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dimanche 28 août 2011

Démission de Steve Jobs; panurgisme des hebdos; Presse tech en suspens; Nokia; Cartes interactives; Cyril Viguier...

Et hop, retour de ma sélection de liens hebdomadaires (d'autres en proposant, comme Erwan Gaucher ici, et Eric Scherer par là), repérages d'actus technos, old & new médias, innovation, marketing, people...

  • Les hebdos cette semaine: même sujet, mêmes couleurs, même mise en page... Vive l'immobilier ;)

jeudi 25 août 2011

Mauvais "genre"? L'orientation sexuelle dans les manuels scolaires à la rentrée

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Quelques paragraphes dans des manuels de Science et vie de la terre (SVT) pour les lycéens, qui ont déjà mis le feu aux poudres, durant tout l'été. Et la polémique risque fort de se poursuivre en cette rentrée scolaire, s'ajoutant aux débats incessant sur l'évolution des programmes scolaires, et les inquiétants aaambitieux projets de réforme scolaire de Luc Chatel (citons au hasard la suppression de l'enseignement d'histoire en terminale S prévue pour septembre 2012).

Début septembre, donc, les élèves de Première ES et L aborderont un nouveau point de programme: la question du genre et de l'orientation sexuelle, dans un chapitre sobrement intitulé "Devenir homme ou femme". Une partie imposée par la Direction générale de l'enseignement scolaire et annoncée au Bulletin officiel du 30 septembre 2010. Ainsi, dans le manuel Bordas, sur une page (consultable ici en format Scribd), il est expliqué que si l'on naît homme ou femme, l'orientation sexuelle des individus peut varier au cours de la vie, et que si la majorité des personnes sont hétérosexuelles, une partie de la population est homosexuelle ou bi. La question de l'orientation sexuelle appartenant à la "sphère privée".

Mise à jour du 31 août: preuve que le sujet est brûlant, ce mercredi matin, on apprend que 80 députés UMP (!) ont demandé le retrait de manuels scolaires qui en parlent (notamment celui de chez Hachette), adressant un courrier au ministre en ce sens. Leur argument: ils estiment que ces manuels de SVT font référence à "la théorie du genre sexuel", selon eux une "théorie philosophique et sociologique qui n’est pas scientifique".

Interviewé sur le sujet sur France Inter, Bruno Julliard (qui vient de faire son coming-out dans le magazine Têtu), secrétaire national du PS à l'Education, déclarait y voir un "refus de l'avancée de recherches qui démontrent que le genre n'est pas uniquement l'issue d'un contexte génétique, mais aussi la construction culturelle, sociale". Pas de preuves scientifiques avérées (argument des anti-), mais "l'objet de recherches depuis 50 ans, notamment aux Etats-Unis".

Bordas

Réalité sociale & gender studies

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Rien d'extraordinaire, nul militantisme de l'Education Nationale pour la cause gay ou lesbienne. Elle prend juste acte de cette manière d'une réalité, une de ces révolutions silencieuses mais majeures dans la société, qui s'est déjà concrétisée à petits pas: par l'adoption du PACS, ou encore les premiers cas de mariages (à New York le 24 juillet dernier) ou d'adoptions par des homosexuels. Il m'a semblé d'autant plus intéressant et justifié d'aborder ce sujet ici qu'il comporte des enjeux autant sociétaux que scientifiques, et consacre l'importance des théories des genres (gender studies) , qui appartiennent à un courant de pensée né dans les années 1970 dans les milieux féministes américains et la mouvance militante gay.

Sans nier les différences biologiques, la théorie des genres distingue le sexe biologique du "sexe social". Inspirées de philosophes français comme Deleuze, Foucault ou Derrida, les "gender studies" se sont développées aux Etats-Unis. Elles cherchent à démontrer que c'est l'éducation au sens large, dans le contexte historique et social, qui construit le "genre" de l'individu. L’objectif de ces théories est de rejeter le déterminisme biologique de la notion de sexe ou de différence sexuelle pour remettre en question les rôles assignés aux hommes et aux femmes dans la société. Ce qui rejoint les combats féministes sur les modes d'éducation, qui prédisposent les enfants. En 1993, La Barbie Liberation Organisation militait dans cette vidéo contre les valeurs transmises par les GI Joe et les Barbie.

En France, de telles études sont quasi inexistantes. Les débats affleurent dans la société française avec la parité en politique ou les débats sur les quotas. Ou encore des réalités imposées comme 80% de filles dans les filières littéraires au lycée (parce "qu'elles ont un esprit littéraire" - c'est du vécu ;). Même si le sujet s'impose lentement dans le champ de la recherche: Rue Saint Guillaume, à Sciences Po, les questions sur le genre ou sexe social vont faire l'objet d'un enseignement obligatoire, assurée à partir de cette rentrée 2011 par la philosophe Geneviève Fraisse. Quelques femmes d'influence s'intéressent aussi de près à la place des femmes à la tête des entreprises. Telle Natalie Rastoin, patronne de l'agence de pub Ogilvy France, qui m'avait remis l'an dernier une étude McKinsey intitulée "La place des femmes à la tête des sociétés: comment rendre cela possible" (téléchargeable ici en format PDF). Une étude publiée par le cabinet de conseil outre-Atlantique depuis 2007, qui met en avant des projets de recherche démontrant comment les femmes dirigeantes - encore trop sous-représentées - contribuent à améliorer les performances des entreprises. La France est tout de même en quatrième position en 2010 avec 15% de femmes au sein des boards d'entreprises en du CACA 40 en 2010, loinnn derrière la Norvège (32%) et la Suède (27%), mais à égalité avec les US. C'est déjà ça.

Le gender est d'ailleurs au centre du dernier film de Pedro Almodovar, La piel que habito ("La peau que j'habite"), polar froid et technologique qui pose la question de l'identité sexuelle et du changement de sexe. Un sujet déjà abordé plus tôt cet été avec subtilité par Céline Sciamma dans Tomboy ("Garçon manqué"), où Laure, dix ans, cheveux blonds courts et physique androgyne, à la faveur d'un déménagement et d'un quiproquo, se fera passer, le temps d'un été, pour un garçon. Peu ou pas de psychologie, dans ce film. Ce garçon qu’elle devient ne cherche pas à expliquer le pourquoi. Il est. Il ressent, Laure n’a pas de raison pratique ou extérieure pour devenir Mickaël. C’est là sans doute que réside la subversion délicate du film.

La question de l'homosexualité

Nos chères petites têtes blondes seront-elles donc sensibilisées à la liberté de choix sexuel ? Evidemment, cette pilule ne passe pas auprès d'une partie de la droite catho. L'enseignement catholique, des associations familiales ou encore des politiques multiplient les communiqués, e-mails, pétitions et menaces de boycott des livres pour que cette partie du programme soit retirée. Car le fond du problème est sans doute là. Les milieux qui protestent ne veulent pas que l'on parle d'homosexualité. Avec un argument-clé: en parler remettrait en question "la liberté de conscience" que ces associations réclament.

Le 28 juillet, l'Association Familles de France a adressé un nouveau texte à l'Elysée, expliquant : "Vous connaissez parfaitement la théorie du genre. Cette idée philosophique, contestable s'il en est, nous revient des milieux féministes d'outre Atlantique", et ajoutant : "Les familles ont parfaitement compris les objectifs des concepteurs : orienter les jeunes vers des expériences sexuelles diverses, considérant que le sexe social est plus important que le sexe biologique". Elizabeth Montfort, porte-parole de l'association pour la Fondation de Service politique et ancienne député européenne du Rassemblement pour la France de De Villiers, confiait ainsi à ''Libération'' que "ce sujet touche à l'anthropologie de l'homme et de la femme, à la condition humaine et finalement engage l'avenir de notre civilisation".

Sans grande surprise, Christine Boutin est partie elle aussi en croisade contre ces enseignements "contre-nature". Pas surprenant, et pas neutre: la candidate à la présidence de la République entend placer cette question (les gender studies et la place des homos dans la société) "au cœur de son programme", a-t-elle annoncé mercredi 24 août sur Europe 1, dans l'émission "Des clics et des claques", où nous l'avions interrogée (merci Twitter) sur son positionnement sur le sujet. Sans exprimer nettement son opposition, la réponse qu'elle nous a apportée était joyeusement floue - en résumé "la différence physique entre les hommes et les femmes est le fondement de toute société . Le gender parle de distinctions culturelles et sociales". Avant de reconnaître, en fin de séquence, cette phrase - qui flirte avec l'homophobie - qu'on lui prête : "Les civilisations qui ont reconnu l'homosexualité ont connu la décadence".

A côté de cela, plus de 2000 personnes - chercheurs en tête - ont ainsi signé la pétition "contre une censure archaïque" mise en ligne par l'Institut Émilie du Châtelet (IEC), qui vise à promouvoir et à diffuser les recherches sur "les femmes, le sexe et le genre" et insiste sur le danger qu'il y aurait à laisser politiques et religieux "juger de la scientificité des objets, des méthodes ou des théories". "

Enseignement public vs enseignement catho ?

Cette réforme éducative a réactivé la ligne de fracture entre établissements publics (laïcs) et privées (cathos). Le 8 juin dernier, le Snes (principal syndicat des enseignants du second degré) estimait dans ce communiqué qu'avec cette réforme, "des questions au centre de la construction de l’individu sont abordées à l’Ecole, sans tabou, mais aussi sans idéologie et dans le respect des sensibilités de chacun". Et s'inquiétait du danger des "esprits chagrins réactionnaires qui luttèrent et continuent de lutter contre la contraception et l’avortement, instrumentalisent aujourd’hui l’école pour médiatiser leur croisade contre l’homosexualité". Deux jours après, L’Unsa éducation dénonçait un "retour à l’ordre moral", suivi par le Le Groupe national information et éducation sexuelle (Gnies, qui inclut plu­sieurs syn­di­cats d’enseignants, le mou­ve­ment fran­çais du plan­ning fami­lial, le conseil natio­nal des asso­cia­tions fami­liales laïques...) estime de son côté que "l’école a pour mission d’instruire et d’éduquer, dans le respect des sensibilités", alors que dans les établissements scolaires, "l’ensemble des personnels est confronté au désarroi de jeunes en difficulté avec leur orientation sexuelle".

Reste à voir comment les profs de SVT appliqueront (ou pas) ce changement au programme. Sur le fond, ils seront libres de l'enseigner ou pas en cours: "Certains collègues ne sont déjà parfois pas à l'aise avec le fait d'enseigner la reproduction en 4ème et certains du lycée sont très coincés là-dessus", me disait récemment Sophie, prof de biologie (et qui reprécise cela en commentaire ci-dessous). Un tel cours sera sans doute utile à des lycéens qui cherchent parfois leur identité. Mais il est peut-être trop théorique, issu de réflexions sociologiques très pointues et dans l'air du temps (certain soupçonnent d'ailleurs un phénomène de mode autour de son enseignement en lycées), pas forcément à portée de tous En tous cas, les manuels de SVT des Première L et ES ont choisi des angles parfois très différents. Surprenant de lire ainsi chez Bordas que "si, dans un groupe social, il existe une forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité des jeunes apprennent des scénarios homosexuels". Une phrase qui est en fait un raccourci d’études certainement sérieuses mais qu’il est hasardeux de vouloir présenter en deux lignes. La polémique est loin d'être enterrée...

Chez Bordas:

"L'identité sexuelle est le fait de se sentir totalement homme ou femme. Cette identité dépend, d'une part, du genre conféré à la naissance, d'autre part, du conditionnement social".

"L'identité sexuelle se réfère au genre sous lequel une personne est socialement reconnue".

"L'orientation sexuelle se révèle le plus souvent au moment de l'adolescence et elle relève totalement de l'intimité des personnes".

"Si dans un groupe social, il existe une très forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité des jeunes apprennent des scénarios hétérosexuels".

Chez Hachette:

"L'identité sexuelle est la perception subjective que l'on a de son propre sexe et de son orientation sexuelle".

"Seul le sexe biologique nous identifie mâle ou femelle, mais ce n'est pas pour autant que nous pouvons nous qualifier de masculin ou féminin".

"L'orientation sexuelle doit être clairement distinguée du sexe biologique de la personne".

"Le mineur de 15 à 18ans est libre d'entretenir des relations sexuelles à condition qu'il soit consentant et que ce ne soit pas avec une personne ayant autorité sur lui".

"Le mineur est libre de ses orientations sexuelles, c'est-à-dire qu'il peut avoir des relations sexuelles soit avec un homme soit avec une femme".

"Durant cette période de fragilité psychologique et affective (l'adolescence), il est souvent difficile de faire face à une orientation sexuelle différente de la norme hétérosexuelle".

Chez Hatier:

"En sociologie, l'identité sexuelle se réfère au genre par lequel une personne est socialement reconnue".

"Montrez que d'autres facteurs peuvent intervenir pour définir l'identité sexuelle d'une personne". (Enoncé d'un exercice).

dimanche 21 août 2011

Julian Casablancas, du rock à l'icône publicitaire (parfumée)

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Eh oui, j'ai (lâchement) déserté les pages virtuelles de ce blog durant un mois (un record, en un peu plus de 4 ans d’existence !) pour d'autres activités autrement plus concrètes et essentielles, à la faveur de la trêve estivale. Pour renouer en douceur avec mon clavier, il me fallait un sujet qui reste empreint d'une certaine légèreté estivale (je vous rassure, le prochain billet sera plus charpenté ;). Cette petite actu, qui mêle marketing et actu musicale - et qui concerne un de mes groupes préférés depuis 10 ans, arrivait à point nommé. Dans quelques jours, à la faveur de la rentrée (ça y est, j'ai lâché le mot maudit ;), vous n'y échapperez pas: pub en presse écrite, en affichage, dans les parfumeries, et sur Internet... avec même un clip dédié.

Pour lancer son nouveau jus pour hommes, Decibel (Db), Loris Azzaro s'est en effet offert une égérie de choix, le chanteur des Strokes, Julian Casablancas. Le design du flacon, en forme de micro, est à l'avenant. Rien de tel qu'un leader du revival rock, jeune mais pas trop, pour incarner la rébellion, la liberté etc. , et donc ce parfum censé incarner ces valeurs. Un casting d'autant plus habile que les Strokes, qui viennent de sortir leur 4ème album (le subtil et inégal "Angles"), symbolisent à la perfection le retour en grâce d'un rock sexy, post-punk, avec jeunes mecs en jeans cigarette, perfectos en cuir et cheveux mi-longs. Rappelez-vous, il y a dix ans, l'album "This is it", fesse recouverte d'une main gantée en latex sur la couv', faisait une arrivée fracassante en tête des charts. Et inauguraient le retour en grâce du rock, avec un son léché, que les médias avaient tôt fait d'opposer aux salles gosses des Libertines. Une identité rock reprise par la suite par des groupes (The Klaxons, The Wombats), parfois disparus depuis (the White Stripes).

Loin du parfum au message outrancièrement bling-bling One Million de Paco Rabanne, Azzaro cible donc non plus les minets et play-boys avec cette nouvelle fragrance, mais les djeuns imprégnés de l'esprit rock (ou qui espèrent l'être ;). Outre la campagne publicitaire annuelle, le jus d'Azzaro fera l'objet d'une chanson inédite dédiée, attendue pour début septembre, conçu par Julian Casablancas, d'après ce papier de Paris-Match (où Casablancas semble ne pas trop l'assumer). On sera rarement allés aussi loin en termes de marketing musical...

Mise à jour 04/09 : donc voici la fameuse vidéo, sur les écrans depuis le 1er septembre... Seule la version courte est disponible en ligne, il me semble que spot TV est plus long (30 secondes). Visuellement, le clip est bien ficelé: noir et blanc élégant, on mise sur le côté rock-star iconique de Casablancas, et la musique des Strokes parfaitement identifiable. On l'y voit donc chanter d’abord face à la caméra avant de se jeter dans la foule. A cette occasion, il a composé une nouvelle chanson intitulée I Like the Night.

La conversion de Julian Casablancas, le temps d'une campagne, en égérie d'un parfum, est d'autant plus savoureuse que ce rebelle version papier glacée est le fils du fondateur de l'agence de mannequin Elite. La boucle est bouclée... L'histoire veut qu'il a rencontré les autres membres des Strokes dans un très chic pensionnat en Suisse. Mmmm, pas très rebelle tout ça ;) Sans sombrer dans quelque couplet moralisateur, nul doute que l'appât financier n'est pas étranger ce choix de Julian Casablancas. Même si, certes, les Strokes avaient déjà cédé à plusieurs reprises à l'appât publicitaire, avec la reprise de certains de leurs morceaux dans des campagnes de pub (comme The end has no end reprise dans une pub EDF).

Passage forcé par la case publicité pour les rockers ?

Certes, il y a eu de nombreux précédents, où des chanteurs et starlettes ont cédé à l'appel de marques de luxe, et négocié leur notoriété : Justin Timberlake pour Play de Givenchy, Keith Richards dans une campagne de Vuitton, sans compter des starlettes, telles Rihanna et Jennifer Lopez, qui ont lancé leur propre jus, stratégies de produits dérivés oblige, ou encore Lady Gaga, elle-même devenue une marque, qui a consacré l'industrialisation musicale (voir cette enquête que nous avons publiée dans Stratégies en juillet dernier).

A voir les derniers précédents, parfois surprenants, on se prend à penser que les ventes de disques et les tournées ne suffisent plus aux chanteurs, contraints un jour ou l'autre de passer par la case publicité. Tel Jamie Hince, leader de The Kills (et Mr Kate Moss en voie de peopolisation accélérée), qui posait l'an dernier pour la nouvelle campagne pub automne 2010 de Zadig & Voltaire, ou "dessinent" des lignes de vêtements pour une marque (et leur apportent ainsi leur propre empreinte rock), tels (feue) Amy Winehouse pour la marque (un temps emblème des mods et des punks) Fred Perry, et Pete Doherty, qui a conçu une collection-capsule pour The Kooples pour cet automne...

mercredi 20 juillet 2011

Arnaud Lagardère, le "making of" de son shooting photo, un plan média surréaliste

Un shooting photo qu'ils ont accepté "pour assumer notre relation, pour montrer aux gens qui sont intéressés à la voir que c'est du sérieux": "ça fait 5 mois, bientôt 6!", une rencontre qui a eu lieu "dans un cadre parisien, dans mon bureau, elle était venue me voir parce qu'elle avait un travail à faire (sic). Après, on s'est revus à Londres...", "Nous, quand on pense à nous, on se donne pas de limites"...

Durant 2 minutes 55, elle minaude, il la darde de regards amoureux, ils s'échangent des bisous... La séquence, diffusée sur YouTube depuis ce 19 juillet, n'en finit pas de faire jaser - et susciter l'incrédulité sur Twitter et Facebook. C'est le patron d'un des plus importants groupes de médias en France, Arnaud Lagardère, qui se prête à ce surprenant jeu. "Jade Foret et Arnaud Lagardère posent pour "Le Soir magazine", nous est-il annoncé au début de la vidéo : c'est donc le "making of" du sujet qui fait la Une (eh oui, rien que ça), de l'hebdomadaire belge Le Soir magazine. On est en pleine romaaance: l'attaque du reportage (si, si) sur ce "shooting sexy" (re-sic) est à l'avenant: "Pour la première fois, l’homme accepte d’ouvrir les portes de sa propriété à Rambouillet) à des journalistes pour un shooting photo en compagnie de son grand amour".

Le making of ? Vous savez, ce format web ou télé très à la mode (les coulisses ou plans inédits de tournage d'une série / un clip ou autre...), rééxploité depuis quelques temps par les agences de pub pour montrer les dessous du tournage de leur dernière campagne (comme Orange avec sa campagne corporate en novembre dernier)... Une manière d'ajouter une touche d'authenticité à un plan média classique.

Après la séquence "interview" (gentille hein), on voit les deux stars d'un jour se préparer pour leur séance photo, puis enchaîner les pauses sexy (avec la petite musique quelque peu easy listening qui va bien...) sous l’œil du photographe : dans le canapé, devant la maison, sur la terrasse... Au visionnage, on balance entre amusement, incrédulité et soupçons de mise en scène devant ces séquences surréalistes. Où on découvre du même coup la top model belge Jade Foret, déjà entraperçue aux côtés du patron du groupe Lagardère dans une photo publiée par Paris-Match (publication dudit groupe...) lors du dernier tournoi de Roland Garros, ce printemps. Quelques articles de presse égratignent la vie privée passée de la jeune femme, ex- d'un footballeur belge.

Alors oui, je sais, vous allez penser que j'ai cédé à la tentation people pour ce billet, bien moins sérieux que les précédents ;) Mais c'est la stratégie de com' du patron d'un groupe media coté au CAC 40 qui m'intéresse ici, tellement j'étais interloquée en visionnant cette vidéo, qui suscite des réactions amusées sur Twitter (où Arnaud Lagardère et Jade Foret ont atteint, durant quelques heures, les trending topics !), et dans la presse, en ce (morne) mercredi après-midi, où le flux de l'actu commence à se ralentir...

Une vidéo à la mise en scène érotique kitsch, destinée à montrer que la relation est installée. Et à trancher avec les rumeurs récurrentes à propos de la vie privée d'Arnaud Largardère, obligé de se justifier à ce sujet sur le plateau du ''Grand Journal'' de Canal + en décembre 2009. Où il révélait ses talents de communicant pour enterrer, du même coup, la polémique d'alors, l'enquête de l'AMF pour délit d'initié dans le dossier EADS.

Mais cette vidéo est d'autant plus surprenante que le patron Arnaud Lagardère s'exprime rarement peu dans la presse, de préférence pour commenter ses actualités professionnelles. Là, il parle de sa vie personnelle. L'impudeur et la spontanéité (trop recherchée ?) du ton tranchent d'autant plus. A se demander si elle a bien été visionnée par son staff qui l'aide dans sa com': ce matin, Libération titre sur cette "étrange vidéo qui provoque la gêne au sein de son empire". Dans le très petit milieu des stars du CAC, ce shooting sexy va assurément faire du bruit. Alors que le patron (dont on dit parfois qu'il s'ennuie à la tête de l'empire paternel) est régulièrement attaqué par la presse pour son manque de sérieux dans le business, et que sa stratégie - revendre certains titres de presse internationale pour privilégier le sport business - pose question.

màj: merci à 20minutes.fr (oui, cela peut sembler surprenant...) pour la reprise.

dimanche 3 juillet 2011

L'agence Sipa en difficulté, dernier fleuron d'un photojournalisme qui périclite ?

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Goksin Sipahioglu – Paris, France – 10 et 11 Mai 1968

Tout un symbole. L'annonce a été officialisée cette semaine: l'agence photo Sipa Press est sur le point d'être vendue à une agence allemande, DAPD, au prix de 34 licenciements sur les 92 salariés, dont 16 des 24 photographes, d'après Le Monde. Une véritable saignée à blanc, où l'activité de photojournalisme d'une des dernières prestigieuses agences survivantes est sacrifiée. A terme, toujours d'après le quotidien, l'agence DAPD (deuxième agence de presse outre-Rhin), contrôlée par un fonds d'investissement, vise à transformer Sipa en agence filaire généraliste, donc en concurrence directe avec l'AFP et autres Reuters.

L'annonce est loin d'être anecdotique, et révèle une fois encore l'évolution (la disparition annoncée ?) dans la douleur des fleurons du photojournalisme, en déconfiture depuis une dizaine d'années, pêle-mêle face au média Internet, la montée en puissance des agences filaires, la crise de la presse, et la dégringolade des prix de la photo. Alors que la plupart des titres de presse magazine mettent fin peu à peu à leurs services photo internes.

Une annonce de mauvais augure, à la veille de l'ouverture de deux des rendez-vous photo les plus cotés pou la profession, les Rencontres de la photo d'Arles - ouvertes demain le 4 juillet, elles porteront sur la photo au Mexique et la guerre d'Espagne vue par Robert Capa- et le Festival Visa pour l'image de Perpignan, qui ouvrira fin août.

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La dégringolade pour Sipa Presse avait commencé en 2001. Son légendaire fondateur, le volcanique photographe Gökşin Sipahioğlu, qui l'avait fondée en 1973 (allez lire cet entretien de folie réalisé en 2005 par Frédéric Joignot sur son blog), s'est alors résolu à la revendre à Sud Communications (groupe Pierre Fabre). Malgré ses 25 photographes, ses 600 correspondants, ses 500 reportages photo vendus chaque mois dans plus de 40 pays, elle affiche 2 millions d'euros de pertes en 2010.

Les 3 "A" rachetées, le photojournalisme périclite

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Concurrencées par les agences d’informations généralistes (dites agences filaires) comme l’AFP et AP, lâchées par une presse mag qui consacre davantage de couv' vendeuses aux people (ou politiques peopolisés) qu’au photoreportage, les trois "A" ont toutes perdu leur indépendance, avant de déposer les objectifs photo. Quant au photojournalisme, il périclite.

Les autres agences-stars des années 70, Sygma et Gamma, se sont en voie d'extinction. Sygma, fondée en 1973 par Hubert Henrotte après un conflit avec l'agence Gamma, rachetée en 1999 par le groupe américain Corbis (propriété personnelle de Bill Gates), était en cours de reconversion en avril 2001. En agence qui ne produirait plus de reportages photos, pour se concentrer sur la diffusion de ses fonds numériques.

Comme je l'écrivais alors dans cette enquête pour Les Echos: forte des fonds de 65 millions d'images issus des collections Bettmann ( photos historiques, dont celles de l'agence United Press International), de la National Gallery de Londres, du photographe Yann Arthus Bertrand, et des agences Sygma (actualité),TempSport (sport) ou Stopmarket (photos d'illustration), elle ambitionnait alors de vendre sur Internet ses prestigieuses archives une fois numérisées. Avec une facture déjà douloureuse: 90 personnes, dont 42 photographes, avaient été licenciés dans le cadre d'un plan social. Las, elle a déposé le bilan en 2010, suite à un contentieux avec un de ses ex-photographes.

Gamma-Rapho sera elle aussi emportée dans le sillage de la mise en liquidation du groupe Eyedea Presse, en 2010. Créée en 1966 par des photographes dont Raymond Depardon et Jean Lattès.où le groupe de presse Hachette Filipacchi Médias (HFM) prenait 75% de participation en 1999, en misant sur la vente de ses fonds numérisés, et sur un e-commerce BtoB, elle était rachetée par le photographe François Lochon en avril 2010, et concentrée sur la seule vente d'archives.

Tentatives de virages numériques

Il y a bien eu des tentatives pour renouveler le photojournalisme indépendant à l'ère du numérique. En 1999, Floris de Bonneville _ un des cofondateurs de Gamma _ lance GlobalPhoto, qui propose alors aux agences et aux photographes indépendants de gérer la vente de leurs images, surtout dans le secteur de la presse magazine. Une manière de trouver la parade pour maintenir l'indépendance des agences, alors que Floris de Bonneville avait proposé _ en vain _ à Gamma, Sygma et Sipa de s'unir sur Internet. Un an après, GlobalPhoto est rachetée par PR Direct, spécialisée dans la photo d'illustration. Le projet ne semble pas avoir survécu.

En décembre 2002, même le National Geographic inaugure une stratégie de commerce en ligne et tente de se placer sur le même créneau que les agences photo, en lançant en partenariat avec IBM, un site Web baptisé Ngsimages.com, dédié à la vente en ligne de son catalogue de photographies.

Alors, quel avenir pour les agences photo, face aux agences filaires géantes, telles l'AFP et Reuters, spécialisées dans la seule photo d'actualité (quitte à tirer vers le people) ? Un des seuls recours semble être la photo d'illustration. Seules les agences de photo d'illustration tirent encore leur épingle du jeu: des banques d'images en ligne gratuites ou à moins d'un dollar telles que Stock.XCHNG, ou encore Shutterstock, les magazines et autres journaux ont à disposition des photos d'amateurs ou de professionnels à des prix défiant toute concurrence.

L'agence Getty Images a tôt choisi ce virage. Fondée en 1995 à Seattle, initialement banque d'images pour agences publicitaires, elle s'est diversifiée dans la photo d'actualité à coup d'acquisitions, devenant premier fournisseur d'images (photos et vidéos) pour les agences publicitaires et groupes média. Pour contrer la concurrence d'Internet, elle acquiert en 2006 le site de vente de photos à bas prix iStockphoto, banque d'images bon marché mais de moins bonne qualité. L'agence a aussi revu ses tarifs à la baisse et proposé des ristournes sur ses photos en offrant par exemple ses photos basse résolution à seulement 49 dollars.

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Je connais quelques photographes qui œuvrent en agence filaire, et s'en tirent plutôt bien (mais se contentent de faire des photos d'actu, sans trop se poser de questions, plus de reportages...), d'autres qui galèrent. Même des signatures, comme Reza, qui semble faire moins de reportages qu'avant faute de budget alloué par les magazines.

Restent quelques initiatives notables, telle l'agence britannique VII (lire " Seven"), lancée en septembre 2001 lors du Festival Visa pour l'image de Perpignan en septembre 2001. Mais un projet porté par sept pointures du photojournalisme, transfuges d'agences traditionnelles _ que ce soit le président de VII Gary Knight (ex-Saba), James Nachtwey (ex-Magnum), ou la Française Alexandra Boulat (ex-Sipa - décédée depuis). Dotée d'une structure légère, l'agence opère uniquement sur Internet et mise sur une valeur ajoutée technologique. Disséminés dans différentes villes du monde, les photographes-fondateurs numérisent les sélections de leurs photos, ce qui permet de réduire les frais de gestion et d'archivage. Sans doute un des derniers vrais projets d'agence à l'ancienne, encore active, menée par des stars du photojournalisme.

On trouve aussi des collectifs désormais installés comme Tendance Floue (L'Oeil Public a fermé l'an dernier me signale un lecteur), et une fédération de pigistes comme Fede Photo. Mais pour tous, le renouveau doit inclure des activités rémunératrices -comme la publicité ou le "corporate“ pour financer les reportages. Et une patte, une personnalité face au ton photographique toujours plus standardisé des grandes agences.

mercredi 29 juin 2011

La pub entre entertainment, brand content et prime à l'innovation

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Comme évoqué dans mon billet précédent, je me devais de revenir sur le Festival de la Créativité de Cannes (l'équivalent du festival de Cannes du cinéma, en presque aussi glamour ;) grand-messe annuelle du petit milieu des agences de pub qui se tenait à Cannes la semaine dernière. Laquelle tient aussi bien de la compilation de séminaires et tables rondes avec leurs stars (d'Ariana Huffington qui a confirmé le lancement prochain en France du Huffington Post à Robert Redford - sic) que du marché de la pub, networking à la clé. Mais également, une série de prix (les Lions). Cela faisait longtemps que je n'avais pas parlé publicité ici, mais cela permet de donner un coup de sonde sur les tendances publicitaires, aussi bien en termes de créativité que de plan média. Et donc comment celle-ci s'insère de manière inédite dans les media.

M-commerce + tags 2D dans le métro: prime à l'innovation technologique

Cette année, on y a donc vu l'avènement des Microsoft, Google et autres Yahoo! aux côtés des Publicis, Ogilvy et autres agences de pub. Une nouvelle toute-puissance symbolisée par leurs éphémères "plages" personnalisées sur la Croisette. Mais également de la montée en puissance des innovations technologiques dans les plans de communication. Pour preuve, dans la catégorie Media, l’agence Tesco a raflé le Grand Prix grâce à une campagne déployée par l'agence Cheil Worldwide qui proposait aux consommateurs sud-coréens de faire leurs courses en ligne en scannant, avec leurs smartphones via des tags 2D, des affiches semblables à des rayonnages sur les quais de métro. Bien sûr, cela se passe en Corée du Sud, pays ultra-précurseur comme le Japon, où les utilisateurs font tout ou presque avec leur smartphone. Mais ces usages pourraient débarquer, un jour, en France...

Musique, entre pub et entertainment

Cette année fut aussi la consécration de l'advertainement (rappelez-vous, on en parlais pour les jeux vidéos il y a une dizaine d'années... On peut le remplacer aujourd'hui par le mot-valise plus branché "brand content"), ou comment les marques cherchent à produire des contenus de plus en plus éditorialisés - qui restent de la publicité. Ce qui leur permet de glisser de plus en plus vers l'entertainment, à la faveur du développement des médias sociaux et du digital.

Un exemple ? On a vu l'association de plus en plus rapprochée entre la musique et la publicité. Comme avec ce clip d'Arcade Fire, "The wilderness downtown". Visuellement, c'est magnifique, et musicalement envoûtant. En utilisant le navigateur Google Chrome, une fois son adresse postale entrée, l'internaute se rend sur la page dédiée où s'affiche le clip personnalisé. Les fenêtres multiples s'ouvrent et se ferment en rythme avec la musique et (certainement la partie la plus belle de la démonstration), votre navigateur incorpore des images Street View la ville choisie. Ces multiples images de vues aériennes et de paysages urbains apportent une certaine grâce à la ville. Seulement voilà: est-ce un clip ou une pub ?

Autre fait significatif, l'organisatrice de soirées Cathy Guetta (très bonne incarnation de l'avènement de l'industrialisation de la musique par ailleurs) lançait à Cannes, avec Raphaël Aflalo, un ancien du groupe d'achat médias OMG (Omnicom), une structure de conseil dans les contenus musicaux pour les marques, Be my guest, qui a déjà signé avec HP et Renault.

Court-métrage publicitaire

Autre tendance, celle du court-métrage publicitaire, où l'on oublie presque la marque, le produit, au profit des valeurs, d'un univers que cette dernière est censée incarner. C'était le cas avec le pharamineux spot de Nike "Write the Future", diffusé dans une trentaine de pays, d'un budget évalué à 20 millions de dollars, qui a décroché le Grand Prix dans la catégorie-star, celle des Films. Une pub-clip de trois minutes d'inspiration cinématographique, très écrite, et un montage serré, où alternent scènes grandioses de matchs et de liesse dans les stades, les bars, les foyers, avec même une séquence des Simpson. La marque est à peine citée, un simple swoosh clôt la pub.

Lequel Nike diffuse d'ailleurs dans les salles du réseau MK2 une longue publicité-clip de plusieurs minutes autour de l'univers de la glisse et du skate, qui promeut les valeurs qui vont avec - liberté, créativité, absence de craintes... Une pub co-produite par MK2.

Crowdfunding et webdocus pour les ONG

Les ONG s'efforcent quant à elles d'être avant-gardistes. Greenpeace a été primé avec son bateau virtuel en 3D, avec une opération de collecte d'un nouveau type par crowdfunding, en acquérant sur un site dédié (fermé depuis, je vous mets le lien juste par conscience professionnelle ;) des pièces d'un bateau virtuel (dont on pouvant consulter en ligne les plans et une représentation en 3D), en vue de la construction - bien réelle, elle - du futur bateau Rainbow Warrior III.

Mais de manière plus générale, même si des campagnes de ce type n'étaient étonnamment pas présentées à Cannes, plusieurs agences s'essaient au webdocumentaire pour le compte d'ONG clientes, comme j'en parlais dans cette enquête.

Publis d'un nouveau genre

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De manière immanente, au vu de divers projets dans les cartons dont j'ai entendu parler la semaine dernière, une nouvelle génération de publis et autres "contenus éditoriaux" devrait voir le jour en presse écrite. Le virage est déjà amorcé. Ce printemps, pour le lancement de la console 3DS de Nintendo, l'agence media avait prévu en presse mag *uniquement* des publis-communiqués en presse mag. Ou la charte graphique était parfois bien peu éloignée des pages d'articles...

Dans un autre genre, on a vu dernièrement Libération aux couleurs de Jean-Paul Gauthier, opération certes sympathique où la rédac était sapée en JPG version papier journal... Et où ledit couturier était presque le seul annonceur. Quelques semaines avant, Libé avait pour seul annonceur Orange. Et encore un pas a été franchi avec la publication, ce 24 juin, du gratuit Direct Matin en format carré, littéralement au format et aux couleurs de la campagne des "forfaits carrés" de SFR ! (seul annonceur dans ce numéro, cela va sans dire). Cela pose de nouvelles questions, autant sur le modèle économique des médias, les nouveaux formats publicitaires que les limites déontologiques. La brèche est ouverte...

lundi 27 juin 2011

J. K. Rowling lance son Pottermore.com: bye bye les libraires old school ?

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Encore un peu de Harry Potter ?... Welcome in Pottermore.com (jeu de mots facile, j'en conviens ;). Et voilà, J. K. Rowling, devenue auteure à succès avec sa gentille série fantasy pour ados (et grands enfants) Harry Potter nous en propose un peu plus, avec le lancement du site Pottermore.com, dévoilé à la presse à Londres jeudi dernier. J'y reviens un petit peu tardivement (reportage à Cannes oblige, à l'occasion de la grand-messe annuelle de nos pubeux - j'y reviendrai dans un billet ultérieur), mais l'initiative est importante, car elle ouvre une (grande) brèche dans l'univers du livre. Et préfigure peut-être nos modes de lecture futurs.

Les aventures d'Harry Potter, c'est donc fini, alors que le septième tome, Harry Potter et les Reliques de la Mort, scellait ses aventures de petit sorcier. Pourtant, la série revient déjà sous forme d'e-book. de fait, le site interactif commercialisera aussi les 7 volumes d'Harry Potter sous format d'e-books, alors qu'ils n'étaient disponibles jusqu'à présent qu'en versions papier et audio. "Je voulais apporter quelques chose de plus aux fans qui ont suivi Harry à travers les années, et le rendre accessible aux nouveaux digital natives", a résumé en substance J. K. Rowling, citée par le New York Times.

Le plus, ce sont bien sûr les nouvelles expériences de lecture qu'offriront ces e-books: son auteure le promet, ils comporteront des illustrations et des éléments interactifs. Le site regroupera aussi un réseau social, une aventure à découvrir et lire, tout en interagissant. De fait, il proposera de redécouvrir l'ensemble de l'aventure Potter, en incarnant un personnage, sous la forme d'un avatar, qui aura pour mission de rentrer dans l'une des maisons de l'école Poudlard.

Auteur du futur: tes droits numériques tu ne cèderas jamais

Maligne, au fil de la publication de ses blockbusters, elle a pris soin de ne jamais céder ses droits numériques à son éditeur, malgré ses demandes répétées en vue d'éditer ses livres en format numérique, comme on peut l'imaginer. Elle a fait bien mieux: alors que les ventes électroniques des livres populaires ont explosé ces dernières années, à la faveur des premiers eReaders disponibles (comme le Kindle d'Amazon), puis des tablettes comme l'iPad, elle proposera les siens sur sa propre boutique en ligne à partir d'octobre, intégrée au sein de Pottermore.com.

Réseau de distribution virtuel exclusif, les libraires enterrés

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Mieux, elle se réserve l'exclusivité de la vente en ligne de ses e-books, en plusieurs langues. Les vendeurs en ligne Amazon et Barnes & Noble ne disposeront pas des droits de vente en ligne. Ces deux géants, tout comme les vendeurs indépendants, responsables en partie de l'essor de Potter - dont ils ont assuré la promo, au prix de lancements nocturnes - Harry Potter, sont ainsi de facto exclus de ce nouveau réseau de distribution, la vente en ligne. Tss, quel cynisme... Dont J. K. Rowling s'assure l'exclusivité - une première pour une auteure. Seuls ses éditeurs, Scholastic et Bloomsbury, percevront une part des revenus (d'un montant non-dévoilé). Elle devient de facto la seule gestionnaire en ligne de la marque Harry Potter.

Du même coup, J. K. Rowling a réservé un petit uppercut au géant Amazon, en contournant sa politique commerciale. Les fichiers numériques des livres seront commercialisés en EPUB et pour le lecteur Kindle d'Amazon (certes peu vendu en France, mais qui jouit d'un joli succès outre-Atlantique). Sans, bien sûr, qu'Amazon ne touche de commission sur la vente, puisque l'on ne passera pas du tout par sa boutique en ligne. Mais Jeff Bezos pourra difficilement interdire de lire les fichiers sur son appareil...

Elle enterre avec le sourire les libraires, qui ont conscience. "Nous sommes déçus que, ayant été des facteurs-clefs dans la croissance du phénomène Harry Potter depuis la publication du premier livre, le marché soit effectivement exclu de la commercialisation de l'édition tant attendue des versions numériques", lâchait ait un porte-parole de la chaîne Waterstone, cité par Actualitté.com.

En se réservant le monopole du circuit de distribution numérique de ses livres, l'auteure espère aussi donner un coup de frein au piratage de ses livres, parmi les plus téléchargés sur des sites de partage de contenus. Elle les proposera en format EPub, tatoués numériquement (watermarking) afin de lier l'identité d'un acheteur à la copie d'un e-book. Cela n'empêchera nullement le partage illicite des ouvrages numérisés, mais cela aura le mérite de faciliter le traçage des copies.

Reste à voir si l'auteure, forte de son succès hollywoodien (400 millions d’exemplaires vendus !) ouvre réellement une brèche dans l'univers impitoyable de l'édition, et si elle sera suivie par d'autres...

lundi 13 juin 2011

L'"écriture" Twitter, nouvelle source d'inspiration pour la presse écrite

Tweets-chroniques, tweets du jour (ou de la semaine / du mois, au choix), et même tweet-interview.. C'est incroyable à quel point Twitter est devenu une source d'inspiration pour la presse écrite depuis quelques semaines. Bon bien sûr il y a eu une floraison d'articles pratiques ("On vous donne les clés" sur Europe1.fr, "Mode d'emploi - Le tweet c'est chic" dans Elle il y a 15 jours...) sur ce formidaaable outil qu'est Twitter, plateforme de micro-blogging qu'ont découvert nombre de journalistes lors de l'affaire DSK, qui a consacré Twitter comme canal d'information immédiate. Ou à propos de son impact sur les pratiques journalistiques.

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Mais aussi, des formats de rubriques commencent à fleurir dans la presse écrite, qui s'imprègne inévitablement des pratiques issues du Web. Gadgets éditoriaux (ou de maquette) ou simple tendance de la presse écrite à s'approprier un des phénomènes de mode web du moment ?

Il y a quelques semaines, j'ai tilté en découvrant le "tweet du jour" en der des Echos, où sont aussi présentés quelques papiers et billets à lire sur son site Web. Ou comment résumer en un tweet une actu qui a fait du bruit sur la Twittosphère. La démarche a du sens: c'est à l'occasion du reliftage de la maquette du quotidien qu'a été créée cette mini-rubrique. Sur cette dernière page, très lue (avec notamment un Crible éco et un portrait brossé chaque jour), "je me suis dit qu'on ne pouvait pas seulement mettre en avant l'actu du site, comme c'était déjà le cas avant, mais aussi ce qui se passait sur Internet. Après tout on fait bien une revue de presse étrangère, pourquoi pas le web, les blogs, etc?). Bref j'y ai mis une info par jour sur un bon sujet repéré ailleurs et j'ai cherché un autre type d'info, + originale, d'où cette idée d'un tweet sélectionné chaque jour", m'explique François Bourboulon, rédacteur en chef des Echos.fr.

Des reprises de tweets qui alternent annonces, infos factuelles et petites phrases très Lol, émis alternativement par des twittos pas ou peu connus et des "people" de la Twittosphère ou du Web (bon, j'aurais tendance à voir une certaine surreprésentation de ces derniers ;). Avec pour principe de retenir "des tweets se suffisant à eux-mêmes, c'est à dire ne nécessitant pas de cliquer sur un lien pour les comprendre (sur le print, ce serait un peu compliqué)", explique François Bourboulon. Extraits: "La mort de Ben Laden a généré 1.694.000 réactions en ligne contre 1.203000 pour le #RoyalWedding" (@Kriisiis, 6 mai 2011), "#frenchrevolution à la Bastille : 60 manifestants selon la police, 1.000 tweets selon les organisateurs" (@pascalriche, 26 mai), "The British Goverment want us to move LeWeb to London next year for the Olympics should we do it ?" (@loic, 8 juin), "Plus fort que le tweetclash : pour gagner 250 followers en 24h, change de travail" (@ronez, 9 juin - on apprenait alors sur Twitter son passage de Arte.tv à Radio France)...

De fil en aiguille, via un hashtag dédié, #tweetdujour, la rubrique a pris vie sur Internet, étant relayée par la community manager des Echos sur Twitter, et même, depuis début mai, sur le site des Echos via un blog dédié, qui les répertorie. " Le + sympa, c'est quand le twitto scanne la rubrique du print et rebalance l'image dans Twitter", pour François Bourboulon. La boucle est bouclée...

Un peu dans le même genre, à l'occasion de sa nouvelle formule, L'Express s'est aussi offert un "Tweet express" (avec heure et date précises) en bas de sa page d'indiscrets médias gérée par Renaud Revel. Donc là, on publie sur papier un tweet maison chaque semaine.

Tweet-chronique chez "Be", tweet-interview chez "CB News"

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Repéré via @vincentglad

Twitter, c'est branché. Pour tenter d'"en être" à sa manière, l'hebdo féminin Be (que l'on apprécie ou pas - vous connaissez mon point de vue depuis ce billet ;) a lancé récemment une nouvelle rubrique sur une demi-page, sobrement intitulée "Les 10 tweets de la semaine - Le best-of de notre chroniqueur 2.0 en 140 caractères". De fait, chaque semaine, le féminin publie une sélection de tweets (et le "twitpic hebdo" - photo prise chaque semaine avec un people) de Mouloud Achour @mouloudachour), chroniqueur comique qui officie par ailleurs chaque soir dans "Le Grand Journal" de Canal + (interviews résolument Lol, parfois drôles). Pratique: on connaissait les chroniques tenues dans la presse mag par des journalistes ou people de la télé... Ledit titre s'offrant ainsi une signature connue. Là, on voit apparaître le concept de chronique-express qui ne nécessite même pas un travail éditorial : Mouloud Achour a juste à reprendre certains de ses tweets pour en faire une "chronique" papier. CQFD.

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Et comme Twitter c'est décidément très in, on a même vu apparaître la première... Tweet-interview, dans la nouvelle formule de CB News (désormais publié sous forme de mensuel), avec pour invité - original et inattendu sur ces sujets ;) - Loïc Le Meur."Les meilleures réponses sont les plus courtes", résume le chapô de cette interveiw un peu particulière. Le concept: 15 questions et des réponses qui tiennent en 140 signes. Résultat: une interview un peu zapping qui balaie tour à tour Seesmic, le Web '11, Hadopi, l'antienne des "blogueurs influents", la vie à LA...

jeudi 9 juin 2011

Cyborgs, eugénisme génétique... Un homme presque (trop) parfait ?

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Elle est grande et élancée, à l'élégance classique, actrice, ex-athlète hors pair (demi-finaliste aux Jeux paralympiques d'Atlanta en 1996), mannequin pour Alexander McQueen depuis 1999, et une des ambassadrice de L'Oréal Paris depuis le dernier festival de Cannes, et thésarde. Au détour d'un article du ''Monde'' du 21 mai, elle avoue être "fan des escarpins", elle en a une centaine "pour aller avec mes quinze paires de prothèses de jambes". Aimee Mullins, Américaine de 34 ans, née sans péronés, revendique son port de prothèses.

Son discours est troublant, et militant. Il illustre ce passage étonnant du handicap à la "cosmétique augmentée", avec un discours radical. Après tout, "Nous avons déjà nos prothèses: nos portables, ordinateurs... Pamela Anderson a sans doute plus de prothèses (des implants issus de la chirurgie esthétique, ndcc) dans son corps que moi. Un jour, nous aurons des membres sous garantie avec option ,des prothèses au choix dans nos armoires", assure-t-elle. On sourit à l’évocation de la série L’Homme qui valait 3 milliards avec Lee Majors, où le héros se voyait poser des membres bioniques décuplant ses forces. Sûr, les robots ne nous remplaceront pas.

"Un homme diminué devient un homme augmenté". "Bienvenue dans un monde où votre corps sera réinventé"... Malgré des assertions qui flirtaient parfois avec les slogans accrocheurs, le docu diffusé jeudi soir sur France 2 était passionnant, nous poussant dans nos retranchements. "Un homme presque parfait" esquissait l'homme augmenté du futur, alors que la robotique, l'intelligence artificielle, la sélection génétique et la bionique débarquent dans les labos. Et suscitent nombre de fantasmes sur l'"humain augmenté" du futur, où le hasard n'aura plus sa place. Ce documentaire de Cécile Denjean nous plonge progressivement dans le trash technologinique du futur, ou comment améliorer les performances du corps humain par la technologie. Au détail près que l'on n'est plus seulement dans une univers à la George Orwell : le futur, c’est - presque - déjà maintenant. En le voyant, mes vieux démons sur la science-fiction et l'homme bionique du futur auquel rêvent les transhumanistes les plus fous m'ont rattrapée.

Hommes bioniques "implantés"

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Bienvenue donc dans un monde du futur où tous vos gènes sont sous contrôle et soigneusement réinventés, et où le hasard n'a plus sa place. Dans cette enquête très documentée, Cécile Denjean est allée dans plusieurs labos en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, pour voir des chercheurs passionnés de cybernétique, ou qui flirtent avec l'euphorie eugéniste.

Premier exemple: cet Allemand, le "premier homme bionique d'Europe" : amputé des deux bras suite à une décharge électrique de 20 000 volts, il a accepté de se faire greffer une prothèse inédite. Grâce à une puce, son cerveau contrôle un bras artificiel avec des capteurs ultra-sensibles. Le premier pas vers le cyborg... Il cite d'ailleurs Schwarzenegger en mode Terminator comme modèle. De fait, il a participé à un programme, Revolutionize prosthetics. Oh, étrangement, un programme initié aux Etats-Unis par la DARPA( Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) au début des années 2000: destiné aux militaires qui rentraient amputés du front d'Irak, vante l'organisme sur sa page d’accueil. Mais cela esquisse aussi le soldat bionique du futur. Flippant.

Au fil du documentaire, on nous égrène ces exemples de particuliers qui acceptent de tester ces innovations scientifiques. Nathalie, qui "a été implantée il y a un an" (notez le nouveau vocable qui émerge) : ses électrodes à la clavicule et au cerveau sont destinées à mettre fin à des troubles obsessionnels compulsifs sévères. Elle se sent "normale, pas du tout bionique". Aux Etats-Unis, à Huston, des chercheurs ont implanté 100 électrodes dans le cortex moteur d'un paraplégique. Il peut ainsi faire des gestes virtuellement qui s'affichent sur un écran.

Castes technologiques

Mais par petites touches, la technologie réparatrice vire vers une technologie de tri. "Une science de plus en plus invasive pénètre au coeur de l'humain", avertit Cécile Denjean. La limite entre ceux qui soignent et ceux qui augment , transforment, remodèlent, est de plus en plus floue. Dans un univers où les publicités, affiches et icônes de papier glacé qui nous susurrent à l'oreille la nécessité d'avoir un corps svelte, jeune, non-soumis au vieillissement, parfait.

Eh oui, Bienvenue à Gatacca: ce film de où l'on distingue des "élus" à partir de leur patrimoine génétique, consciencieusement trié, préfigure une réalité qui n'est déjà plus vraiment de la science-fiction. Vous vous souvenez sans doute de cette séquence-culte où le généticien annonce aux futurs parents qu'il s'est "permis" d'éliminer quelques "gènes" supplémentaires. Promis, "c'est le meilleur de vous-même" qui a été retenue...

A Los Angeles et à Hollywood, temple de la chirurgie esthétique, vous avez déjà le choix : mères porteuses sur catalogue, incubateurs d'embryons, et même possibilité de choisir le sexe - et plus - de son enfant. De fait, quelques labos très privés proposent un diagnostic préimplantatoire à partir d'une biopsie sur les embryons. Le circuit est parfaitement organisé pour les couples en quête de l'enfant parfait, avec même... un service financier pour monter un emprunt sur mesure, montre le documentaire. Car la "facture" est salée: 18 490 dollars pour le diagnostic préimplantatoire pour choisir le sexe de l'enfant, et jusque 30 000 dollars pour choisir la couleurs des yeux ou des cheveux. "C'est le bien de consommation ultime, que nous aurons pour toujours", lâche un futur père dans le docu, avec une inconscience absolue. Brrr. La brèche est déjà ouverte: en Angleterre, des médecins ont accepté d'enlever des embryons qui auraient risqué de faire loucher l'enfant.

Il faut voir là d'inquiétantes prémices à un eugénisme génétique, qui posent de vertigineuses questions éthiques. Si on élimine la fin et le hasard, on élimine le sens de la vie, et donc de la mort.

Et cela est déjà en route: des chercheurs ont réussi à concevoir un utérus artificiel, telle le professeur Hung-Ching Liu de l’université Cornell à New-York, qui annonce en 2002 qu’elle a réussit à implanter un embryon humain sur un utérus artificiel qu’elle avait préalablement créé. Le chercheur Thomas H Shaffer a mis au point un liquide amniotique artificiel permettant de sauver les bébés prématurés. Pour vérifier la viabilité de cet utérus artificiel, la scientifique y a implanté des embryons obtenus par Fécondation In Vitro (FIV). Ils ont bien accroché et ont commencé à se développer. La législation actuelle n’autorisant pas l’expérimentation sur l’embryon au delà de 6 jours, ceux-ci ont finalement été détruits. La polémique a été énorme. Mais la boîte de Pandore est ouverte: elle a ouvert la brèche à l’ectogenèse qu'avait imaginé Aldous Huxley: on sait que cela est faisable. Même si Valérie Pécresse, dans un rapport pour l’ information sur la famille et les droits des enfants, a clairement montré qu’elle était contre l’ectogenèse, la comparant au clonage.

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En Grande-Bretagne, Kevin Warwick, professeur de cybernétique à l'Université de Reading près de Londres, est devenu le premier cyborg après s’être implanté une puce dans le bras pour mieux comprendre les liens que pourraient à l’avenir tisser l’homme et la machine. Il s'est fait implanter une puce RFID dans son bras gauche pour s'identifier et commander la domotique de son labo, puis une seconde puce dans son bras, doté d'une main artificielle, qui est connectée à son système nerveux.

Après 6 semaines d’entrainement, pour que son cerveau et ses muscles apprennent à maîtriser le système, il a réussi à détecter des objets les yeux fermés quand ceux-ci étaient capables d’envoyer des informations à son capteur, à faire bouger une main robotique mimant les mouvements de la sienne à l’autre bout du monde, via l’internet, et à développer de nouvelles manières de communiquer, notamment avec sa femme, relate InternetActu.

Des dingues radicaux en rêvent déjà : les transhumanistes, qui croient dur comme fer en la capacité des technologies à améliorer l'être humain. Ils ont déjà leurs "centres de recherches", comme à la Singularity university, sur le campus de la Nasa dans la Silicon Valley. Alors qu'il y a une longue frontière - à ne pas franchir - entre science-fiction et science au service du business...

dimanche 5 juin 2011

Chromebook; Usbek & Rica; datajournalism; Glipfix; Creative Commons; Ramzy Khiroun; neuromarketing...

Une fois n'est pas coutume, une sélection de liens glanés via Twitter, mes revues de presse et de blogs, en innovation, (nouveaux) médias, pub, marketing, pratique journalistiques...

  • C'est @guybirenbaum qui l'a souligné, très surprenant "reportage" sur BFM TV hier, où l'on voyait Arnaud Dassier (communicant, qui a notamment colalboré à l'UMP, fondateur de la société de communication L'Enchanteur des médias, co-fondateur du site d'informations Atlantico entre autres), en vacances à New York, à NY qui photographie la maison de DSK puis fait la leçon. Je vous laisse apprécier cela en vidéo...
  • Le Chromebook, "nouveau pas vers la domination pour Google" ? C'est en tous cas ce que croit The Guardian, article repéré par @latrive, à propos de ces netbooks animés par son système d’exploitation Chrome OS.
  • Here we are. World Health Organization classifies cell phone use as "possibly carcinogenic to humans." I'm waiting to see the reply of telcos.
  • Usbek & Rica, magazine d'un nouveau genre que j'évoquais dans ce billet, dans la même veine que XXI, a un an. Comme ses fondateurs l'annoncent sur leur page Facebook, le n°5 sortira finalement le jeudi 1er décembre, dans une nouvelle formule. S'y ajoutent d'autres projets : un magazine qui devrait sortir à l'automne, et deux collections de livres pour 2012.
  • Avec Internet, l'article journalistique a-t-il encore un sens ou est-ce un genre voué au déclin? Bon résumé par Laurent Mauriac (Rue89) du débat suscité par Jeff Jarvis.
  • Je publiais la semaine dernière cette enquête (accès abonnés sorry) sur le datajournalism, qui engendre de nouvelles pratiques journalistiques - et des premières formations en écoles. Preuve que la pratique intéresse les media classiques, Le Guardian invite des développeurs externes à venir tous les mardis pour discuter data-journalisme
  • A voir le dernier commentaire de mon article d'octobre dernier sur Glipfix (où les internautes peuvent co-financer un projet de reportage), je me demande si ce service est encore actif .

Atlantico, les otages et France Télévisions: Atlantico aurait-il publié des infos trop rapidement à propos des otages ? A lire chez ElectronLibre.

  • Le propriétaire du New York Times annonce la nomination de Jill Abramson à la rédaction. Enfin une femme! Quand est-ce que cela en soi ne sera plus un événement ?
  • YouTube va permettre de placer les vidéos sous licence Creative Commons (YouTube introduces Creative Commons option for uploaders, remixers) : une manière de protéger ses oeuvres postées sur YouTube avec une alternative au copyright...
  • Une première, révélée par Le Point. Ramzy Khiroun, communicant de DSK , lance 5 plaintes contre journaux et sites internet: L'Union, Electron Libre, Atlantico, Challenges, et... @arnauddassier à propos d'un de ses tweets.
  • Ruez-vous sur ce papier de Wired, qui nous explique les vices cachés du neuromarkting, ou comment la publicité fabrique de faux souvenirs. Passionnant et flippant.

dimanche 29 mai 2011

Lady Gaga, icône numérique

Cela ne vous aura pas échappé : lundi 23 mai, Lady Gaga, consacrée en deux ans nouvelle icône de la pop, sortait son nouvel album, Born this way. Contrairement à Bruxelles, les Parisiens auront été épargnés par la sonorisation des lignes de métro, avec la diffusion en boucle dudit album. Mais sûrement par par l'intense campagne promotionnelle. Reflet peut-être de l'industrialisation accélérée de la musique pop mainstream, jamais une star ne sera allée aussi loin dans l’utilisation de recettes marketing. Recettes classiques pour certaines: faire de chaque sortie de single ou clip un événement, se distinguer par un look improbable, s'approprier des références cultures (de Madonna, référence revendiquée, à David Bowie, en passant par... Andy Warhol et sa Factory,; bien sûr pratiquer le placement de produits à outrance dans ses clips... en prétextant dénoncer la société de consommation bien sûr ;)

Des recettes appliquées avec une efficacité diabolique sur la Toile : Lady Gaga est probablement une des premières stars de la pop à être devenue aussi une icône numérique, présente sur une multitude de réseaux sociaux. Ses apparitions sont rarissimes dans la vraie vie et sur les plateaux télé, mais elle semble presque s'être dédoublée sur la Toile, en une sorte d'avatar, d'icône dématérialisée. Une sorte de star bionique, image étrange appuyée par ses looks fantasques, futuristes (et parfois flippants)... Un cas d’école, que j'avais envie d'aborder depuis longtemps, sans juger ici la qualité musicale de ses albums (perso ce n'est pas ma tasse de thé ;) je vous renvoie pour cela entre autres à ce papier du Monde, qui n'est guère tendre avec elle).

Relation-client sur réseaux sociaux

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A 26 ans, sans avoir d'un quelconque MBA en marketing, elle manie déjà à la perfection les ficelles du marketing classique : un apparat de circonstance depuis ses débuts en avril 2009, des références culturelles qu'elle s'approprie, créer l’événement autour de la sortie du moindre single et clip... Mais sur la Toile, elle gère en direct, depuis ses débuts, sa relation avec ses fans sur les réseaux sociaux - comme une marque qui gèrerait sa relation-client en ligne. Imaginez: elle vient de franchir le cap de 10 millions de fans sur sa page Twitter. Outre sa page web officielle, s'y ajoutent sa page Facebook (10 millions de fans, 36 millions de Likes pour son dernier album), sa page MySpace...

Loin de s'entourer d'une équipe de community managers, si son entourage gère sa page Web officielle, elle envoie ses tweets elle-même, directement depuis son téléphone portable: elle y alterne autopromo, annonce de son agenda, et réponses à ses fans. D'où une harmonie dans le ton et les contenus, qui n'ont pas trompé ses fans.

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Le 23 mai, elle a franchi un cap supplémentaire, avec de multiples partenariats destinés à asseoir sa présence numérique : Samsung a diffusé en avant-première, du 17 au 23 mai, l'album sur sa page Facebook en streaming continu, et a cofinancé une campagne de pub télévisée - une première (et de fait, j'ai eu droit à plusieurs relances de leur agence de RP sur cette opé...).

Pour asseoir son circuit de distribution physique et numérique, non contente d'avoir trusté les premières places de sites de téléchargement avec plusieurs singles lancés avant la sortie officielle de l'album, elle a bénéficié d'une vaste opération de com' par Amazon.com, qui son album... à 0,99 dollar durant deux jours. Amazon y a sacrifié ses profits (et contribué à dévaloriser le prix de la musique, soit dit en passant), comme le relate Mac Plus, quand sur l’iTunes Store le même disque est vendu 11,99$. L’opération a donc coûté en tout 3,18 millions de dollars à Amazon, (presque) à perte… Pas grave: Amazon a foulé des pieds de modèle économique de la musique en ligne, mais s'est offert un coup de pub pour sa boutique de MP3. En une semaine

Crowdsourcing et co-création oblige, pour mettre à contribution les internautes, l'agence Vanksen a monté une opération en ligne: un jeu-concours, "French this way", où les internautes sont invités à concevoir un clip sur YouTube sur la chanson-titre de l’album, avec à la clé 30 places pour un showcase à Paris à gagner. Rien que pour le plaisir, la vidéo où la star s'adresse à ses ouailles...

Autre relais indispensable: les social games, cette nouvelle génération de mini-jeux vidéos sur Facebook et petits univers virtuels, lointains héritiers de Second Life. Qu'à cela ne tienne: Lady Gaga s'est associée à la start-up à succès Zynga, pour concevoir un social game à son effigie... Gagaville, où les fans pourront évoluer dans un univers à son image (motos, licornes....), et où des extraits de son album Born This Way étaient diffusés en avant-première, du 16 au 19 mai.

Avec le géant du caffè latte indutrialisé, Starbucks, Lady Gaga a lancé un jeu bâti sur mesure: une chasse au trésor dans les cafés Starbucks, où les indices sont cachés dans les codes QR des ardoises et des affiches présentes dans les magasins, que les clients peuvent scanner avec leur portable. Et, pour être sûr que vous n'y échappiez pas, la musique de Lady Gaga est diffusée dans les magasins et sur le site web de Starbucks - une première dans l’histoire de la marque - où l'album est en vente.

D'étranges co-brandings donc, où comment la marque Lady Gaga s'insère dans de multiples univers. Quitte à provoquer une certaine saturation...

Màj du 31 mai : merci aux Inrocks pour la petite mention :)

dimanche 22 mai 2011

Le buzz du Web (LCI) - L'affaire DSK & le Web, Twitter, entre hyper-réactivité et approximations

Eh oui, cela ne vous aura pas échappé, le traitement par les médias de l'affaire DSK (et notamment le rôle de Twitter, comme relais d'information immédiate, parfois repris par les médias audiovisuels, dont j'ai parlé dans ce billet, notamment lors des audiences, a fait débat dans le microcosme journalistique. Autant sur le traitement de l'info, les erreurs et détournements observés, que la nouvelle notoriété de Twitter... Benoît Gallerey de LCI a eu la gentillesse de m'inviter pour en débattre vendredi après-midi avec Aude Baron (Le Plus du Nouvel Obs) et Christophe Carron (Voici.fr). Enjoy !

lundi 16 mai 2011

Affaire DSK : Twitter 1 - TV 0, immédiateté, émotion, approximations

Un fait presque sans précédent. Ces dernières 36 heures, Twitter a supplanté les dépêches, la radio et la TV, traditionnels relais d'info immédiate. Dès dimanche au petit matin, l'info a fait l'effet d'une bourrasque: Dominique Strass-Kahn, président du FMI, un des potentiels présidentiables socialistes les plus prometteurs, venait d'être arrêté pour agression sexuelle dans un hôtel à New York. Une information dévoilée presque en temps réel sur Twitter, à peine DSK interpellé à bord de son avion Air France en partance pour Paris.

Viralité de l'information

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Le tweet qui a agité la tweetosphère (et les noctambules français) dès la nuit de samedi à dimanche, c'est Jonathan Pinet qui l'a lâché. Ce qui n'a pas manqué de susciter, dès lors, des rumeurs de manipulation : le jeune Franco-Canadien, étudiant à Sciences Po, est par ailleurs militant aux Jeunesses Populaires. Voire: prévenu par un ami new-yorkais, il publiait ce tweet à peine une heure après l’arrestation.

Mais clairement, Twitter s'est imposé comme un outil de veille et de viralité. Il permet à tout un chacun - journaliste ou pas - de publier l'info du jour en temps réel, sans filtre, et ce avant même les plus grands médias. En quelques minutes, en une poignée d'heures, tout le monde était au courant sur Twitter et Facebook, sur la Toile, avant que les chaînes de télé et les radios ne s'emparent à leur tour du sujet. Avec l'immédiateté de l'enchaînement, la vitesse de la chute de DSK n'en paraît que plus vertigineuse.

Une viralité hors-médias, qui déplaît à certains de la garde rapprochée de DSK. Dimanche soir, missionné par les conseillers de DSK à Euro RSCG au 20 heures de France 2, Jean-Marie Le Guen, un des plus proches de DSK, ne peut s'empêcher de lâcher : "il se passe de choses parfois un peu bizarres sur le web"... Raccourci anti-Web qui pourrait sembler délicieusement suranné dans un autre contexte.

Effet à double tranchant

Un outil d’information, et aussi le lieu de débats, tout comme Facebook, au sujet des rumeurs de manipulation… Durant 24 heures, Twitter, tout comme Facebook, a été le relais en temps réel des multiples informations publiées par les médias - la presse US surtout. Classique.

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Mais ce lundi après-midi, on a franchi un cap supplémentaire. DSK est convoqué devant le juge, les caméras sont interdites d'entrée - dans un premier temps - à l'audience. Qu'à cela ne tienne, une poignée de journalistes vont tweeter en direct l'audience. @valeria_e crée illico une liste Twitter avec quelques-uns des journalistes twittos : JP Balasse (@balasseNY), correspondant d'Europe 1 aux Etats-Unis, Yannick Olland de RMC, Emmanuel Duteil (@EDUTEILBFMRADIO), correspondant de BFM Radio, Jon Swaine -@jonswaine), correspondant du Daily Telegraph, Stéphane Jourdain de l'AFP (@daftkurt)... Le live-tweet, une source première et unique pour suivre le procès. Tweets de 140 signes, souvent factuels, parfois touchants, entre arguments du procureur et de l'avocat, brèves descriptions d'un Dominique Strauss-Kahn complètement défait. Jusqu'au verdict : refus du procureur de la libération sous caution de DSK pour 1 million de dollars, placé en détention préventive jusqu'au 20 mai.

Sur les chaînes de télé, Twitter devient une source par défaut pour relater la tenue du procès fermé aux caméras. Et devance les bonnes vieilles dépêches. Des tweets sont cités comme source par les chaînes d'information continue : sur iTélé, le présentateur évoque le "dernier tweet qui nous parvient..." . Au prix d'approximations, tel ce journaliste de France 24 qui source "selon Twitter"... sans donner le nom de l'auteur dudit tweet, pointe alors @gillesbruno.

De 20minutes.fr à France24, en passant par LeMonde.fr, Les sites d'information relaient abondamment le procès historique en recourant au live-tweet, un format journalistique dans l'air du temps, adapté à la couverture de ces actus chaudes, comme j'en parlais dans ce billet.

Une trentaine de minutes plus tard, une fois l'audience achevée, iTélé rediffuse les images en différé. Images en plans serrés, voyeuristes, gros plans sur le visage de DSK anéanti. Autre étape après les images de lundi matin montrant DSK sortant du commissariat de Harlem, où il avait été inculpé pour tentative de viol. Une crucifixion médiatique en temps réel, diffusée par la plupart des chaînes d'info du monde. J'apprendrai quelques minutes plus tard par un twittos, @diabymohamed, que la chaîne populaire ABC est la seule autorisée à tenir une caméra dans la salle d'audience - image rediffusée ensuite par les autres chaînes d'infos.

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La viralité et l'immédiateté de l'info telle que diffusée sur Twitter entraîne les autres médias dans son sillage. Source d'infos pour iTélé, qui, lundi après-midi, reprend illico presto un tweet présenté comme issu du compte de @Tristane_Banon , une jeune journaliste et auteure qui prétend avoir été agressée sexuellement par DSK en 2002, et avait jusque là refusé de porter plainte, dont Agoravox a opportunément ressorti l'extrait d'une émission enregistrée en 2007 avec Thierry Ardisson. Un compte Twitter authentifié par personne... mais quand même cité en direct à l'antenne, relève alors sur Twitter le journaliste Vincent Glad. Pendant plusieurs minutes, la chaîne diffuse un bandeau indiquant que l'écrivaine et journaliste a déposé une plainte contre DSK, comme le relate ensuite Arrêtsurimages.net. Quelques minutes après, plusieurs journalistes sur Twiter, puis LeMonde.fr, démontreront qu'il s'agit d'un fake, Tristane Banon n'ayant pas de compte Twitter, précise alors son avocat.

Donc les tweets ont supplanté les dépêches ce lundi soir, sous nos yeux.

Mise à jour jeudi 19 mai : évidemment je suis loin d'être la seule à avoir écrit sur ce sujet... Allez butiner chez mes confrères: la métarédaction web à l'ouvrage chez Sébastien Bailly, Erwan Gaucher qui se demande si les médias ont basculé, Benoît Raphael si Twitter est un "nouveau média historique ?", "le bruit et la fureur documentaire" chez Olivier Ertzscheid, ou encore le décryptage de la mécanique du live sur Twitter chez Laurent Dupin.

jeudi 12 mai 2011

La couv' de la semaine: Capital, storytelling et pipolisation économique

Capital

Il était temps que je reprenne cette rubrique, avec ce titre que vous connaissez forcément, qui incarne une certaine idée du journalisme économique. Couv' (sur)chargée aux couleurs vives, titraille et mise en page accrocheuse, et bien sûr l'inimitable ton popu qui lui donne parfois un côté café du commerce : pas de doute, vous avez bien entre les mains Capital, le titre de presse économique le plus vendu, avec une diffusion payante de plus de 320 000 exemplaires par mois (chiffres OJD). Eh oui, car l'un des fleurons du groupe Prisma Presse fête ses 20 ans ! Né à la fin des années 80, "années-fric" incarnées par Bernard Tapie, le culte de la compétition et de la gagne pour des jeunes cadres sup' qui se rêvaient en yuppies.

La naissance de ce titre n'a rien d'anecdotique. Mine de rien, tout comme son lointain cousin en télé sur M6, Capital a créé une ligne éditoriale, un ton journalistique (souvent crispant, il faut le dire). L'économie, une science ennuyeuse ? Qu'à cela ne tienne, les concepteurs de Capital ont eu l'idée, dès le début, de raconter des histoires aux lecteurs, force anecdotes : les prémices du storytelling... Quitte à y ajouter ce ton crispant à la Capital, qu'il a inventé (et repris par beaucoup), avec formules accrocheuses, formules-clichés (je vous laisse savourer ce délicieux billet de mon confrère Erwann Gaucher sur les tics de langage de Capital en télé - toi aussi fais ton reportage Capital...), et tournures de phrases trèès familières qui assurent le lecteur. Et situent Capital à la lisière du mag de divertissement.

C'était l'occasion rêvée de revenir sur ce titre ici, où je m'était déjà adonnée au plaisir du feuilletage des pouffe-mags (ici et ), alors que le mensuel économique s'est offert un sérieux lifiting pour son bithday, avec une nouvelle formule lancée en avril, accompagnée dans la foulée de sa première appli iPad payante, et le lancent imminent d'une appli mobile, dédiée aux conseils boursiers de Capital.fr.

Le nouveau Capital, donc. On remarquera déjà la couverture parfaitement adaptée à la vente en kiosques (où il ne pourra échapper à votre regard): élégante couleur de fond rose vif, titres de Une divers et variés mis en avant, avec une légère tendance alarmiste ("les acteurs trop bien payés", "pourquoi votre facture santé s'envole", le "nouveau Big Brother" Facebook..).

Le feuilletage réserve quelques surprises. Déjà, visiblement, la nouvelle formule a plu aux annonceurs, avec 39 pages de pub (ainsi que 6 pages de publi- flotte d'entreprise - un classique dans la presse éco) sur une pagination totale de 154 pages.

cannes

Dès l'édito, François Genthial nous promet "de nouvelles rubriques plus proches de l'actualité". Et de fait: après l'interview d'ouverturedu DG d'Air France - KLM (bon, une page de photo, une page de texte...), on enchaîne sur cette maagnifique infographie "big business du Festival de Cannes"

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S'ensuit cette non moins magnifique double info-people, que l'on pourrait volontiers imaginer dans d'autres magazines ("soirées business", tout de même).

On retrouve ensuite les traditionnelles rubriques de Capital: Hommes et affaires, avec la touche hommes d'affaires peopolisés propre à Capital, tel François-Henry Pinault ("people malgré lui" depuis son mariage à l'actrice Salma Hayek, sa "coûteuse passion écolo" y sont abordés entre autres indiscrétions)

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Puis la rubrique Succès et dérapages d'entreprises. Là, agréable surprise, Capital donne de la place à l'enquête. 13 pages sur Facebook, alors que le journaliste Gilles Tanguy s'est rendu au siège de la société, à Palo Alto en Californie (un reportage que je rêve de faire...): il raconte l'ambiance de travail dans cette ruche, le management interne (il "règne sur une bande de copains", eh oui), ses rapports étroits avec les annonceurs...

Quelques prémices de format bi-média s'esquissent, avec ce prolongement vidéo ("exclusif" bien sûr) bien vu, où il a suivi Mark Zuckerberg.

S'ensuivent un long dossier sur le coût de la santé et le traditionnel comparatif des cliniques... tiens, un marronnier classique que l'on retrouve régulièrement dans certains hebdos généralistes), un portfolio ("l'économie en images"), la rubrique "révélations" (dont ces vilains comédiens cloués au pilori car "peu rentables")...

Et ensuite, une partie "Votre Capital pratique" enrichie, désormais dans un cahier entier: ces fameuses rubriques services - infos pratiques dont la presse mag raffole... C'est bien connu, les lecteurs adooorent ce côté boîte à outils. Infos carrière, droit, argent et placements, ou encore vie privée (où l'on mêle cours de cuisine et high-tech...) y sont abordés.

Bilan ? Capital reprend cette recette qui a fait son succès : quelques enquêtes et documents prestigieux (intéressante enquête sur les dérives du trading assisté par ordinateur, traduction de Wired), un peu de paillettes, et beaucoup de sujets d'actus tirés sous un angle très vendeur, voire polémique.

mardi 3 mai 2011

Mad Men, photo à la Hitchcock, reflets du machisme (racisme, homophobie...) de l'époque, bouscule le cinéma

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Une ombre en costume qui s'avance dans un bureau, dont les pièces s'éparpillent comme un puzzle, puis chute dans le vide sans fin, entre des gratte-ciels aux reflets d'affiches publicitaires d'époque, sur une musique, version instrumentale de A Beautiful Mine de RJD2.... Le générique d'ouverture, visuellement magnifique et déjà (un peu) glaçant, à l'élégance des génériques de James Bond et des films de Hitchcock (dont Sueurs Froides), on croirait y déceler la patte d'un Saul Bass.

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Mad Men, je l'ai découverte il y a quelques semaines... Episode par épisode, saison par saison, je l'ai savamment dégustée, par petits bouts. Cela faisait longtemps que je voulais écrire quelque chose dessus, ici ou ailleurs, parce que c'est sans doute une des meilleures séries que j'ai vues ces dernières années. Dont la qualité la rapproche dangereusement d'un film cinématographique. Et en la matière, les références ne manquent pas. Les mad men, expression US de la fin des années 50 (néologisme - jeu de mots avec Ad men, littéralement "les hommes de la pub", qui en anticipe d'autres, tels les yuppies des 80s), ce sont ces cadres publicitaires de l'Avenue Madison.

Cette série met donc en scène des publicitaires américains des années 60, en plein dans les années Kennedy, dans une société US opulente, où la population découvre les joies du consumérisme de la consommation... et la publicité qui suscite chez eux de nouveaux besoins.

Pourquoi j'en parle maintenant ? La série, à peine connue en France il y a encore un an (elle est diffusée sur Canal +ainsi que sur TPS Star depuis 2008, la saison 3 sort tout juste en DVD en France), titille gentiment l'industrie du cinéma. Une nouvelle illustration de cette nouvelle génération de séries haut de gamme, qui esquisse leur rapprochement avec des films. La série, créée en 2007, diffusée sur AMC, est déjà bardée de 13 Grammy awards et 4 Golden Globes - une première pour une série diffusée sur une chaîne câblée. Consécration, un des trublions de la diffusion web, Netflix, vient d'en acquérir les droits de diffusion - exclusifs - sur le Web, comme j'en parle dans cette enquête pour Stratégies. Ce qui n'a rien d'anecdotique, puisque grâce à la télévision connectée, dont commencent à s'équiper les foyers, la distribution des contenus issus du Web devient possible.

Bienvenue chez les Mad Men à New York, dans les années 60, sur Madison Avenue, dans la grande agence de publicité fictive Sterling Cooper. Série faussement rétro, absolument pas nostalgique, incroyablement actuelle sur le fond. On y voit donc le quotidien d'une équipe de pubeux : Peggy Olson, Pete Campbell, Roger Sterling... Et avant tout le personnage de Don Draper, interprété par Jon Hamm, directeur créatif de Sterling Cooper et associé de Sterling Cooper Draper Pryce, créatif brillant et manipulateur. Au travers des différents personnages et des évènements, la série dépeint les changements sociaux et moraux qui ont eu lieu aux États-Unis dans les sixties. C'est une de ses forces.

Premier épisode, premier plan: dans un bar chic, musique 50s, travelling avant par-derrière un brun élégant, cheveux gominés, l'air préoccupé. Il sonde le serveur sur sa marque de clopes - des Old God, alors que lui fume des Lucky Strike. Et tente de le convaincre de passer aux Lucky. Long travelling sur la clientèle so schic, au look 60s, de ce bar huppé où tous clopent...

Consumérisme et publicité

C'est bien sûr l'un des thèmes-phares de la série: Mad Men décrit les composantes de la société et de la culture américaine des années 1960 : le tabagisme, l'alcool, le sexisme, l'adultère, l'homophobie, l'antisémitisme, le racisme et l'absence totale de préoccupations envers l'environnement, sont régulièrement abordés dans la série. Minutieusement documentée, sans aucun anachronisme (du moins m'a-t-il semblé, dans mes souvenirs en tant qu'historienne de formation..), la série accentue ainsi les différences entre cette époque et aujourd'hui, lors de la diffusion. Matthew Weiner a d'ailleurs eu pour consultant publicitaire Robert Levinson, qui a travaillé chez BBDO de 1960 à 1980. Dans cette très longue enquête publiée par le NY Times, il souligne: "Ce que Matthew a filmé est tellement réaliste. L'alcool était une pratique courante, le tabagisme était constant, les relations entre les cadres et leurs secrétaires étaient semblables".

Le claquement raffiné d'un briquet qu'on referme ou le tintement des glaçons dans un verre: un des leitmotivs de la série, où le whisky coule à flots dès le matin, et la fumée envahit chaque image. Omniprésent à l'époque, et dans la série, presque tous les personnages sont filmés en train de fumer très souvent tout au long des saisons - inimaginable aujourd'hui... L'épisode pilote annonce la couleur: les gérants de la marque de cigarettes Lucky Strike y embauchent Sterling Cooper pour une nouvelle campagne de pub, suite à un rapport publié dans le magazine féminin Reader's Digest, affirmant que le tabagisme peut entraîner un cancer du poumon. L'argumentaire de l'annonceur Lucky Strike à l'agence est clair: "La manipulation des médias ? C'est pour cela que je vous paie".

Le secteur publicitaire est un métier encore naissant à l'époque, mais les créatifs et commerciaux sont déjà des pros. Les séances de brainstorming et présentations de pitchs autour de campagnes de pubs à des clients sont des occasions rêvées pour nous esquisser un portrait des formes émergentes de consommation - et comment les publicitaires créent de nouveaux besoins les accompagnent. Et répondent ainsi aux attentes de leurs clients, des annonceurs qui souhaitent modeler les attitudes sociales des consommateurs. Les publicitaires sont censés ressentir l'air du temps et anticiper les changements de société pour les faire passer dans leurs campagnes de pub. Une lame de fond rêvée pour la série, dont scénario met constamment en scène des personnages qui ressentent les frémissements du changement - les prémisses de Mai 68... - dans l'industrie de la publicité. Dans Mad Men, la toile de fond du monde publicitaire est le prétexte à une approche didactique des stratégies publicitaires alors conçues, telle la fabrication du consentement.

Un des premiers révélateurs, cette tirade cynique et désabusée de Don Draper sur l'amour, "un slogan publicitaire. "Elle ne veut pas se marier parce qu'elle n'a jamais été amoureuse" - j'ai écrit cela pour vendre des bas le crois L'amour, le vrai, le grand, ce lui qui vous transperce, où vous ne pouvez plus manger, vous fait fuir, ça n'existe pas. Ce que vous appelez amour a été inventé par des gens comme moi pour vendre des bas. On naît et on meurt seul, ce monde vous abreuve de règles pour vous faire oublier cela".

Au fil des épisodes, Mad Men sème des indices sur la "révolution silencieuse" en approche des années 1960 : les problèmes d'anxiété de Betty, la Beat Generation découverte par Don à travers Midge, les remarques sur l'éventuelle dangerosité du tabac sur la santé (le plus souvent ignorées), l'émancipation du peuple noir-américain...

Sans doute un des plus beaux dialogues - remarquablement écrit de la série, ce discours brillant de Don Draper (Saison 1, épisode 13) sur la valeur nostalgique et sur le potentiel commercial du projecteur Kodak - une des premières apparitions du marketing de la nostalgie... Juste pour le plaisir, verbatim, en VO please.

"Nostalgia. It’s delicate, but potent… Teddy told me that in Greek, nostalgia literally means the pain from an old wound. It’s a twinge in your heart, far more powerful than memory alone. This device… isn’t a spaceship, it’s a time machine. It goes backwards, forwards. It takes us to a place where we ache to go again. It’s not called the Wheel. It’s called the Carousel. It lets us travel the way a child travels. Around and around and back home again, to a place where we know we are loved".

Machisme, racisme et homophobie ordinaires...

Si la série peut parfois laisser filtrer une nostalgie pour une époque antérieure, magnifiée (j'en parlerai plus bas), la cruauté, la mobilité sociale et les diverses formes de rejet "ordinaires" de l'époque y sont traitées sans concessions. En réponse au frémissement que promet le discours de Martin Luther King ("il est peut-être un peu trop tôt", commente naturellement Betty Drapper à sa nurse noire en regardant le discours sur son téléviseur), dans Mad Men, les Noirs occupent des fonctions subalternes: serveur de bar, portier, dans l'ascenseur, nurse...

L'homosexualité est taboue à l'époque: le créatif Salvatore découvre son penchant au fil des épisodes, jusqu'au jour où il est ouvertement dragué par un gros client de l'agence (saison 3). Il repousse ses avances. Le client menace alors de quitter Starling Cooper à moins que Salvatore ne soit exclu de sa campagne... Salvatore sera sacrifié, licencié illico - par tactique, Don refusera de croire à ses explications (qui brisent un tabou ?).

... Et prémices fragiles d'émancipation de la femme

Betty Draper

Betty Draper, héroïne hitchcockienne de la série

Les femmes dans la série ? Le développement des divorces, l'égalité des sexes sont aussi une des révolutions silencieuses de l'époque, omniprésentes dans la série. Parallèlement, autre constante de Mad Men, elle dépeint aussi une sous-culture où les hommes mariés s'engagent fréquemment dans des relations extra-conjugales avec d'autres femmes.

Les maîtresses de Don sont des figures de femmes émancipées de l'époque : seules, indépendantes financièrement, telles Midge, créatrice publicitaire indépendante qui travaille chez elle, créatrices d'entreprise, Rachel Menken, repreneuse de la boîte familiale, l'institutrice Suzanne... A contrario, l'émancipation de plusieurs des héroïnes est progressive et fragile. Betty Draper, blonde glacée (grande bourgeoise mère au foyer) épouse de Don, finit certes par demander le divorce, en apprenant ses écarts extra-conjugaux - mais pour se recaser aussitôt avec un notable local.

Peggy Olson, sage et discrète secrétaire de Draper, illustre les espoirs de mobilité et d'émancipation pour une nouvelle génération de femmes. Elle devient concepteur-rédacteur dans l'équipe de ce dernier - une première au sein de l'agence, elle y sera la seule femme à occuper un tel poste. Les portraits des autres salariées révèlent hélas moins de promesses de mobilité sociale : les autres femmes de Starling Coopers sont toutes des secrétaires, sur lesquelles les créatifs exercent à l'occasion un "droit de cuissage", et dont l'objectif secret reste de trouver un mari.

Conseils de Joan Holloway, à la tête du secrétariat de Sterling Cooper, à Peggy Olson, lorsqu'elle arrive comme nouvelle secrétaire: "Suis mes conseils et tu ne commettras pas d'erreurs. Dans quelques années, si tu as une bonne promotion, tu seras en ville comme nous tous. Bien sûr, si tu as une très bonne promotion, tu ne travailleras plus du tout (sous-entendu 'Si tu as le chance de faire un beau mariage'). Munis-toi d'aspirines, compresses, fil, aiguilles. Ils veulent une secrétaire, mais cherchent souvent quelqu'un entre la mère et la bonne". Tout est dit.

Magnétisme hitchcockien

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Du côté photo et montage, Matthew Weiner a collaboré avec le directeur de la photographie Phil Abraham et avec le créateur de décors Dan Bishop, pour développer une style visuel qui serait "davantage influencé par le cinéma que par la télévision". Dans cet immense hommage à Hitchcock, il s'autorise tout: travellings de dos des personnages, gros plans sur un verre, une cigarette ou une main, caméra qui glisse de haut en bas des buildings, dans les pieds des employés franchissant la porte tournante de leur immeuble...

Hitchcock est évidemment omniprésent dans Mad Men, chez les personnages mêmes: une des héroïnes, Betty Drapper, est une blonde glacée à l'élégance un rien surannée, clone de Tippi Heddren, tout comme Don Drapper, dont le charisme rappelle Cary Grant ou James Stewart.

Mode, design: le "rétro-chic", ou comment "Mad Men" remet le passé au présent

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Là je ne vous apprendrai rien, le style fifties, looks de pin-ups aux formes généreuses, avec gaines, serre-taille, lunettes à écailles et jupes-crayons ont fait un retour en force dans la presse féminine, depuis un an en France. Un vintage retour aux sources, teinté de nostalgie (pas forcément bienvenue), symbole de retour aux valeurs sûres à l'ère du jetable... Ce qu'explique Nathalie Azoulay dans Mad Men, un art de vivre (ed. La Martinière), qui paraît le 26 mai.

Après la première saison, le couturier Michael Kors a dédié un défilé entier à la série. Après la troisième, la styliste de la série, Janie Bryant, qui s'est inspirée des collections Brook Brothers des années 60, a aidé la griffe pour hommes à lancer une ligne spéciale Mad Men, écrivait Adèle Smith dans Le Figaro, le 8 février dernier. Dernièrement, Tom Ford, Marc Jacobs, Céline ou Prada se sont réemparés du style rétro-chic (certains parlant de style "néo-bourge").

Ce style des Trente Glorieuses dépoussiéré a un nouveau nom, le style "rétro-chic", avec pour icône la pulpeuse actrice Christina Hendricks, la secrétaire rousse de Man Men. Encore cette semaine, Grazia y consacre 4 pages, avec un focus sur les blitz parties, entre reproductions historiques et soirées underground, ressuscitées à Londres. Chignons crêpés et bas résilles obligatoires pour les femmes, le cha-cha-cha, le twist et le rock'n roll sont les danses obligées.

dimanche 1 mai 2011

Ben Laden & Twitter; Netflix HBO du Web; Storify; Beastie Boys; Apple & datas; Filtrage dans les box...

Et hop une petite revue de liens au débotté (en français... et en anglais VO, eh oui, nouveauté de la semaine !), sélection de news, tweets et billets en médias, nouveaux médias et high-tech pour ces derniers jours...

  • Twitter was the very first (media ?) this morning to reveal the death of Ben Laden, before official sources - and Barack Obama... A story that Twitter Broke (Fast Company). Right from this monday morning, there was already an "Osama Bin Laden is Dead" Facebook page. 120,000 Likes and counting. And this paper, right from this morning, about the 'coulisses" of the death of Bin Laden (NYT).
  • L'Internet illimité c'est fini ? AT&T l'enterre aux US.. (Wired)
  • Portrait du futur HBO du Web ? J'en parle ici dans Stratégies (accès abonnés sorry) : non content d'avoir acquis les droits de Mad Men, Netflix se lancer à corps perdu dans la production de séries, d'après le Hollywood Reporter. A suivre !
  • Storify, opening this monday: Filtering the Social Web to Present News Items, according to the New York Time.
  • Du bon son - avant sa sortie le 4 mai, le nouvel album des Beastie Boys (so 90s... toute mon adolescence) en écoute intégrale chez les Inrocks.
  • Que se passera-t-il le jour où les ordinateurs seront plus intelligents que les humains ? (InternetActu.
  • Apple's Data Collection Practices - Europe is beginning its own investigations, according to the New York Times... But he's not alone, Android smartphones too are attempting to the privacy (Guardian).
  • Une de mes découvertes de Pâques - l'existence d'oeufs brandés. L'omniprésence des marques...
  • Nouvelle étape dans la sédition des blogueurs du Huffington Post: ils réclament leur part du gâteau (Les Inrocks). Notre enquête (accès abos) sur cette rébellion des blogueurs dans Stratégies.

lundi 25 avril 2011

Royal wedding digital vs anti-monarchistes sur la Toile

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Cela ne vous aura pas échappé, vendredi 29 avril à 8h15 tapantes dans l'abbaye de Westminster, aura lieu un des événements (so kitsch) les plus attendus, le royal wedding de la relève de la Couronne britannique, le prince William et Kate Middleton. Un mariage qui sera sans doute le plus médiatisé, puisqu'il est le premier à se dérouler à l'ère de l'Internet, avec une audience de plus en plus connectée. Même s'il est loin de susciter le même intérêt pour les sujets britanniques que les mariages royaux précédents.

Présence numérique

Alors évidemment, comme dans toute bonne stratégie marketing, on trouve une kyrielle de produits dérivés, conçus avec ou sans l'assentiment du staff de la famille royale: de la mug aux capotes, en passant par les sachets à thé (petite sélection par ici) : je vous renvoie à l'enquête - accès abonnés - sur le Royal marketing que l'on a publiée dans Stratégies cette semaine). Mais également, la Couronne a mis les moyens pour assurer la présence numérique du futur couple royal, avant, pendant et après la cérémonie du 29 avril.

Le site officiel, ouvert il y a quelques semaines, proposera un live-stream video fourni par YouTube le jour J, mais agrège déjà des infos à propos du mariage. S'y ajoutent une page YouTube officielle, The Royal Channel (déjà 45 000 abonnés...), qui comportera les vidéos officielles, une page Flickr avec des photos du couple en pleins préparatifs, un fil Twitter @ClarenceHouse (du nom de la résidence du prince William), avec plus de 41 000 followers, et une page Facebook The British Monarchy, avec plus de 346 000 fans.

Donc tout est bien parti pour ce royal tapage mariage médiatique, événement politico-diplomatico-populaire (et so kitsch), mais aussi symbole d'une monarchie britannique qui veut se réaffirmer par cette même occasion.

De la parodie d'un opérateur à la mobilisation anti-monarchiste

Mais les anti-monarchistes de tous poils en profitent aussi pour donner de la voix, de préférence sur la Toile, formidable caisse de résonance. Il y a ces contenus humoristiques qui fleurissent sur la Toile: comme cette reprise humoristique d'un tube de Lady Gaga, Royal Romance, par des élèves de St. Andrews University, où se sont rencontrés Kate et William pour leur première romance. Au passage, des marques bien malignes s'offrent un peu de récup': tel l'opérateur britannique T-Mobile (agence Saatchi & Saatchi), qui s'est offert les services de sosies du futur royal couple pour diffuser sur la Toile cette vidéo d'un mariage destroy. Objectif viralité magistralement atteint, avec 8 millions de visionnages depuis sa mise en ligne.

Un degré plus trash, l'industrie du X s'est emparée de l'événement pour réaliser une parodie (porno) de la future cérémonie royale, avec des sosies plus ou moins crédibles...

Au cran supérieur, c'est un mouvement anti-monarchiste très structuré qui se manifeste sur le Net, et profite de l'occasion pour faire entendre ses revendications, comme l'expliquait Guy Birenbaum la semaine dernière, dans cette chronique sur Europe 1. Sur Republic.org.uk, le mouvement "pour une alternative démocratique à la monarchie" revendique 15 000 partisans. Sur leur site, on peut d'ailleurs trouver des (contre-)produits dérivés, comme ces mugs royaux "I'm not a royal wedding mug".

Le 29 avril, en même temps que le royal wedding, il organisera une contre-manifestation à 11h30 dans la rue, "Not the royal wedding street party" au Red Lion square. D'ailleurs, des Suédois, des Danois, des Irlandais, des Belges, des Espagnols membres de l'Alliance des mouvements républicains et européens, seront aussi dans la rue, refusant d'être des sujets de leurs royaumes respectifs.

Un message anti-monarchiste qui reste très minoritaire au Royaume-Uni, mais que n'auraient pas dénié les très peu puritains Sex Pistols. God save the Queen !

vendredi 22 avril 2011

Les "concerts privés": les concerts sont-ils devenus un loisir de luxe ?

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Il y a quelques semaines, j'ai assisté à un concert de PJ Harvey à La Maroquinerie, une petite salle parisienne de quelques centaines de places, très prisée pour la qualité de son acoustique. Joli concert, j'étais à 4 mètres de PJ, que j'écoute depuis 15 ans et ses débuts avec le très énervé et jouissif Dry. Je n'ai pas boudé mon plaisir, malgré l'auditoire un peu froid...

Nous étions une poignée de privilégiés à voir la grande dame trash british, qui mêlait punk-rock et mélodies folk. D'autant plus privilégiés que la lady n'a donné que deux concerts en France ce printemps, à l'occasion de la sortie de son dernier album, Let England shake: l'un, à l'Olympia - tarifs prohibitifs (60 € la place), et l'autre, à La Maroquinerie, auquel j'ai donc eu la chance d'assister en tant qu'invitée... Comme l'ensemble de l'auditoire. Il s'agissait en effet d'un "concert privé", auquel n'assistaient que des invités, et des gagnants à un jeu-concours organisé par les partenaires, Deezer et Arte Live Web. Eh oui! Car ce concert organisé par la plateforme d'écoute de musique à la demande Deezer était réservé aux heureux internautes membres de sa communauté ayant gagné des places via un jeu-concours en ligne - et bien sûr aux habituels invités de ce genre d'événements.

Loisir de luxe

En résumé, outre un concert à prix prohibitif pour le commun des mortels (non-invités donc ;), bien loin derrière les places à 30 € de sa tournée de 2002 - preuve que la star néo-punk s'est embourgeoisée ? - ce concert très privé était la seule alternative. Les concerts seraient-ils devenus un loisir de luxe ?

Ou tout simplement, ce n'est peut-être plus une activité rentable pour les maisons de production... Une étude menée sur quatre ans par le Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV), publiée cette semaine, montre en effet la galère pour les jeunes artistes à se produire en tournées. Sur 650 demandes d'aide à la production déposées entre 2006 et 2009 (par de jeunes artistes, mais aussi par des musiciens confirmés comme Thomas Dutronc Jean-Louis Murat), l'étude révèle une baisse de 22% de la durée moyenne par projet et un recul de 21% de la fréquentation. Ouch...

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En fait, les "concerts privés" sont un format, une sorte de package de luxe très marketé en plein développement. Terrible révélateur d'une industrie musicale en pleine déconfiture. En recherche de nouvelles recettes. Depuis quelques années, ce nouveau format de concert se fait discrètement sa place dans les grilles de concerts.

Il y a le cas particulier de concerts privés au premier degré - ces cas caricaturaux de chanteurs qui se produisent lors d'anniversaires de milliardaires, payés rubis sur l'ongle, ou qui font des sortes de gigantesques ménages, assurant l'ambiance musicale lors de défilés de mode ou de soirées corporate, comme le cas récent de Sting lors d'une teuf pour la lancement de l'Audi A8 (hélas... tout se perd).

Mais une autre sorte de "concert privé" commence à avoir les faveurs des majors: organisé par une marque, il est destinés à sa seule communauté, formée des gagnants à un jeu-concours en ligne, tirage au sort ou autre. On est bien loin du modèle de concerts simplement sponsorisés par des marques - radios, majors musicales, marques de produits high-tech..

Des concerts qui relèvent autant de l'offre musicale que d'un nouveau package marketing, organisé - certes toujours par des radios et chaînes musicales, mais aussi des marques qui ont plus ou moins à voir avec cet univers : Deezer (le site de streaming musical) et Arte Live Web pour le concert privé de PJ Harvey, la Fnac pour ses Fnac Live (prochain jeu-concours: Moriarty...).

L'occasion de générer des contenus exclusifs, qui seront accessibles en ligne à sa seule communauté: ce que propose SFR sur son portail SFR Live Concerts. Car l'opérateur téléphonique s'est lui aussi engouffré dans la brèche, en ouvrant son Studio SFR et ses showcases en 2008.

Co-branding Société Générale + Universal Music

Pour d'autres, les concerts privés sont un produit d'appel marketing pour attirer la clientèle prisée des djeuns... Jackpot pour la Société Générale, qui s'est associée à Universal Music pour organiser les concerts So Music. C'est en septembre 2008, lorsqu'ils ont lancé une carte bancaire co-brandée (un "nouvel espace publicitaire", comme j'en parlais alors dans ce billet), "So' Music", destinée aux djeuns (important de les fidéliser.. pour qu'ils restent ensuite dans ladite banque), leur offrant entre autres des places de concerts à tarifs réduits... Concerts privés organisés exclusivement pour eux. Une forme de sponsoring d'un nouveau genre, en somme.

Même le charity business s'empare de ce format de micro-show exclusifs. Depuis le 4 avril, plusieurs chanteurs - Raphaël ouvrait le bal au Grand Palais - se sont succédés à des concerts privés réservés aux bénéficiaires d'un tirage au sort parmi des prêteurs (au minimum 20 euros) de MicroWorld, une plateforme de mircrocrédit qui met en relation prêteurs et entrepreneurs.

dimanche 17 avril 2011

Kit de data visualisation, un community manager Facebook; 3D sur iPad; rétribution des blogueurs; lobbying cookies IAB; SF...

Après une petite pause, retour de ma sélection de liens hebdomadaires, repérages d'actus technos, médias, innovation, marketing, people...

  • Une mise en abyme... Quand le réseau social mainstream Facebook investit dans ses relations avec les journalistes... en nommant un community manager (si, si) rien que pour eux.
  • L'IAB Europe lance un site pour gérer ses données personnelles, où elle nous explique que non, il n'y a rien de mal dans les cookies publicitaires, qui ne font que repérer votre parcours sur le Web. En toute innocence... L'enjeu étant la transposition, d'ici le 25 mai, d'une directive européenne, dont un des volets prévoit justement d'encadrer plus sévèrement lesdits cookies. C'est dire que les publicitaires sont très attentifs - et que la bataille de lobbying est engagée, comme j'en parlais dans cette enquête.
  • Coup médiatique ou retour du journalisme engagé? Les Inrocks n'y allaient pas de main-morte avec cette couv' cette semaine...
  • Et nous, on s'est penchés cette semaine dans Stratégies sur le mythe de l'économie de la gratitude, qui a agité la blogosphère dernièrement: Faut-il payer les blogueurs? Enquête (en accès abonnés) ici.
  • Gros #fail de la semaine, Cisco a décidé d'arrêter les frais avec la caméra Flip. Normal: la Flip déjà has-been face aux smartphones, d'après le ''New York Times''...
  • Flipboard lève 50millions de $ pour une valorisation à 200 millions de $, d'après AllThingsDigital... Petit goût de survalorisation , nouvelle bulle ?
  • La 3D sans lunettes sur iPad. On en reparlera sans doute, alors que, pour l'instant, les constructeurs se bagarrent entre écrans TV 3D avec ou sans lunettes, et lunettes actives ou passives...
  • Salvador Allende, ce héros. 38 ans après, la justice chilienne enquête sur sa mort. Jean-Christophe Féraud rend un vibrant hommage à ce héros oublié.
  • Last but not least, mercredi prochain, ruez-vous dans les salles obscures. Duncan Jones sort le 20 avril un nouveau film de science-fiction, Source Code, après le culte et trop méconnu. Chronique à venir...

dimanche 3 avril 2011

Crowdsourcing + direct + journalisme "de bureau" = Le "live", un format journalistique confirmé

A côté des articles, billets, vidéos, chats, diaporamas, webdocumentaires et autres infographies (datajournalism oblige), il s'est imposé comme un format journalistique à part entière, prisé des rédactions web. Une consécration au bout de 3/4 ans d'existence, au gré d'une actualité internationale en plein bouillonnement - de l'Afrique du Nord au Proche-Orient, en passant par le Japon, et, ces tous derniers jours, la Côte d'Ivoire. Le live donc, entre live-blogging et live-tweet, se présente sous forme d'enchaînements de phrases courtes, où le journaliste commente en direct un événement, tout en interagissant en direct avec les internautes qui peuvent y publier leurs commentaires.

Le live, concentré des nouvelles pratiques journalistiques online

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Cela faisait un certain temps que je ne m'étais pas penchée sur les nouvelles pratiques journalistiques sur le web, et ces nouveaux formats qu'utilisent - voire créent - les médias en ligne, comme le webdocumentaire, que j'avais décrypté ici. Car les rédactions web sont les mieux placées pour inventer de nouvelles pratiques journalistiques online, mêlant des écritures journalistiques propres au web (écriture simple et factuelle, brièveté des articles, journalisme de liens avec liens hypertextes pour partager ses sources), une organisation du travail propre (avec des journalistes de permanence à tour de rôle jusque tard en soirée, les weekend, et jours fériés) une ligne éditoriale propre (culte de l'instantanéité, du grand public, voire du popu - on y reviendra), des impératifs de mise en page et d'infographie...

Une nouveau format journalistique, avec ses travers, mais particulièrement innovant, qui m'avait déjà frappée lors de mon (bref ;) passage par la rédaction de 20minutes.fr l'année dernière, clairement la rédac web qui y recourt le plus, sous diverses déclinaisons. L'occasion était rêvée pour décrypter ce format du live, un concentré de compétences parfois d'un nouveau type que revêtent les rédactions web. Un format également révélateur des nouvelles pratiques des internautes: ils vont sur des sites d'info pour suivre des événements en direct lorsqu'ils sont au bureau, et interroger en direct le journaliste qui le "couvre". Le soir, ils commentent depuis leur laptop ou leur smartphone une émission qu'ils suivent sur leur téléviseur.

Le Monde a frappé fort en ouvrant un live de cinq jours, du 14 au 17 mars, pour couvrir les événements au Japon. Cinq jours! Imaginez: durant cinq journées d'affilée, des journalistes se sont succédés pour assurer la couverture en permanence des événements au Japon. Une première dans les pratiques liées à cet outil, le live - quitte à en essuyer les plâtres, en comme l'a longuement décrypté Vincent Glad dans ce billet, reprenant André Gunthert.

Ces dernières semaines, plusieurs média en ligne ont aussi monté des lives spéciaux, autour des événements en Libye et dans le monde arabe (comme par exemple France 24, sur l'Egypte, puis la Libye), Slate France, ou encore Owni, puis à propos du séisme du Japon et la centrale nucléaire de Fukushima. Des media plus confidentiels l'ont adopté aussi, comme le site web de Jeune Afrique depuis vendredi dernier, à propos de la Côte d'Ivoire et l'entrée à Abidjan des pro-Ouattara.

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Via Vincent Glad

C'est là, à la lumière de ces soubresauts de l'actu internationale, que l'on a pu prendre toute la mesure de l'adaptabilité de ce format journalistique: complémentaire des articles en ligne et des longues enquêtes publiées sur le print, le live permet d'informer le lecteur en temps réel des bribes d'information. Comme le souligne Vincent Glad, les media en ligne y trouvent un format qui se rapproche dans sa forme des éditions spéciales des chaînes d’infos en continu qui associent les images à un bandeau défilant de breaking news, alimenté par des dépêches d'agences, "avec une insistance sur l’événementialité avec un logo 'édition spéciale'".

Pourquoi le recours à a un tel dispositif ? "Sur de gros événements internationaux, les live sont un outil assez fantastique, ils permettent de suivre rapidement et dans les détails un événement, d'agréger rapidement des sources issues d'autres médias, d'être très précis, de relativiser ou de corriger immédiatement une information", me précise Samuel Laurent, journaliste politique au Monde.fr, ex-Figaro.fr.

Et d'évoquer "tous les apports que nous donne l'audience, que ce soit en posant des questions qui nous obligent à préciser des infos, en apportant des informations locales (pour des événements comme le conflit des retraites), en donnant des liens (lives "internationaux"), des éclairages techniques spécialisés (Fukushima...) et même de l'information brute lorsque les personnes sont sur place (Tunisie, Egypte...). Il y a un travail à faire pour vérifier l'info, évidemment, mais l'apport est fantastique".

Flux d'infos, crowdsourcing, articles évolutifs

Le live, c'est donc un flux continu d'infos, de l'ordre des infos factuelles ou des commentaires, publié sur un outil de publication ad hoc. Le journaliste publie donc en direct des infos concernant un événement, très souvent à partir d'un direct en télé, via une chaîne généraliste ou d'infos continues. D'autres media, comme Owni, l'utilisent surtout pour partager des ressources - articles, blogs, vidéos.

Sur cet outil de publication "ouvert", comme pourrait l'être un blog, les internautes peuvent publier en direct (donc sans modération à priori) leurs commentaires et questions, auxquels le journaliste répond, autant que possible en y ajoutant à l'envi des compléments d'infos glanées dans les dépêches, des liens hypertextes vers des articles publiés par son média sur le sujet, ou vers d'autres sources. Un flux d'infos qui constitue une sorte d'article évolutif, complété au fil de l'eau par les commentaires et compléments des internautes. Le journalisme participatif dans toute sa splendeur, assicé à une certaine transparence, et à un crowdsourcing...

Les premiers lives ont débarqué sur les sites web d'information en 2006. On en était alors encore au stade d'expérimentation: la technologie était encore lourde. Du côté du Figaro, "les journalistes de sport24 devaient utiliser un back office spécifique aux live, qui étaient des modules javascript assez pénibles. A l'époque, il y avait les chats du Monde.fr ou de 20minutes.fr où l'on utilisait des technologies pour faire du temps réel, mais elle était peu employée ailleurs et pas pour faire des suivis d'actus", me raconte Samuel Laurent. CoverItLive, l'outil maintenant utilisé par la majorité des rédacs pour monter des "live", n'existait alors pas.

Après 20minutes.fr, LeFigaro, puis leMonde.fr, d'autres médias en ligne l'ont adopté. Marianne2.fr (par exemple ici pour les Européennes de juin 2009 - où l'on observe que le live n'est pas ouvert aux commentaires extérieurs)

Sport, TV réalité, politique...

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Les thèmes concernés ? Depuis quelques années, progressivement, 20minutes.fr l'a étendu à divers sujets: du sport à des actus politiques, en passant par l'international, et bien sûr des émissions de télé-réalité trash. Le Figaro.fr, lui, s'est toujours cantonné à l'actu sportive. En 2006, c'est à la faveur du rachat du site Sport24.fr que le groupe Figaro y a lancé ses premiers lives sport.

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Chez 20minutes.fr, le sport s'imposait d'emblée: c'est l'un des thèmes qui génère le plus d'audience sur le site d'informations de 20 Minutes (à côté des sujets people, télé, et des faits divers). Durant des matchs-clés (de foot et rugby essentiellement, mais le basket et le tennis s'y prêtent aussi bien), un des journalistes du service sport, devant son ordi, et en regardant la rediffusion en direct à la télé, devient commentateur sportif sur le web. Après avoir publié un avant-papier pour annoncer l'événement, et un chapo d'introduction, il se lance dans le live, racontant en direct le match, les passes de balles entre tel et tel joueur, les réactions du public... Sans manquer d'y ajouter ses émotions, retranscrites dans le texte, ou via une typographie ad hoc (typo couleurs par exemple).

Le genre est prisé des services sports depuis belle lurette, comme le décryptent Florian Vautrin et Laure Gamaury sur Journalismes.info : "Le principal site généraliste sportif, lequipe.fr, utilise ce procédé quotidiennement pour éviter la diffusion en streaming qui est très coûteuse. Mais il n’est pas le seul à s’être lancé dans l’aventure : notons football 365, France football, rugbyrama, etc. C’est le cas également du site eurosport.fr".

Durant le Mondial de foot en été 2010, 20minutes.fr avait imaginé des compléments à ce dispositif. Notamment en faisant venir des invités de marque pour commenter certains matches: j'ai vu passer des journalistes spécialisés qui venaient commenter un live avec leur propre regard, mais aussi des people ou politiques footeux, comme Jean-Paul Huchon.

20minutes.fr a également testé, très tôt, les live des émissions de télé-réalité. Logique: le genre était en pleine éclosion sur les chaines de télé. Et c'est l'occasion rêvée de traiter du people trashy, gros vecteur d'audience pour le site d'infos généralistes. Là, on demande au journaliste - pas forcément spécialisé en médias, mais doté d'un semblant de culture télé - de commenter en direct le déroulement de l'émission, les personnalités des participants à l'émission. Pas besoin d'analyse pointue, juste du commentaire léger et déconnant, pour être dans le même mood que l'internaute...

Le format se prête aussi très bien à la couverture d'événements politiques: soirées électorales, discours, meetings, émissions politiques... "Le format est très efficace pour une soirée électorale, il permet de suivre le fil des déclarations, réactions, chiffres qui tombent de toute la France... Pour une émission ou une interview présidentielle, par exemple, on tente généralement de fournir à la fois le verbatim des propos tenus et de décrypter rapidement, de vérifier les chiffres donnés, de fournir du contexte à telle ou telle annonce... En politique aussi, la participation de l'audience fait l'essentiel de la richesse du live. D'une part elle peut elle aussi apporter des précisions ou du contexte, d'autre part elle peut réagir et nous poser des questions", estime Samuel Laurent.

"Journalisme de bureau"

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James Nachtwey; photoreporter

La quintessence du journalisme web: ce format permet de restituer de manière incroyablement vivante un événement, une actualité immédiate, de le faire vivre à l'internaute, avec offrant une grande variété de registres, entre info factuelle et commentaire (sérieux ou total déconnant, selon le sujet traité.

A défaut de voir le grand reporter sur une zone de conflits raconter, images à l'appui, sur une chaîne de télé, ce qui se passe, l'internaute peut "vivre" l'info en direct, poser des questions au journaliste, qui lui apportera ses infos et son expertise sur le sujet. Cet exercice journalistique requiert des compétences d'un nouveau type du côté du journaliste: ultra-réactivité, bonne expertise sur son sujet (du moins dans le cas d'actus pointues: actu internationale, politiques, ou encore scientifique dans le cas de Fukushima) pour pouvoir répondre en temps réel aux questions des internautes, et aussi capacité à adapter son ton (son "angle" dans un sens) au ton de l'actu commentée - et des internautes.

Accessoirement, il consacre le "journalisme de bureau" qui se pratique de plus en plus dans les rédactions, par économie, et pour faire face aux manques d'effectifs. Dans certains cas, le journaliste "live" parfois en direct depuis l'événement (conférence de presse, Assemblée Nationale...), mais dans les effets, en général, grâce aux diffusions télé en direct (surtout sur les chaînes d'information), il "live" souvent depuis son bureau, en regardant le direct depuis un des écrans télé disséminés dans la rédaction. Revers de la médaille, l'info risque d'y être schématisée, à du consommable, de l'écume, au détriment de l'analyse.

Autre grain de sable, un tel dispositif qui met l'accent sur le caractère exceptionnel de ces actus, les met en scène, crée la surenchère dramatique (par rapport aux autres médias), leur donne un côté (trop ?) spectaculaire.

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