage des rubriques à couvrir est lui aussi surprenant, peut-être symptomatique des rubriques qui réalisent le plus d'audience sur les sites web (cela se vérifie en France sur certains sites d'infos généralistes ;): l'entertainment et le côté vie pratique sont privilégiés (cf "Votre vie", "voyage", "divertissement", automobile"...) au détriment de l'actu (on compte 5 rubriques "sérieuses"). On notera au passage l'apparition à USA Today d'éditeurs (sortes de chefs de rubriques 2.0), un nouveau métier qui commence aussi à apparaître dans certaines rédactions web françaises.

dimanche 25 avril 2010

La nouvelle mue de la "soucoupe" Owni, labo d'expérimentations journalistiques (et des modèles éco qui vont avec)

"Digital Journalism. Société, pouvoirs et cultures numériques". Le slogan est simple, avec une ouverture "sociétale" évidente, bien au-delà de la high tech. Cela faisait un certain temps que je voulais en parler, et justement, ils ont lancé ce vendredi la nouvelle version de leur site, (très agréable) choc esthétique, par lequel on comprend d'emblée que l'on ne se ballade pas sur un simple site d'infos.

Owni.fr est l'un des derniers-nés dans cette nouvelle génération de sites d'information apparus sur la Toile depuis 3 ans. Qui, fait notable, sont toujours là 3 ans après... Après Rue89, Bakchich.info, Mediapart, Arretsurimages.net (présentés alors comme relevant du "journalisme participatif... notion déjà démodée depuis), ''Slate'' France en 2009, Eco89 et E24.fr (dont je parlais ici) ainsi qu'ElectronLibre, Owni.info explore lui aussi, depuis un an, les voies du "journalisme digital". Comme d'autres, il tâtonne, expérimente des voies susceptibles d'être empruntées par le journalisme de demain.

Un autre pure player de la Toile, qui, lui, a pour particularité de mêler ses productions journalistiques, écrites/filmées par son équipe, à des billets de blogs repris ailleurs (dont les miens). D'ailleurs, il se réclame clairement du "journalisme de liens".

A l'origine de ce projet, Nicolas Voisin, blogueur, qui s'est notamment distingué avec le Politic'Show, une Web TV qui suivait les candidats à l'élection présidentielle.

Engagement, journalisme de liens

Ce site hybride, fort d’un réseau de multiples contributeurs (auteurs, professionnels, chercheurs, entrepreneurs,internautes actifs, journalistes... dont moi-même ;) est né en avril 2009 en France lors de la bataille contre la loi Hadopi, engagé pour les libertés numériques, et vise à faciliter un débat public constructif, critique et technophile.

A la Une en ce moment: une itw vidéo du groupe Hocus Pocus et sa vision d'Internet, une itw de Renée, 76 ans, amatrice éclairée d'Internet, un focus sur IlPost.it, premier pure player d'info de la péninsule italienne, un focus sur Prison Valley, le webdoc du moment, un outil malin pour débusquer les images photoshopées (pardon, retouchées)...

Hybride donc, il se veut à la fois "média, réseau social et plateforme de publication", et présente une sélection d'articles et billets (tous publiés sous licence Creative Commons, donc librement reproductibles sur la Toile) pour refléter ce qui fait débat sur l’évolution de la société numérique. Texto, "Owni est un media social collaboratif sur les cultures numériques et l'avenir de l'information en réseau. Un think thank à ciel ouvert auquel participent journalistes, blogueurs, entrepreneurs, étudiants et chercheurs. On y expérimente le digital journalism et on y pense le monde qui nous entoure sous un regard critique, constructif et technophile", explique son fondateur Nicolas Voisin.

En fait, plutôt qu'un média grand public, il faut y voir un laboratoire d'expérimentation pour initiés, qui reflète une multitude de points de vues émis par ses nombreux contributeurs. A vrai dire, sa ligne éditoriale (et même la maquette du site) rappelle furieusement ses lointains prédécesseurs du début des années 2000, comme (feus) Transfert, Newbiz, Futur(e)s, et les contemporains Technology Review et, bien sûr, the master ''Wired''.

Nouveau design épuré

La nouvelle version du site, en ligne depuis deux jours, renverse les codes esthétiques des sites webs d'infos. J'en avais eu un aperçu il y a une quinzaine de jours, en voyant les storyboards placardés aux murs des bureaux de l'équipe de journalistes et geeks passionnés d'Owni, Rue de Malte à Paris.

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Pas d'accumulation de titres et de colonnes, comme ont tendance à le faire beaucoup de sites d'infos, ici, la mise est épurée, moderne. Les quelques dernières publications sont mises en avant dans des carrés, un grand rectangle flashy, vers le bas de la page, permet de valoriser quelques best-of, avec des magnifiques illustrations, entre lesquels on peut naviguer à l'horizontale. Un site qui repose sur le scrolling, donc. En bas de page sont affichés les derniers commentaires.

Pour naviguer entre les pages, pas d'onglets, juste de discrètes notifications en haut de page ("aujourd'hui", "-1", "-2", "-3", "l'hebdo", "le mensuel", "date"); Pour naviguer par rubriques, idem, le minimalisme est de mise: il y a l'actu ("On air"), les articles comportant les tags Acta (pour mémoire, Owni a été créé en réaction au projet Hadopi), "Journalisme" (ie avant tout les nouvelles pratiques journalistiques), "LOL" (ouais, il faut bien un peu de déconne), et Twitter.

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Sur les pages des jours précédents, même chose, design très recherché avec des articles et billets mis en avant par un système de carrés, eu surimpression de photos ou dessins, et un header assez remarquable pour la page Le Mensuel. Une manière de distinguer cette page de l'actu immédiate plus mise en avant sur les pages quotidiennes, nourries par le flux des billets et articles des contributeurs.

Nouvel écosystème des médias

La question qui tue pour tous ces nouveaux médias, qui expérimentent de nouvelles manière de pratiquer le journalisme : où trouver l'argent ? La pub, discrète chez ses congénères, et carrément absente des pages de Owni.

Les autres cherchent des nouvelles recettes de financement : Rue89 propose des prestations de formation, Mediapart a misé sur un modèle semi-payant (il faut s'abonner pour accéder aux contenus les plus approfondis, comme les enquêtes et reportages), tout comme Arretsurimages...

Les media old school, pour leurs sites, tâtonnent quant à lancer une dose de payant, comme Liberation.fr et LeFigaro.fr, qui se sont prudemment lancés sur le payant il y a quelques semaines L'Express.fr, qui avait annoncé fin 2009 lancer (un peu) de contenus payants

En fait, Owni repose sur la société 22mars, qui est la vraie cheville ouvrière du tout. Elle assure des prestations de conseil, créa & développement, ainsi que de formation, autour des media sociaux. Dans les détails, "l'entreprise 22 Mars, maison-mère d'Owni, a décidé d'ouvrir son capital à hauteur de 10 % à de généreux investisseurs pour lever 600.000 euros. L'opération valorise 22 Mars à 6 millions d'euros. Ce qui peut paraître un peu élevé...mais 22 Mars/Owni n'est pas une coquille vide. Avec cette levée de fonds, l'entreprise vise raisonnablement 1 million d'euros de chiffre d'affaires et une rentabilité de l'ordre de 20 à 30 % dès 2012. Ce qui semble jouable compte tenu du modèle et de l'économie de moyens (6 salariés à ce jour) du projet", comme le révèle Jean-Christophe Féraud, qui m'a devancée en consacrant un long et passionnant billet à cette nouvelle mue de la "soucoupe" Owni.

Ambitions européennes

Intéressant, Owni a des ambitions européennes. Comme l'annonce Nicolas Voisin dans ce billet, OWNI vise, à moyen terme, à faire une veille d'actu "numérique", avec bientôt "un réseau de vigies européennes", puis le lancement d'une version anglaise d’OWNI courant 2011, ainsi que le lancement international d’"OWNIeditors, l’association en cours de constitution des éditeurs d’OWNI", qui visera à obtenir des "subventions et partenariats d’ampleur transfrontalière".

dimanche 11 avril 2010

La BD, autre forme de récit journalistique

Blog brièvement laissé à l'abandon ces derniers jours, pour cause, entre autres, de changement de rédaction, de mise à jour de manuscrit pour la réédition à venir de mon livre, Tout sur le Web 2.0, de (courtes) vacances...

Là, à la lecture de ce très bon billet chez Chacaille, j'ai eu envie d'aborder une forme de récit journalistique (voire de "format") pas tout à fait nouvelle certes, mais riche, en constante évolution : la BD journalistique. Un genre riche, longtemps méconnu, qui permet de mêler l'image sous forme de dessins (voire de photos) et l'écriture, le tout avec une structure narrative qui permet littéralement de raconter une histoire au lecteur.

Certes, à première vue, cette forme de récit journalistique est moins innovante que le web-documentaire, dont j'ai notamment parlé ici. A voir, soit dit en passant, l'excellent nouveau web-doc du Monde interactif sur le sujet très tabou du handicap.

Tintin, les croquis...

Tintin

La bande dessinée liée au journalisme, c'est de l'histoire ancienne. On pense bien sûr au reporter Tintin ;) dont les reportages sont prétextes aux récits bédéesques de Hergé. Dès le début du 20ème siècle, les croquis ou caricatures publiées dans les quotidiens, tel Le Petit Journal, permettaient d'y introduire une dose de BD. Rien de tel qu'un dessin bien affûté pour résumer une actu, un angle. Ce que fait d'ailleurs depuis de nombreuses années Plantu dans Le Monde, par exemple, et bien sûr, les journaux satiriques.

Photojournalisme + BD

Mais depuis quelques années, c'est littéralement le journalisme de bande dessinée qui a pris son envol, et là, c'est excitant et prometteur. Les dessinateurs et auteurs de BD "engagés" ont ouvert le feu ces dernières années, avec par exemple la série Le combat ordinaire de Manu Larcenet, où un photojournaliste, bourré d'incertitudes, monte une expo avec des portraits d'anciens ouvriers d'un chantier naval en train de fermer.

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Le photographe, Tome 1, Ed. Dupuis

Dans un autre genre, avec sa série intitulée Le photographe, feu Didier Lefèvre a voulu témoigner de la situation en Afghanistan. En fait, c'est lors d'une mission de Médecins sans frontières que Didier Lefèvre, alors jeune photographe, part pour sa épopée photographique, dont il reviendra avec des centaines d’images, des notes et des souvenirs. Il vendra quelques photos à Libération, et l’aventure restera dans ses archives pendant une quinzaine d’années. C'est en s'associant à un dessinateur qu'il lancera cette BD journalistique.

Or là, on est vraiment à la lisière photojournalisme / investigation / récit sous forme de BD. Dans ces trois tomes, les dessins de BD alternent avec les photos, pour mettre en scène cette histoire - et celle des Afghans. L'écriture BD offre de manière assez inédite l'occasion de faire ressortir des émotions (sur les traits des personnages notamment), et de faire oeuvre de pédagogie, avec par exemple des cartes pour résumer la situation géopolitique locale. Mais aussi, et avant tout, de raconter une histoire (ce qu'attendent avant tout les lecteurs...) de manière linéaire, en images et en textes.

DLefebvre.jpg En progression dans les montagnes d'Afghanistan Photo © Didier Lefèvre.

Un genre à la lisière du journalisme d'investigation et du récit photographique, "Une photo racontant l’histoire, transportée par l’émotion tout en respectant la dignité. Notre démarche d’écriture est moins classique: Une approche différente alliant le reportage et le récit avec quelques fois une touche personnelle car nous faisons aussi partie de ce monde que l’on documente", comme le relate le blog photo Alpha Reporter.

A l'heure où l'on parle de la crise de la presse, d'un journalisme d'investigation réduit à minima faute de budget dans les rédactions, cette forme de récit journalistique ouvre des horizons inédits, aussi bien pour la presse écrite que pour la presse en ligne. Finalement pas très éloigné du gonzo journalisme, qui a beaucoup animé les débats sur la Toile dernièrement, ou le "Nouveau journalisme", où le reporter est présent en permanence tout au long du déroulement du récit, au point de se mettre au centre du récit, en utilisant le "Je" dans la narration, et en s'auto-représentant dans les dessins de BD.

En décembre 2005, dans un article de la revue Médias, Jean-Michel Boissier et Hervé Lavergne définissent d'ailleurs ce nouveau genre de BD, Le BD reportage, comme le "comics journalism" ou "graphic journalism". Et ce pour désigner "une nouvelle tribu de reporters qui ont troqué le clavier, l’appareil photo, le micro ou la caméra contre les crayons, les stylos et les encres – surtout noires. Le BD reportage (appelons-le comme ça) a ses héros internationaux : Art Spiegelman, le génie graphique de « Maus », descente hallucinée dans l’enfer des souris déportées et des chats bourreaux d’Auschwitz, et Joe Sacco, Maltais vivant aux Etats-Unis, qui publie avec un grand succès ses reportages puissants et engagés, de la Palestine à la Bosnie".

De même que des journalistes de presse écrite ou de médias audiovisuels commencent à s'associer à des photographes ou des JRI pour monter des web-documentaires, des journalistes-rédacteurs commencent, de plus en plus, à s'associer à des dessinateurs de BD pour monter des BD reportages. Charlie-Hebdo était déjà familier du genre (avec notamment Cabu). Des nouveaux-venus dans les kiosques s'emploient à briser la frontière et BD, notamment l'excellente revue trimestrielle XXI, qui publie,dans chaque numéro, des BD-reportages, qu'elle qualifie aussi de "récits graphiques". Polka Magazine, le trimestriel dédié à la photo lancé par Alain Genestar a lui aussi adopté le BD reportage.

On le sait, XXI cartonne. Car le grand public (certaines CSP, certes), est encore prêt à mettre de l'argent dans un bel objet, un journal/magazine qu'il conservera. Le genre de la BD-reportage s'y rattache parfaitement, transformant d'ailleurs l'actu relatée par ce biais en récit journalistique, intemporel.

jeudi 18 février 2010

Web-documentaires : c'est parti !

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J'en parlais il y a quelques temps dans ce billet : ces web-documentaires, qui mêlent photo, texte, sons, voire géolocalisation et blog, sont promis à un certain avenir. Ils constituent une nouvelle forme d'écriture journalistique, un pendant web du docu télé avec une dose d'interactivité.

C'est encore un format naissant, mais 2010 sera l'année de la véritable naissance du web-docu. La 5 a inauguré cette semaine, le 15 février, un portail Internet, et une nouvelle série web-documentaire intitulée "Portraits d'un Nouveau Monde". Une série financée par le groupe France Télévisions (auquel appartient France 5) à hauteur de 360 000 €.

Elle proposera tous les deux mois, durant l'année, quatre web-docus sur le site de la "chaîne verte", afin de proposer des histoires singulières sur des personnes ou des lieux, et de mieux cerner les enjeux du XXIe siècle. A chaque parution de ce volet de 24 reportages, un thème global est proposé : avec d'abord pour thème la Chine, puis s'ensuivront l'émigration, l'urbanisation, l'économie, l'écologie et le vivre ensemble.

Le reportage "Chine : superpuissance... à tout prix" propose notamment un reportage sur les concubines, ces "secondes épouses" cachées, dont l'histoire de Xiang Mengfei, devenue très populaire sur le Net chinois. Un autre web-docu' alerte sur les différents aspects du bouleversement écologique frappant le nord du pays.

Dans ces premiers web-reportages, on retrouve des signatures connues de la télé, la presse écrite ou la photo, comme la journaliste Elsa Feyner, Benoît Aquin... Les premières impressions : finalement, on n'est pas très loin du reportage télé, si ce n'est que l'on peut interagir en parcourant le docu par chapitres (bien pratique les balises...).

Sur son site, France 5 met en avant l'aspect communautaire de ses web-reportages, en incitant les internautes à laisser des commentaires et contributions. Quant aux auteurs des web-docs, ils peuvent créer leur espace professionnel en ligne pour enrichir leur programme avec des bonus, des notes d’intention, des bandes-annonces, des pépites non montées, l’interview du réalisateur ou du producteur…

Et à mon avis, ce n'est pas fini : LeMonde.fr et Arte, notamment, avaient ouvert le feu l'an dernier. Déjà, Arte Reportage signe cette année un web-documentaire sur l’Afrique indépendante, signale Afrik.com. Les écoles de journalisme commencent à monter des projets avec leurs étudiants, et les médias s'y penchent de très près. Car si l'audience sera, dans un premier temps, confidentielle, le retour sur image sera garanti ;).

dimanche 14 février 2010

"Ma région vu d'ici", des forums locaux lancés par Radio France

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Cette initiative de Radio France, dont m'a parlé le responsable, lors d'un brunch ce midi, m'a semblé tellement intéressante, et même innovante (qui plus est émanant d'un mastodonte tel que Radio France) qu'il m'a semblé intéressant d'en dire un mot ici.

Alors que les élections régionales approchent, Radio France Bleu a eu la bonne idée d'ouvrir, lundi dernier, le site MaRégionVudici. Un site qui fait l'objet d'une campagne de pub sur les radios du groupe, mais aussi, ces prochains jours, sur France Télévisions, en PQR, ainsi que dans Le Point, qui est partenaire. Il s'agit "d'une opération commune à l'ensemble des chaines du groupe , mais qui a pour vitrine logique, s'agissant des régions , France Bleu. L'opération durera 3 semaines, en amont des régionales", m'expliquait mon interlocuteur. L'idée étant donc, via la vitrine France Bleu (la radio du groupe perçue comme la plus proche des gens, moins CSP ++ que France Info et Inter), de susciter le débat auprès des internautes-auditeurs à propos de leur région : sur le patrimoine, la qualité de vie, leur rapport à leur région, son dynamisme...

En creux, cela permettra de faire remonter aux élus (ou aspirants) un succédané des sujets de préoccupations de certains internautes-citoyens attentifs. Une initiative sans précédent, par laquelle Radio France teste une nouvelle manière d'utiliser le web, avec un aspect communautaire. J'aime bien cette idée de cart e de France interactive : un clic sur une des régions permet d'accéder directement aux forums et questions soulevées par les habitants. Cette initiative n'est pas sans rappeler ce qu'expérimentent déjà plusieurs groupes de presse quotidienne régionale sur leurs sites web, comme Le Télégramme.

dimanche 29 novembre 2009

Le web-documentaire, nouvelle forme de récit journalistique

C'est sans doute un des formats journalistiques les plus prometteurs pour la presse en ligne de demain, et les plus excitants, en terme d'exercice journalistique, pour les journalistes. Le web-documentaire,qui mêle photo (sous forme de portfolio en ligne par exemple), son (audio), vidéo, et bien sûr écrit, voire accompagné d'un blog, est une forme de documentaire, donc de récit journalistique, qui exploite simultanément plusieurs ressources propres au web.

Premiers web-docus, Visa pour l'image...

Le premier, en France, qui avait fait parler de ce nouveau format était LeMonde.fr, avec "Le corps Incarcéré", sur la vie en prison en France. L'idée : on a un documentaire de 15 minutes (une durée très longue pour le web), séquencé par des tags (mots-clés) qui permettent au lecteur-internaute de s'orienter, voire d'aller directement à la séquence qui l'intéresse.

Lecorpsincarcere.JPG "Le corps incarcéré"

Cette année, le web-journalisme a fait une incursion remarquée au festival Visa pour l'image de Perpignan (où "Le corps incarcéré" a été primé : une forme de consécration, qui le situe donc à la lisière du reportage et du photojournalisme. Puis au Festival européen Les 4 écrans, qui se tenait la semaine dernière à Paris, chapeauté par l'agence Capa (dont on imagine bien, comme beaucoup de sociétés de prod' classiques, qu'elle va chercher à se positionner sur ce nouveau créneau).

PrisonValley.JPG "Prison Valley"

Les premiers web-docus ? L'un des plus attendus pour 2010 en France est "Prison Valley", un webdoc dans le couloir de la mort. "Prison Valley", co-produit par Arte.tv et Upian.com, passe au crible l'"industrie carcérale" aux Etats-Unis. Réalisé par les journalistes David Dufresne et Philippe Brault, ce docu multimédia nous entraîne dans les couloirs d'un complexe carcéral du Colorado constitué de 13 prisons, dont Supermax. A la clé, un budget de 200 000 €... et donc similaire à celui d'un docu télé classique. Un site trailer (ici, donc) et une bande-annonce en présentent déjà un avant-goût.

On devrait aussi voir arriver un web-doc sur les 25 ans de Tchernobyl, "Pripyat" (voir le blog dédié), réalisé par Bruno Masi, ancien journaliste de Libération, et le photographe Guillaume Herbaut.

Précédents

Comme le rappelle ce bon papier de L'Express, quelques web-docus ont déjà été tournés. On peut déjà voir aussi "La Cité des mortes", une enquête sur la disparition de femmes à Ciudad Juarez, au Mexique, produit en 2005 (mais pourquoi n'en n'avait-on pas parlé avant ?) par l'agence Upian.com. Outre le docu en ligne, on peut accéder à une carte interactive de Ciudad Juarez, des fiches sur les protagonistes... A signaler aussi, cet autre web-docu du Monde.fr (je suis jalouse de leur avancée dans ce domaine...), "Voyage au bout du charbon", d'Abel Ségrétin et du photographe Samuel Bollendorff (2007), qui porte sur les conditions de travail des gueules noires dans les mines chinoises.

Outre-Atlantique, je porte votre attention sur" In Shadows", un web-documentaire qui se penche sur un sujet délicat, les maladies mentales. Un docu tourné par Chris Carmichael , ancien étudiant en photojournalisme devenu journaliste multimédia complet, qui maîtrise les outils de la vidéo, le son et le web-design. Sur son site, e vous invité à découvrir ses micro-reportages (en anglais). Dont le dernier en date, In Shadows, qui traite des maladies mentales, un sujet lourd qui concerne une famille sur cinq aux Etats-Unis. Le reportage, tourné en Caroline du Nord, montre le supplice des familles concernées par cette maladie face à un système de santé inadapté.

Un modèle économique ?

Le web-documentaire est, à mon sens, un des formats les plus prometteurs pour exercer un journalisme haut de gamme sur la Toile, et proposer des sujets de fond. A l'instar de ce que tente LeMonde.fr, je rêve que l'on puisse proposer un jour, au sein du groupe de presse où je travaille, des docus similaires. Pourquoi ne pas imaginer, en éco, un portrait de boîte, de créateur d'entreprise, ou encore le process d'un produit (de sa fabrication à sa vente) retracés par ce biais ?

Reste la question qui tue : quel business model derrière ? Comme le souligne L'Express, les réalisateurs de ces docus d'un nouveau genre rêvent parfois qu'ils soient ensuite adaptés... pour la télé. Ce qui leur apporterait une visibilité et une audience plus fortes. Certains docus, comme "Prison Valley", bénéficient de subventions du CNC comme pour des docus classiques. C'est un début. Mais ensuite, il faudra forcément greffer de la pub au début ou à la fin de ces web-docus (comme c'est déjà le cas pour les vidéos sur Dailymotion ou de Wat.tv). Ou encore les rendre accessibles selon un modèle payant, à l'unité ou sur abonnement. Mais même pour des contenus interactifs haut de gamme, il n'est pas sûr que l'internaute, déjà (trop) habitué à l'info gratuite, accepte de payer...

dimanche 15 novembre 2009

Un reportage du New York Times payé par des internautes

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Cette semaine, le New York Times a publié dans sa rubrique Sciences un article un peu particulier : il retrace l'histoire d'un amas de déchets flottant dans l'océan Pacifique. Mais surtout, il est signé par une pigiste pigiste... "payée par la foule" dans le cadre d'une initiative inédite.

Les frais engagés par la journaliste Lindsey Hoshaw pour réaliser son reportage lui ont été réglés d'avance non pas par le commanditaire de cet article, le NY Times, mais par des centaines de donateurs, via Spot.Us, qui se définit comme "un projet à but non lucratif visant à être pionnier du journalisme payé par la communauté". Sur son site Internet, Spot.Us déclare d'ailleurs vouloir permettre au public "de lancer des enquêtes avec des donations déductibles fiscalement, sur des sujets importants et peut-être négligés (sous-entendu par les rédactions classiques)". A ce jour, le reportage de Lindsey Hoshaw a récolté 6 000 dollars de dons.

Un peu sur le modèle des sites musicaux où les internautes peuvent plébisciter et financer en ligne, et donc permettre aux artistes de se faire produire par des internautes (tels Akamusic.com ou MyMajorCompany), SpotUS propose aux internautes de choisir le sujet d'article (leur story favorite) qui les intéresse le plus, parmi les pitch présentés sur le site, et visiblement postés par des journalistes freelance (équivalent aux journalistes-pigistes ici). Il y a plusieurs tarifs présentés selon le type de reportage prévu (investigation, reportage sur une entreprise). L'internaute qui finance un reportage peut en connaître la progression via le blog du journaliste. C'est donc une sorte de place de marché, où l'internaute peut choisir de financer des sujets de reportages qui l'intéressent, ou qui lui semblent peu traités par les médias.

L'initiative de SpotUS me laisse quelque peu perplexe. Le NY Times surfe ainsi sur la vogue (quelque peu dépassée d'ailleurs) du journalisme participatif (dont je me souviens avoir parlé en 2007). Un site comme Newsassignment.net proposait déjà à sa communauté d'internautes de contribuer à la rédaction d'articles.

Certes, c'est un moyen de financer des reportages aux coûts (déplacements, etc) parfois élevés, surtout pour des journalistes indépendants, qui doivent habituellement avancer les frais avant de les voir (éventuellement) couverts par la rédaction qui publiera leur papier. Qui plus est, cela donne au journaliste le temps d'enquêter en profondeur. Du temps et des moyens, une denrée qui se raréfie d'ailleurs pour les journalistes dans les rédactions.

Le truc étant que le modèle de relation classique entre les rédactions et les journalistes indépendants qu'elles font travailler repose sur une commande, puis une rémunération directe par la rédaction au journaliste. Là, SpotUS se pose en intermédiaire (et prélève une commission ?). Normalement, l'article finalisé est publié sous licence Creative Commons, et donc reexploitable gratuitement par autrui. Là, le NY Times avalise ce modèle en publiant dans ses pages un article commandé et "produit" par SpotUS, et financé par des internautes.

Est-ce que l'on verra un jour ce modèle importé en France ? Où se distinguent déjà des intermédiaires entre rédactions et journalistes indépendants, comme la Nouvelle Agence Centrale de Presse (ACP), qui suscite déjà beaucoup de débats... Et vous, qu'en pensez-vous ?

Mise à jour : Quelques compléments à partir d'infos ben intéressantes que m'ont fait parvenir des internautes (que je remercie :): - Dans la lignée de Spot.US, en France, on trouve le projet Glifpix qui repose sur le même principe. Parmi ses fondateurs, on trouve un ancien rédacteur en chef du Monde, Patrick Jarreau, un transfuge de Mopndadori France, Bertand Paris, Eric Scherer, directeur de la stratégie et des partenariats à l’AFP... - Le photojournaliste Cyril Cavalié (qui vient de publier cet excellent bouquin, dont j'ai parlé ici) m'indique qu'il a eu (et bénéficié de) la même idée : "en début d'année, et le don de quelques internautes des réseaux Facebook, Twitter et Flickr qui connaissaient mon travail, m'avait permis de partir à Washington sans commande pour couvrir l'investiture de Barack Obama".

dimanche 25 octobre 2009

Impacts des médias sociaux sur les médias traditionnels

Cette semaine, dans le cadre des deux journées de conférences Buzz the brand organisées par le mag Stratégies et l'agence Vanksen, j'ai eu le plaisir de participer à la table ronde sur le thème "Impacts des médias sociaux sur les médias traditionnels", pilotée par François Kermoal, directeur de la rédac' de Stratégies. Le débat fut assez riche, animé... J'avais préparé quelques notes au cas où, je me suis dit que tant qu'à faire, je pouvais en partager avec vous la substantifique moëlle !

Médias sociaux / médias traditionnels : les nouveaux enjeux

- Impact de ces 'nouveaux médias' (en l'occurrence les blogs, les réseaux sociaux tels que Twitter et Facebook). Ce qui me semble essentiel et assez nouveau est que ces 'nouveaux media' changent la chronologie de l'information, et imposent plus de réactivité, de rapidité aux journalistes sous peine d'être dépassés. Dépassés par d'autres médias certes loin d'être toujours aussi légitimes, mais qui, indéniablement, ont habitué le lecteur/internaute à avoir l'info de manière presque instantanée... Du coup, on commence à voir ce phénomène par exemple en presse quotidienne ou en presse hebdo : lorsqu'un journaliste a une info importante, il la sort d'abord sur le site web de son média, sous forme d'un indiscret un d'un article assez bref. Si les délais de décalage avec la parution papier ne sont pas trop importants, il y consacrera un article plus développé, plus léché, dans son journal papier. Les réseaux sociaux impliquent par ailleurs que l'info doit être marketée, donc valorisée, relayée par ces mêmes réseaux sociaux...

Exemple intéressant de ce changement de chronologie, on a vu récemment une journaliste dévoiler un scoop directement sur son fil Twitter. Mi-octobre, un twitt de Fabienne Schmitt de la corres' de la presse annonçait que Martin Bouygues avait convoqué Nonce Paolini et Axel Duroux pour arbitrer leurs conflits. Résultat : l'info a été reprise partout avec citation de son twitt comme source, elle a été interviewée par Canal + et RTL... Et elle s'est vérifiée par la suite, comme on le sait, avec le départ quelque peu précipité d'Axel Duroux cette semaine...

Autre fait, des journalistes commencent à cultiver leur "auto-marketing" (ou personal branding), et du coup émergent hors-rédaction : que ce soit avec leur fil Twitter perso, ou leur blog... Les media sociaux sont d'autant plus bienvenus pour les journalistes indépendants, qui acquièrent ainsi une visibilité plus importante grâce à ces nouvelles vitrines. Dans les rédacs, ces nouvelles vitrines gênent parfois aux entournures certains rédacs chefs, d'autant qu'un journaliste qui blogue a de facto sa propre tribune, il devient en quelque sorte éditorialiste, et peut publier des billets sans le filtre d'un rédacteur en chef...

Mais clairement, quelques journaux prennent en compte ces nouveaux usages, et ouvrent leur propre plateforme de blogs sur leur site web, où les journalistes sont invités à bloguer. Je citerais au premier chef le groupe Express-Roularta (mon employeur donc), avec notamment la plateforme de blogs de L'Express.fr, mais aussi Le Nouvel Obs, Challenges, Les Echos (dans ce dernier cas, ce sont surtout les éditorialistes qui bloguent)...

En revanche, les rédactions commencent à réfléchir, parfois, à des guidelines. Dans mon groupe, j'ai rédigé une ébauche de 'charte des blogs' (destinée aux blogueurs externes et internes). On voit aussi fleurir en ligne des guides, comme ce "Guide de déontologie des médias sociaux pour journalistes" mis en ligne par la journaliste et blogueuse Gina Chen, ou encore les très avisés "22 conseils pour les journalistes à l'heure du web" par Dan Gillmor (auteur de "We are media"), publiés dans le Guardian.

Dans un genre plus extrême, il y a ce précédent du Washington Post, où les journalistes se sont vus édicter des règles très strictes quant à leur utilisation de Twitter (en gros, ils ne doivent pas y émettre d'opinions perso ou politique en tant que membres du journal), parce qu’un des rédacteurs en chef donnait trop son opinion sur son compte Twitter

Comment les médias classiques peuvent intégrer ces médias sociaux dans leur offre (en clair, y a-t-il un business ?)

La table ronde a le plus pêché sur ce point : y a-t-il un business model qui s'esquisse autour de cette dose de médias sociaux à la sauce 2.0 ? Pour ma part, j'ai cité une des nouvelles tentatives, dans la presse éco et financière, avec les aventures Wansquare et LeCrible.fr, que j'évoquais dans ce billet.

De manière générale, je pense que les journaux ont tout intérêt à valoriser leurs contenus et leurs archives, donner à leurs lecteurs la possibilité de les trier de manière personnalisée. Le New York Times a par exemple lancé un outil qui permet au lecteur de trier les articles disponibles en ligne par tags et par mots-clés, et de générer ses flux RSS personnaliséés. Mais le problème est toujours le même : faut-il faire payer ces services ? Le NY Times est peut-être le média qui a le plus innové en ligne avec ce genre d'outils... Mais cette semaine encore, il annonçait 100 départs de journalistes, rappelait Stéphane Zibi (Spread Factory) lors de la table ronde. Dans la même veine, le Financial Times a lancé Newsift, un moteur de recherche sur les entreprises et secteurs d'activités, qui permet de faire remonter ses articles sur une base sémantique.

Autre possibilité à explorer par les journaux, proposer des flux d'informations hyperlocaux : ce que propose le Huffington Post, pais aussi, en France, des titres de PQR tels que Paris-Normandie, ou encore Le Télégramme, comme je l'expliquais dans ce billet.

lundi 12 octobre 2009

Des journalistes (presque) embedded en prisons

Info intéressante dans la dernière édition du mag "Médias" hier midi sur La cinquième. Où l'on a appris que le ministère de la Justice, en plein débat sur les conditions de vie des détenus en France et sur d'éventuelles réformes de l'incarcération en France, souhaitait "reprendre en main la communication de l'administration pénitentiaire". L'idée étant notamment d'éviter la diffusion de reportages télé, avec des images parfois tournées en caméra cachée, donnant à voir les conditions parfois plus que discutables dans lesquelles vivent les prisonniers en France.

Pour cela, Michèle Alliot-Marie, depuis son arrivée au ministère de la Justice, a réfléchi à une nouvelle forme d'"encadrement" des journalistes, généralistes ou spécialisés dans l'actu judiciaire : il pourront bénéficier de "stages d'immersion en prison". Vous avez bien lu.

Concrètement, ils pourront passer plusieurs jours dans une prison, donc "immergés" à plein temps... Déjà une cinquantaine de journalistes se seraient inscrits pour bénéficier de cette sorte de "stage".

Cela me rappelle ces journalistes "embedded", expression que l'on a vu apparaître aux US avec la guerre en Irak, puis, lors des élections présidentielles, avec des photographes et des journalistes politiques qui suivaient à plein temps tel ou tel candidat, étant de facto "embedded" lors de leurs déplacements, au sein de leur staff...

Est-ce une nouvelle forme de journalisme, qui permet de couvrir un sujet au plus près, à plein temps ? Ou n'est-ce pas une manière pour les pouvoir publics de contrôler ce que le journaliste pourra voir - ou pas - de tel ou tel sujet en lui entrouvrant plus ou moins la porte ?

A voir... Concrètement, le milieu carcéral est difficile d'accès pour les journalistes qui veulent y faire des reportages, entre autres à cause d'une administration extrêmement lourde, avec des délais très longs pour obtenir une accréditation, et un lourd encadrement.

Ces 'stages' sont aussi, pour le ministère, une manière de préparer le terrain pour la campagne de prévention qu'il prépare, relayée déjà par ce site, bientôt par un livre...

jeudi 1 octobre 2009

Christian Poveda, "La vida loca", le (vrai) journalisme

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Je ne l'ai pas encore vu, mais ce film mérite largement que l'on se rue en salles pour le voir, ne fut-ce que par les risques qu'il a occasionnés à son auteur. Qui y a laissé sa vie. "La vida loca", sorti en salles hier, est une véritable plongée dans la guerre des gangs au Salvador, en Amérique Centrale, avec ces "maras", gangs de jeunes salvadoriens, tatoués de la tête aux pieds, qui se livrent au trafic de drogue et aux extorsions.

Son auteur, le photojournaliste et reporter Christian Poveda, venait à peine de l'achever, il y a lui-même laissé sa vie dans la nuit du 2 septembre 2009 sur une route de San Salvador. Son corps criblé de balles a été retrouvé, abandonné dans une voiture. ses assasins : les membres de l' un des gangs salvadoriens, qu'il avait probablement interviewés, en confiance, cynisme ultime...

Tout à l'heure, "Envoyé Spécial" an rendu un bel hommage à Christian Poveda avec une enquête sur son assassinat. Entre règlement de compte entre bandes rivales, contrat placé sur sa tête, dans ce docu réalisé par Frédéric Faux, qui le connaissait, plusieurs hypothèses sont évoquées.

Le récit fourmille d'infos : une version-pirate du documentaire est vendu à la sauvette, depuis un certain temps, sur place, et semble avoir gêné aux entournures un certain nombre de gangs, qui auraient dressé une liste noire des personnes (avocats, membres de gangs...) ayant témoigné dans ce documentaire. On y aperçoit d'ailleurs une jeune femme ex-membre du gang 18, qui "porte la malediction sur son visage", avec le chiffre tatoue de son visage - elle est désormais condamnée à mort par son ex-gang...

Quand bien même Christian Poveda avait négocié avec lesdits gangs avant de se lancer dans son enquête. On y apprend aussi que le gouvernement et la police, qui ont officiellement ouvert une enquête, sont elles aussi gênées par cette "affaire"...

dimanche 2 août 2009

La couv' de la semaine : l'International Herald Tribune et sa rétrospective de photos d'amateurs sur l'Iran

couv IHT Photo C. C.

La couv' de la semaine sera un peu moins légère et estivale que celle de la semaine dernière, mais permet d'illustrer de nouvelles pratiques au seil des illustrations. Et qui ne sont pas forcément bon signe.

Jacques Rosselin le signalait sur son fil Twitter tout à l'heure, pour sa Une du jour, l'International Herald Tribune de mettre en avant la "JPEG revolution" de la guerre en Iran, en publiant une sélection de photos d'amateurs sur l'Iran. Des photos réduites en petits carrés, recadrées, parfois violentes visuellement, parfois d'un intérêt limité.

Une manière pour l'IHT de mettre en avant l'importance des photos amateurs dans le conflit iranien, qui ont abondamment circulé ces dernières semaines via les réseaux sociaux (notamment Twitter). Mais aussi, en filigrame, le quotidien new-yorkais consacre une pratique que l'on craint de voir se répandre : exploiter des photos d'amateurs (de facto libres de droits, les crédits photos éventuels n'étant même pas publiés pour illustrer sa Une. Plutôt que de publier des photos de photographes professionnels. J'ai d'ailleurs entendu dire qu'un grand quotidien français sollicitait les internautes pour qu'ils envoient leurs propres photos, susceptibles d'être publiées sur le site web dudit quotidien (sans que les amateurs touchent quoi que ce soit, cela va sans dire !).

Un choix éditorial peut-être pervers, qui prend ici une teneur particulière, à l'heure où Gamma, une des plus grandes agences photos, est en très grande difficulté...

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