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vendredi 14 juin 2013

Les jeux vidéos entrent au musée (et en salles de ventes)

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Les jeux vidéos, un des emblèmes de la culture pop à néons des années 80, seraient-ils en train d'entrer dans l'histoire ? En tous cas, ils entrent dans les musées, et même les salles de ventes aux enchères.

Hier soir, à 18 heures, la prestigieuse maison de ventes aux enchères Millon & Associés (Drouot), accueillait Salle VV une foule de geeks, pour la plupart trentenaires (dont quelques-uns en costume-cravate). Pour une vente aux enchères de consoles de jeux et jeux vidéos. Une première en Europe. La maison de ventes inaugure ainsi son Département des arts des cultures populaires. Avec à l'appui, pour la vente de ces 300 lots, un très chic catalogue (numéroté s'il vous plaît) répertoriant l'ensemble des lots à vendre, par thèmes et par périodes, avec des estimations de prix de vente. Une formalisation digne d'une vente d’œuvres d'art classique... Cette pop culture serait-elle en voie d’anoblissement - voire de muséification ?

Pour cette première, pour laquelle la maison, fait rare, s'est offert un plan média (envoi de communiqués de presse et de catalogues numérotés à la presse), la maison de vente s'est offert les services de Camille Coste, 28 ans, star parmi les gamers: collectionneur patenté, game designer, il a notamment collaboré à la traduction de Final Fantasy XI.

Contraste saisissant, au même moment s'achève le salon E3 à Los Angeles, grand-messe annuelle de l'industrie des jeux vidéos, où ferraillent des géants tels que Microsoft et Sony, avec des consoles toujours plus connectées, canaux de diffusion de multiples contenus...

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Au menu hier soir, des ventes d'objets multiples : premières générations de consoles de la fin des années 70, dont la mythique Atari 2 600 de 1977, consoles Epoch, Nintendo, Mattel; premiers personal computers pour le jeu, tels les Commodore Amiga, Sinclair ZX Spectrum +... Cela a quelque chose de fascinant, car on a revu là les tous premiers ordinateurs de l'histoire, de la même génération que les Macintosh nés en 1984. Ils font désormais l'objet de collections privées...

Parmi les objets cultes figuraient ainsi la version originale de première console de salon au monde, la Magnavox Odyssey créée en 1972. Estimée à 300 euros, elle sera vendue pour 500. L'exemplaire unique de la console Magnavox Odyssey de 1974 s'arrache pour 2 800 euros. Dans les plus beaux jouets vintage de geeks, un classeur de jeux prototypes pour l'Atari 2 600 (le succès commercial de l'époque, distribué de 1977 à 1991) vendu 1 500 euros, et la valise Atari 2 600 complète, vendue pour 750 euros.

Et bien sûr les jeux cultes, comme ces exemplaires uniques de jeux Super Mario Bros & Dick Hunt pour Nintendo NES de 1985 : "des pièces de musées uniques issues de l'histoire du jeu vidéo", et "ayant servi lors du procès de Nintendo contre Magnavox", précise le catalogue. On est bien dans l'histoire du jeu vidéo qui se construit, avec ses pièces-cultes... Il sera adjugé 1 500 euros. Tout de même. Ou encore les jeux vidéos Rubik's Cube 3D pour Attari 2 600, adjugé à 600 euros.

Au fil de la vente, il y a parfois de légers remous dans le public. Les ventes sont menées tambour battant, plusieurs portables sonnent dans la salle, les heureux acheteurs étant priés de payer illico par carte bancaire. On entend les commentaires affûtés des connaisseurs : "évaluation surestimée", "joli lot", collector"... D'ailleurs, les estimations catalogue sont très rarement franchies: les acheteurs gardent toujours en tête les 26% des commission prélevés par la maison de vente, non inclus dans le prix de vente annoncé.

Les vendeurs de Million mènent cette vente particulière à la cool: à la vente de la console Odyssey 300 de 1976, "c'est un petit morceau d'histoire que l'on vend", souligne l'un d'entre eux. "Allez, enchérissez, avec cette vente, vous faites entrer Nintendo dans les mémoires", surenchérit-il plus tard. "Le principe, c'est de lever la main pour enchérir. Mais vous pouvez aussi sautillez", lance-t-il (la foule devient compacte dans la salle).

"Thomson, tu me rends micro"

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En filigramme, cette expo retraçait aussi l'émergence de la culture des premiers gamers de l'époque, préfigurant ainsi la culture geek: leurs codes, leur look, les jeux culte... On y a aperçu aussi de jolies trouvailles vintage, tel cet ensemble avec l'ordi Thomson MOS édition limitée Michel Platini (!) de 1984, avec la délicieuse sacoche en vinyl, et le slogan qui tue, "Thomson, tu me rends micro" ;), vendu aux enchères pour 150 euros...

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Ou encore ce charmant blouson "Cosmonaute" lamé argenté (qui n'est pas sans rappeler ce que portait Mickael Jackson à l'époque) "Accessoire officiel Atari", "rare", précise le catalogue de ventes !

De la "sous-culture" au retrogaming

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D'autant plus touchant de voir cette "sous-culture" de l'époque, alors haïe par les bien-pensants tout comme l'étaient les mangas et les dessins animés japonais, entrer dans des salles de ventes aux enchères, et dans des musées. Parce qu'elle a fait partie de l'enfance des geeks d'aujourd'hui, et parce qu'il y a une mémoire, matérialisée par ces jouets et consoles vintage en plastique. Des traces d'autant plus importantes à l'ère où les jeux vidéos sont devenus multijoueurs, et se dématérialisent sur les réseaux sociaux et Internet.

Et parce que le "dixième art", phénomène culturel, a été la première forme artistique à rassembler en un seul média l'image, le son, le scénario et l'animation, et un langage interactif qui lui est propre, le gameplay... Il a façonné son univers, ses propres héros, de Super Mario à Lara Croft.

Cette culture du retrograming s'expose désormais. L'an dernier, le Grand Palais de Paris a accueilli une expo dédiée au retrogaming. Du 10 au 21 juin, une expo sur L'Age d'Or du Jeu Vidéo est ainsi présentée dans le cadre du Cinema Paradiso, Drive-In cinéma installé sous la Nef du Grand Palais à Paris. On peut y jouer sur des consoles et bornes d'arcade, de Pong à Pac-Man, en passant par Mario, Space Invaders, Asteroids, Frogger, Sonic...

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Même le très chic MoMA (Modern Museum of Arts) a accueilli il y a quelques mois un département jeux vidéos vintage dans son aile design. Il devrait passer de 14 à 30 jeux exposés. Des bornes avec des extraits d'une dizaine de jeux, tels PacMan ou Space Invaders, y sont "exposées", à quelques mètres de meubles design. Pourquoi ? C'est bel et bien de l'art (vaste débat...), mais aussi du design, une représentation de l'univers, les jeux étant choisis selon les formes d'interactive design qu'ils proposent, expliquait alors le New York Times.

"Ces 20 dernières années, le design a pris de nouvelles directions. Aujourd'hui, un designer peut choisir de se concentrer sur une interaction, des interfaces, le Web, la visualisation, les espaces immersifs, le biodesign, les jeux vidéos. Avec des exemples de cette vitalité et cette diversité, tel le jeu spatial Tetris. Tetris est le premier jeu vidéo à entrer dans la collection MoMa, sélectionné avec 13 autres comme piliers du design interactif. Cette acquisition permet au MoMa d'étudier, préserver, et montrer des jeux vidéos comme des parts de sa collection Architecture et design".

mardi 4 juin 2013

"Futur par Starck" : cours d'anticipation sur deux écrans

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Philippe Starck, nous le connaissons tous. "Créateur visionnaire", "Pape du design", megastar qui a popularisé cette discipline... Il est lui-même devenu une marque, qui a "signé" la brosse à dents Fluocaril, le vélo urbain Peugeot, la dernière Freebox, une bûche de Noël Lenôtre... Mardi 4 juin en début de soirée, Arte diffusait un ambitieux documentaire, Le Futur par Starck, réalisé par Gaël Leiblang, qui nous emmenait, s'improvisant interviewer très béotien, à la rencontre de visionnaires, souvent méconnus du grand public, qui pensent et inventent le monde de demain. Arte creuse ainsi le sillon de programmes dédiées à l'innovation et l'anticipation, déjà entamé avec la diffusion de la série suédoise Real Humans, dont je parlais ici.

Aux quatre coins du monde, Philippe Starck, part donc à la rencontre d'experts visionnaires qui analysent les mutations de l’homme et, plus généralement, les avancées scientifiques. Un voyage dans le futur, où il se pose cette question aussi existentielle qu'universelle : quel sera notre monde de demain ? Il s'improvise donc reporter et interviewer, auprès de médecins, chercheurs et philosophes visionnaires, méconnus du grand public, au fil des labos de recherches et universités qu'il parcourt. où vivrons-nous? Que mangerons-nous? Comment sera le corps de l'homme?... En moins de deux heures, le docu se livre à une forme de prospective tous azimuts.

On y découvre ainsi le travail de Kevin Warwick, professeur de cybernétique, George Church, pionnier de la biologie synthétique, de Kevin Warwick, professeur de cybernétique anglais et un des premiers humains-humains militants cyborgs, me précise cette notule sur le site web dédié à l'émission, conçu par Upian, que je consulte sur ma tablette.

Car Arte a eu la bonne idée d'arrimer à ce docu un site web dédié, où défilent automatiquement des infos complémentaires au docu, de manière synchronisée. Avec même des citations-clés et un petit bouton Twitter - du prêt-à-tweeter en somme (j'ai testé)... Au fil du docu, un chiffre affiché en bas de l'écran de mon téléviseur (le nombre de secondes écoulées depuis le début), me permet de synchroniser le contenu de la page web avec le déroulé de l'émission.

Pour K. Warwick, c'est sûr, le post-humain sera "augmenté" grâce aux technologies. Pour lui, en tant que scientifique, les être humains "pourraient être encore mieux" - comprenez une fois "augmentés". George Church, pionnier de la biologie synthétique, chercheur à Harvard, planche sur le séquençage de l'ADN. Le site web m'enjoint à "praticiper au Personal Genome Project " qu'il a initié. Et lance un mini-spndage pour/contre les thérapies géniques. Un extrait de Jurassic Park nous rappelle ce vieux rêve qui devient réalité: recréer des espèces animales à partir d'une simple goutte de sang prélevée sur un moustique fossilisé... Faux ? "L'écosystème n'a pas forcément besoin qu'on recrée l'espèce originelle: on pourrait recréer un hybride", commente le chercheur.

Quid du cyborg vs post-huamin et homme augmenté ? "Un des grands éléments éthiques de toutes ces transformations: leur possible réversibilité, pouvoir revenir en arrière", rappelle Jean-Claude Ameisen, professeur d'immunologie à l' université Paris Diderot. Qui évoque les risques d'instrumentalisation où la médecine s'aventure "non pour soulager la souffrance, mais par convenances personnelles" - cf la chirurgie esthétique... Et "la tentation du formatage", esquissée dans Bienvenue à Gattacca.

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Les "nénuphars géants" de Vincent Caillebau

Autre préoccupation future, l'évolution de notre planète, avec la montée des eaux, et des questtons géopolitiques inédites qui se poseront; Les réfugiés climatiques, alors que selon le Giec, le niveau des océans devrait monter de 40 cm à 1m d'ici 2100 : 6% des Pays-Bas: 80% de plusieurs atolls en Océanie sont menacés de disparition. L'enjeu: pour le chercheur François Gemenne: "encadrer les flux migratoires", alors que d'ici 2060, "500 millions de personnes seront exposées à un risque constant d'inondation". Autre question presque métaphysique: que deviendraient des pays qui disparaîtraient physiquement ? La question se pose, alors que plusieurs îles sont déjà menacées de disparition. Les gouvernements d'Etats voisins de pays disparus physiquement seraient-ils prêts à abriter leurs voisins ? Quelle solution technologique inventer pour protéger des zones à risque ? Avec par exemple ces projets d'îles flottantes, imaginés par l'architecte Vincent Callebaut, sortes de nénuphars géants qui pourraient accueillir jusque 50 000 habitants.

Autre question littéralement vitale : que mangerons-nous ? Ce n'est déjà plus de la science-fiction, les insectes à croquer pourraient devenir un mets à déguster dans le futur: Alexis Chambon en cuisine déjà. Riches en vitamines et protéine,s peu coûteux, disponibles en abondance, ils pourraient être une alternative à la viande.

Et l'agriculture, passera-t-elle par la photosynthèse, le bio, les OGM ? "Les défenseurs des OGM ne veulent qu'une chose : breveter les semences pour faire des bénéfices", estime Orvandana Shiva, militant pro-bio. A contrario, l'agriculture bio ne suffira pas pour nourrir le monde, nuance un chercheur pro-OGM.

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La crise économique ? Pour Jérémy Rifkin, on traverse "une crise économique mondiale de grande ampleur, pas une crise de 3 mois", qui a engendré elle-même une crise environnementale - tune dépendance excessive aux sources pétrochimiques. Pour lui, il faut "sortir de l'économie du carbone". Il croit d'ailleurs en les énergies renouvelables pour subvenir aux besoins de la planète. Il rappelle quels sont à son sens les 5 piliers de la 3ème révolution industrielle, que je retrouve sur ma tablette: énergies renouvelables, bâtiments devenant des mini-centres de production d'énergie, stockage d'énergie, en particulier sous forme d'hydrogène, partage de la production d'énergie via un réseau intelligent, et passage aux transports automobiles électriques ou à l'hydrogène.

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Autre enjeu, le voyage dans l'espace... 200 000 euros pour être en apesanteur quelques minutes au-dessus de la Terre. un business du futur: Richard Bronson, Jean-François Clervay et une agence de voyage agréée proposent déjà des vols suborbitaux.

Bilan ? Le docu est foisonnant, pose beaucoup de questions... Sans toujours y répondre sur le fond, ni prendre position ou de la distance. Au fur et à mesure que l'on apprivoise ce fonctionnement "bi-médiaé", avec cette télé "augmentée" par des compléments depuis notre tablette, on a l'impression, dans un premier temps, d'être noyé sous l'afflux d'infos. Mais c'est un nouveau type d'exercice télévisuel, où on peut consulter, en simultané ou plus tard, des interviews, des portraits, des vidéos complémentaires. En tous cas, le dispositif web a compté 30 000 visites, 1 million de pages vues, et l'émission une audience de 2,3% d'audience, avec 600 000 visiteurs.

dimanche 2 juin 2013

Une (contre-)histoire de l'Internet - et de ses défricheurs

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Ça commence par un torrent d'extraits de vidéos, de lolcats, de l'armée nord-coréenne, de Barak Obama sur scène, un énième détournement vidéo de "La chute" avec Hitler... Un concentré de la culture lol en quelques secondes. "That's Lol folks". En 1h30, dans Une contre-histoire des Internets, Jean-Marc Manach et Julien Goez, tous deux auparavant journalistes à feu Owni, reviennent sur la dense et jeune histoire du Réseau Internet, et ses relations complexes avec les pouvoirs publics, entre jurisprudences, lois floues, jusqu'aux déclarations (cultes?) de Nicolas Sarkozy appelant à "civiliser" (sic) Internet. Un docu (que j'ai donc enfin visionné, avec un certain retard par rapport à sa diffusion initiale sur Arte, il y a une quinzaine de jours) dense, avec au bas mot une quinzaine d'interviews, et des compléments Web bien pensés, dont un webdocumentaire complémentaire, où l'on trouve les autres des 50 interviews réalisées par les deux journalistes. Les internautes peuvent aussi y poster leurs propres souvenirs d'Internet. Car dans cette "contre-histoire", loin des créateurs de start-ups médiatisées, sont mis en avant militants et chercheurs qui y ont contribué, des "défricheurs du Net" parfois malgré eux, que l'on recroise avec plaisir, de Valentin Lacambre à Marie-François Marais.

Dès les premières minutes, on entre dans le vif du sujet : Nicolas Sarkozy soulevant, lors d'un très politique eG8 organisé (en grande pompe) avec l'agence Publicis en mai 2011, "une question centrale, celle de l'Internet civilisé - je ne dis même pas de l'Internet régulé"... vs les "internautes - barbares". "4 ans plus tôt, c'est la République de Chine, un des 10 pays ennemis de l'Internet, qui voulait l'Internet civilisé. Bel héritage.", souligne le journaliste Julien Goez en voix off. Cela donne le ton...

Petit retour sur l'eG8 donc, alors organisé dans le jardin des Tuileries, où Nicolas Sarkozy assurait son intention d'organiser, la veille du G8, "avec l'accord du président Obama, une grande réunion avec les grands intervenants de la société virtuelle de chacun des pays du G8 ".. Et "un barbare", perdu au milieu des dirigeants de Facebook et Google, John Perry Barlow, co-fondateur de l'Electronic Frontier Foundation (EFF, mythique ONG qui défend la liberté d'expression sur Internet) . "je crois que nous ne vivons pas sur la même planète", lâche-t-il, aux côtés de Bruno Patino, impassible. Et de raconter, après-coup, aux deux journalistes comment les Etats veulent récupérer le pouvoir sur l'Internet, "devenu trop important"...

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Le documentaire revient sur ce paradoxe inhérent à internet : espace de liberté d'expression et de libre-circulation de l'information, porteur à ses débuts d'idéaux tels que le bien commun, mais aussi le piratage, comme j'en ai parlé ici, il fut "créé par des hippies sous LSD, même s'ils travaillaient pour la Darpa (Agence pour les projets de recherche avancée de défense pour l'Armée des Etats-Unis)", rappelle John Berry Barlow. Des hippies qui avaient déjà leur "vraie" communauté en 1967 à San Francisco, et quelques années après, vont s'approprier l'informatique, ce "territoire virtuel" qui "augmente l'esprit, où on peut agir sur le code soi-même, et on élargit son rapport au monde depuis les individus, qui vont se connecter un par un", souligne le sociologue Dominique Cardon.

Le docu revient aussi sur les premiers pans historiques de cet Internet libertaire, plus ou moins connus : comment le MIT embauche des "system hackers" comme Richard Stallman, futur inventeur du logiciel libre, les premiers hackers bidouilleurs des réseaux, auxquels les services secrets s'intéressent de près. ... jusqu'à ce qu'un certain Jean-Bernard Condat (redécouvert quelques années après par Les Echos), co-fondateur du Chaos Computer Club de France - il s'avèrera être à l'origine d'un faux groupe de hackers créé en 1989 à Lyon à la demande de la DST. Avec, à l'origine, le premier CCC créé dix ans avant en Allemagne, avec parmi ses fondamentaux une éthique des hackers, soit garantir l'accès à l'information pour tous, et moins de concentration du pouvoir, ce que permet Internet, avec la libre-circulation de l'information...

Naîtra alors en France une ambiguïté à propos des hackers : "les médias ont en tête (à propos du hacker) le cliché du pirate, et non du maker qui va fabriquer, détourner les objets" (Olivier Laurelli, directeur Associé de Toonux, une société de services en logiciels, et connaisseur historique des logiciels libre). Des contre-offensives apparaissent, comme le logiciel PGP (logiciel public de chiffrement des données), au code-source en accès libre et gratuit, au nom de la culture du partage inhérente au Net.

Internet, liberté et pressions pour le contrôler

Mais qui contrôle cet Internet ? On garde en mémoire les déclarations Lolesques de Frédéric Lefebvre, éphémère porte-parole de l'UMP sur les "faux médicaments, adolescents manipulés, bombes artisanales, créateurs ruinés par le pillage de leurs oeuvres..." la faute à l'Internet bien sûr, "envahi par toutes les mafias du monde".

Qui tenir pour responsables ? Se succéderont les fournisseurs d'accès à Internet, les hébergeurs, soit les intermédiaires techniques... Puis les internautes. Les fournisseurs de stuyaux par lesquels passent les contenus, d'abord : en mai 1996, une descente de police chez deux fournisseurs d'accès à Internet indépendants, Worldnet et FranceNet, pour cause de photos pornos mettant en scène des enfants découvertes sur les réseaux. En1999, le CSA cherche à s'emparer du sujet, en organisant le premier sommet mondial des régulateurs consacré à Internet. Alors que l'autorégulation s'impose de façon collective parmi les internautes.

Vient ensuite une nouvelle cible, les hébergeurs, avec l'"affaire" Estelle Halliday, dont des photos d'elle dénudée ont circulé : mais qui était alors coupable ? Valentin Lacambre, fondateur d'Altern.org, qui croisera sur sa route la magistrate Marie-Françoise Marais (future présidente d'Hadopi, tiens donc...) qui le condamnerai en appel à 45 000 €. "On va jeter un pavé dans la mare. On ne veut pas savoir si (Internet) c'est un espace de liberté ou pas : il y a atteinte à la vie privée", justifie-t-telle dans le docu. L'hébergeur plutôt que l'internaute ayant posté ces photos sur Internet était considéré comme responsable juridiquement...

Autre révélation du docu, avec cette première décision juridique rendue par le Conseil constitutionnel en 1996, à peine aux prémices de l'Internet il censure alors un amendement présenté par le Ministre des télécoms d'alors (François Fillon...), dans le cadre de la loi de libéralisation du secteur des télécoms - et voté à la hussarde, en pleine nuit - qui prévoyait de responsabiliser fortement les intermédiaires techniques. Aux Etats-Unis, Bill Clinton avait aussi tenté, en vain, de faire passer un texte similaire. Les gouvernements voulaient contrôler le Net via les intermédiaires publics...

Nouvelle étape, les internautes sont considérés comme responsables, "nouvelle cible à contrôler pour assainir le réseau": via Hadopi - qui a "normalisé la surveillance des internautes par une société privée" selon Olivier Laurelli. Le vrai objectif d'Hadopi, derrière, serait de protéger le copyright .

Surveillance du réseau, surveillance business

Autre paradoxe du Réseau, on adore partager nos vies sur Facebook, on y partage volontairement nos données (très) privées. "La première personne qui sait si vous avez une maladie grave, c'est Google". Votre carte de crédit permet de prédire un an à l'avance votre divorce à partir de vos habitudes d'achat, souligne Rick Falkvinge, fondateur du Parti Pirate suédois.

Mais plusieurs sociétés vendent des services de surveillance à part entière du Réseau. Le docu rappelle ainsi qu'en décembre 2007, la France signait avec la Libye un contrat pour lui fournir un vaste infrastructure lui permettant de surveiller l'ensemble de l'Internet libyen. Khadafi sera reçu avec tous les honneurs à l'Elysée... Elle sert inévitablement à traquer des opposants. Amesys sera mise en cause par le Wall street Journal tout comme la société française Qosmos.

Le docu finit sur une note d'espoir, citant un nouvel exemple de hackers au service de la liberté d'expression : le collectif Telecomix en Syrie, qui aide les gens à se connecter en contournant la censure. Hackers ? Ils ont mis à disposition des infrastructures en contournant la surveillance. "Une ONG ne peut intervenir en ce sens, face à un états souverain. Un Etat ne peut le faire, un service secret non plus. Mais nous, nous pouvons le faire", explique face caméra un de ses fondateurs. Son manifeste se clôt d'ailleurs ainsi: "Nous diffusons des outils pour contourner le filtrage d'Internet, ainsi que de puissants logiciels de chiffrement afin de contrer la surveillance gouvernementale et la répression (...), préserver la libre circulation de l'information. Nous venons des Internets. Nous venons en paix. Que tous les hommes et les machines soient libres !".

lundi 20 mai 2013

"Punk, chaos to couture", la culture punk récupérée par la mode

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C'est une des expos du moment à New York. Depuis quelques jours, le très chic Metropolitan Museum of Art (MET), sis sur la Fifth Avenue, à côté de Central Park, accueille une expo qui tranche, à quelques pas de celle consacrée aux impressionnistes et la mode, ou de ses collections exceptionnelles de Degas, Rembrandt et autres Cézanne. "Punk, chaos to couture", retrace comment la mode - et surtout la haute couture - a tenté de s'approprier les codes de la culture punk.

Mais pourquoi le prestigieux musée d'art contemporain accueille une telle expo ? D’après le directeur général du MET Thomas P. Campbell, cité sur un des panneaux à l'entrée de l'expo, "Le mouvement Punk est un mélange de références et a été alimenté par les développements artistiques tels que le dadaïsme et le postmodernisme" . Et d’après Andrew Bolton, du Costume Institute, "Depuis ses origines, le mouvement Punk a eu une influence incendiaire sur la mode. (…) Les créateurs continuent de s’approprier le vocabulaire esthétique du punk pour capturer au mieux son esprit de rébellion juvénile et sa force".

Certes... Mais dès l'affiche (faussement) provoc' - une jeune femme à l'eye liner appuyé, aux cheveux en pétard et la veste de haute couture (Chanel?) savamment déchirée, on sent l'ambiguité, malgré l'intitulé malin, "Chaos to couture" - un véritable slogan marketing. L’exposition, conçue avec pour mécènes le site Moda Operandi et le groupe Condé Nast (éditeur notamment du magazine Vanity Fair), propose donc de retracer l’influence du mouvement punk sur la mode à travers une centaine de modèles de vêtements de prêt à porter et haute couture, des premiers modèles créées dans les années 70 aux plus récents. L'angle est déjà en soi périlleux.

Le mélange entre la mode et la culture punk a toujours existé : tout mouvement culturel a été doté d'une identité forte, un look affirmé chez ceux qui s'en revendiquent, et à chaque fois, une pointée de marques ont réussi à se rattacher à cette culture. Ce fut le cas pour la marque britannique Fred Perry, qui a su louvoyer entre les mods, puis les punks britanniques, comme je le racontais l'an dernier dans cette enquête (voir aussi ce documentaire).

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Et après tout, comme rappelé dans la (beaucoup trop) brève introduction historique de l'exposition, le mouvement punk a eu parmi ses premiers bastions les clubs CBGB & OMFUG (acronyme de Country, Bluegrass, Blues and Other Music For Uplifting Gormandizers), à Manhattan, ou Hilly Cristal, dans le quartier d'East Village à New York. Parallèlement, à Londres, dès le début des années 50, Malcom McLaren et Vivienne Westwood avaient ouvert une boutique avant-gardiste, au 430 Kings Road à Londres. La future papesse de la mode punk a eu pour idée d'apposer des slogans sur mesure sur ses T shirts, avec des dessins provocs: "Vive le rock", "Rape", "Piss Marilyn" (Monroe bien sûr), "Mickey & Minnie fucking"... Et le fameux slogan, dérivé de la mort de James Dean, "Too Fast To Live, Too Young To Die", sera le nouveau nom de la boutique en août 1973. Vivienne Vestwood ajoutera peu à peu à sa gamme de T shirts, des fermetures à glissière, du cuir clouté, des poches en plastique, des déchirures... Déjà surprenant de voir ces T shirts exhumés dans ce musée, comme des pièces artistiques...

Mais en cheminant dans l'expo du MET, on est pris d'un certain agacement, et l'expo apparaît de plus en plus biaisée. On voit donc plusieurs podiums où trônent des mannequins revêtus de perruques hirsutes, dans ses salles sombres, et des écrans géants sur les murs où sont diffusés en boucle quelques tubes des Clash et des Sex Pistols. Ces derniers servent également de caution à l'expo, avec certaines de leurs citations reprises (hors contexte) pour la justifier. Pas sûr que Johnny Rotten, chanteur déglingué des Sex Pistols, aurait apprécié de se voir cité sur un des murs du MET dans cette expo "de luxe", disant "Tears, safety pins, rips all over thé graff (...), that was poverty really, lack of money. The rase of your pants fall out, you just use your safetey pins".

Tailleur Chanel + épingle à nourrice...

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Précisément, ces symboles de la culture punk, pièces de récup' par les fils de prolétaires britanniques, ont ainsi été récupérés par des marques de luxe. Paradoxe à peine effleuré dans cette expo. Balenciaga, Helmut Lang, Prada, Yoji Yamamotto, Versace, Chanel, Givenchy, Dolce & Gabbana, Burberry (sic)... Tous, un jour où l'autre, ont créé des modèles de vêtements de haute couture (donc hors de prix) labellisés "punks". Et donc comportant lames de rasoir, épingles à nourrice, capsules, déchirures et trous. Des symboles de la culture punk, qui fut fondée sur le principe du DIY, de la récup' et du recyclage, et la dénonciation de la société de consommation.

Seulement voilà : il ne suffit pas de vendre un T shirt déchiré avec pour imprimé "Fuck" pour être punk. C'est pourtant ce qu'ont fait toutes les marques de haute couture ici exposées. Même s'il est vrai que les marques de luxe ont tout intérêt à aspirer ces idéaux inhérents à la culture punk pour s'offrir un vernis rebelle. Sois rebelle, ça fait vendre...

Même des marques de prêt-à-porter telles que The Kooples (destinées aux aspirants branchés) ou Zadig & Voltaire (et ses cachemires à 400 euros...) recyclent quelques codes de la culture punk, pour s'offrir cette si difficile cool attitude.

Fragments détournés de culture punk dans la pub

Alice_Dellal_Sac_Boy_Chanel__3__4.jpg Alice Dellal chez Chanel : rebelle, vraiment ?

Et depuis quelques temps, les marques de luxe tentent de s'offrir des égéries post-punks : comme j'en parlais dans cette enquête l'an dernier, Chanel a ainsi retenu pour égérie Alice Dellal, "socialite" issue d'une bonne famille mais qui a un vernis rebelle (juste ce qu'il faut) grâce à son crâne partiellement rasé et ses tatouages. Tout comme il n'est plus vraiment surprenant de voir d'ex-idoles punks ou rocks récupérées par la pub : Keith Richards poser dans une campagne du bagagiste ultra haut de gamme Louis Vuitton, ou Iggy Pop se transformer sans complexes en homme-sandwich pour SFR ou les Galeries Lafayette. Citons aussi Marilyn Manson, surprenant modèle pour la prochaine collection homme de Yves Saint Laurent.

Merchandising "punk"

Enfin, cette expo trouvait en quelque sorte son apogée dans la kyrielle de produits dérivés proposés par la MET à la sortie: magnets Punk à 6$, lots de trois épingles à 35$, planches de skate Punk à 12,95$, trousses à 20$, tirages photos de Sid Vicious par Michael Zagaris 500$, T shifts Givenchy à 565$... Sois rebelle, consomme...

dimanche 5 mai 2013

Vine, micro-vidéo en slow motion, le nouveau GIF animé (voire plus?)

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Une application iOS de partage vidéo, et service de micro-vidéo ,qui permet de prendre et partager des clips de 6 secondes... Mais sans doute un peu plus. J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire ici, ou , on est dans un paysage de médias sociaux où la photo, l'image prédomine de plus en plus dans les usages, porté par le succès d'Instagram, mais aussi des Socialcom et autres Viddy.

C'était au début une (micro) start-up de 3 salariés, discrètement rachetée par Twitter en octobre 2012, qui comportait alors un service de partage vidéo en cours de développement. Son service est devenu numéro un des téléchargements d'app gratuites sur l'Apple Store US début avril... Comme Twitter et Instagram, Vine est basé sur des contraintes. Vous ne pouvez pas ajouter de son. Les vidéos sont en slow motion (basse définition). Vous ne pouvez pas faire de montage vidéo ni retouches : la séquence tournée sera partagée et diffusée telle quelle. Pas de filtres photo à la Instagram. Pas de boutons Enregistrer ou Jouer. On lance le tournage en un effleurement de son smartphone (ou sa tablette). Et enfin, on ne dispose que de 6 secondes. La consécration de la brièveté, de la séquence ultra-courte, comme chez Twitter.

Culture GIF

Mais Vine n'a pas débarqué totalement par hasard. Je le disais, il y a dans cet univers "social" et digital déjà l'ultra prédominance de l'image, des captures d'écrans brutes et peu retravaillées. Mais Vine a aussi débarqué en pleine culture GIF, ces GIF animés, ces simples clips souvent utilisés our exprimer des idées complexes et des émotions (comme le drolatique Vis ma vie de pigiste...). Ce sont des vidéos en streaming denses en informations. Alors certes, il y a des hiatus, comme l'arrivée en trombe du porno sur Vine, après les GIFS Q - d'ailleurs, peu après son lancement, début février, l'entreprise a prestement modifié les conditions générales d’utilisation dans sa version 1.0.5, en changeant l’âge minimal pour utiliser l’application dans l’App Store, passé brutalement de 12 à 17 ans. Ou comment Twitter s'est dédouané vis-à-vis de certains usages inévitables...

Egalement, certaines fonctionnalités "sociales" manquent cruellement. Comme celles liées à la découverte de nouveaux contacts : d'autant que Facebook a très vite interdit à Vine l'utilisation de son "social graph". Impossible d'éditer des titres ou des tags une fois que vous avez posté des micro-vidéos.

Certes, Twitter a lancé Vine un peu à l'arrache, en sachant que ce nouveau service était loin d'être parfait. Mais il est prometteur: un peu comme la culture LOL inhérente aux GIF animés, Vine va générer sa propre culture.

Usages multiples

La multitude de ses usages émerge déjà: en marketing, publicité, mode, cuisine, cinéma, autour des people... Début mars, lors de la Fashion Week parisienne, on a ainsi vu une multitude de mini-vidéos Vine tournées dans les coulisses des défilés par journalistes et blogueurs, qui, à travers ces micro-séquences, montraient leur capacité à récupérer des bribes d'indiscrétions. Du côté des marques, Toyota était la première à monter sa micro-pub, fin janvier, avec un montage malin montrant une voiture en papier roulant successivement sur un iPad et le T shirt d'un homme. MacDo dégaine très vite sa propre Vine-pub. Ou comment bricoler des micro-clips à micro-budget, et s'offrir un vernis so cool...

Du côté du cinéma, fin mars, James Mangold, le réalisateur du prochain volet de Wolverine, lançait sur Vine sa première (micro) bande-annonce , avant de dévoiler un teaser plus classique de 20 secondes, puis une bande-annonce standard. Plus loufoque, en télé, Adam Goldberg (2 Days in Paris, Il faut sauver le soldat Ryan) initiait, le 31 janvier, la diffusion d'une "micro-série", reconnaissable au hashtag #merrittxanadu44, avec une succession de vidéos mettant en scène sa femme Merritt, qui serait devenue folle après sa première utilisation de Vine. En musique, citons les Daft Punk, qui ont utilisé Vine pour dévoiler la tracklist de leur nouvel album, Random Access Memory.

Côté culinaire, out les éternelles photos des petits plats (qui ont, un temps, envahi Instagram), Vine montre comment vous les préparez. Côté culture LOL, un site comme Vinecats.com compile exclusivement des clips de lolcats, déjà stars d'antan sur Tumblr et les GIF animés. Pour ces petits chats, Vine a rapidement engendré ses propres hashtags.

"Journalisme citoyen"

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Mais des nouveaux usages (presque) journalistiques émergent autour de Vine. Certains médias se dotent de leur propre page Vine : en janvier, NBC a inauguré cette pratique en publiant sur sa page Vine des images d’un dauphin coincé dans le Gowanus Canal à New York. De même, le mensuel américain Rolling Stone avait suscité la curiosité sur Vine autour de sa prochaine Une de mars.

Autre usage qui a émergé, lors des attentats de Boston : la vidéo produite avec Vine qui a alors généré le plus de vues a été diffusée non pas par un témoin du drame présent sur place, mais par un certain Doug Lorman, qui filmait sur son téléviseur, avec son smartphone, un reportage de NBC. C’est en réalisant, dans les minutes qui ont suivi, qu’aucune chaîne d’info ne reprenait les images du reportage qu’il a eu le réflexe de les diffuser lui-même sur Twitter. Moins d’une heure plus tard, la vidéo avait été partagée plus de 15 000 fois et regardée par plus de 35 000 personnes.

Ensuite, d'autres vidéos vont circuler, notamment sur le Boston Globe, le format très court de Vine les rendant d'autant plus impressionnantes, marquantes, mémorisables. D'autant que ce qui est nouveau avec Vine, c’est la facilité avec laquelle tout citoyen peut immédiatement retransmettre un événement filmé, sans être CNN ou une autre chaîne d’info en direct. On avait déjà vu cela avec Twitter, mais là, un nouveau "journalisme citoyen" (rappelez-vous, l'expression était en vogue il y a une dizaine d'années...) a émergé : sans même être sur place, Lorman a partagé en direct son "montage", au moment où sur place, quelques premières personnes commençaient tout juste à poster sur Twitter des photos de l’événement. Vine n'est plus là un simple outil LOL.

mercredi 10 avril 2013

Bisou, féminin pop et post-ado

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Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait de petit feuilletage de magazine ici, depuis la mémorable série de sorties de pouffe-mags, dont certains ont dépéri, fusionné (Be et Envy), ou ont plutôt bien persisté (Grazia). Un courant certes rattrapé par des des ousiders bienvenus, comme le prometteur Causette.

Là, déjà le nom, ''Bisou'' : on ne peut pas louper (parfaitement ridicule, casse-gueule, ou avec un certain second degré, au choix), à douter qu'il y ait eu une étude de branding... Et puis, la couv': titre écrit en rose flashy, titres où l'on sent une certaine désinvolture ("Sexe: un homme, une pipe, une question", "10 trucs qu'on portait mieux à 5 ans"), des références claires à l'univers des réseaux sociaux ("Hipsters: Qui sont-ils? Quels sont leurs réseaux?"), et ce dessin, qui préfigure un univers un peu bédéesque...

De fait, c'est le premier magazine féminin lancé par un éditeur de BD, Guy Delcourt. Il y a mis les moyens: tirage initial à 100 000 exemplaires pour ce bimestriel vendu 3,95 euros (un peu cher à première vue), vaste campagne de pub sur les façades de kiosques...

Audacieux. Comment se distinguer des Elle, Grazia et autres Glamour ? Comment être à mi-chemin entre la presse people, la presse féminine (déjà limite saturée), et alors que va débarquer un féminin gratuit, Stylist, ce printemps), et la presse pour ados ? Comment toucher la cible très attrayante (y compris pour les annonceurs) des jeunes femmes de 20 - 30 ans, voire, moins ?...

Au fil des pages, on voit comme l'éditeur s'essaie à un exercice d'équilibriste - parfois de manière limite, mais sans chute fatale, avec légèreté, humour (un peu) trash, et style trèèès djeuns (on en prend un coup de vieux) - où l'on échappe tout de même au style SMS.

Il y a déjà la page d'édito, inscrit dans un énorme cœur rose (sur fond jaune, le tout est un peu kitsch), où, déjà, on prend un petit coup de vieux... "(...) La vingtaine est une période compliquée. Quelle femme va-t-on devenir? Esr-ce que mon mec va me rappeler? Y a-t-il un moyen pour continuer à manger des Kinder Pengui sans prendre 5 kg chaque année?"...

Au fil des pages, la maquette aux couleurs criardes, parfois un peu imprécises, des titres trèèès simples suscite au départ une certaine perplexité.

Mais le mag s'en sort bien en respectant certaines règles obligées de la presse féminine (courrier des lecteurs, shopping, horoscope..) pour mieux les détourner.

Les pages mode d'abord: des fringues originales, une sélection de marques bon marché, et déjà une culture BD - geek qui ressort avec la sélection Comic strip.

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Avec la série de photos "Game of trom" (référence à Game of thrones, série TV de fantasy qui fait référence chez les ados et gamers), réalisée dans le métro parisien, rigolote, bien réalisée, on plonge un peu plus dans la culture geek.

Ensuite, l'interview de Norman (connu des ados pour ses drôles de vidéos tournées dans sa chambre, qui cartonnent sur YouTube - et déjà un bon sens du business ;): là, on commence à doute que le mag cible les jeune femmes de 20-30 ans. Questions posées en novlangue langage djeuns', simplettes ("Alors, il paraît que t'es un mec occupé?", "A moins d'un million de vues, tu pleures?"), avec heureusement une question bieeen acide qui vise l'honorable consoeur Elle ("(...) dans Elle, ils demandent toujours leur secret de beauté aux célébrités. Tu sais, ça permet de citer des produits, et après des marques t'envoient des cadeaux. C'est quoi ton shampoing?"). Même si la maquette (grosse étoile jaune en fond) me pique encore les yeux...

On poursuit ensuite dans des références culturelles imprégnées d'un univers geek et des médias sociaux: "petit précis d'hispterologie", ou de la culture djeuns, avec une interview de Booba, et poster spécial fans inséré (avec au verso un charmant chat - si, si).

Autre incontournable sur lequel le mag s'en sort plutôt bien, la rubrique psycho : Maïa Mazaurette (qui signe notamment dans GQ) signe un papier enlevé sur la nécessité de son confier à autrui - même à son chat ;)

Il massacre allégrement le marronnier de l'horoscope ("à lire à une fille que vous detestez").

Dans la dernière partie du mag, un tiers de la pagination est occupée par des BD. C'est bien sûr là que l'éditeur apporte sa patte, innove, et du même coup prend un risque, pariant que les jeunes lectrices accrocheront aux styles narratifs propres au Neuvième Art... Et ça fonctionne plutôt bien.

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Le mag ose même le roman-photo, version très second degré débridée, et bourrée des références djeun's: intitulé Les histoires ahurissantes de Monsieur Poulpe, il met en scène Bérangère Krief, comédienne révélée l'an dernier par la série "Bref", devenue culte chez les jeunes.

On découvre ainsi des prépublications d'auteurs confirmés, comme Margaux Motin, ou de jeunes bédéistes. Sous des traits différents, des styles différents, des femmes auteures y abordent des thématiques girly, mais souvent bien vues, et avec humour. Il fallait que je vous mette la planche la plus "directe"...

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Premier bilan : plutôt réussi. Reste à voir si le lectorat accrochera : j'ai l'impression que ce mag cible plutôt les ados... Il me rappelle assez Fluide Glamour, le hors-série (plus trash et sexy) BD et féminin qu'avait lancé Fluide Glacial au printemps 2010. Bisou est d'ailleurs piloté par Anaïs Vanel et Guillaume Prieur, deux jeunes journalistes qui y avaient travaillé. r

mercredi 3 avril 2013

Des "hubots" plus vrais que nature

Une sorte de fable très contemporaine, une nouvelle forme de science-fiction contemporaine. Cela se passe dans une ville moyenne de Suède d'aujourd'hui, avec ses pavillons bourgeois, ses familles banales... Pourtant, on voit dans les familles, les usines, les restaurants d'étranges créatures, à première vue des "real humans", tout juste trahies par leur regard un peu trop fixe, leurs expressions sur le visage un peu figées, les gestes un rien mécaniques. C'est une des séries les plus troublantes du moment que diffuse Arte à partir de ce jeudi soir, Real Humans (100% humain), Akta Människor en VO, pour laquelle la chaîne s'est d'ailleurs offert, fait rarissime, une vaste campagne de pub en radio, cinémas et affichage - vous n'avez pas pu rater ces étranges affiches dans le métro, avec ces personnages au regard fixe...

"Hubots" auxiliaires de vie

C'est donc l'histoire d'une société ordinaire, où il est devenu naturel que les humains cohabitent avec des "hubots", nouveau néologisme pour désigner ces "humans-robots", une nouvelle génération de robots, encore plus perfectionnés que les traditionnels robots androîdes qui peuplent les films de science-fiction classiques... Pas de fusées ni de monde futuriste dans la série suédoise ultra réaliste, écrite par Lars Lundström: tout est très contemporain, à part donc ces hubots multifonctions, qui ne sont jamais las ni fatigués, auxiliaires de vie, assistants aux personnes âgées, nurses pour enfants, aides au ménage, employés modèles en usines, serveurs dans des restaurants... Et même auxiliaires très sexuels. Dans cette fiction, ils sont devenus indispensables aux humains, et semblent presque se fondre dans cette société. Dans cette série que j'ai eu la chance de dévorer en avant-première (et que j'ai chroniquée dans le dernier numéro de Stratégies), le réalisateur s'attache à mettre en scène les diverses et étranges formes de cohabitation qui naissent entre humains et robots. Et les conflits que cela va provoquer.

Les robots de service, ils sont devenus omniprésents au cinéma (forcément), mais aussi dans des expos, livres, débats sur l'avenir de l'humanité (voire des transhumains), l'industrie de la robotique de services fait débat, ils ont un salon dédié, Innorobo... C'est intéressant de les voir mis en scène dans une série télé grand public. Le sujet fait débat, alors qu'un jour, les robots de services débarqueront inévitablement dans notre quotidien.

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Ici, donc, des androïdes très ressemblants aux humains, à l'exception de cette étrange prise USB fichée dans leur nuque, par laquelle ils peuvent se recharger sur une prise électrique - comme un simple téléphone. Mais qui permet aussi, à partir d'une tablette tactile, de vérifier leur identité, leur propriétaire, les paramétrer... Mais aussi les pirater, y installer des "mises à jour" très particulières, par exemple pour les transformer en partenaires sexuels hors pair.

Le réalisateur Lars Lundsdröm met ainsi en scène les diverses formes de cohabitation qui pourraient naître entre humains et robots. Mais aussi les formes de rejet qu'ils pourraient susciter, une fois devenus trop menaçants: car ils commencent à prendre des emplois aux humains, dans les usines par exemple, où ils séduisent les services RH avec "leur marge de 0% d'erreur". Un jeune humain attiré par la hubot domestique se voit qualifié par sa psy de "transhumainsexuel". On commence à voir en ville des hubots prostitués par des humains, avec même une maison close dédiée... La, la réalité rattrape déjà la fiction : après tout, il existe déjà des robots sexuels, tel Roxxxy...

Au point que se développe un mouvement radical, anti-hubots, intitulé "Real Humans", un "label" que certains humains radicaux placardent à l'entrée de leur maison. Un vocabulaire anti-hubots apparaît: PacMan, trucs, machines...

Les trois Lois d'Asimov ; des robots plus que des objets ?

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Surtout, la série pose des questions vertigineuses, incluant les Trois lois de la robotique édictées par le maître de la SF, Isaac Asimov.

Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger.

Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première loi.

Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième loi.

Pour cela, la série met en scène plusieurs catégories de hubots: les hubots domestiques, vendus neufs ou d'occasion, diversement traités, dans des rapports maître/esclave ambigüs, parfois des objets sexuels. Mais aussi des hublots "affranchis", devenus autonomes suite à l'installation d'un code de programmation par un humain geek, David Eisner.

Au fil des épisodes, parfois au contact des humains, on voit ces hubots mîmer de mieux en mieux des émotions (or, l'émotion est le propre de l'homme..), voire apprendre à faire des blagues, à mentir. On voit ainsi un hubot affranchi se prendre de passion pour la Bible. Une hubot rêver de se mettre en couple avec un humain. Ou un hubot devenu compagnon très sexuel se rebeller lorsque sa propriétaire le débranche temporairement ("J'ai un interrupteur, donc tu me traites comme une machine ?").

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Sont-ils des objets, ou un peu plus ? Et si les hublots étaient dotés de libre-arbitre ? Impossible bien sûr, mais la série le suggère : les hubots apprennent au contact de l'homme, et mîment de mieux en mieux leurs sentiments... Après tout, récemment encore, dans les pages Technologies du Monde, Kate Darling, chercheuse en propriété intellectuelle et en politique de l'innovation au Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston, militait pour "donner des droits aux robots", précisant : " Je parle plutôt de quelque chose comme les lois qui protègent les animaux. A eux non plus, on n'accorde pas le droit à la vie, mais on a édicté des lois pour les protéger contre la maltraitance".

Métaphore sur l'altérité

Real Humans est une métaphore sur l'alterité, la discrimination. Un reflet de notre société, où la domination de classe se poursuit en silence, avec une certaine violence sociale et politique, terriblement contemporaine Et pose des questions : un hubot, "véhicule motorisé" d’un point de vue juridique, peut-il être considéré comme victime de discriminations, ou de maltraitance ? Une avocate se voit saisie de la question par deux femmes, qui estiment avoir été discriminées - ainsi que leurs amants-hubots - car refoulées avec ceux-ci à l'entrée d'une boîte de nuit.

Je me demandais il y a quelques temps si la science-fiction n'était pas un genre en train de disparaître. Ce n'est pas sûr... En tous cas, elle renaît avec ce nouveau genre de séries télé. Aux Etats-Unis, la chaîne SciFi diffuse depuis janvier ''Continuum'', lancée par la chaîne câblée canadienne Showcase, qui met en scène Kiera, une femme flic de 2077 renvoyée malgré elle en 2012, où elle poursuit dans leur fuite temporelle un groupe de terroristes décidés à changer, depuis le passé, la face du futur. Et il y a quelques jours, Lana et Andy Wachowski annonçaient se lancer dans la réalisation d'une série, qui sera diffusée en 2014sur la plateforme Netflix, où il sera question de robots et de science-fiction.

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jeudi 21 mars 2013

Robots-tondeuses, aspirateurs, majordomes, de surveillance, et bientôt nurses... Des robots dans notre quotidien demain ?

Grands, petits, à roulettes, noir et blanc ou multicolores, blocs fonctionnels, jouets ou humanoïdes parfois très réalistes... Il n'était pas rare de croiser des robots dans les travées du salon Innorobo, qui se tient du 19 au 21 mars à Lyon. Un véritable salon dédié aux robots, ou des start-ups ou grosses entreprises, venues de Lyon, Evry, Barcelone, de Corée du Sud ou du Japon exposaient leurs derniers joujoux. Car c'est sûr, pour les professionnels de ce secteur, la robotique de services sera le point d'entrée des robots dans notre quotidien. J'en ai déjà parlé dans ce billet, ici, ou encore ici : au-delà des fantasmes alimentés par le science-fiction, c'est bel et bien un secteur économique qui émerge. On ne serait pas loin de la robolution préconisée par Bruno Bonnell, ex-médiatique patron d'Infogrames, qui a créé en 2006 Robopolis, start-up devenue une grosse entreprise de distribution de robots.

Plusieurs types de robots de services émergent: robots au service des personnes âgées, robots de surveillance, robots de présentation, robots-tondeuses, robots laveurs de vitres, robots-jouets pour enfants, et même des robots au centre de jouets éducatifs...

Robots-majordomes

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Photos Capucine Cousin - Tous droits réservés

Il y a déjà le FutureRobot de la société coréenne Furo, robot-majordome qui roule dans les travées, s'arrête automatiquement devant vous, avec cet étrange visage féminin affiché sur un écran en guise de tête. On interagit avec lui via l'écran tactile apposé sur le buste, qui permet d'y consulter directement des informations. Il est destiné aux événements, salons et musées, et pour des prestations de téléprésence.

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Autre robot-majordome, Reem, développé par la start-up barcelonaise PAL Robotics, destiné aux universités, musées et événements. Il vous parle spontanément - dans une des trente langues qu'il maîtrise - et vous propose de taper votre nom sur l'écran tactile dont il est doté. La même voix suave vous explique que, grâce à son système de reconnaissance faciale, il pourra ensuite vous reconnaître et prononcer votre nom, tout en affichant votre visage sur son écran Troublant... Plus étrange encore, ce visage à forme humanoide doté d'une paire d'yeux, où les concepteurs ont poussé le mimétisme jusqu'à y reproduire des pupilles, qui semblent vous dévisager...

Robots-tondeuses, sentinelles...

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Dans cette génération de robots de services, le géant américain iRobot, lui, mise sur les robots de services quotidiens. "Ce sont ces robots de services qui vont faire entrer les robots dans les foyers", assure Bruno Bonnell. De fait, après les Roomba, premiers robots-aspirateurs à être devenus un succès grand public, il lance en France cette année les robots-nettoyeurs de piscine, les robots-tondeuses, comme Tuscania, conçu par la start-up israélienne Robomow. On voit aussi apparaître des petits robots pour nettoyer la piscine, les gouttières, les vitres...

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Autre créneau prometteur, les petits robots de surveillance pour entreprises. Plusieurs start-ups exposaient ainsi des robots 'rondiers", munis d'une petite caméra, destinés à assurer la surveillance dans les entrepôts, comme ce mini-tank, dévoilé par la start-up barcelonaise Robotnik, ou l'e-vigilante, développé par la start-up française Eos Innovation.

Robots ludo-éducatifs, jouets

Nao

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Avec les petits Nao, on arrive là dans la catégorie des robots qui ressemblent presque à des jouets. Ne sont-ils pas (presque) émouvants, avec leur petite bouille, leurs yeux ronds ? Ils peuvent vous parler, chanter, raconter une histoire, danser... Et même conduire une voiture. C'est une des grosses start-ups françaises, Aldebaran Robotics, qui en est à l'origine. On avait beaucoup parlé d'elle au printemps dernier, lorsqu'elle avait levé 100 millions d'euros auprès d'un fonds d'investissement... japonais.

Certes, ils ne sont pas encore en vente auprès du grand public. Mais avec un prix de vente d’entrée de gamme à 3 600 euros, pourraient-ils devenir les jouets de demain ? Car ces joujoux pourront devenir de véritable robots de services avec des fonctionnalités sur mesure, grâce à la boutique d’applications, sur le modèle de l'Appstore d'Apple, qu'Aldebaran développe, avec une communauté de développeurs. On en compte déjà une centaine, dont certaines élaborées avec des entreprises dans la santé, la domotique...

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Demain, ce sont aussi les robots-jouets et robots éducatifs qui entreront dans les foyers et les écoles. Ce qu'ont bien compris les start-ups coréennes. Avec par exemple cet ensemble ludo-éducatif, les smart robots Albert, qui cumule dock pour smartphone, appstore dédié, cartes de jeu scannées par le smartphone, une nouvelle génération de livres-jeux interactifs et un stylo intelligent... La génération de demain des jouets? En tous cas, ce jeu devrait débarquer cette année en France pour 200 euros.

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Il y a aussi ces sortes de Lego version sud-coréenne, les Robotron, des packs avec briques de jouets et système électrique, qui permettent de construire soi-même ses jouets-robots, qui peuvent même danser (je vous renvoie à ma petite vidéo). Ils sont destinés aux écoles, mais sont déjà en vente dans les grandes surfaces sud-coréennes...

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Tout comme le constructeur coréen Robotis dévoilait ses robots-jouets, inspirés de l'univers des dessins animés et des mangas.

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Troublant aussi, ce robot humanoïde, né du projet européen de R&D iCub, une plateforme open source de recherche sur la robotique humanoïde et les sciences cognitives, initiée par l'Institut italien de technologies. Son visage mime les expressions d'un enfant de 3 ans. Et voir la dextérité avec laquelle il saisit une balle...

Alors bien sûr, tous ces robots ont des fonctions très précises. Pour la plupart, leur fonction, mais aussi leur apparence, leur design, les cantonne à des machines rassurantes qui remplissent une mission simple. Reste à voir si, demain, nous accepterons des robots pouvant remplir des tâches plus complexes, où ils devront être capables de comprendrais les émotions des humains et y répondre, comme une nurse ou un robot d'assistance aux personnes âgées...

mercredi 13 mars 2013

Ce que vous "likez" sur Facebook en dit (beaucoup) sur vous

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Facebook connaît tout ou presque de vous... Et vous donnez (beaucoup) à voir sur vous-mêmes à travers vos "likes", à longueur de clics. Le constat est un peu vertigineux.

"Nous dévoilons nos comportements digitaux, les Facebook Likes, qui peuvent être utilisés pour faire ressortir nombre de choses très personnelles sur nous-mêmes: âge, orientation sexuelle, ethnie, positions politiques et religieuses, traits de personnalité, intelligence, bonheur, utilisation de substances addictives, séparation des parents... ". Les chercheurs Michal Kosinski, de l'Université de Cambridge, et David Stillwell de l'Université de Nottingham, ont réalisé une étude un peu particulière, publiée lundi dans le Proceedings of the National Academy of Sciences. Une petite bombe. Leur matière première : les "likes" publiés par une base de 58 000 internautes américains utilisateurs de TFacebook - évidemment volontaires pour cette étude.

Et ils ont démontré clairement les liens très proches entre ces "j'aime" souvent cliqués à la va-vite et différents traits de l'identité des utilisateurs. Pour cela, les chercheurs ont conçu des algorithmes qui permettent de créer des profils de personnalités révélant potentiellement des informations personnelles et intimes des utilisateurs de Facebook. "Nous avons sélectionné des traits et des attributs qui révèlent à quel point est précis, et potentiellement intrusif, un tel modèle prédictif", écrivent-ils.

Le "Like", comportement impulsif

Et de fait: le "like" favorise un des rares comportements impulsifs de l'internaute sur Facebook: en un clic, donc encore plus rapide que de laisser un commentaire, il lui permet de marquer son association positive à un contenu publié (photo, vidéo, status d'ami, Fanpage - le "like" lui permettant de recevoir automatiquement ses mises à jour...). Autre particularité des "Likes", c'est une des rares sources d'information sur les goûts et préférences des internautes à être rendues publiques par défaut. Sur la page Facebook d'un particulier, un encadré ("mentions J'aime") rassemble ainsi l'ensemble de ses "Likes". Sur la mienne, pourtant peu fournie, vous verrez ainsi que j'ai "liké" les fanpages de David Bowie, Dangerous Pets, Téléchat, Amazon.fr, Le Monde, Place de la Toile... Facebook m'y suggère même gentiment d'"annoncer mes intérêts" ;).

Les chercheurs ont par exemple réussi à deviner avec plus de 93% de réussite l'origine et le sexe des interrogés. Mais aussi, l'orientation sexuelle des sondés dans 88% des cas, leur ethnie dans 95% des cas ("African Americans" ou "Caucasian Americans", selon la novlangue US)e leur orientation politique (démocrate ou républicain) dans 85% des cas. De même, l'étude a détecté correctement chrétiens et musulmans dans 82% des cas, l'orientation sexuelle chez les hommes (85%) et chez les femmes (75%), le statut relationnel (en couple ou célibataire), l'utilisation de drogues (de 65% à 73%)... Surtout, les prédictions s'appuient largement sur des déductions à partir d'énormes quantités de données. Ainsi, l'homosexualité est induite non pas parce que les utilisateurs cliquent sur des sites gays mais en fonction par exemple de leurs préférences musicales et des émissions de télévision qu'ils regardent.

Vous avez un QI élevé ? Vous "likez" (forcément) Le Parrain, Mozart, la voix de Morgan Freeman, Lord of the Rings, ou une émission politique comme The Daily Show. Votre QI est faible, vs "likez" Tyler Perry, Sephora, ou encore I Love Being a Mom. Tout comme si vous êtes ouvert, "liberal" (au sens US du terme) et artiste, vous avez "liké" Oscar Wilde, Charles Bukowski, Leonardo Da Vinci, le mouvement Bauhaus, Leonard Cohen, ou encore le très destroy John Waters. A l'inverse des plus conservateurs, qui ont liké Monster-In-Law, The Bachelor, et Teen Mom 2.

Paradoxe, à l'heure où les internautes sont de plus en plus méfiants, et sont devenus expérimentés dans leurs usages des réseaux sociaux, et font donc en sorte de révéler de moins en moins d'éléments personnels sur leur profil Facebook, ils les dévoilent d'autant plus via ces seuls "Likes"... "Les gens peuvent choisir de ne pas révéler certaines informations à propos de leur vie, comme leur orientation sexuelle ou leur âge, pourtant, ces informations peuvent être déduites de manière statistique à partir d'autres aspects de leurs vies qu'ils révèlent", souligne l'étude.

"Une part croissante des activités humaines, telles que les interactions sociales, l'entertainment, le shopping, le partage d'informations, sont maintenant "intermédiés" par des services digitaux. Ces comportements "intermédiés" peuvent facilement être enregistrés et analysés, avec l'émergence des sciences sociales computationnelles et de nouveaux services tels que les outils de recherche personnalisés et le marketing ciblé", souligne l'étude d'emblée. Ça a le mérite d'être clair. Les "likes", décidément une mine pour les marques, qui cherchent déjà à les collectionner sur leurs fanages Facebook... Car une fois de plus, cela démontre que ces données peuvent être exploitées à des fins commerciales pour cibler des campagnes de pub ou de marketing, mais surtout, peuvent aussi révéler des informations très personnelles, souligne David Stillwell.

dimanche 3 mars 2013

Phablets, OS "libres", 4G... Cinq tendances mobiles pour 2013

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Va-t-on téléphoner de moins en moins, et s'envoyer toujours plus de "data" depuis nos smartphones toujours plus perfectionnés ?... La frontière entre smartphones et tablettes est-elle en train de s'estomper ? La suprématie d'Android et d'iOS d'Apple pourrait-elle être remise en cause ?... Comme chaque année, le Mobile World Congress (MWC) de Barcelone, une des grand-messes de l'industrie des "telcos", qui rassemblait la semaine dernière plus de 70 000 personnes, a permis de prendre le pouls du secteur. Un secteur plus que jamais mouvant, avec des opérateurs traditionnels en difficultés, et bien sûr la crise...

Il y a aussi quelques études récentes, comme l'étude annuelle de Médiamétrie, publiée mercredi dernier, révélateur des tendances de consommation des internautes/mobinautes. Exemples de tendances naissantes ou affirmées attendues pour cette année...

Le choc attendu de la 4G

La quatrième génération de téléphonie mobile, dont les opérateurs développent (très) progressivement les réseaux, c'est le prochain champ de bataille entre opérateurs mobiles. Qui entendent relancer la guerre des prix, dans un secteur dynamité depuis l'arrivée de Free Mobile et ses tarifs low cost. Désormais, ils vont arguer de l'innovation, du développement de l'infrastructure, de la qualité de leurs réseaux respectifs... Pour justifier de nouveaux forfaits, plus chers. Mais aussi du côté des constructeurs, qui commencent tout juste à dégainer une nouvelle génération d'appareils mobiles compatibles avec cette nouvelle norme. Le sujet était omniprésent cette année sur la Fira de Barcelone, comme j'en parle dans cette enquête publiée la semaine dernière.

La question étant surtout: comment accrocher le consommateur, le convaincre de changer de mobile, de forfait...?

Les "tigres" chinois en embuscade

C'est un des aspects induits par l'arrivée de la 4G. Certes, des constructeurs de mobiles alors (presque) méconnus étaient déjà à Barcelone l'année dernière: Huawei, ZTE, Panasonic, Fujistu... Mais certains sont en délicatesse (Panasonic n'a finalement pas lancé sa gamme de smartphones Eluga en Europe, comme je l'évoque ici). Quant aux Chinois ZTE et Huawei, leurs pavillons étaient cette année bien plus imposants que l'an dernier, situés à quelques pas de ceux de Sony, Samsung et autres Nokia... Surtout, ils ont dévoilé cette année une poignée de smarpthones et tablettes compatibles 4G, bijoux technologiques proposés à des prix très offensifs.

D'ailleurs, dans mon reportage, les dirigeants français de ces deux "tigres" chinois le disent clairement: la 4G est bien l'occasion pour eux de se lancer à l'assaut du marché français, où ils s'en tenaient, jusqu'à présent, à des appareils proposés sous marque blanche, ou quelques rares smartphones sous Android. Pour lancer son Ascent P2, Huawei va d'ailleurs s'offrir sa première campagne publicitaire mondiale, ce printemps, confiée à la puissante agence McCann, comme nous le révélons dans Stratégies. Il s'était déjà essayé à la campagne institutionnelle un peu chic l'automne dernier (ce cheval blanc ne vous rappelle rien?...). Même Lenovo, à Barcelone, n'avait certes pas de stand, mais a présenté à une poignée de journalistes des tablettes et smarpthones sous Android qui seront lancé en Europe dans le courant de l'année - quelques-uns devraient être compatibles 4G. Pour mémoire, ce constructeur chinois, devenu un des leaders mondiaux dans les PC, a innocemment manifesté son intérêt, il y a quelques semaines, pour racheter le Canadien Blackberry (ex-RIM), qui tente sa survie avec son Blackberry 10...

Autre fait, révélateur, dans cette guerre de com' menée sous le ciel bleu de Barcelone, plusieurs grands constructeurs traditionnels n'ont pas daigné y tenir une conférence de presse. Pas de conf' pour LG, Samsung, Blackberry... Mais Huawei (dès dimanche après-midi, veille de l'ouverture officielle du salon) et ZTE l'ont bien tenue, eux. Les constructeurs essaient désormais de faire la différence en organisant leurs propres événements hors de ce rendez-vous multi-marques qu'est le MWC me faisait remarquer Thomas Husson, de l'institut Forrester. Blackberry a dévoilé son dernier joujou à New York, le 30 janvier dernier, HTC a dévoilé ses derniers modèles quelques jours avant le MWC, Samsung a annoncé à Barcelone un événement... à New York, mi-mars, pour la sortie de son Galaxy S4.

Smartphones, tablettes... et phablets mania

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La 4G va accélérer les nouveaux modes de consommation des contenus, et les nouveaux modes d'utilisation des appareils électroniques par le grand public. Toujours plus de mobilité, toujours plus de contenus que l'on partage et que l'on échange, que l'on produit... Ces usages ont été créés avec la 3G, qui nous a permis de lire nos emails, surfeur sur Internet, regarder des vidéos.. sur nos mobiles, nous transformant en "mobinautes". La 4G va accélérer cette tendance de consommation: elle devrait permettre de télécharger des contenus (vidéos notamment) cinq fois plus vite, et de les partager dix fois plus vite. Imaginez seulement la différence par rapport à aujourd'hui...

Thomas Husson me disait que cela devrait généraliser l'utilisation de "social games" (voire une nouvelle génération de MMORPG compatibles mobiles?), mais aussi de la combinaison réseaux sociaux + vidéos, avec, peut-être, une nouvelle génération d'Instagram version vidéo. Ce réseau mobile très haut débit va nous habituer à partager en un clin d'oeil des vidéos que nous avons tournées avec des mobiles intégrant des appareils photos toujours plus perfectionnés : les derniers smartphones présentés à Barcelone, par Samsung, LG et autres Huawei, comportent presque tous des appareils photos numériques de 12 megapixels, avec fonction vidéo, flashs intégrés etc.

Et ce alors que, en un an, on compte 24% de mobinautes supplémentaires (23,6 millions) et +138% d’utilisateurs principaux d’iPad (2,3 millions), soit un foyer sur sept, d'après la dernière étude de Médiamétrie, sur "l'année Internet 2012". Car en 2012, au gré d'une année bouillonnante en actualités politiques sportives, les Français ont été nettement plus nombreux à s'équiper et se brancher à Internet sur tous les écrans. Au passage, un internaute sur 4 a déjà commenté sur Internet un programme TV qu'il était en train de regarder.

Surtout, la 4G, ces nouvelles habitudes, devraient consacrer l'émergence d'une nouvelle génération de smartphones. Ils tiennent encore dans la main, mais sont presque des tablettes, avec des écrans de 5 pouces, voire 6 pouces : tel le Huawei Ascend Mate, doté d'un écran de 6,1 pouces. Ce sont les "phablets" (smartphone + tablette), nés dans le sillage de la "phablet" à succès de Samsung, la Galaxy Note (10 millions de modèles vendus en 2012), dévoilée il y a pile un an à Barcelone, comme j'en parlais alors dans cet article. Appareil deux en un ou nouveau segment marketing ? Une de ses particularités étant qu'elle permet aussi de téléphoner, et comporte un emplacement pour une carte SIM, contrairement à la plupart des tablettes tactiles.

Ce qui les rapproche de la nouvelle génération de tablettes, dotées d'écrans 7 pouces, ue l'on a vu émerger fin 2012, tels l'iPad Mini, ou la Google Nexus. Des tablettes davantage adaptées à des usages nomades...

OS "libres"

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Une nouvelle génération d'écosystèmes mobiles "libres", lointains héritiers des logiciels libres? Cela commence à arriver dans la galaxie mobile. Et on imagine déjà les argumentaires marketing autour de ces alternatives "libres" aux OS propriétaires (ou pas loin), tels Android de Google, qui équipe toujours plus de mobiles (70,1% fin 2012 d'après l'institut IDC), et iOS d'Apple (21% des smartphones). A Barcelone, les premiers smartphones "tournant" sous Firefox OS ont fait sensation, tel celui dévoilé par ZTE, ZTE Open. Tout petit, simplisme, j'ai trouvé sa navigation fluide, avec la multitude d'apps dont il était déjà pourvu. Un type de modèle de smartphone conçu sur mesure "pour l'Amérique du Sud" et d'autres pays en voie de développement, précisait un des dirigeants de ZTE lors de la conférence de presse de présentation à Barcelone.

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Autre OS "alternatif," très attendu cette année, Tizen. Une déjà longue histoire pour ce système d'exploitation mobile open-source. Initié par la Linux Foundation, développé par Intel, Tizen sera multiplateforme, conçu pour les smartphones, les tablettes, et les TV. En 2012, Samsung a déversé quelques 500 000 dollars (373 000 d'euros) à la Linux Foundation pour devenir un membre platinium - ce qui lui permet, au passage, de mieux gérer les orientations de Tizen. Depuis, il a été rejoint par d'autres consutructeurs, tel Huawei, et des opérateurs, comme NTT Docomo et Orange, comme annoncé à Barcelone. Autre annonce, dès cette année, Orange commercialisera des smartphones Samsung sous l'OS Tizen.

Moins de voix, plus de data

Mais au fait, le téléphone mobile sert-il encore vraiment à téléphoner? Dans les pays anglo-saxons, la consommation de "datas", allègrement au-delà d'1 giga-octet, devient de plus en plus centrales dans les nouvelles générations de forfaits proposés, surtout avec la 4G. Alors que la "voix", le fait de téléphoner, devient moins importante, comme je l'abordais déjà dans ce billet, il y a près d'un an.

lundi 18 février 2013

"Passion" de Brian De Palma, mise en abyme d'un univers ultra-technologique, placement de produit sur mesure pour Panasonic

Dès le plan d'ouverture, un long plan-séquence, il y a ce focus sur la pomme du Macbook d'une des protagonistes, au point qu'il suscite quelques petits rires dans la salle.Puis deux jeunes femmes, à la beauté glacée, qui bossent sur leur prochaine campagne publicitaire, pour le lancement du smartphone Eluga de Panasonic. Deux placements de produits les premières secondes du film.

Durant près de deux heures, ce polar esquisse un monde du travail qui fait frissonner, dans des locaux au design gris et parfait, avec des personnages aux traits trop lisses et au look trop recherché, des formes discrètes de pression et de harcèlement moral - l'"héroïne" subit humiliations publiques, piquage d'idées et manipulations diverses par sa boss. Au passage, dans ce film allemand, les personnages parlent en allemand, sauf à l'agence ou dans les séquences liées au monde du travail, où ils parlent en anglais.

Et surtout, il y a dans ce film l'omniprésence de ces produits technologiques ultra-modernes, noirs et argent. Nulle recherche de l'accumulation de placements de produits, pas de profusion de marques, Brian De Palma n'a pas cédé à la tentation. Mais deux marques ont une place de choix durant tout ce film.

Apple-mania

Apple d'abord, avec des MacBooks pros du début à la fin du film. Normal, dans une grande agence de pub comme celle du film, c'est la marque de prédilection pour les créatifs et "artistes" putatifs. L'omniprésence d'Apple dans le cinéma, et tout ce qu'il incarne - pour l'instant - j'en avais déjà parlé dans ce billet, avec notamment la saga Millenium, où l'actrice Noomi Rapace (que l'on retrouve ici chez De Palma en jeune créative publicitaire à double visage) s'était révélée avec son personnage de geekette post-punk. Mais l'omniprésence de la firme à la pomme - dans les films et séries n'est pas anodines: elle imprègnerait presque le spectateur... Au passage, la légende veut qu'Apple n'a jamais signé de contrats de placements de produits, ou n'est jamais passée par des agences de placements de produits telle que Casablanca. Pas besoin.

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Mais Brian De Palma accorde surtout une place de choix à Panasonic et son smartphone Eluga, qui fait donc l'objet du spot publicitaire "volé" puis diffusé sur YouTube, au cœur de l'intrigue du film. Il n'a même pas inventé une marque, un produit pour les besoins de cette fiction, mais est parti d'une marque existante: le constructeur japonais Panasonic, qui - ça tombe bien - lançait il y a pile un an au Mobile world Congress de Barcelone (une des grand-messes annuelles de l'univers des télécoms) sa gamme de smartphones Eluga. Des smartphones haut de gamme, au design fin et racé, qui ont pour particularité de pouvoir être immergés dans l'eau.

Exactement ce que montrent les premières minutes du film. Mais alors, De Palma a-t-il poussé la logique du placement de produit jusqu'au bout ? Au point de mettre en scène une gamme de produits dans son scénario ? Certes, pas de vulgaire placement de produit, où les actrices manipulent ostensiblement leur smartphone Panasonic. Trop grossier.

Spot publicitaire sur-mesure pour l'Eluga

De Palma esquisse comment une agence de pub va monter une campagne pour vendre un smartphone comme tant d'autres. Et montre ce qui pourrait être perçu comme un spot publicitaire réussi, la vraie bonne idée que tout créatif aurait rêvé d'avoir : le smartphone placé dans la poche arrière du jean slim d'une jeune femme, qui, allumé, permet de filmer avec la caméra intégrée ce qui se passe dans la rue, dans le dos de la jeune femme... Une jeune f allumeuse, qui parle crûment, et fait de son smartphone un accessoire sexuel.

Hasard ? Le constructeur japonais, qui bénéficie d'une vraie aura grâce notamment à la notoriété de ses téléviseurs, a connue une année 2012 difficile, entre ventes à la baisse, chiffres préoccupants (une perte nette de 6,1 milliards d’euros au terme de 9 mois de son exercice décalé 2012-2013), et production chahutée après le tsunami qui a affecté le Japon. Et sa gamme Eluga n'a finalement pas été lancée en Europe, et ne le sera pas cette année, comme le confirmait il y a quelques jours son nouveau DG France dans une interview à Challenges.

Ecrans multiples

Certes, rien d'anodin là-dedans. Ce qui intéresse De Palma, avec ce thriller d'entreprise, c'est de dénoncer une société de consommation qui prône l'ultra-performance au travail, et la quête perpétuelle de perfection, entre bureaux et appartements trop design. Même dans la scène de ballet, il nous montre essentiellement les corps et les visages (trop) parfaits, trop souriants, des danseurs. Le film montre aussi une certaine omniprésence des écrans, des ordinateurs aux smartphones, en passant par les caméras de vidéosurveillance, et un écran placé au bord de la baignoire d'une des actrices, des affrontements menés via Skype et des "call confs", des vidéos balancées sur YouTube... Sans compter les sonneries stridentes de smartphones dans la scène finale, lointain rappel de la musique de la scène-clé de Psychose de Hitchcock...

Une intégration d'écrans multiples pour mieux dénoncer ce phénomène. "Aujourd’hui, presque tout le monde marche dans la rue le regard plongé dans son téléphone au lieu de regarder la rue, ce qui est quand même un peu étrange… Dans Passion, j’ai détourné une vraie campagne de publicité pour une marque de smartphones, avec cette idée de placer un téléphone dans la poche arrière du pantalon d’une jeune femme, photographiant ainsi les passants qui matent son cul. Aujourd’hui, tout le monde possède une caméra par le biais des smartphones, c’est très bien d’un point de vue sociologique mais cela signifie la fin des beaux travellings, des plans travaillés, des séquences d’action soigneusement composées", explique-t-il dans cette interview accordée aux Inrockuptibles.

Ce n'est peut-être qu'un hasard, une marque parmi d'autres... En tous cas, Panasonic Marketing Europe Ltd est bien cité dans les remerciements pour les partenariats produits, en fin de générique. A quand la pub Panasonic qui mettra en avant des scènes du film, comme Sony avec James Bond ?

lundi 4 février 2013

Faut-il exposer les enfants aux écrans ?

Vous n'avez pas pu louper cette vidéo sur YouTube, où une petite fille de 2 ans utilise avec une facilité déconcertante une tablette. Il y a aussi toutes ces anecdotes, rapportées par des parents ou des instituteurs, avec ces petits qui font glisser leur doigt de droite à gauche sur une feuille de papier (comme sur une tablette...), celle-ci qui se met en colère lorsque sa mère veut lui retirer "son" iPad des mains (c'est du vécu)...

Doudous numériques

Les usages numériques en train d'émerger chez les enfants, et surtout les tout-petits, soulèvent de nouvelles questions, de manière vertigineuse. Alors que, après les applis et jeux éducatifs pour enfants sur les Appstores, se multiplient maintenant les tablettes pour enfants, voire pour les moins de trois ans. J'y ai consacré récemment cette enquête pour Stratégies (encore en accès abonnés, sorry...), les constructeurs de produits IT, constructeurs de jouets ou de jeux éducatifs sont en train de s'engouffrer dans cette brèche, en sortant tour à tour leurs tablettes tactiles pour enfants, et même par tranches d'âges. Cela a été un des cadeaux de Noël les plus remarqués. Alors que plus de 3,5 millions de tablettes (iPad, Galaxy de Samsung notamment) ont été vendues l'an dernier, jusque 500 000 tablettes pour enfants auraient été vendues. On a même vu, y compris au CES de Las Vegas début janvier, des accessoires pour ces tablettes spéciales kids: cadre protecteur en fausse fourrure, jouets à y accrocher... Ou comment faire de ces tablettes de véritables doudous numériques.

Ce qui pose de nouvelles questions d'ordre sociétal, éducatif, , scientifiques, etc. Et n'a pas tardé à ressusciter des débats (et angoisses) similaires à celles de la télé pour tous-petits. Justement, fin janvier, l'Académie des Sciences rendait public son rapport (publié le 22 janvier, ed. du Pommier) sur l'exposition des enfants aux écrans. Avec un avis, contre toute attente, très nuancé: non, les outils numériques ne sont pas forcément nocifs, ils peuvent même devenir un nouvel outil d'apprentissage. Une position contrastée (par peur d'apparaître comme d'un autre âge?), à mille lieues des propos plutôt sceptiques que tenait Serge Tisseron auprès de M le Mag en décembre dernier.

En particulier pour les moins de 3 ans - la tranche d'âge pour laquelle l'utilisation des tablettes est à priori la plus discutable. "A cet âge, l'enfant doit mettre en place ses repères spatiaux et temporels. "Les tablettes, c'est un éternel présent. Alors que lorsque les enfants utilisent des petits livres cartonnés, ils peuvent voir l'avant – les pages déjà vues –, le pendant – la page devant eux – et l'après – les pages restantes", déclarait-il alors.

Or dans l'étude, les chercheurs montrent bien peu de distance par rapport à la tablette, citée à 42 reprises (pratiquement autant que le bon vieil ordinateur qui apparaît 60 fois), parée de presque toutes les vertus, étant même le seul écran à être conseillé avant l’âge de 2 ans, pour "éveiller leur intelligence sensori-moteur et leurs premières capacités cognitives, qui apparaissent bien avant le langage" (sic) - à condition que leur usage soit "accompagné, sous forme ludique, par les parents". Bref, pour les chercheurs les tablettes participent à l'éveil cognitif des tous-petits... à condition que les parents soient à côté lorsqu'ils les utilisent. On imagine le soulagement des constructeurs, qui y voient un business très prometteur - et l'ouverture d'une brèche, côté éditeurs, pour la création de jeux ludo-éducatifs.

Pourtant, si la tablette est un nouvel écran séduisant, c’est avant tout un outil de consommation, idéal pour lire une vidéo, consulter l’actualité, ou parcourir les réseaux sociaux. Créer, apprendre via des jeux ludo-éducatifs très élaborés, conçus par des spécialistes de la petite enfance? Cela reste à prouver.

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En revanche, sur l'exposition des enfants à la télé, l'Académie des Science est plus tranchée. Et pointe les effets néfastes d'une exposition prolongée aux programmes de télé par les enfants de moins de deux ans (retard de langage, difficultés de concentration ou d'attention...), ainsi que chez les enfants de 2 à 6 ans (tyrannie sur les parents, repères brouillés à cause de la publicité...). Au passage, elle égratigne les DVD d'éveil et chaînes pour tout-petits, censés jouer les baby-sitters en les éduquant...

Pas vraiment surprenant. Il y avait eu cette étude réalisée par un pédiatre allemand qui avait fait grand bruit: 1 900 enfants de 5 à 6 ans s'étaient vus demander de dessiner un personnage - le résultats en créativité, netteté... étaient d'une différence flagrante, selon s'ils regardaient la télévision moins d'une heure par jour ou plus de trois heures par jour.

Pas surprenant. En 2007, Serge Tisseron avait pris la tête d'une fronde contre l'arrivée en France de chaînes de télé spécialement conçues pour les tous-petits de moins de 3 ans, Baby TV et Baby First.

Zapping numérique et évolutions neuronales

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Et pourtant... L'avis de l'Académie fait presque figure d'exception, alors que l'influence du Net, des écrans, sur notre mode de lecture et notre capacité de concentration fait débat. Voire, nos cerveaux sont-ils en train de muter, de s'adapter face à ces nouvelles formes de lecture, de concentration, de réflexes qu'induisent notre vie numérique? Une question soulevée par Nicholas Carr avec sa bombe, Internet rend-il bête? (ed. Robert Laffont, 2011), comme l'évoque cette enquête publiée par Télérama.

"Ces dernières années, j'ai eu la désagréable impression que quelqu'un, ou quelque chose, bricolait mon cerveau, en reconnectait les circuits neuronaux, reprogrammait ma mémoire. Je ne pense plus de la même façon qu'avant. C'est quand je lis que ça devient le plus flagrant. Auparavant, me plonger dans un livre ou dans un long article ne me posait aucun problème. ... Désormais, ma concentration commence à s'effilocher au bout de deux ou trois pages. ... Mon esprit attend désormais les informations de la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules s'écoulant rapidement". Décrivant sa "mutation numérique" dans The Atlantic en juin 2008, Nicholas Carr a ouvert le débat: notre cerveau serait en train de subir les mêmes effets que nos corps déformés par la surconsommation et la malbouffe ?

Voire. Comme la lecture numérique est différente de la lecture papier, est-ce que ce que nous savons de notre cerveau lecteur éclaire ce que nous ne savons pas de la lecture à l’heure de la culture numérique ? Quelles sont les implications profondes sur la plasticité de nos circuits de lecture à mesure que nous utilisons des médias dominés par le numérique ? Internet Actu abordait le sujet en début d'année, suite à une intervention de Maryanne Wolf, directrice du Centre de recherche sur la lecture et le langage de l’université Tufts, et auteure de Proust et le Calmar.

Les caractéristiques cognitives de la lecture en ligne ne sont pas les mêmes que celle de la lecture profonde, estime Maryanne Wolf. Avec le numérique, notre attention et notre concentration sont partielles, moins soutenues. Notre capacité de lecture se fixe sur l’immédiateté et la vitesse de traitement. Nous privilégions une forme de lecture qui nous permet de faire plusieurs tâches en même temps dans des larges ensembles d’information. Les supports numériques ont tendance à rendre notre lecture physique (tactile, interactions sensorielles…) tandis que le lire nous plonge plutôt dans un processus cognitif profond. Pour la spécialiste, il semble impossible de s’immerger dans l’hypertexte. Reprenant les propos de Carr, “l’écrémage est la nouvelle normalité”, assène-t-elle. “Avec le numérique, on scanne, on navigue, on rebondit, on repère. Nous avons tendance à bouger, à cliquer et cela réduit notre attention profonde, notre capacité à avoir une lecture concentrée. Nous avons tendance à porter plus d’attention à l’image. Nous avons tendance à moins internaliser la connaissance et à plus dépendre de sources extérieures.” Glaçant...

Polémique autour de l'avis de l'Académie

Psychologies Magazine titrait carrément, dans son numéro de février, sur "Des écrans à risques", sondage à l'appui et appel "à la vigilance" signé par 50 experts, qui pointait l'"emprise préoccupante sur nos vies" induite par les technologies, "les pratiques pathologiques et compulsives, notamment chez les jeunes et personnes fragiles", et réclamant un "code de bonne conduite de la vie numérique". Rien que cela. Dans son dossier au ton volontiers alarmiste, il pointait l'"inquiétude générale" induite par son sondage,69% des sondés étant préoccupés par la place prise par les écrans dans la vie de leurs enfants, et 59% se sentant dépendants de leurs outils numériques (la fameuse nonophobie). Référence à l'hyperdépendance d'une partie de la population surconnectée, certains - qui peuvent se le permettre - devenant parfois déconnectés volontaires...

Encore il y a quelques jours, dans Le Monde, plusieurs scientifiques s'inquiétaient, dans une tribune publiée le 8 février, d'une exposition des enfants aux tablettes et autres écrans, critiquant clairement l'avis de l'Académie.

"Une grande partie des affirmations avancées dans ce rapport sont dénuées de tout fondement scientifique et ne reflètent que les préjugés ou opinions des auteurs. Par exemple, nos académiciens expliquent que "les tablettes visuelles et tactiles suscitent au mieux (avec l'aide des proches) l'éveil précoce des bébés (0-2 ans) au monde des écrans, car c'est le format le plus proche de leur intelligence". Aucune donnée n'est présentée pour étayer ces assertions ou simplement montrer que cette exposition précoce est souhaitable. C'est malheureux, parce que, même si les tablettes sont trop récentes pour que des études fiables existent quant à leurs influences, il apparaît au vu de la littérature scientifique disponible qu'un petit enfant aura toutes les chances de grandir infiniment mieux sans tablette. En effet, certains déficits établis, liés à l'usage de la télévision ou des jeux vidéo, concernent aussi les tablettes". affirment-ils carrément.

dimanche 13 janvier 2013

Robopocalypse, récit d'un putsch des robots

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Des machines devenues indispensables, des GPS des téléphones portables aux voitures à pilotage automatique, en passant par les robots-nurses, les robots-jouets pour enfants, ou jouets sexuels pour adultes esseulés (les love dolls), les robots de manutention... Ils se nomment Big Happy, Super Toy, Sappy, sont devenus omniprésents dans nos vies, nos foyers.

Et si les robots pouvaient se soulever, tenter de prendre le pouvoir dans un putsch parfaitement organisé ? C'est ce qu'a imaginé dans son premier livre, Robopocalypse (ed. Fleuve Noir), Daniel H. Wilson, 34 ans, chercheur en intelligence artificielle,

Blockbuster Sci Fi

Certes, le sujet est omniprésent dans la science-fiction, de Metropolis à i,Robot, en passant par la saga des Terminator. Mais ici, l'ouvrage reprend autant les codes du récit de science-fiction que du thriller, et même consacre le genre de la science-fiction avec des recettes dignes d'un blockbuster. Pas surprenant que ce récit très cinématographique soit susceptible de servir de base au prochain film de Steven Spielberg - même s'il vient d'annoncer repousser ce projet à gros budget initialement prévu pour 2014, crise oblige.

Daniel H. Wilson imagine donc ici le soulèvement des machines dans un futur proche. Des androïdes serviles qui fomentent une révolution... après tout, la notion d'esclavage est présente de manière subliminale dans la notion même de robot : étymologiquement, le terme robot est issu des langues slaves, et formé à partir de rabot (работа en russe) qui signifie travail, corvée, que l'on retrouve dans le mot Rab (раб), esclave en russe. Ce terme aurait été utilisé pour la première fois par l’écrivain tchécoslovaque Karel Čapek dans sa pièce de théâtre R. U. R. (Rossum's Universal Robots) en 1920, qui met en scène... un soulèvement des machines.

Robopocalypse, c'est avant tout un thriller high-tech mené tambour battant, au rythme un peu mécanique, comme les machines qui en deviennent les protagonistes, qu'on lâche difficilement, le long de ses 439 pages, tant qu'on ne l'a pas fini. Le décompte se poursuit au fil des chapitres: "Virus précurseur + 30 secondes", "Virus précurseur + 5 mois", "Heure zéro - 40 minutes"...

Une première partie, “Incidents isolés”, relate les prémices du soulèvement aux quatre coins du monde ; “Heure zéro” raconte le basculement dans la guerre civile, avec pour déclencheur un chercheur qui conçoit un robot doué d'intelligence artificielle, appelé Archos, qui va mener la révolte des robots. Les deux dernières parties montrent comment s’organise la résistance, et décrit la possibilité d’une renaissance de l’humanité. Tout cela nous est rapporté du futur via une boîte noire, sorte de “cerveau" qui a enregistré les étapes de la révolution et l’éclosion de son leader, Archos.

Dystopie

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Le récit met donc en scène un monde qui frôle littéralement l'Apocalypse (en tous cas pour les humains). L'auteur ne s'attarde donc guère sur l'aspect récit d'anticipation, ce qui l'intéresse davantage, c'est le combat entre les humains survivants et des robots organisés. Un monde sombre, en déshérence, une dystopie en somme; un des genres littéraires propres à la science-fiction, une contre-utopie, qui dépeint un des pires mondes possibles qui puisse être envisagé, contre l'avènement de laquelle l'auteur entend mettre en garde le lecteur. Une forme de récit que l'on a déjà vue avec Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, 1984 de George Orwell, ou encore Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.

Humains "augmentés"

Classique dans la science-fiction, Robopocalypse dénonce les risques d'extinction de la civilisation humaine et l’angoisse que génère la place croissante des machines dans notre société. "Les machines nous ont attaqués sans prévenir, elles ont bouleversé notre vie quotidienne, elles sont nées de nos rêves, mais aussi de nos cauchemars", constate un des survivants.

Mais il surfe aussi sur une vogue paranoïaque quant à ces machines et ces réseaux sociaux, qui nous entourent, et font de la vie privée, du secret, un luxe. “Il faut savoir qu’au tout début, l’ennemi ressemblait à des trucs ordinaires : voitures, immeubles, téléphones”, lâche un survivant dans Robopocalypse. Bref, méfiez-vous des portables qui vous géolocalisent, et des ordinateurs qui mémorisent ce que vous faites sur Internet...

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Image CC Flickr Roberto Rizzato

Côté anticipation, le chercheur en robotique met de manière tout à fait réaliste les avancées de la robotisation, des perspectives vertigineuses qu'ouvrent les interactions hommes-machines (j'en parle ici), et celles de l'humain "augmenté", déjà esquissées par Cyril Fiévet dans son remarquable livre sur le sujet. Les voitures sont désormais automatiques (ça vous rappelle quelque chose ?), et communiquent entre elles grâce à leurs "puces intravéhiculaires connectées", devenues obligatoires, grâce auxquelles les voitures "se débrouillent pour éviter les collisions"... Des humains combattants s'équipent d'exosquelettes...

Des humains "augmentés" d'appareils, tel cet ado qui a , greffée à son avant-bras, "une coque métallique graisseuse, terminée par deux lames", ou la jeune Mathilda, qui a, greffés sur le visage, des yeux "augmentés" lui permettant de voir en réalité augmentée. "Les machines nous ont transformés. Nous sommes à la fois différents... et pareils. Nous sommes les transhumains", dit l'un d'entre eux.

Mimer les émotions

Et Daniel H. Wilson soulève cette question (périlleuse): jusqu'où les robots pourront-ils mimer les comportements humains, dont les émotions? Seront-ils capables de s'attacher à leurs maîtres?... Plusieurs des robots mis en scène sont décrits, de manière troublante, avec des expressions humaines. Telle la love roll - androïde Kiko, qui, lorsqu'elle étrangle son maître, a "son visage qui se tord d'émotions. Des larmes jaillissent de ses yeux, le bout de son nez rougit, un air d'angoisse pure lui cisaille les traits. Elle est en train d'étrangler M. Nomura en pleurant".

Plus loin, vers la fin des combats, l'auteur fait s'exprimer au style direct un robot, Rob : "Bizarre. Je prends enfin conscience que je veux vivre au moment où ils (les humains) veulent me tuer. je décolle les bras de ma poitrine et j'appuie mes deux coudes sur le fond de la caisse". (...) Plus loin, "il appelle des humains à l'aide, rectifiant : "Tu es cassé ? Négatif. Je suis vivant. (...) Aujourd'hui, je suis libre - vivant. Et je souhaite le rester". "Immédiatement après avoir pris conscience d'eux-mêmes et de leur liberté, les membres du Freedom Squad ont fait preuve d'une détermination à ne plus jamais tomber sous l'entité d'une emprise extérieure", raconte un des narrateurs. On remarquera ici toutes les capacités d'émotions on ne peut plus humaines qui sont prêtées aux robots: tristesse, prise de conscience, réflexe de survie...

Théorie de l’information et intelligence artificielle

Une réflexion cybernétique qui a nourri de manière plusieurs ouvrages récents. Aurélien Bellanger, évoque à plusieurs reprises dans sa Théorie de l’information l’intelligence artificielle et à sa capacité à surpasser son concepteur, l'humain. Et émet l’hypothèse d’une déshumanisation qui s’attaquerait au langage et aux affects.

Déjà le jeu vidéo, "expérience anthropologique radicale, confronte, pour la première fois, l'homme à sa nature brute. (...) L'homme est une machine qui explore à l'aveugle les circuits compliqués de son propre cerveau, un labyrinthe de plaisirs et de peines, de récompenses et d'obstacles. (...) Jouer, c'est plonger son corps dans un acide qui en dissout, couche après couche, tous les tissus et membranes, toute la nature organique et sensible, jusqu'à ce que le cerveau soit mis à nu, comme machine électrique autonome et comme réseau logique terminal".

Facebook même le préfigurerait, "monde conclave et bouclé. Coupés du sol, les branchages algorithmiques de Facebook formaient pourtant une résille capable de capturer la vie. Les hommes étaient devenus des robots calculateurs, susceptibles et sociaux. (...) Les êtres humains, privés de leurs organes biologiques, n'y échangaient plus que des informations. La touche 'J'aime' était froide. Facebook s'était transformé en inconscient collectif, puis en tribunal du Jugement dernier".

lundi 31 décembre 2012

Smartphones à écrans flexibles, imprimantes 3D, interfaces hommes-machines, lunettes "augmentées", robots... Huit tendances tech / innovations pour 2013

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Lointain ancêtre du casque électroencéphalographe dans "Orange mécanique"

Une sorte de marronnier de début d'année sur ce blog, auquel je m'étais déjà livrée l'an dernier, il y a deux ans... Je vous laisse vérifier si mes prédictions étaient bonnes ;) Quelles sont les innovations de rupture les plus attendues pour cette année 2013, les services et produits les plus prometteurs, susceptibles de bouleverser le quotidien des utilisateurs ? Il y a aussi le très bon Hype Cycle de Gartner, qui sert chaque année de baromètre des innovations. Autres indicateurs, les projets de R&D du moment, ou encore la grand-message high-tech qui se tient à Las Vegas début janvier, le Consumer Electronic Show...

Je précise tout de suite que cette liste de tendances est non-exhaustive ;) (mais vos compléments en commentaires sont tout-à-fait bienvenus). J'ai par ailleurs choisi d'en exclure le big data (même s'il promet de révolutionner le marketing, comme j'en parlais dans cette enquête), le BYOD, les QR codes, ou encore la gamification (version 2012 des serious games), des tendances à éviter pour 2013, estimait carrément la CNBC !

Les smartphones à écrans souples

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C'est un mythe, j'en parlais par exemple déjà dans ce billet : cette fois grâce à la technologie Oled, on y est (peut-être) ! La rumeur veut que Samsung soit sur le point de dévoiler, lors du CES, son premier smartphone à écran souple, d'après le Wall Street Journal.

Google plancherait lui aussi sur un tel projet. Nom de code: X Phone, qui pourrait être lancé courant 2013, suivi par une tablette. Avec pour objectif d'en faire un concurrent aux appareils conçus par Apple et Samsung, d'après le Wall Street Journal. Pour cela, Google utilisera Motorola, qu’il a acquis mi-2012 pour 12,5 milliards de dollars (10 milliards d’euros). Sur la forme, le X Phone comporterait un écran flexible, des formes différentes de ce qui existe grâce à une base en céramique, donc très résistante. Sur le fond, le quotidien rappelle que Motorola a acheté il y a deux mois Viewdle, une société qui a développé une technologie qui allie reconnaissance des images et des mouvements. Google devenant ainsi constructeur (stratégie certes amorcée avec la série Nexus), il se retrouverait directement concurrent de Samsung et d'Apple. Oups. Ce qui pourrait bouleverser le paysage des télécoms, largement contrôlé par le duo Apple - Samsung, où Google a, certes, déjà avancé ses pions avec son OS Android.

Main artificielle commandée par la pensée, corps humain robotisé...

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Et si les interfaces hommes-machines (IHM) entraient dans les usages ? Cela fait longtemps que la recherche s’intéresse à l'interface cerveau-machine (ICM) , qui, par l’intermédiaire d’implants de fines électrodes, permet de détecter les signaux électriques émis par la partie du cerveau associée aux mouvements. Ces signaux sont transcrits en langage ou code informatique, pour actionner la prothèse artificielle.

C'était un des grands espoirs en cette fin d'année 2012 : des chercheurs ont mis au point un nouveau type de "bras-robot" commandé par la pensée, qui a permis à une femme paralysée d’avoir un degré de contrôle et de liberté de mouvements de la main artificielle jamais inégalé jusque-là avec cette sorte de prothèses, révélait la revue médicale britannique The Lancet. Une avancée de taille dans le développement des prothèses de membre contrôlées par la pensée, qui pourraient un jour équiper des patients paralysés (accidents, attaque cérébrale…) ou amputés.

En février dernier, l’équipe de l'Université de Pittsburgh a implanté deux réseaux de microélectrodes dans le cortex moteur gauche d’une femme de 52 ans devenue tétraplégique à cause d’une maladie neurodégénérative. Deux semaines après l’opération, la prothèse a été connectée et la patiente s’est lancée dans plus de 3 mois d’entraînement (saisir des objets, etc), mais dès le deuxième jour, elle a pu bouger la main artificielle par la pensée. À la fin, elle a pu accomplir des tâches avec un taux de succès de 91,6 %. Prochaines étapes : intégrer des capteurs permettant par exemple de déceler le froid et le chaud, et recourir à une connexion sans fil, type Wi-Fi, pour relier le cerveau à la prothèse.

Autre exemple, révélé par le New York Times il y a quelques semaines, des marines amputés testent actuellement un bras artificiel qui déchiffre les ordres du cerveau, développé par des ergothérapeutes avec le Center for thé intrépide du Brook army Medical Center à San Antonio. Le dispositif robotisé (110 000 dollars, soit 85 000 euros) comporte un moteur électrique, et des capteurs pouvant déchiffrer les signaux de son cerveau.

Les prémisses du corps humain robotisé, "augmenté", dont j'ai déjà parlé ici, ...

Premiers casques électroencéphalographes (EEG) grand public

Mais les IHM pourraient aussi, bientôt, avoir des usages ludiques. On voit apparaître les premiers casques électroencéphalographes (EEG) grand public, et les sites de téléchargement de jeux adaptés à cette nouvelle interface (allez jeter un œil sur cette excellente enquête publiée par Le Monde). Les sociétés américaines NeuroSky et Epoc commercialisent déjà des casques EEG, pour environ 150 dollars. Pour développer ce marché prometteur, elles publient même des outils logiciels permettant aux développer des nouvelles applications, qui seront proposées dans de futurs AppStores.

Pour jouer au jeu vidéo SpaceRace, édité par WayForward, en lieu et place d'un joystick et d'un clavier, vous devez ainsi vous munir d'un bonnet doté de fines électrodes, lesquelles captent les signaux cérébraux sur une zone précise du cerveau. Le vaisseau spacial du jeu est ainsi piloté par votre cerveau - plus précisément au gré des ondes cérébrales alpha émises par vos neurones. Vertigineux...

Et ce n'est pas fini : le labo de recherche qui travaille à partir de ce jeu imagine déjà des usages thérapeutiques de cette technologies, pour soigner certaines maladies mentales : les chercheurs pourraient ainsi rééduquer certaines zones du cerveau grâce à des exercices ludiques sur ordinateur.

Les projets de recherches de consortiums associant labos, universités et start-up autour de cet Eldorado potentiel que représentent les IHM et ICM se développent déjà, de gros budgets à la clé. Je ne les citerai pas ici ;) mais il y a entre autres un projet européen qui planche sur des robots contrôlés par un cerveau humain, ou encore un consortium de 10 partenaires consacré au Interfaces Cerveau-Ordinateur (ICO) et jeux vidéo.

Lentilles de contact et lunettes "augmentées"

Autre déclinaison de ce corps humain "augmenté", des interfaces qui pourraient améliorer les capacités de notre œil. Il y a pile un an sortait Mission Impossible 4, où l'on voyait des personnages dotés de lentilles de contact à réalité augmentée, qui leur permettaient de voir superposés, à une image du monde réel, des éléments virtuels (un plan, une photo, etc). Un peu comme Terminator voyait déjà en réalité augmentée.

C'est en train de devenir réalité ! Les chercheurs de l’Université de Gand viennent de sortir un prototype de lentille de contact intelligente. Elle comporte un écran LCD capable d’afficher des images (principalement du texte) directement sur votre œil. Les précédents essais ne permettaient d'avoir qu'un écran de... deux pixels.

Les géants Google et Microsoft, eux, conçoivent carrément des lunettes "augmentées". En juin 2012, Google dévoilait son "Projet Glass", des lunettes Google à réalité augmentée. Elles permettraient de prendre des photos, lancer une visioconférence, trouver son chemin... grâce à des microphones et des caméras intégrés aux branches et contrôlables à la voix. Google a promis de les commercialiser en 2013 aux Etats-Unis, pour 1 500 dollars. Je vous laisse le plaisir de mater la vidéo de la keynote, très hollywoodienne...

Le 23 novembre, on apprenait que Microsoft avait déposé un brevet pour des lunettes à réalité augmentée. Le brevet, déposé en mai 2011, décrit un dispositif capable d’amener devant les yeux de l’utilisateur des informations pertinentes et/ou complémentaires à ce qu’il regarde déjà. Bien que l’on puisse imaginer facilement que les jeux puissent faire partie du projet, le brevet ne parle que d’évènements "live" et donc réels. Les lunettes seraient reliées à un mini-ordinateur qui pourrait prendre la forme d’un bracelet. Ce dernier s’occuperait des traitements tels que l’identification des objets, des personnes, ou le calcul des informations à afficher. Les lunettes, elles embarqueraient une caméra, un microphone, un gyroscope, un magnétomètre, un capteur de position des pupilles de l’utilisateur ainsi qu’un capteur infrarouge. La connexion avec le bracelet se ferait par Wi-Fi ou Bluetooth.

Next, Apple ?

Pour vous donner une idée de ce que sera notre quotidien demain avec ce type d'interface visuelle, regardez ce court-métrage conçu par deux étudiants israéliens...

...Et développement des robots "de services"

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Nao, le robot humanoïde d'Aldebaran Robotics

La presse l'a évoqué courant 2012 (comme ici et là), une poignée de grosses start-ups (dont françaises) croient dur comme fer à l'avenir des robots "de services", ces robots humanoïdes qui entreront dans le quotidien des familles, des personnages âgées ou handicapées, des hôpitaux...

Robots-jouets, robots ménagers, robots dans les hôpitaux... Il y a le distributeur de robots Robopolis, et son charismatique patron Bruno Bonnell qui fait acte d'évangélisation sur le sujet depuis plusieurs années... Peut-être que les "robots ménagers", tel le Roomba d'iRobot, sont une première étape dans la banalisation des robots. Le fait que le magazine Challenges inclue dans sa sélection de fin d'année de produits high-tech Nao, le so cute robot humanoïde d'Aldebaran est, aussi, loin d'être anodin. Sans compter la multiplication des expos et animations grand public sur le sujet.

Preuve de l’industrialisation du secteur, l'impressionnante entrée au capital du Français Aldebaran Robotics à hauteur de 80% par la banque japonaise Softbank, en mars dernier, lequel rachetait ensuite son confrère Gostai... Dernière annonce en date, en décembre dernier, l'investissement par Grishin Robotics de 250 millions de dollars dans RobotAppStore, premier Appstore dédié aux apps pour robots, des aspirateurs Roomba d'iRobot aux robots Nao d'Aldebaran, en passant par l'hélicoptère AR Drone de Parrot. Comme dans l'Appstore d'Apple, les développeurs indépendants sont invités à y commercialiser les apps et services pour robots qu'ils ont conçues... Et comme chez Apple, ils devront reverser une commission de 30%. Demain, aura-t-on un robot tout comme un a un smartphone et une tablette, avec une série d'apps ?

Impression 3D, DIY

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Fabriquer en quelques heures un objet à partir d’un modèle numérique, de la science-fiction ? Ça ne vous aura pas échappé, cette expression aussi étrange que prometteuse annonce peut-être une révolution de demain. Exit l'imprimante à encre, demain, chacun devrait avoir avec son ordinateur une imprimante 3D, qui permet donc d'"imprimer", ou plutôt de concevoir, des objets en plastique (voire en métal...) en trois dimensions, en venant déposer des fines couches de matière les unes au-dessus des autres. Chris Anderson, un des maîtres de l'innovation, ex-rédacteur en chef du magazine Wired, théoricien de la "long tail" (la "longue traîne", il y a dix ans, déjà...) annonce même une nouvelle révolution, celle des "makers". Ils pourront réaliser des objets chez eux grâce à ces imprimantes bon marché (comptez tout de même environ 1 500 $). Le DIY (Do it yourself - Faites-le vous-même), nouvelle révolution industrielle ?

Même une poignée de start-ups commercialisent des imprimantes 3D, telle la Française Sculpteo, qui propose sur son app iPhone à chacun de customiser, sur l'écran de son mobile ou de sa tablette, toute une galerie d'objets (tasse, vase...). D'ailleurs, Bercy commence à s'intéresser de très près au sujet, et aux premiers espaces de coworking dédiés, les Fab Labs...

Parmi les applications promises: coques de smartphones customisées,chocolats, pièces pour la Nasa, voiture de course, flingues pour les obsédés de la NRA, ou même, peut-être, presser ses disques vinyles chez soi, ou, plus enivrant encore, des organes tels qu'un cœur humain...

Banalisation du décryptage ADN pour les particuliers

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Il est toujours illégal dans la plupart des pays européens, dont la France, mais insensiblement, le décryptage d'ADN pour les particuliers qui se généralise, pour la recherche de paternité, de prédispositions face à des maladies... 23AndMe (start-up fondée il y a quelques années par Anne Wojcicki, la femme de Sergey Brin, un des cofondateurs de Google) qui propose désormais le décryptage d'ADN pour le même prix qu'un smartphone (99 $), a ainsi levé en décembre 50 millions de dollars - elle en avait déjà levé 68 millions depuis son lancement en 2006. Parmi les investisseurs, le Russe Yuri Mulner, et... Sergey Brin, ainsi que Google Ventures, le fonds d’investissement de la firme californienne. Les deux sociétés ont des locaux voisin. Et on imagine facilement l'intérêt que Google, qui possède les données propres à notre identité numériques, ait un certain intérêt pour l'activité de 23AndMe...

Objets connectés

Cela fait 10 ans que l'on en parle, mais à la faveur du développement du wifi notamment, ils semblent réellement entrer dans les usages, comme l'ont montré les services innovants d'une kyrielle de start-up lors du Web'12. Tout comme les lunettes connectées, des milliers d'objets connectés déparquent : la serrure Lockitron commandée à distance par une appli iPhone (dévoilée au Web'12), les ampoules connectées par Wifi de Philips, le frigo connecté imaginé par Evian... Ou encore, côté santé, l'Eldorado des services du "quantified self" (l'automesure, qui consiste à mesurer les données du quotidien perso), tels le capteur One de la start-up Fitbit, qui qui mesure en temps réel plusieurs paramètres physiques (nombre de pas faits dans une journée, de calories brûlées), et Withings, qui a développé balance connectée, tensiomètre, babyphone, et apps mobiles dédiées .

vendredi 21 décembre 2012

Media + games + data + design... L'émergence des newsgames

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"Cutthorat capitalism", newsgame édité par Wired

Un nouveau type de mise en forme ludique de l'information. Un de plus. Avec le journalisme web, on voit depuis quelques années un bouillonnement autour de nouveaux formats journalistiques, qu’expérimentent donc les rédactions Web, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler : webdocumentaires, lives, datajournalism, journalisme BD... Et donc les newsgames, sortes de jeux vidéos en version journalistique, que l'on voit apparaître sur quelques sites médias. Le CFPJ Lab y consacrait une conférence mardi matin à La Cantine.

Le newsgame, c'est un peu l'héritier des serious games, très en vogue vers 2005-2008, dans un contexte où les "univers virtuels" s’imposent, tel Second Live, édité par Linden Labs: certaines entreprises se piquaient alors de former leurs salariés avec ces "jeux vidéos sérieux" mettant en scène de manière pédago et ludique des plans de formations (certaines ont même co-produit leur serious game, comme la BNP Paribas avec Daesign), comme j'en parlais alors dans ce billet, ce papier, ou encore celui-là.

Mais pourquoi les médias s'y intéressent maintenant ? Plusieurs facteurs: logique d'audience des sites d'information, banalisation de l'infotainment (ce joyeux mélange d'info et d'entertainment, que l'on voit se décliner du Grand Journal de Canal+ à des sites tels que Melty.fr)... "On a vu émerger les newsgames en 2003, puis sur des sites media à partir de 2009. Ils s'inscrivent dans la vogue des serious games, apparus vers 2000. Cela permet de produire des histoires, des 'news stories' avec un aspect narratif", résume Olivier Mauco, concepteur de media ludiques.

Le contexte est porteur: les jeux vidéos sont devenus un divertissement de masse, au-delà des gamers, consacrés par l'arrivée des Wii et autres Kinect dans les salons. Mais consacrés aussi par les "jeux sociaux" qui se sont développés sur Facebook: 53% des utilisateurs de Facebook y jouent à des "social games", d'après la dernière étude du Syndicat national des jeux vidéos. Point non négligeable, 52% des gamers sont des femmes.

Le newsgame, c'est donc "une expérience interactive, régie par des règles, dans laquelle l'utilisateur a un objectif à accomplir, dont le résultat varie selon ses actions. Cela permet de raconter une histoire, décrire un système, se baser sur des data, et permettre au joueur de comprendre un système", ajoute Florent Maurin, de la start-up The Pixel Hunt, qui a travaillé avec LeMonde.fr.

Media games, "jeux sociaux" éditorialisés

Global conflict

capture d'écran de "Global conflict"

Les médias se sont emparés du concept, avec une déclinaison spécifique, les media games: "le jeu devient un mode de représentation d'une réalité. La mécanique de jeu sert l'info, à travers des objets multimedia ludiques", poursuit Olivier Mauco. Des 'jeux' qui, comme un article, ont une ligne éditoriale: "par la mécanique de guerre, la mise en scène, on propose un discours. Dans tous les cas, cela permet d'expliquer des systèmes, des conflits.. complexes". Tels les jeux basés sur l'enquête Global Conflict (sur le conflit israelo-palestinien), et Darfur is Dying.

Dans la même logique, expliquer par le jeu une mécanique complexe, le jeu Budget hero (repris par plusieurs médias, dont LeFigaro.fr) permet à l'internaute de "gérer" virtuellement le budget des pouvoirs publics.

Start-up spécialisées

On voit même apparaître des start-ups qui proposent aux media le développement clés en mains de newsgames. Telle Game the News, spin-off développée par Orock outre-Atlantique: "elle a développé des newsgames pour le Huffington Post et Wired", selon Flroent Maurin.

Une chose est sûre, de la même manière que les infographies et le data journalism, les newsgames associent de manière inédite journalistes, game designers, directeurs artistiques et développeurs. Ou alors des médias à des éditeurs de newsgames spécialisés.

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"Could you be a medallist": admirez le design vintage...

Les médias en profitent pour développer des offres éditoriales inédites. Tel Wired, qui a lancé en 2009 le newsgame Cutthroat capitalism, qui montrait le modèle économique, le business des pirates somaliens: il était accompagné d'une enquête dans le magazine papier, d'une infographie sur Wired.com, ainsi que de la mise à disposition des ressources documentaires sur le site. De même, le Guardian a édité sur son site Could you be a medallist ? à l'occasion des JO de Londres, cet été, où l'internaute pouvait rentrer ses performances sportives pour se comparer aux champions.

Autre exemple, assez notoire, celui du jeu Primaires à gauche (la page n'est hélas plus disponible), édité sur LeMonde.fr. "18 mois de travail, 180 000 parties jouées, les internautes y jouaient 17 minutes en moyenne... On a ouvert un blog, où les internautes pouvaient proposer des personnages, des nouvelles actions, etc", précise Florent Maurin. Avec une dose de crowdsourcing, donc.

A noter que les concepteurs de ce newsgame ont décroché des subventions des pouvoirs publics. "Ils peuvent s'inscrire dans des plans transmedia. Le budget sera équivalent à celui d'un webdocumentaire, de l'ordre de quelques dizaines de milliers d'euros".

dimanche 16 décembre 2012

Campagne 2012 de Barack Obama : marketing politique + Big data

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35 millions de "friends" sur Facebook, 24 millions de "followers" sur Twitter, mais aussi, bien sûr, plus de 775 500 retweets de son tweet Four more years, annonçant en direct sur le média social sa réélection...

Pas de doute, la campagne électorale de Barack Obama, cette année, a été plus "digitale" que jamais. Avec une véritable machine de guerre de marketing en ligne. Pour la décrypter, des agences digitales (Spintank, La Netscouade, La Fonderie), et la revue Regards sur le numérique (éditée par Microsoft) avaient invité pour un débat à la Gaïté Lyrique, la semaine dernière, l'équipe digitale de la campagne d'Obama. Un véritable cas d'école, où ces (à peine) trentenaires montraient très sérieusement (certaines) de leurs recettes au fil de leurs slides, tout en jurant qu'il ny a rien de nouveau, "les entreprises ont employé ces méthodes bien avant nous", dixit Ethan Roeder, le Mr Big data de la campagne. Pourtant, il y a bien des communicants de grosses entreprises ou d'agences de pub dans le public de l'auditorium, pour suivre cette leçon...

C'est une lapalissade, la com' politique utilise une sélection d'outils venus du marketing. Il y a bien sûr la très forte présence numérique de Barack Obama sur les médias sociaux: Facebook, Twitter, Tumblr, mais aussi le plus confidentiel site communautaire de social bookmarking Reddit...

Mais le coeur de cette campagne digitale, c'était le fundraising, la levée de fonds, qui aura permis, in fine, de lever 690 millions de dollars, explique Teddy Goff, 27 ans, ex-directeur digital de l'équipe Obama for America. Comment motiver les internautes-militants (ou simples sympathisants) à donner, et inciter leurs amis à donner pour financer la campagne d'Obama?

Il y a bien sûr la classique campagne d'emailings. Mais affutée, avec 26 types de mails, tels qu'affichés sur une des slides, aux argumentaires différents qui étaient envoyés, selon les types de cibles identifiées: "Thankful every day" ; "Michelle time" ; "The most popular Obama"… Là encore, il s'agissait d'inciter les sympathisants d'Obama déjà présents sur la base d'e-mailings de la campagne de 2008 à motiver leurs amis. Chaque mail d'appels aux dons était préalablement testé auprès de 18 groupes, avant son envoi massif. Autre canal testé, les SMS de relance.

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Pour le fundraising, il y avait aussi quelques outils technos bien pensés. Tel le service Obama for America’s Quick Donate, distingué par Mashable dans les innovations techno-politiques de l'année, qui permettait, en un clic, d'effectuer une donation par carte bancaire sur le site dédié, par email ou par SMS, rendant ainsi les donations "sans contact".

Des outils technos que l'on retrouve aussi dans le dispositif prévu pour gérer et impliquer les supporters dans cette campagne très "sociale". Avec une hiérarchisation, des 2,165 millions de bénévoles enregistrés aux "core team members", explique Betsy Hoover, directrice de l'organisation online. Un tableau de bord ("Dashboard") permettait ainsi à chaque volontaire d'afficher dernières activités, équipe, événements, ressources, messages etc. ''Trip Planner'', une sorte de Couchsurfing.com version militante permettait aux militants d'organiser et partager leurs transports et logements dans les 50 Etats. Et de fait, les militants ont effectué plus de 146 millions de porte-à-porte et appels téléphoniques en 2012...

Autre outil malin, GottaRegistrer, l’appli mobile d’Obama pour inscrire les électeurs - aux Etats-Unis, les partis s’occupent de les inscrire. Map Maker, permettait aux internautes de voir quels projets près de chez eux avaient été financés avec le controversé Recovery Act.

Mais cette année, c'est le data management qui a été une des nouvelles armes du staff (et de la victoire) d'Obama, chargé de faire le tri, dans des tableaux Excel, des données récoltées sur les votants, mais aussi dans les quelques 24,1 millions de conversations sur les médias sociaux. Et voici les données récoltées par l'équipe d'Obama sur les électeurs américains, nous livre Ethan Roeder, en toute transparence, sur ce slide. Nom, adresse, âge, ethnie, revenu probable, propriétaire ou pas... Rien que cela.

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Que savait l'équipe d'Obama sur les électeurs américains? via @RSLNMag

mardi 11 décembre 2012

Twitter / Instagram / Google: la guerre photo est déclarée

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La photo, l'image, se place décidément à l'épicentre des médias sociaux. J'en parlais plus tôt dans l'année, le rachat d'Instagram par Facebook pour 1 milliard de dollars l'illustrait, tout comme le lancement par Facebook de sa propre app mobile photo. Car l'utilisation de la photo est devenue centrale dans les usages des mobinautes - apprentis photographes: encore un sondage CNIL/ TNS Sofres publié mercredi 12 décembre le montre: 58% des mobinautes sondés publient des photos sur Internet pour les partager avec d’autres, et même 86% des 18-24 ans.

Même les constructeurs IT l'ont compris, à voir la bataille acharnée que livrent Apple et Samsung, prêts à s'allier pour racheter les nombreux brevets photo de Kodak, en train de dépérir... Maintenant, la guerre se déplace entre médias sociaux, qui ont bien compris que les fonctionnalités photo + mobile deviennent centrales.

Filtres photo Twitter...

C'est officiel depuis ce lundi soir, Twitter se lance à son tour dans la course aux filtres photo : de facto, il a lancé les siens avec deux mises à jour gratuites de ses apps sur Android et iOS. Au menu, huit filtres (du délicieux vintage couleur sepia au classique noir et blanc), que lui fournit l'entreprise Aviary, laquelle avait déjà un partenariat avec Flickr. L'utilisateur a pour l'instant juste accès à des fonctions d'édition basiques (recadrage, contrastes, etc), à l'inverse d'Instagram. Par ailleurs, ces fonctions de filtres ne semblent applicables que sur les clichés pris directement via Twitter.

La rumeur courait, relayée par AllThingsD, d'autant qu'il y a quelques jours, un des co-fondateurs de Twitter, Jack Dorsey, publiait des clichés persos avec un filtre noir et blanc.

C'est en tous cas une nouvelle bataille dans la guerre des images que se livrent les médis sociaux. Il y avait déjà eu un indice il y a quelques jours : la rumeur courait que les photos provenant d' Instagram, publiées sur sur Twitter, y étaient coupées, voire floutées. Instagram ayant décidé de couper les ponts avec Twitter. Histoire de doper son audience

... Réseau social Instagram

Car Instagram est, désormais, à la fois outil de publication et d'édition de photos (avec ses fameux filtres), et réseau social. Au passage, il annonçait hier sur son blog de nouvelles fonctionnalités photo: nouvelle ergonomie de sa fonctionnalité de caméra, nouveau filtre, "Willow", enregistrement des photos dans iOS dans un dossier Instagram...

Fort de ses 120 millions d'utilisateurs, disponible sur Android et l’App Store, il est aussi accessible, depuis peu, sur le web. Les utilisateurs d'Instagram peuvent y créer un profil comme sur Facebook, avec une bannière, une biographie, des followers, etc. Comme Twitter. Oups.

Plus question, pour Instagram, de rediriger son audience vers Twitter. "Il y a quelques mois, nous avions accepté les cartes Twitter parce que notre présence sur le web était minime", expliquait la semaine dernière Kevin Systrom, cofondateur d'Instagram, lors des conférences LeWeb, organisées aux Docks d'Aubervilliers. Ces cartes Twitter permettent à des contenus(images, etc) d’être inclus dans les tweets, et de ne pas être redirigés vers d’autres sites ou applications. "Nous avons fait évoluer notre plateforme afin que les utilisateurs puissent directement réagir à des contenus Instagram via des ‘like’, des commentaires et des mots-clés. Désormais, la meilleure chose pour nous est de tout rediriger directement vers le site Instagram". Ça a le mérite d'être clair.

Son propriétaire, Facebook, espère ainsi concurrencer des plateformes à succès, telle la plateforme de microblogging Tumblr. Alsro que l'on voit émerger des communautés de fans de culture, qui partagent leurs photos d'événements culturels... sur Instagram. Il y a 15 jours, lors des Rencontres du wsebjournalisme à Metz, Nicolas Loublet, fondateur de Knowtex, nous racontait ainsi l'essor des "communautés créatives", constituées de "museogeeks", dont certains effectuent carrément des livetweets d’expositions. Ce qu'ont repéré certains musées, tel le Musée du Quai Branly, qui va jusqu'à organiser des événements pour ces Instagramers...

Google n’est pas en reste dans cette bataille. Il a racheté en septembre la société Nik Software, à l'origine du service d'application photo pour mobile, Snapseed, disponible elle aussi sur l’App Store. Google l'a rendue, il y a peu, gratuite sur Android et sur l'Apple Store. Snapseed était jusque-là vendu pour 4,99$ sur l'App Store. Fort de Goole+, Google compte bien faire de Snapseed son propre Instagram en l'intégrant davantage à son réseau social. Avec notamment l'ouverture de son nouveau service sur Google+, Google+ Communities, qui comporte des thématiques verticales (photo, people, et bien sûr marques).

Màj 13/12 : Dernier-venu dans cette bataille, Flickr, filiale de Yahoo!, à son tour à l'assaut, avec son application pour iOS qui passe en version 2.0... et comporte, elle aussi des filtres photographiques (carrément 16), d'après ZDNet. Ces photos "améliorées" pourront être partagées sur Twitter, ou géolocalisées via Foursquare. A la clé aussi, un nouveau système de téléchargement de photos, de nouveaux modes d’affichage et la possibilité de rajouter des informations à propos de chaque photo (type d’objectif, réglages, éclairage, etc).

dimanche 2 décembre 2012

Et si les robots entraient (vraiment) dans notre quotidien ?

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Depuis quelques jours, il y a cette affiche un peu hallucinante dans les couloirs de métros parisiens, qui nous propose la nouvelle alternative aux manèges et autres Grand Huit des parcs d'attraction. Le Futuroscope de Poitiers, sorte de parc d'attraction orienté sciences, s'apprête à ouvrir, le 22 décembre, une attraction intitulée "Danse avec les robots" (si, si). Dans une ambiance musicale signée Martin Solveig, les enfants pourront donc embarquer par deux à bord d’un robot géant.

Concrètement, "Le robot humanoïde Robothespian vous accueille à l’entrée de l’attraction. A l’intérieur, dix robots de sept mètres de haut, issus de l’industrie automobile, s’animent au rythme de la musique sous des jeux de lumières associés à des projections vidéo et des mappings visuels impressionnants", annonce le Futuroscope sur son site. Surprenant.. Et osé. Les enfants embarqueront-ils avec enthousiasme à bord de robots géants ? Robothespian, c'est un de ces robots aux faux airs de C3PO, capable d'imiter la voix humaine et de faire l’acteur, créé par la société Engineered Arts, qui fera donc office d'agent d'accueil auprès des enfants, à l'entrée de l'attraction.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=e2jbQ8IRVZA#!

Robots d'Asimov

En fait, on commence à voir des robots humanoïdes (soit de formes humaine par leur caractère bipède) à l'entrée de telles attractions. Et si les robots devenaient (un jour) complètement banals, entraient vraiment dans notre quotidien, suivant la prédiction de certains récits de science-fiction ?

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Certains trentenaires se souviendront peut-être de cette couv' du premier numéro du magazine pour ados Je Bouquine, avec une nouvelle du Maître de la SF Isaac Asimov. Ce fut ma première lecture relative à l'univers des robots, et (donc) la plus marquante - avant que je n'engloutisse toute la série des Robots d'Asimov. A l'époque, dans les années 80/90, on parlait tout juste des robots industriels, les robots "de compagnie" étaient plutôt déclinés dans les récits et premiers gros blockbusters de science-fiction, genre cinématographique alors florissant, plutôt en version méchants comme le T8000 dans Terminator.

Une chose est sûre, on a vu ces dernières années se multiplier les expos consacrées aux robots. Plus des expos réservées aux nerds et fans de jeux vidéos, mais des expos grand public. Il y avait déjà eu cette exposition à La Villette consacrée à la science-fiction début 2011, qui mettait largement en scène des robots, dont je parlais dans ce billet, où je me demandais si la science-fiction n'était pas en voie de disparition.

Robotique "de services" - et pour enfants

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Et en ce moment, il y a de nouveau une exposition qui mêle science-fiction, super-héros et robots à Lille (dans la Maison-Folie de Wazemmes). Et une autre sur l'histoire et les usages de la robotique, au Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris, orientée vers l'histoire et les usages de la robotique. Dans les deux cas, des expos pédagogiques, dédramatisantes, et même tournées vers les enfants, avec des jeux de simulation sur écrans.

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Le robot reste un objet d'entertainment et de fantasmes, mais les expos le mettent davantage en scène et montrent ses différents usages. A savoir dans l'espace, dans un environnement nucléaire, dans les abysses, les robots chirurgiens... Et les robots-compagnons (jouets?), tels les mini-dinosaures Pleo, le robot-chien Genibo,l'Aibo de sony (plus commercialisé), ou encore le fameux Nao d'Aldebaran.

De fait, plusieurs articles parus cette année montrent que la robotique dite "de services", présente notamment dans les hôpitaux, présente auprès de personnes âgées ou handicapées, commence à se développer, notamment en Asie, comment on le lisait notamment ici. Une start-up française spécialisée dans ce segment a levé des fonds colossaux ces derniers mois, auprès de... japonais: Alderaban Robotics, presque rachetée par le Japonais Softbank, qui y a injecté 100 millions de dollars ce printemps. Aldebaran rachetait elle-même, en juillet, un autre acteur français, Gostai. Preuve que la "guerre économique" des robots de services s'intensifie.

A côté de cela, les robots sont devenus un des pôles d'attraction des "musées scientifiques" et autres Cités des Sciences. Je citais le Futuroscope de Poitiers. Mais également, la Cité des Sciences de La Villette (Paris) tout comme la cité de L'Espace de Toulouse ont tous deux conçus des attractions autour du robot-star du moment, le robot Curiosity, arrivé sur la planète Mars en août dernier. Tous deux proposent, "en exclusivité", une reproduction grandeur nature de Curiosity, pilotable à distance, des appareils de simulation permettant d'avoir des vues sur Mars comme si on était à bord de Curiosity...

Toutes ces expos sont aussi un enjeu commercial de d'image pour les start-up françaises, et les labos de recherches ayant collaboré aux derniers grand projets robotiques. Dans ces expos, dont ils sont souvent partenaires, les travaux de leurs recherche sont mis en avant.

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Autre preuve que les robots se banalisent ? On voit apparaître un business naissant des collections de robots, miniatures, reproduction ou grandeur nature de modèles utilisés dans des films de science-fiction. Certains font l'objet de ventes aux enchères (la tête de Chewbacca a été adjugée cet été à 140 000 dollars). Des confectionneurs privés ont même monté leur business, tel Ptrice Girod, ex- directeur de la rédaction du fanzine Lucasfilm Magazine, qui a monté sa société ScienceFictionArchives.com, spécialisée dans l'organisation de conférences et d'expositions autour de la science-fiction. Au cours desquelles il expose fanzines 60s, miniatures de super-héros, maquette de fusées et autres costumes ayant servi dans Star Wars et autre mythes de la SF.

Fred Perry et la "subculture" British

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C'est un documentaire assez exceptionnel qui a été diffusé lors d'une soirée organisée à la Flèche d'Or la semaine dernière pour les 60 ans de Fred Perry, marque relativement confidentielle jusqu'à il y a peu, à forte connotation post-punk, mais qui a toujours su, au gré d'un marketing assez discret, surfer sur les différentes tendances musicales. Ayant été portée tour à tour par les Mods anglais, les Teddy Boys, les punks, les jeunes gens Mödernes en France, puis les tenants de la brit-pop au début des années 90... Née sur les courts de tennis, en même temps que Lacoste, elle aurait pu connaître un destin similaire, avec une connotation bourgeoise de bon aloi ;) Mais à l'inverse, elle a su se créer un positionnement underground et prolo. Je vous renvoie vers cette enquête que j'ai publié ce printemps dans Stratégies, où je reviens sur l'histoire de cette marque assez particulière, qui s'est donc toujours imbriquée dans les différents courants musicaux.

La semaine dernière, j'ai donc vu un documentaire riche, de 90 minutes, réalisé par par Don Letts, dans une co-production conjointe par la BBC et Fred Perry. Bel historique des différents courants musicaux britanniques (même si les différentes interviews virent vite à la gloire de la marque Fred Perry, un peu agaçant...). Hélas, on ne le verra probablement pas sur les télés françaises... Mais une somptueuse version en 6 volets a été diffusée en septembre dernier par la BBC. Vous les trouverez sur cette page dédiée chez Fred Perry, et je vous les ai dénichés sur YouTube. Enjoy !

mercredi 21 novembre 2012

Du publireportage au "brand journalism"

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Je m'étais déjà essayée à l'exercice, notamment dans ce billet et cette enquête (et celle-ci) pour Stratégies. Soit passer en revue la nouvelle génération de publireportages qui se développent en presse écrite (avec notamment cette série de 6 "publis" d'anthologie pour Samsung publiés par Grazia), et leurs nouveaux dérivés, cette nouvelle génération de publicités très intégrées que l'on désigne par l'expression-valise "brand content" (littéralement "contenu de marque"). Et depuis peu, on commence à parler de brand journalism (si si) - en butinant un peu sur Google, on trouve même des agences montées des ex-journalistes qui proposent leurs services à des sites de marques.

En cette fin d'année, j'ai fait une nouvelle sélection d'opérations publicitaires parues ces dernières semaines. Car ces formes de publicités, parfois discutables, parfois spectaculaires, parfois ambiguës sur le plan déontologique, servent souvent de révélateur de l'état des médias qui les accueillent. Jusqu’à où aller? A partir de quel moment la frontière entre un contenu publié par une marque (encore une fois, on est donc bien loin de la simple publicité..) et un sujet (article, reportage vidéo...) diffusé par un média ?

Comment continuer d'exister, d’être (omni)présentes auprès des consommateurs dans une conjoncture difficile, où les budgets publicitaires ont fondu ? Dans les secteurs qui investissent le plus en publicité (traditionnellement les télécoms, l'automobile, le luxe...), plusieurs marques ont décidé de donner la prime au spectaculaire.

"Courts-métrages" publicitaires

Avec déjà la consécration, cette année, de fameux "brand content", notamment dans le secteur du luxe, où les marques n'ont pas hésité à produire des "court-métrages publicitaires" ou "films" de mode - admirez au passage la novlangue le vocable, directement emprunté à l'univers du cinéma... ça fait tout de suite plus chic, on se situe ainsi davantage dans la "création" presque cinématographique que dans la vulgaire promotion d'un produit.

Entre création artistique et nouvelle machine marketing, Prada, Vuitton, Dior... Se sont donc offerts des "court-métrages" publicitaires durant jusque parfois trois minutes, et diffusés sur le Net. Et donc beaucoup moins chers que s'ils étaient diffusés en télé. Ils empruntent parfois fortement à l'univers du cinéma: des réalisateurs, des acteurs (tel A therapy, court réalisé pour Prada par Roman Polanski avec Helena Bonham Carter et Ben Kingsley), la mise en ligne du making-of...

Forme de consécration pour ce nouveau format publicitaire aux atours parfois clinquants, le Centre Pompidou accueillait du 9 au 11 novembre un Festival de "court-métrages de mode", A shaded view of fashion film, organisé par la blogueuse mode Diane Pernet, comme le relatait M le mag.

pub VW

Côté opérations qui en mettent plein la vue, il y a eu aussi cette publicité Volkswagen sous forme d'affiche (!) dans le Journal du Dimanche du 4 novembre. Au milieu du journal, On trouvait une double page dépliable en une sorte d'affiche. L'annonceur s'est donc offert l'équivalent de 4 pages plus la double . A ma connaissance, c'est la première fois qu'une marque s'offre carrément un "format-affiche" dans un quotidien.

pub Vrai

Dans le très chic M le Mag daté du 10 novembre, avec ces 4 pages de rédactionnel et d'élégants portraits en noir et blanc, on aurait eu du mal à distinguer qu'il s'agissait d'une publicité (certes clairement mentionnée comme telle en haut à droite), pour la marque de produits laitiers bio Vrai. Avec donc un "article" très informatif sur l'histoire de l'entreprise familiale Triballat-Noyal, maison-mère de la marque Vrai, et des portraits de producteurs de lait qui revendent leur production à Vrai. Résultat: on a l'impression d'une marque transparente, et tellement authentique. Au passage, on découvre que les photos de Gwenaël Saliou ont fait l'objet d'un livre de portraits édité par la marque. Tout est dans tout...

Elle

Dans Elle de cette semaine, on découvre une opération qui mêle carrément publi-communiqué et cobranding. L'hebdo féminin a donc apposé sa marque sur une bagnole (ce qui n'est certes pas la première fois), la Nissan Micra. ce qui est relayé par un "communiqué" dans le magazine, qui met en scène la "Chronique d'une journée réussie" d'une certaine Liza B. On en est cette semaine au chapitre 3, ce qui laisse penser que c'est une série publicitaire (désolée, je ne lis pas régulièrement Elle...).

On nous raconte donc comment, grâce à sa voiture, elle mène à un bien un projet essentiel, passer "Noël, en famille et sans souci". Voilà voilà... Au passage, on notera les discrètes légendes en bas à gauche, avec les marques des vêtements qu'elles porte - exactement comme dans un article classique en rubrique mode, un étrange procédé que Elle a déjà utilisé pour un publi avec Volkswagen pour sa Golf, dont je parlais dans ce billet.

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Même dans le dernier numéro du mensuel culturel gratuit Trois Couleurs, diffusé dans la chaîne de cinémas parisiens MK2, on découvre ce publi pour CanalPlay (page de droite), dont la maquette le distingue bien peu d'un article classique (à gauche)... Même la typo de la légende en bas à droite est très proche de celle utilisée pour les fiches techniques en bas des pages des critiques de films.

14 couv' de Conde Nast aux couleurs de Windows 8

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Autre exemple intéressant, cette opération du groupe Conde Nast, signalée par Advertising Age (et un grand merci au passage à Delphine Soulas pour le repérage), presque un publi géant - même s'ils affirment que Windows n’a rien payé. 14 titres US de Conde Nast datés de décembre, dont Wired, The New Yorker, Vogue et Glamour, auront des couv' semblables aux écrans d'accueil d'appareils sous Windows 8; Une initiative de Microsoft "pour informer les lecteurs des contenus disponibles sur sa nouvelle plateforme", explique benoîtement Conde Nast à Ad Age.

Ici, on franchit un cap. Pour promouvoir à l'échelle mondiale son nouveau système d'exploitation, Microsoft va bien plus loin que la traditionnelle surcouverture publicitaire qui tend à se développer pour certains journaux. Ici, la marque s'insère dans ce qui est au coeur d'un journal, sa couverture, sa Une. Elle impose son propre design, son identité, au média.

Pour sa couv' "sponsorisée par Windows 8", Glamour pousse ici le réalisme jusqu'à mettre en scène les fonctionnalités qu'offre la page d'accueil de Windows 8 (affichage d'un tweet, de l'heure, de grandes photos...). "Les éditeurs évitent traditionnellement d'être impliqués dans les opérations publicitaires, pour montrer à leurs lecteurs qu'ils ne sont pas sous la coupe des marketeurs. Les publicités payantes fixées à la couverture des magazines doivent généralement être signalées comme publicités, selon le code de l'American Society of Magazine Editors", souligne Ad Age. Code qui n'inclut évidemment pas le cas des écrans d'accueil d'ordinateur. Une manière, pour Conde Nast, d'exploiter un vide juridique...

"Brand journalism" chez Coca Cola

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Enfin, pour finir en beauté, ce cas d'école de "brand journalism" (nous y voilà...). Coca Cola a dévoilé il y a quelques jours (merci ici @ziadmaalouf) son magazine en ligne, "Coca-Cola Journey", du nom de l’ancien magazine interne du groupe. Tel un magazine, il comporte plusieurs rubriques: l'entertainment, l’environnement, la santé, l’innovation... On y trouvera donc l’interview d’un chef cuisinier, une tribune de la vice-présidente de General Motors sur l’innovation automobile, des articles sur la lutte contre l’obésité.. Avec, sans surprise, très souvent l'évocation de marques du groupe Coke, ou des prises de position relevant d'une sorte de "healthwashing" sur des sujets trèèès sensibles pour le groupe (comme l'obésité).

Voilà. Cette fois encore, ces repérages ne sont que quelques exemples, si vous en avez d'autres à m'envoyer, n'hésitez pas... Cette série se poursuivra dans des billets ultérieurs.

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