Photo C. C.
J'ai beaucoup hésité avec son pendant bien plus féministe et intello,
l'excellent bimestriel Causette, qui fête sa première année...
Finalement, le lancement du nouvel hebdo féminin Be par le groupe
Lagardère m'a semblé s'imposer pour cette rubrique, dont au vu de critiques
acerbes de confrères ;)
C'est donc un nouveau féminin qui a débarqué dans les kiosques le 19
mars : le troisième hebdo féminin, lancé juste quelques semaines après
Envy (du groupe Marie-Claire), et quelques mois après
Grazia
(Mondadori). Donc, plusieurs groupes de presse lancent des féminins sur le
créneau hebdo, malgré l'échec de feu ''Jasmin'', et
du projet avorté d'une adaptation française de Bild. Le rythme hebdo a
en effet pour avantage, à priori, d'attirer davantage les annonceurs... Dit
autrement, comme l'a résumé à sa
façon Libération, "le créneau de la pouffe presse est
rentable" ;)
Le projet est ambitieux : pour 1 € en prix d'appel (qui sera ensuite à
1,50 € le numéro), ce premier numéro du mag, épais, a bien attiré les
annonceurs (environ 40 pages de pub sur 164 pages). Pour lui assurer un vernis
2.0 supplémentaire, le magazine s'accompagne d'une appli iPhone, et bien sûr
d'un site (ouvert dès janvier), avec six blogueuses, une radio, une plateforme
de e-commerce, et une série TV maison (sur les coulisses de la rédaction,
d'après ce qu'annonce le magazine), qui sera aussi diffusée sur la chaîne
June.
Le jour de la conf de presse de présentation, Didier Quillot, patron du
groupe Lagardère, a présenté son nouveau bébé comme un "féminin haut de
gamme générationnel visant les jeunes femmes de 20 à 35 ans". Rien que ça.
Ça tombe bien, à priori, je suis pile dans la cible ;) Il m'a donc semblé
courageux intéressant de me livrer à nouveau à un petit exercice de
feuilletage ;)
"Be" (prononcez "bi", anglicisme oblige - tellement plus branché... - que
l'on traduit par l'injonction "Sois". Et non pas "Be", encore moins "bééé", ce
qui ferait quelque peu moutonnier ;) affiche une couv' à entrées multiples,
avec pour égérie Vanessa Paradis, icône trentenaire. Les multiples titres en
rose vif (so girly) me laissent quelque peu perplexe : des "produits stars
pour être canon au réveil" (?), "53 souliers hot hot hot" (passons...), "Sexo
2010 - les nouvelles tendances... au lit" (ok, donc il y a des tendances Q tout
comme il y a des tendances fashion chaque année), et, le summum, "Chic !
La banlieue révèle son côté glam" (là, je commence à avoir peur...).
So, que donne Be ? Premier constat : plus fourni et bien
moins people que son concurrent Envy, moins de pages shopping, plus de
papiers. Et donc, effectivement, un mag plus haut de gamme. A première vue. Sur
le fond, les papiers sont parfois écrits de manière aléatoire, avec des
tournures parfois bizarres, voire franchement vulgaires (eh non, cela ne suffit
pas pour faire branché...).
Le constat se confirme en le feuilletant. Ouverture sur une
double photo "l'instant Be" à propos du tournage d'Angelina Jolie à Venise.
Puis présentation sur une double page d'une douzaine de journalistes et chefs
de rubriques, "Les Bees font le buzz" (mmm, comme le laissait pressentir la
couv', je sens que l'on va s'amuser avec la titraille de ce mag). Où l'on
apprend que Les Bees sont "des filles curieuses, des abeilles butineuses
qui se mêlent de tout et partagent tout. Quoi aimer, que porter, de qui
s'inspirer, où aller et avec qui ?". Donc voilà quelle semble être la
ligne éditoriale de ce mag. Bon.
C.
C.
On attaque avec l'actu (rubrique "Big Bang"), indirectement
people, sur Anne Hathaway (2 pages, trois photos, et article d'un feuillet
maxi). Et cette incise un peu bizarre, qui revient tout le long du magazine, où
la journaliste (ici "Florence") commente dans un carré jaune son propre
article ! Curieux... Ensuite, actu shopping (déjà ?), portait intéressant
d'une mannequin handicapée, quelques portraits, encore de l'"actu shopping", un
papier publi-reportage à peine déguisé sur le tournage de la pub pour un jus de
Lancôme, un papier sur le Viagra féminin, un passage en revue des tendances
vestimentaires des people (et cet étrange commentaire sur le "beige
pervers version bondage de Kate Bosworth" - vulgaire et
incompréhensible)... Bref, une vingtaine de pages "actus" qui n'en sont pas
(contrairement à Grazia qui, pour sa part, a le mérite de tenter de
traiter la vraie actu) mêlent hypocritement de la mode et du people.
S'ensuivent 6 pages de "Happy culture" (qui comptent tout de même beaucoup
de papiers sur la télé.. Puis, après quelques pages d'annonces pour la
e-boutique maison (l'occasion de mettre en avant des marques partenaires), puis
les sujets de cover : interview de Vanessa Paradis... Puis cet
étrange papier : "La banlieue, c'est glam ! Sex and
the cité" (sic). Enorme, affolant : la journaliste a trouvé huit femmes
auteures, réalisatrices ou journalistes "issues des banlieues" et qui
"s'en sont sorties".
Et là, on enfile les perles : le papier s'ouvre sur...
Puteaux (une banlieue craignos, comme tout le monde le sait) avant que les huit
héroïnes nous décrivent leur boulot.. Mais j'ai beaucoup de mal à comprendre en
quoi elles "nourrissent leur travail artistique de leurs années passées
dans des cités" (re-sic). Heureusement, la journaliste "Myriam" se
justifie courageusement dans le fameux petit carré jaune, en expliquant que ces
"destins exceptionnels" ne doivent pas "faire oublier les difficultés
auxquelles font face les jeunes des cités,scolarisés dans des Zep, puis
confrontés à un taux de chômage de 40%". Ouf, nous voilà rassurés.
Puis, un "grand angle" sur Paris Hilton de passage dans la capitale (le
titre ? "Bon baisers de Paris", no comment), un sujet intéressant
sur des adeptes du family business, et, enfin, pour revenir aux choses
sérieuses, 30 (!) pages de shopping avec, toujours, ces jeux de mots moyens qui
semblent être la marque de fabrique de Be ("Glam-à-vous !"). Et enfin
les pages beauté (dont une rubrique "wellbeing", amusant ces anglicismes censés
faire branché...).
Ah, et enfin la rubrique sexo: "Etre branchée au lit, mode d'emploi",
"devenir une parfaite sexonista", avec cet intertitre définitivement vulgaire
(et difficile à comprendre) : "Définitivement has been le 'hand job'!
La it branlette, c'est le 'foot job'". Puis un papier au titre inspiré,
"Est-ce plus dur de se faire jeter par un moche ?".
En clair, premières impressions inquiètes au vu de ce magazine censé être
"haut de gamme" (hum...). Les "jeunes femmes de 20 à 35 ans" urbaines et CSP +
plus seraient donc juste des petites bourges individualistes accros
au shopping, aux starlettes et au buzz ? Reste à voir quel groupe va
dégainer à son tour un féminin "glam" pour jeunes actives...