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lundi 23 décembre 2013

Christmas songs 2013 (et du ciblage marketing)

"Jingle Bells"... Version 2013. C'est un des marronniers de ce blog, comme ici ou , cette année encore, pour animer votre veillée de Noël, vous n'échapperez pas à ma petite sélection musicale des Christmas songs, véritable institution aux Etats-Unis, ces chants de Noël que concoctent bon nombre de groupes, destinés à être diffusés dans les shopping malls pour motiver les consommateurs...

Surannés, ringards, connotés d'une bien-pensance religieuse très américaine ? Peut-être. Mais cette année, il y a aussi cette tendance qu'a décryptée The Economist : les holidays jingles sont aussi prétexte à un ciblage marketing pointu, peut-être d'autant plus indispensable dans une Amérique divisée. Mood Media, longtemps spécialisé dans la musique d'ascenseur, propose ainsi 30 chaînes musicales dédiées à Noël, taillées sur mesure pour les outlets, librairies cathos et malls accueillant des latinos. Logique : Noël reste empreint d'une certaine nostalgie, de certaines valeurs (encore plus aux Etats-Unis), plus propice au retour du folk et de la country, même si tous les groupes en vogue sacrifient à cet exercice obligé...

Côté hip hop, Mood Media propose aux malls "Toy jackpot" de Blackalicious...

Ou encore "Christmas in Harlem" de Kayne West ("Won’t you come sit on my knee?/ And tell me everything that you want/’Cause, baby, I’m your Santa Claus").

Mais de manière plus générale, voici une petite sélection des Christmas blockbusters de cette année. (je précise qu'ils ne sont pas forcément dans mes goûts, hein...).

Citons notamment le nouvel album de Noël de Mary J. Blige, "This Christmas," qui a accueilli notamment The Clark Sisters ("The First Noel") et Barbra Streisand avec Chris Botti sur "When You Wish Upon A Star."

Egalement, Kelly Clarkson avec "Wrapped in Red," et des titres tels que "Wrapped In Red," "Underneath the Tree," "4 Carats."

Côté punk rock, Bad Religion a sorti un album de Xmas, baptisé "Holiday Songs". "In a world still brimming with rampant anti-intellectualism, inequality and oppression, Bad Religion's signature brand of sonically charged humanist dissent is as relevant as ever and this Christmas season, just a little more ironic", précise le groupe dans un communiqué - pas question d'être récupéré par la fête mercantile de Noël ;)

Autre bonne surprise, Kool & the Gang avec "Kool for the Holidays", qui inclut "Christmas Tyme (the Perfect Time For Love)."

Et pour bien finir le tout, je vous ai glissé une sélection de Christmas songs classiques (avec un petit penchant punk-rock ) :

The Ramones et leur “Merry Christmas (I Don’t Want to Fight Tonight)".

Lou Monte, “Dominic the Donkey:.

Frank Sinatra “Let it Snow:” Frank Sinatra signing a Sammy Kahn/Jule Styne song written on a 100 degree California day? What’s not to like?

Dans un autre genre, The Yeah Yeah Yeahs et "All I Want for Christmas".

"Fairytale of New York", des Pogues & Kirsty MacColl

Mais en leur temps, en 1957, les crooners Frank Sinatra et Bing Crosby, chantaient déjà Noël à leur manière...

samedi 21 décembre 2013

The Circle, dystopie horrifique où "Privacy is theft"

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Lorsqu'elle arrive sur le campus, à la vue de la fontaine, des courts de tennis et de volley, de la boutique intégrée, des cris d'enfants qui jaillissent de la crèche, "'Mon Dieu', pensa Mae. C'est le paradis". C'est la première ligne du livre, qui raconte le premier jour de travail de Mae Holland, une jeune femme lors de son arrivée dans une société appelée The Circle ("Le cercle"). On entrevoit ainsi, dès le début, que ledit paradis de The Circle, décrit dans le nouveau roman de Dave Eggers (ed. McSweeney's, 2013, disponible uniquement en V.O. pour l'instant) sera un enfer.

Dave Eggers, fondateur du magazine littéraire The Believer, de Might Magazine, et de la maison édition McSweeney's.qui a commis cette fiction, a publié entre autres A Hologram for the King en 2012, l'histoire d'un looser qui incarne la classe moyenne américaine qui combat pour réaliser ses rêves dans un monde globalisé et en récession.

Sur 450 pages, Dave Eggers nous raconte donc, sous le regard d'une jeune et naïve recrue, la toile que tisse la start-up The Circle dans la société - et plus que la vie numérique, comme on va le voir. Une sorte de meta-réseau social qui compile Facebook, Twitter, Google et Paypal, avec un réseau social d'échelle planétaire, Zing. Dans un futur proche, la start-up est devenue une des plus puissantes grâce à son système TruYou, qui a unifié tous les services sur Internet et aboli l'anonymat. Ses membres ont une seule identité et y rassemblent l'ensemble de leurs données - même personnelles. Une manière d'organiser la "big data" de tout individu... Le récit, qui se déroule dans un futur proche, n'est pas vraiment de la science-fiction: le quotidien des personnages nous semble très proche. Les trois Wise Men cofondateurs de The Circle nous rappellent tout créateur de start-up contemporain.

Dystopie

Mais le récrit est bien une dystopie, sous-genre de science-fiction qui est une sorte de contre-utopie, où l'auteur prend pour point de départ des fragilités de notre société contemporaine pour les tordre, les exagérer, dans un récit qui devient peu à peu horrifique, dans un Cercle vicieux. Comme tout ouvrage d'anticipation, il a donc une dimension d'avertissement. Son univers nous semble un peu familier: les blogs, Twitter, Facebook posent déjà des questions telles que la tyrannie de la transparence, la privacy en ligne perçue comme inutile (Vinton Cerf, vice-président et Chief Internet Evangelist de Google, déclarait récemment que "la vie privée peut être considérée comme une anomalie"), notre état d'esprit reflété par notre présence perpétuelle sur les réseaux sociaux, nos vies perpétuellement sous surveillance du gouvernement (effet NSA), la voracité de Google pour s'intégrer dans le monde de l'information...

The Circle apporte sa part à ces débats naissants. Eggers l'aborde par une fable, une sorte de conte destiné à être pédagogique, avec des personnages tels que la naïve héroïne qui va être dévorée par son ambition, les trois Wise Men, un Transparent Man, le mystérieux Kalden, qui émerge de l'ombre (seul personnage, dans cette ère de la transparence, à ne pas être traçable dans The Circle)... Le risque de tomber dans le pur récit de SF horrifique est contrebalancé par des anecdotes légères et distrayantes.

Secrets are lies, Sharing is caring, Privacy is theft

L'idée : on découvre au fil du récit que la merveilleuse start-up The Circle a formalisé une certaine idéologie : elle exige la transparence en tous domaines, ses slogans étant SECRETS ARE LIES ("Les secrets sont des mensonges"), SHARING IS CARING ("Partager est prendre soin"), et PRIVACY IS THEFT ("La vie privée c'est le vol", lointain détournement du mantra d'un certain Proudhon...). L'anonymat est banni, le passé de chacun est révélé, le présent de toute personne doit être enregistré et diffusé dans une vidéo en direct. Ce qui est enregistré et diffusé ne sera jamais effacé. Ces directives s'appliquent à l'ensemble des salariés de The Circle, mais au fil du livre, le grand public commence à les appliquer... L'objectif de The Circle est ainsi de couvrir tous les aspects de l'existence humaine, du vote aux histoires d'amour, sous forme de flot d'informations qui se déversent sur son portail en ligne.

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Le futur siège social de Facebook

D'ailleurs, The Circle s'avère plus que paternaliste envers ses salariés : dans ce phalanstère du futur, un peu à la manière du Googleplex que nous connaissons (reflété il y a quelques mois dans cet étrange film publicitaire dont je parlais ici, Les stagiaires), ils y ont accès à une multitude de services - restaurants, courts et salles de sports, magasin, agence de voyage intégrée qui leur organise leurs vacances dès qu'ils rentrent leurs dates de congés, chambres à disposition... Ce qui sonne étrangement contemporain : le futur siège social de Facebook, situé loin de toute ville, prévoit bien des logements juste à côté pour ses salariés. Au passage, ils sont fortement incités à participer à des multiples soirées afterwork à thèmes, dans un agenda partagé - leur vie ne doit-elle pas se dérouler au sein de The Circle ?

Monitoring de soi

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Au fil des pages, on assiste donc à la plongée aux enfers de Mae. Elle est recrutée à The Circle via sa colocataire Annie. Au début simple chargée de relation client, où elle répond en ligne aux questions et plaintes de clients, ses performances en ligne s'affichent au vu de tous sur l'Intranet de The Circle, où remontent ses notes après chaque interaction. Acharnée, Mae obtient un score record dès son premier jour de travail. Elle devient vite une championne de The Circle, approchant le cercle des fondateurs de la société.

Au passage, très corporate, elle devient de plus en plus "transparente" acceptant tout ce que la société lui demande : fusionner les données personnelles de son propre PC et son téléphone avec les appareils fournis par la société, puis partager en temps réel tout ce qu'elle fait sur le feed de The Circle, s'équiper d'un bracelet connecté qui relève ses données de santé (nous sommes bien dans le quantified self) - données dont son employeur a connaissance... Si elle est silencieuse trop longtemps, ses followers lui envoient des messages urgent pour lui demander si tout va bien. Très vite, l'entreprise exige - comme de tout salarié - sa participation active à la communauté en ligne : impossible de refuser de nouveaux "friends", ou de prendre part à de nouveaux cercles. Ceux qui s'écartent de ce "réseau social" sont de facto des parias.

L'individu doit s'effacer face à cette communauté, nouvelle humanité à l'ère virtuelle. Dans le récit, salariés de The Circle, puis personnalités politiques commencent à s'équiper de petites caméras (sortes de GoPro du futur): tout ce qu'ils font doit pouvoir être capté et partagé pour la mémoire commune, au nom de la "transparence". Une forme de nouveau totalitarisme. D'ailleurs, puisque rien ne peut être effacé, The Circle retire le bouton "supprimer". Les études, questionnaires et pétitions sont diffusés sans interruption, on vote d'un simple clic.

Peu à peu, c'est le cercle vicieux. Mae travaille de plus en plus sur les réseaux sociaux pour la prochaine récompense : augmenter ses "rates" (notations) et le nombre de millions de followers. Elle trouve chaque nouvelle demande "délicieuse" et "exaltante". Une quête éperdue de notoriété et de reconnaissance numérique, qui se mesure en données chiffrées - une sorte de monitoring de soi qui nous paraît étrangement contemporain.

Mae est plutôt la méchante que la victime de l'histoire. Elle cherche à évincer Annie du Circle vers la fin du récit. Ses motivations sont celles d'une teenager à l'ère d'Internet: décrocher les notes les plus élevées, se rapprocher des cercles de pouvoir du Circle, être populaire. C'est plus une bonne élève qu'une opposante qui voudrait prendre le pouvoir.

jeudi 28 novembre 2013

Internet des objets connectés, troisième révolution numérique ?

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Et si les objets connectés étaient la prochaine révolution numérique? En tous cas, celle qui succèderait aux révolutions de l'Internet et du smartphone - elle est même complémentaire à celles-ci. Depuis quelques semaines, l'effervescence ne cesse de monter autour de ce sujet, avec certains indicateurs, tels que la commercialisation de la montre connectée de Samsung en septembre, ou encore la levée de fonds de 45 millions d'euros réalisée cet été par notre petite pépite (cocorico), Withings. Même Bercy vient de créer une mission dédiée aux objets connectés, pilotée par Eric Careel, fondateur de Withings.

Le sujet était au cœur du dernier débat organisé, mardi soir, par le très select think tank G9+, qui rassemble des professionnels du numérique. Pour mémoire, l'Internet des objets connectés, ce sont ces objets qui peuvent se connecter les uns aux autres grâce à plusieurs protocoles (Wifi, 3G, Bluetooth...), avec pour point central le smartphone. Ils sont souvent accompagnés d’applications mobiles de services.

C'est bien le smartphone qui est le hub, le point central, de cet écosystème d'objets connectés. Et du coup, on est sans doute arrivés au bon moment: le taux d'équipement des Français en smartphones - au moins 54% en possèdent un - est suffisamment large pour qu'il permette la montée en puissance de cette nouvelle industrie. S'y ajoutent d'autres facteurs, comme le coût des compostants qui a chuté ces dernières années.

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Le smartphone étant devenu le device le plus personnel, et le plus utilisé, sur lequel on fait en moyenne 150 checks par jour : entre SMS, coups de fil, mails, sélection de musique sur son lecteur MP3, surf sur les réseaux sociaux.. je pense que le chiffre n'est pas exagéré. Des usages qui pourraient, pour la plupart, être effectués depuis un wereable device, telle une montre connectée. En un sens, l'utilisateur sur-sollicité sur son smartphone est donc déjà prêt.

"Connecter les objets est une simple étape. Ce qui est important, c'est la transformation de nos modes de capture des informations: on aura des capteurs un peu partout dans la vie des gens: autant d’informations, de data récupérées, à partir desquelles on peut fabriquer un service. Cela devient intéressant lorsque l'on a une long tail, avec beaucoup de data", souligne Rafi Haladjian, père de fameux lapin Nabaztag, un des premiers objets connectés (10 ans déjà...), et qui vient de lancer sa nouvelle start-up, Sen.se, avec une plateforme dont le but est de connecter entre eux données, objets et machines, qui sera primée au CES de Las Vegas en janvier 2014.

Pour lui, c'est sûr, l'industrie des objets connectés touchera tous les secteurs: l'agroalimentaire, l'eau minérale, (cf ce projet Smart drop d'Evian dont on parle beaucoup)... Même la Mairie de Paris vient de lancer un appel à projets sur le mobilier urbain intelligent de demain.

On distingue déjà plusieurs segments d'activité pour ce secteur industriel émergent - je suis en cela la typologie esquissée par Pascal Cagni, ex-DG d'Apple EMEA.

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Le wereable lifestyle d'abord, qui pourrait peser 50 milliards de dollars en 2016, d'après les prévisions (certes très optimistes) de l'institut IDC. Le créneau le plus prometteur, le plus grand public, parce qu'il touche à des usages très quotidiens, à la santé parfois, avec une touche fashion. J'en parlais ici, cela inclut ces montres, lunettes, bracelets... connectés, tels le bracelet Jawbone, les Google Glass, les smartwatches, ou encore le génial T-shirt d'OM Signal, qui surveille le pouls, la respiration,mais aussi le nombre de pas effectués et les calories dépensées grâce à son accéléromètre... Prometteur, parce que le déclencher a résidé dans le lancement de sa Galaxy watch par Samsung, un géant de l'électronique grand public, avec ce spot publicitaire qui réinscrit cet objet dans tout un idéal de science-fiction...

Le second segment, la digital health (e-santé), est d'ailleurs indirectement lié: là, cela représenterait 170 milliards d'objets, est un chiffre d'affaires de 26 milliards de dollars. J'en parlais dans cette enquête, outre les bracelets et montres connectés liés au bien-être (chez Fitbit, Jawbone) et au sport (Nike+ Fuelband, Adidas), et la balance connectée (Withings), on trouve par exemple Adheretech, qui permet de gérer la médication à distance, ou encore Glucodock.

Les moyens de transports, ensuite, qui représenteraient 55 milliards de dollars en 2016. Il y a déjà la Google Car, pour laquelle 7 Etats américains ont donné leur go pour des tests grandeur nature sur autoroutes. Et ces premières apps mobiles autour de l'auto, comme PayByPhone, pour repérer en temps réel les places vides sur un parking, ou ces apps qui vous poussent à monitorer votre façon de conduire pour réduire votre consommation d'essence, telles Telematics et Progressive.

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Autre segment, la maison connectée, certes annoncée depuis une dizaine d'années, mais qui pourrait cette fois enfin se lancer grâce au smartphone. Une kyrielle de start-ups proposent déjà des services mobiles liés à la domotique: le système de serrure à distance de Lockitron, le système de vidéosurveillance distant de Dropcam, où l'on peut consulter la vidéo à certains moments sur le cloud distant, ou encore le thermostat connecté de Netatmo: celui-ci, branché sur la chaudière, permet de contrôler son chauffage à distance et délivrer des diagnostics thermiques de l'habitation. Il sera primé en janvier prochain au CES de Las Vegas.

jeudi 14 novembre 2013

"Aujourd'hui, un Libé sans photo"...

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Déjà, il y a ce surtitre de Libération de ce jour, presque un épitaphe. Puis une longue explication en forme d'édito, qui trouve sa suite avec deux pages dans le journal, mais aussi des tribunes signées par les photographes Sébastien Calvet, Caroline Delmotte, et une interview de Raymond Depardon.

Et surtout, en le feuilletant, il y a ces pages marquées de gros carrés blancs, trous béants au milieu des articles, où apparaissent juste les légendes et les crédits photos : quelques signatures de photographes et de collectifs (Léa Crespi, Bruno Charoy, Sébastien Calvet, Mat Jacob / Tendance Floue) et beaucoup d'agences (AFP, Joe Raedle / Getty, AFP, Marion Ruszniewski / AFP). Avec ces blancs, le quotidien semble étrangement muet. Aujourd'hui, Libération a donc fait le choix de publier une édition amputée de ses photos, néanmoins publiées sur une double page en fin de journal, un peu comme un chemin de fer. Un coup éditorial, une grève de l'image en quelque sorte.

La veille, cet ultime chemin de fer, lors du bouclage, avec ces trous béants, avait déjà filtré sur Twitter, via le compte de Jérôme Balazard.

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Libération a donc traité à sa manière l'actu photo du moment, l'ouverture, ce matin, du salon Paris Photo au Grand Palais. A contrepied. "Choisir l'ouverture du salon Paris Photo pour "installer" des images blanches dans toutes nos pages comporte, bien sûr, un engagement de notre part", insiste l'édito. Car le contraste est saisissant : on a rarement autant parlé de l'omniprésence de l'image dans nos vies numériques, où l'on partage sur les réseaux sociaux, à longueur de journée, des photos sur notre quotidien, comme j'en parlais dans ce billet. Comme le montrait le Salon de la photo en fin de semaine dernière, les appareils photo numériques connectés à Internet, et la nouvelle génération de smartphones intégrant des appareils photo perfectionnés accentue aussi cette tendance.

Paradoxe, dans les travées du très chic salon Paris Photo, des galeries photo de Russie, de Chine, de New York, de Londres et de Paris, exposent en ce moment des tirages photos à vendre - parfois très cher, sur un marché de la collection de photos qui s'enflamme. La galerie français Polka, lancée par Alain Genestar, vend ainsi une cinquantaine de tirages photo de Sebastiao Salgado. Mise à prix: de 8 000 à 50 000 €. Un "art bicentenaire auréolé par le marché", avec des chiffres de vente fous ("5,5 millions d'euros pour des tirages de Richard Avedon"), où il y a pourtant une large zone de flou, entretenue par une bulle naissante: "Désormais, quand on ne trouve plus une œuvre, on la crée. Des descendants multiplient les tirages", souligne Libération. Et cite, à ce titre, Richard Avedon, qui a multiplié les tirages à la fin de ses jours...

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Libération défend par ces blancs dans ses pages la liberté de la presse, et dénonce la situation plus que préoccupante des photographes de presse. Et de démontrer l'importance de la photo dans l'information - la photo, plus qu'une simple illustration, est une info en elle-même, avec un angle, elle "a l'oeil sur les mœurs et usages de notre monde". "C'est un Libération où la photo a été volontairement escamotée. Du blanc en hauteur ou en largeur, comme le négatif d'images invisibles et pourtant bel et bien là. (...) Nul n'ignore la situation calamiteuse où se trouvent les photographes de presse, en particulier, les reporters de guerre, qui mettent leur vie en danger pour à peine la gagner", souligne le quotidien dans un édito au ton ferme. Une radicalité qui s'affiche donc littéralement. De fait, une récente enquête de la Société civile des auteurs multimédias (Scam) soulignait qu'un photographe de guerre sur deux perçoit des revenus inférieurs ou égaux au Smic et n'est pas assuré.

Le lien paradoxal avec Paris Photo ? Dans la galerie Magnum, hier soir, j'ai vu à vendre quelques tirages de Raymond Depardon - que l'on ne présente plus - ainsi que de Jérôme Sessini, un des photojournalistes-stars français, débauché par Magnum à l'AFP. Les reporters de guerre "exposés pour quatre jours au Grand Palais par des galeries avisés, leur sort apparemment plus enviable est en réalité un miroir aux alouettes", tranche le quotidien.

Ce qu'il faut restituer dans un contexte de crise aggravée pour les agences photo : disparition progressive des agences photo historiques, telles Sygma et Rapho, face aux défis du numérique, raréfaction des photographes salariés par les rédactions - Le Monde, L'Express, Libération font partie des journaux qui ont peut-être encore une poignée de photographes et correspondants salariés fixes (et non à la pige)...

dimanche 3 novembre 2013

Amazon, ZeGive... De l'achat au microdon en ligne en un clic

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Et si, un jour, il devenait ordinaire de reverser une partie du montant de son achat effectué sur un site de e-commerce à une ONG ? Amazon est peut-être en train de créer un précédent avec son nouveau projet, AmazonSmile. Comme l'explique USA Today, depuis mercredi dernier, aux Etats-Unis, les clients qui effectuent un achat en ligne sur le nouveau site Smile.Amazon.com, la société donnera 0,5% du montant total des achats à une œuvre caritative. Les clients pourront la choisir, dans une liste: entre St. Jude Children's Research Hospital, la Croix Rouge américaine, charity:water (l'ONG, quelque peu sujette à polémique, financée par des créateurs de start-ups)... Je peux également rentrer l'ONG de mon choix (ce que j'ai fait avec Human rights watch).

Presque tous les produits physiques en vente sur le site de e-commerce sont "éligibles", exceptés les biens numériques, et même les œuvres d'art - Amazon a ouvert il y a quelques semaines Amazon Art, un département de ventes d’œuvres.

Imaginez: le géant du e-commerce Amazon.com vend des millions de produits en ligne. Du côté du "département" virtuel d'art, Amazon propose actuellement une œuvre, Willie Gillis: Package from Home par Norman Rockwell, à vendre pour 4,85 million de dollars. Si elle était vendue via AmazonSmile, la société pourrait donner 24 250 dollars à une ONG, poursuit USA Today.

Selon le quotidien, Amazon justifie cette initiative par le fait que "les consommateurs vont adorer", et parce qu'ils pourraient acheter plus fréquemment sur Amazon.com en sachant que leur ONG préférée obtient de l'argent à chaque fois qu'il y achètent quelque chose. C'est assez nouveau: le consommateur aurait-il ainsi l'impression de consommer, d'acheter "mieux" ? Paradoxal, d’autant plus vu l'image de marque d'Amazon en France: non-rentable, accusé d'évasion fiscale, d'avoir une part de responsabilité dans les difficultés que connaissent les réseaux de librairies...

Màj 04/11 : Revers de la médaille, Amazon laisse aussi le choix entier au consommateur de l'ONG, association ou fondation qu'il va soutenir. Il n'a d'ailleurs pas même mis de filtre préalable. Via le moteur de recherche intégré, je m'aperçois que je peux soutenir tout aussi bien telle fondation mormone, la National Rifle Association, ou même l'Eglise de scientologie (qui n'est pas considérée comme une secte aux Etats-Unis, pour mémoire).

Après le «like», le give

Cette offre de microdon à l'acte d'achat en ligne n’est pas totalement inédite. En France, il y a notamment la start-up ZeGive, lancée en début d'année: là, l'idée est d'arrondir le prix d'un achat réalisé en ligne à l'euro supérieur, la différence étant reversée à une association caritative. L'ONG qui a reçu un don les rétribue à la transaction, à hauteur de 5% sur un microdon (jusqu'à 50 centimes). Le bouton «give» a ainsi été implanté sur Priceminister.com, Fnac.com, ou encore M6 Boutique, les internautes pouvant choisir de faire un don à des ONG et associations telles que Oxfam ou la Fondation Abbé Pierre.

«give» sur des médias en ligne

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Le bouton «give» commence à faire son apparition sur des médias en ligne. Ou comment l'engagement se retrouve poussé à son extrême sur des articles... Après tout, les internautes ont pris l'habitude de partager des contenus sur des réseaux sociaux, et de laisser des commentaires. Faire des dons en ligne à une ONG serait le stade supérieur. Depuis mi-septembre, Rue89, LeParisien.fr et Psychologies magazine affichent ainsi, sur certains articles, à côté des icônes Twitter, Facebook ou Google+, un nouveau bouton ZeGive. Il permet aux lecteurs de soutenir une cause liée à la thématique de l’article concerné: grâce à un logiciel d’analyse sémantique (développé par Exalead), ZeGive repère les articles sur lesquels proposer son bouton de don contextuel, qui sélectionne une association en lien direct avec le thème de l'article consulté. Ce bouton ne s'affiche donc que sur certains articles. "Pour Rue89, ce bouton est une façon de pousser un peu plus loin sa promesse participative. Parfois, nos lecteurs souhaitent aller au-delà du commentaire ou du «like»", expliquait ce dernier lors du lancement.

Par exemple, en haut d'un article sur le camp de réfugiés syriens de Zaatari, en Jordanie, le bouton apparaît et renvoie vers le programme "Urgence humanitaire pour la Syrie" d’Oxfam (qui vient en aide aux réfugiés en leur apportant abris, eau potable et nourriture). En cliquant dessus, une fenêtre pop up apparaît, qui permet de donner quelques euros à cette cause.

Le microdon, une nouvelle forme d'engagement, pour les ONG qui constate régulièrement une baisse des dons ? Un engagement plus indolore, en un clic, peut-être un gadget qui apporte aux sociétés de e-commerce et aux médias qui y recourent un vernis humanitaire sans trop de risques...

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lundi 28 octobre 2013

Gravity, odyssée spatiale contemplative, le retour de la 3D

Les premières minutes, on est en contemplation, scotché dans son fauteuil, on s'abreuve de ces images jamais vues, avec cet effet de relief incroyable. Et parfois, la tentation d'attraper avec les mains des objets qui volent. Les deux astronautes évoluent dans ce bout d'infini, d'espace, avec une incroyable lenteur. Au fil des minutes, cela semble doux, suave, avec des sons étouffés. Alors que ce qui se trame est d'une certaine violence: les deux astronautes sont susceptibles, d'une minute à l'autre, d'être emportés par une pluie de débris. Dans cette odyssée spatiale, les longs plans-séquences succèdent aux chorégraphies spatiales, en passant par la reproduction visuelle de l'état d'apesanteur. On a le sentiment d’être, de flotter dans l’espace.

C'est un des films les plus étonnants en cette rentrée, thriller galactique, qui exploite de manière assez incroyable les potentialités de la 3D. Gravity, donc, réalisé par Alfonso Cuarón, est une sorte de blockbuster fantastique qui se déroule presque totalement dans l'espace. Durant 1 h 30, on y voit un huis-clos dans cet espace infini, avec deux personnages - et quelques autres, de simples voix par micros interposés, depuis la Terre. Le docteur Ryan Stone, experte en imagerie médicale, accompagne pour sa première expédition à bord d'une navette spatiale l'astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu'il s'agit apparemment d'une banale sortie dans l'espace, un violent rebondissement surgit : la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l'univers. Avec une menace - l'adversité propre à tout scénario hollywoodien - d'une réaction en chaîne entre les débris spatiaux en orbite autour de la Terre. Le tout dans ce silence assourdissant et velouté autour d'eux, où ils ont perdu tout contact avec la Terre. En s'enfonçant plus loin encore dans l'immensité de l'espace, ils trouveront peut-être le moyen de rentrer sur Terre...

Depuis sa sortie en France, mercredi dernier, Gravity y a réalisé 1 113 882 d'entrées en cinq jours - ce qui en fait le troisième meilleur démarrage de l'année derrière Iron Man 3 et Fast & Furious 6. Déjà aux Etats-Unis, il a réalisé 170 millions de dollars de recettes en 3 semaines

Je m'interrogeais il y a quelques temps sur l'avenir de la science-fiction: ici on frôle le genre, avec ce film hybride, film fantastique, pas vraiment de science-fiction, qui emprunte largement aux codes du space opéra. Gravity fait ainsi penser à l'immense 2001, l'odyssée de l'espace (l'aspect métaphysique en moins, porté dans le film de Stanley Kubrick par la musique, avec Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss en ouverture), tourné 15 mois avant la réussite d'Appolo XI, ou encore la fresque Silent running, réalisée en 1971 par Douglas Trumbull (concepteur des effets spéciaux de 2001).

Cinéma contemplatif et métaphysique

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Avec Gravity, peut-on réellement parler d'un film ? C'est à la fois du cinéma-spectacle et du cinéma contemplatif, où l'on se plonge dans l'infini de l'espace. Il y a un aspect très documentaire : le réalisme implique que, durant les premières minutes, on découvre cet univers. D'ailleurs, pour cette approche documentaire, le cinéaste a expliqué avoir soumis des situations à des astronautes, avoir discuté avec des physiciens, y compris sur le comportement des corps soumis à l’apesanteur.

Il y a un côté métaphysique à se plonger dans cet univers infini, où l'on est décidément que poussière. Ce qui explique peut-être en partie le succès de ce film, à en voir les photos de queues infinies devant les salles largement diffusées sur Twitter le weekend dernier. (Même si, certes, les esprits chagrins souligneront la relative faiblesse du scénario, la fin plan-plan et le faux suspense, etc). Un aspect parfaitement voulu.

"L’une des premières images que nous avions en tête était celle d’un astronaute dérivant dans le vide. Parmi les thèmes que nous voulions aborder dans un film d’action, il y avait l’adversité et la capacité des individus à affronter celle-ci pour enfin revenir à la vie. L’espace était l’endroit parfait pour accueillir les métaphores qui figureraient ces idées. Le personnage central était dès le départ une femme, nous voulions une présence maternelle qui fasse écho à celle de la Terre. Ryan Stone (Sandra Bullock) réapprend à vivre, c’est une renaissance. Autre point crucial, il fallait un traitement très réaliste, très proche d’un documentaire comme Hubble (Toni Myers, 2010) mais dans lequel la mission aurait dérapé", explique Jonás Cuarón, fils du réalisateur, dans une interview à Trois Couleurs.

Le retour de la 3D

Mais aussi, cela réhabilite de manière inattendue la 3D, que l'on croyait déjà has been, plus ou moins vouée à l'échec au cinéma, à part pour quelques rares blockbusters et dessins animés. Car malgré l'effet Avatar, le cinéma tout comme la télé 3D n'ont guère décollé, comme je l'abordais ici, ou dans cette enquête, celle-ci pour Mediapart. De fait, le film fait plus de 82% de ses recettes aux Etats-Unis dans les salles 3D, tout comme dans les autres pays où le film est sorti - certes, les spectateurs n'ont peut-être pas trop le choix, car la quasi-totalité des séances proposées en France sont en 3D.

Assurément, dans Gravity, la 3D est justifiée. Les premières minutes du film, on peut ressentir une nausée vertigineuse à l'image de ce noir infini, de la planète Terre qui est immense, avec ces bouts de vaisseau au premier plan.. Et il y a ces petits objets qui volettent. La 3D se justifie vraiment car c'est une des premières expériences visuelles spatiales aussi réalistes que l'on connaît de cette manière. On aurait presque l'impression d'être à bord d'un vaisseau. La 3D permet de littéralement découvrir visuellement l'espace, ces planètes en premier plan, ces météorites qui flottent parfois...

mercredi 9 octobre 2013

La Revue Dessinée, consécration du BD-reportage

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Une revue, ou plutôt un mook (magbook) trimestriel de plus, dans le sillage de la revue XXI, vendu en librairies et certains kiosques (type Relay), signé par une équipe de journalistes... Mais constitué uniquement de planches de BD, avec une dizaine de signatures différentes. Le BD-journalisme, ou BD-reportage, j'avais déjà eu l'occasion de vous en parler ici, c'est - de nouveau - XXI qui a initié ce genre, cette nouvelle écriture journalistique, où un duo reporter/rédacteur et dessinateur s'associent, sur un sujet précis.

Et donc, la toute nouvelle Revue Dessinée, un des jolis succès de la rentrée, déjà en rupture de stocks dans bon nombre de librairies (du coup, merci à Marion-Jeanne de la rédac pour le prêt :), est totalement dédiée à ce format. Et en parcourant ce premier numéro, on voit bien les avantages inhérents à ce format, au gré des sujets très différents traités par ce biais.

A l'origine, née de a volonté de six auteurs (Franck Bourgeron, Sylvain Ricard, Olivier Jouvray, Christophe Goret, Virginie Ollagnier, David Serveney, passé par chez Owni et par Rue89), "animés par la double passion de la bande dessinée et de l'information", sont partis de ce constat: "journalistes et auteurs de BD sont des raconteurs d'histoires", et la BD était une forme d'écriture inespérée pour "parler d'actualité différemment", expliquent-ils dans l'éditorial. L'idée est donc d'"utiliser le langage de la BD dans des reportages, des enquêtes et des documentaires pour offrir un regard vivant et immédiat sur nos sociétés". tout comme il y a des styles d'écriture différents, on y apprécie, au fil des sujets, la variété des traits de crayon qui collent aux différents angles des sujets.

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On attaque ainsi un premier récit, "Belge Congo", sur les ressortissants congolais et rwandais installés en Belgique, et prend pour point de départ les élections contestées du président sortant Joseph Kabila en République démocratique du Congo, en décembre 2011. Le récit est vivant, avec des dessins parfois assimilables à des prises de vues très cinématographiques, et des couleurs vives. Le récit (une quinzaine de pages) s'achève, sur le modèle de XXI, par une page En savoir +, avec personnages, dates-clés, petite bibliographie, et même un QR code qui nous renvoie vers un site complémentaire.

Cette revue tente aussi d'instaurer des rendez-vous, des rubriques. Comme une rubrique assez marrante, intitulée 3La sémantique, c'est élastique3 où l'on a droit à quelques planches qui retracent l'évolution des usages autour d'un mot (ici salop vs salaud - osé...).

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J'ai aussi beaucoup aimé ce long reportage de 20 pages sur l'agriculture dans le Nord - Pas-de-Calais, intitulé "Le prix de la terre". A partir d'un sujet à priori lointain et austère - la moitié des exploitations agricoles a disparu de nos paysages en 20 ans, à cause des politiques européennes, des crises des vocations, etc - les auteurs expliquent en chiffres, en cartes géographiques, et en images, sur des plans où prédominent les couleurs de la terre (orange, jaune, ocre) un sujet complexe.

Il y a aussi ce sujet d'anticipation (premier sujet d'une série, "Tous sous surveillance") sur comment, ici, les caméras de surveillance deviennent omniprésentes dans notre environnement quotidien. Ici, le dessin est fin, très précis, il y a ce côté un peu technologique, informatique et vaguement inquiétant qui ressort ainsi dans le trait de crayon.

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Remarquable aussi, premier récit d'une série en trois volets ("Energies extrêmes") sur le gaz de schiste, signée Sylvain Lapoix et Daniel Blancou. Sur ce sujet terriblement complexe, qui même sciences physiques, chimie, environnement, et lobbying politique, on se rend compte que le format de la BD reportage est parfaitement adapté. Le reporter y est mis en scène dans le récit par le dessinateur (on peu comme ces enquêtes télé où le journaliste apparaît régulièrement en train de passe des coups de fil et mener des interviews. Les planches permettent de glisser graphiques, cartes géographiques

Beaucoup aimé, aussi, les planches au fusain noir (dont on a presque l'impression qu'il s’effacerait sous nos doigts) sur les dernières heures du président chilien Salvador Allende.

Bon bilan pour ce premier numéro donc, qui tient tout de même sur 226 pages, pour 15 euros (3,59 euros sur iPad), sans aucune publicité. A noter que cette revue est totalement bimédia, déclinée sur le site Larevuedessinee.fr, et son appli iPad, avec dessins de presse, dossiers thématiques et webdocumentaires.

mercredi 18 septembre 2013

Publireportages nouvelle génération

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Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas penchée sur les nouvelles formes de publireportages (ou plutôt, de publicités de plus en plus intégrées) que l'on voit fleurir sur le Web et dans la presse. Je m'étais déjà prêtée avec une certaine gourmandise à l'exercice, ici, ou encore là avec ce florilège historique de Grazia.

Les choses se sont encore accélérées cette année, pour le domaine prometteur des publis, brand journalism et autres formes de brand content. En début d'année, M Publicité, la régie pub du Monde, annonçait ainsi le lancement de M Publishing, "nouvelle activité de conseils en création et édition de contenus à destination des marques", pour "accompagner les marques, sociétés ou institutions dans leur conception et production de contenus, à destination de leurs supports print, web et mobiles". Au passage, on apprend que cette entité "bénéficie de l’expertise de Franck Nouchi, directeur du développement éditorial du Monde" - initialement journaliste au quotidien.

Quelques semaines après, en avril, la régie pub FigaroMedias lançait à son tour Les Ateliers Figaro, "une équipe regroupant tous les métiers du groupe Figaro, mis à la disposition des marques pour créer des solutions de communication originales", et "pour proposer des solutions de publishing print ou digital, de portage/échantillonnage géolocalisé ou d’événementiel... afin de scénariser les histoires de marque, amplifier les messages et engager la conversation avec nos audiences". CQFD. En cette rentrée, voilà une nouvelle sélection de ce que j'ai picoré ça et là dans les médias. Bien sûr, comme toujours pour ce "marronnier" de mon blog, si vous repérez d'autres publis dignes de ce nom, n'hésitez pas à le mes signaler en commentaires à ce billet, je me ferai un plaisir de les ajouter :)

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Couv' brandée des Echos

Déjà début septembre, il y a eu cette Une des Echos, avec cette pub pour Porsche bien étrangement mise en avant, à la présence dans la maquette assez incroyablement intrusive. Le slogan et le texte publicitaire suivent carrément la même charte graphique que les différents appels de Une du quotidien économique. Et avec ce slogan qui peut sembler lui-même provocateur, "Peut-on concilier l'inconciliable ?". C'est en tous cas un format publicitaire événementiel, fait sur-mesure pour l'annonceur, jamais vu jusque là... Une brèche est ouverte ?

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Publi Esso de 4 pages

Il y a aussi ce publireportage de 4 pages pour Esso publié dans le numéro de septembre de Wired US. Il faut vraiment le regarder et le lire de près pour s'aperçevoir que c'est un publi, tant la charte graphique et la police de caractères est proche de celle des articles du mensuel. Tout juste le petit logo en haut à droite, les liserés jaunes et la petite mention "Wired Promotion" en haut nous signalent qu'il s'agit bel et bien d'un objet publicitaire. Habile, cet "article" présente les travaux d'une équipe de chercheurs de l'université d'Oxford sponsorisés par Shell, des prototypes de voitures, dans le cadre d'un "eco-marathon". En tous cas, l'article est bien écrit, citations à l'appui, et précis.

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Infographie sponsorisée

Dans le même numéro, quelques pages après, on trouve cette magnifique infographie sur 2 pages, qui illustre le "Big Data dilemma", et vise en fait à promouvoir les solutions de Business intelligence CDW. Dans chaque numéro de Wired, ces publis nouvelle génération et autres objets publicitaires peu identifiables abondent. Logique: le groupe Conde Nast a toujours utilisé ce magazine comme labo d'expérience de nouveaux formats publicitaires, auquel serait particulier captif son lectorat d'entrepreneurs CSP+. Xavier Romatet, de Conde Nast France, ne disait d'ailleurs pas autre chose dans cet article que j'avais consacré aux 20 ans de Wired il y a quelques mois.

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Les Inrocks + Renault en réalité augmentée

Dans un autre genre, il y a cette opération très particulière que propose Les inrockuptibles cette semaine (dans son n° du 18 septembre) avec Renault et l'agence Fuse (émanation du groupe média Omnicom Media Group). En utilisant l'appui mobile Les Inrocks mise à jour, et en pointant le tag 2D présent sur certaines pages, on accède à "des contenus vidéo exclusifs réalisés par la rédaction" dans les pages Culture (Cinéma, Musique, Expos, Scènes) )- je n'ai pas pu les tester à l'heure où j'écris ce billet. Mais aussi, carrément, la Renault Captur s'affiche dans 3 rubriques phares du magazine (La Courbe, Nouvelle tête, Où est le cool ?) . Et, même, en couv' du magazine. Un cap est franchi. De fait, mardi soir, en pointant l'appli Les Inrocks "version augmentée" sur la couv' ornée du tag 2D que m'a envoyée l'agence, je vois la voiture s'afficher totalement sur la couv, et se désosser pour laisser apparaître sa carrosserie, avant que ne s'affiche le slogan "Vivez l'instant présent avec Renault Capture / Les Inrockuptilbes". Cette logique de cobranding très intégrée se poursuit par un jeu-concours proposé aux lecteurs-mobinautes.

Ce type d'opération est très troublant: la marque Renault laisse ses traces bien au-delà des pages de pub du magazine : non seulement elle s'offre la couv', mais aussi des contenus interactifs, et même, elle sponsorise des vidéos et contenus journalistiques complémentaires aux articles des pages Culture. Certes, on avait déjà vu des précédents chez Les Inrocks avec Orange, qui fut lui aussi sponsor de contenus vidéos (... et présent en couv', et bien plus, lors d'un dossier high-tech, comme j'en parlais ici). Mais là, on franchit encore un cap avec cette pub en réalité augmentée. En tous cas, ces contenus publicitaires en réalité augmentée sont un modèle très prometteur pour les médias en quête d'annonceurs : ça tombe bien, plusieurs d'entre eux proposent déjà des contenus rédactionnels via des tags 2D.

Mais l'avenir réside peut-être dans le native advertising, où des sociétés (des annonceurs donc ;) sont prêts à payer une petite fortune pour signer leurs "articles" dans une rubrique dédiée. Un modèle qui a valu à Forbes une embellie - ou, peut-être, de se fourvoyer, comme le raconte cette excellente enquête des Echos. > Une fois encore, « Forbes » assure que la frontière entre les deux mondes est respectée : les articles promotionnels apparaissent dans un encart intitulé « Brandvoice ». Le lecteur avisé fera aisément la différence. Les autres, en revanche, passeront de la presse à la publicité sans même s'en apercevoir. « Les contenus publicitaires ne devraient jamais avoir le même aspect que les contenus éditoriaux. C'est un principe inscrit dans le marbre », regrette Sid Holt, président de la société américaine des éditeurs de magazines. Cette confusion est recherchée : il s'agit même d'une technique marketing qui fait fureur aux Etats-Unis et que l'on appelle le « native advertising ». Elle se monnaie à prix d'or. Pour avoir le droit d'écrire dans la rubrique « Brandvoice », les entreprises sont ainsi prêtes à payer jusqu'à 75.000 dollars par mois. Parmi elles : Microsoft, Cartier, SAP, Dell et Merrill Lynch.

samedi 31 août 2013

Rattrapage de rentrée: nouveaux tycoons des médias, Omnicom-Publicis...

Faut-il encore parler de trêve des confiseurs estivale, y a-t-il un temps suspendu dans l'actu ? Cet été, alors que les quotidiens mincissaient à vue d’œil, et les hebdos abondaient en marronniers et stories estivales, une poignée d'annonces ont provoqué quelques déflagrations. De nouvelles preuves que le paysage des (nouveaux) média, des technologies et de l'innovation est de plus en plus mouvant. Quelques sujets qui risquent de provoquer plusieurs ondes sismiques en cette rentrée. Passage en revue...

Les nouveaux tycoons des médias

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La Washington Post, à l'origine du Watergate

Trois petites bombes tombées en trois jours : trois titres emblématiques de la presse US ont annoncé presque coup sur coup un changement de propriétaire, emblèmes d'une presse face aux défis du numérique. Le 3 août, le New York Times annonce la cession du Boston Globe à John Henry, milliardaire et principal actionnaire... du club de base-ball local, les Red Sox. Une cession à perte, pour seulement 70 millions de dollars, pour ce quotidien acquis pour 1,1 milliard de dollars en 1993 par le NY Times. La presse deviendrait-elle un actif ayant trop peu de valeur pour les actionnaires ?

Le même jour, IBT Media, éditeurs de plusieurs titres de presse en ligne, annonce l'acquisition de Newsweek, pour un montant non précisé. Le rachat d'une marque, avant tout : Newsweek, exsangue, ne paraît plus que sur le web, le magazine ayant sorti sa dernière édition en décembre 2012.

Le 5 août, nouveau coup de théâtre : le Washington Post, quotidien à l'origine de l'affaire du Watergate, annonce en Une sa vente, pour 250 millions de dollars, à Jeff Bezos, fondateur d'Amazon. Celui-ci, à l'origine d'un empire basé sur le e-commerce, et à la tête d'une fortune de plus de 25 milliards de dollars, assure certes qu'il s'agit d'un rachat à titre personnel. Il n'empêche : dans une lettre ouverte aux salariés, Jeff Bezos l'assure, "Internet transforme presque tous les aspects du marché de l'information, en réduisant les cycles de l'information, en érodant les sources de revenus à long terme et en introduisant de nouvelles formes de concurrence". Exactement comme dans le e-commerce...

Pourquoi la famille Graham, propriétaire du titre depuis quatre générations, a revendu son joyau à ce tycoon d'une start-up ? Le tremblement de terre suscité par Amazon dans le secteur de l'édition a de quoi préoccuper au sein du Wash Post. Si Bezos a sûrement des convictions sur comment innover, et un (petit) pied dans les media numérique avec la tablette Kindle, pour un certain nombre d'observateurs US, comme au ''New Yorker'', ce media puissant devrait lui servir indirectement d'outil de lobbying, pour acquérir des réseaux, des bons contacts (au hasard, chez les parlementaires...) pour peser sur les dossiers sensibles pour Amazon en ce moment - comme par exemple, en matière de politique d'optimisation fiscale...

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D'ailleurs, de plus en plus, certains de ces "tech tycoons" se mêlent de politique, soulignait dernièrement The Economist, comme l'a montré, en avril dernier, le lancement de FWD.Us, une campagne pour la réforme de l'immigration américaine, menée par Mark Zuckerberg, qui a embarqué Reid Hoffman, fondateur de LinkedIn, Marissa Mayer, patronne de Yahoo!, Eric Schmidt, CEO de Google...

L'hydre publicitaire Omnicom-Publicis

L'annonce est tombée le dernier week-end de juillet, lors d'une conférence de presse organisée à Paris un dimanche (!) matin, créant rien de moins que l'un des géants mondiaux de la publicité, Publicis Omnicom Group. Un échiquier publicitaire mondialisé, un an après l'acquisition d'Aegis par le japonais Dentsu.

Au-delà de la simple fusion ente deux sociétés, on retrouve ce même contexte, où les médias, la publicité, sont bouleversés par les nouveaux concurrents venus du numérique, tels IBM et Salesforce, mais aussi Google et Facebook, qui disposent de nombre de data (les données personnelles des internautes qu'ils ont patiemment collectées - le profil des consommateurs, leurs goûts, leurs envies d'achat, leur manière de consommer...) à partir de leurs vastes audiences. Avec certains, des annonceurs commencent à dealer des achats d'espaces en direct. Google contrôlerait ainsi un tiers des ventes de pub en ligne, relevait eMarketer.

L'attrait de l'art pour Google & co

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Après la culture, l'édition, c'est l'art, le patrimoine. Un vecteur de communication puissant pour des géants du Net, prestigieux, un peu venimeux, de manière bien plus subtile que les classiques sponsoring et mécénats d'événements. Google l'a annoncé il y a quelques jours, il va inaugurer en septembre, à son siège parisien, son Institut culturel. Déjà, il a créé avec une kyrielle de musées (260 dans 43 à ce jour) une sorte de mega-galerie virtuelle, le Google Art Project, Les musées partenaires peuvent être visités en ligne, évidemment avec un outil maison, Google Street View, S'y ajoutent des visites virtuelle des grands sites du patrimoine mondial, et des expositions d'archives historiques. Une forme de vernis artistique donc, auquel on pourrait ajouter d'autres initiatives de Google : dans la presse bien sûr, avec par exemple la création, en partenariat avec une école de journalisme (l'Ecole de journalisme de Sciences Po) d'un Prix de l'innovation en journalisme...

J'en parle dans le même papier, Amazon (de nouveau) a annoncé début août le lancement d'une plateforme de vente d’œuvres en ligne, Amazon Art. Après les livres, les biens de consommation courante et l'épicerie, les internautes seraient donc prêts à acquérir des œuvres sur photo en quelques clics ?

Twitter & presse écrite, et la social TV...

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Et pourquoi ne pas suggérer directement aux téléspectateurs/auditeurs/internautes des tweets prêts à l'emploi ? On connaissait cela en télé, la tendance débarque aussi en presse écrite. Twitter et The New York Times testent ainsi une nouvelle fonction qui permet de tweeter directement des phrases marquées issues d’un article. Carrément. Cela devrait bientôt permettre à l'internaute de partager directement les citations fortes d'un article de presse ou tout autre contenu écrit, révèle Twitter sur son blog. Avec pour objectif d'inciter davantage les internautes à partager des articles. Alors que la contrainte des 140 caractères et les fonctionnalités jusque-là développées par Twitter ne permettaient en général de ne partager que le titre des papiers, l’internaute pourrait désormais mettre davantage un contenu en valeur sans le tweeter "manuellement". Désormais, les médias pourraient se charger d'effectuer cette tâche. Les citations peuvent alors être rattachées en plus du compte du média à celui de son auteur, amplifiant potentiellement sa visibilité.

Mais Twitter sait qu'il doit aussi développer de nouveaux services pour les annonceurs, les marques, en télévision, faute de pouvoir proposer des formats publicitaires classiques. Alors que la Social TV est de plsu en plus prometteuse - il est devenu normal pour un télspectateur de naviguer sur Internet - et Twitter - depuis sa tablette en regardant la télé. Il y a quelques jours, on apprenait ainsi l'acquisition par Twitter de acquis Trendrr, start-up spécialisée dans l'analyse en temps réel des messages échangés sur les réseaux sociaux concernant les programmes télévisés. Le logiciel développé par Trendrr permet en effet d'analyser les échanges sur les réseaux sociaux sur les programmes de télévision ou les publicités et d'offrir un point de vue sur la perception de ces programmes par le public. Encore mieux que les mesures d'audience classiques...

Montres intelligentes

Côté high tech, certains sujets nourrissent aussi une certaine attente. Le géant sud-coréen Samsung va dévoiler sa montre connectée Galaxy Gear la semaine prochaine à l'IFA de Berlin, le 4 septembre, damant ainsi le pion à Apple, alors que les rumeurs sur l'iWatch courent depuis 2011, mais qui est attendue pour seulement pour 2014. Sony a déjà lancé la sienne, le Français Archos annonce les siennes pour 2014... Google s'y intéresse aussi: il vient tout juste d'acquérir WIMM Labs : avec à la clé son propre App store en version beta, ses apps dédiées pour smartwatches...

Les smartwatches, innovation de rupture ou gadget ? Nouvel accessoire (et segment marketing) créé par des constructeurs après le smartphone et la tablette ? Comme je l'écrivais dans cette enquête, l'avenir serait-il à ces accessoires high-tech, montres et lunettes connectées ?

Concrètement, son écran tactile vissé au poignet permet de téléphoner, naviguer sur Internet, surveiller ses mails, recevoir des notifications depuis les réseaux sociaux, écouter de la musique... grâce à une connexion Bluetooth et/ou NFC... Reste une question: ces smartatches seront-elles compatibles avec les smartphones et tablettes de toutes les marques ou pas ? Ou les marques choisiront-elles de créer un écosystème fermé comme Apple ?

mercredi 21 août 2013

Hype Cycle 2013: 3D Bioprinting, Smart dust, Quantified Self, Wearable interfaces, biométrie...

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C'est la rentrée (que je vous souhaite lumineuse et dynamique ;), et comme chaque année en cette fin de mois d'août, revoici un de mes marronniers préférés depuis 2010 : la nouvelle édition du Hype Cycle de l'institut Gartner, portant sur les technologies émergentes, qu'il présente ici. Une courbe qui se veut une photographie par anticipation (avec, forcément, une certaine marge d'erreurs ;) des innovations de rupture d'aujourd'hui et de demain, donc prometteuses, émergentes, en pleine ascension... ou déjà dépassées. Gartner a adopté cette méthodologie, où cette courbe de l'innovation est découpée en 5 étapes-clés, par cycles de vie de technologies, allant des technologies naissantes ("technology trigger") à la phase d'industrialisation et d'adoption par le grand public ("Plateau of productivity" ), en passant par le trou d'air inévitable ("Trough of disillusionment").

D'abord, du côté des innovations juste naissantes, "Innovation trigger" (intéressant de noter que Gartner parlait jusqu'à présent de "technology trigger") : sans surprise, on retrouve comme dans la Hype Cycle de l'an dernier l'"augmentation humaine", l'humain augmenté de demain (de puce sRFID insérées, etc), annoncé pour dans plus de 10 ans qui se dotera de puces RFID, etc, comme en parlait Cyril Fiévet dans son livre Body hacking.

Et de nouveau, y figure le 3D Bioprinting , l'application médicale de l'impression 3D, soit un système basé sur l'exploitation de "data" en imagerie médicale, mais aussi le service d'impression 3D qui permettra de créer des organes humains (et même un cœur humain...) à partir des cellules d'un individu. On va le voir plus loin, l'impression 3D est décidément l'innovation-star pour Gartner cette année, récurrente dans cette courbe.

En résumé, pour Gartner, c'est sûr, on va en venir aux "humains augmentés par les technologies". "Les technologies permettent d'augmenter les performances humaines dans les domaines physiques, émotionnels et cognitifs". Et l'institut de louer les avantages pour les entreprises d'avoir des salariés "augmentés", et donc plus productifs (cela fait un peu froid dans le dos)...

Gartner annonce l'arrivée, dans plus de 10 ans, des Smart dust, ces "poussières intelligentes", soit des micro-capteurs invisibles qui serviront à surveiller les déplacements des gens ou des objets, les puces étant discrètement placées sur les objets à protéger, et les capteurs répartis dans les murs, plafonds et planchers... Pour la première fois aussi, il évoque l'electrovibration (ou "virtual touch"), une technologie de réalité augmentée qui facilite la transmission électronique du sens humain du toucher, permettant aux utilisateurs finaux de percevoir les textures et contours d'objets éloignés. En la matière, il y a par exmeple le projet REVEL de Disney Research de Pittsburgh. Il annonce aussi, d'ici 2 à 5 ans (mais on y est déjà...) l'explosion des usages liés au quantified self, qui permet à chacun de mesurer et partager ses données personnelles liées à sa santé, alors que pullulent déjà des objets connectés, développés par des start-up telles que Withings, qui a levé 23,5 millions d'euros cet été.

Parmi les innovations attendues à un plus court terme, et qui suscitent énormément d'attentes en ce moment ("Peak of inflated expectations"), figurent les scanners 3D, les véhicules autonomes (soit les voitures connectées... avec de nouveaux projets attendus à l'IFA à Berlin le mois prochain), forcément les objets connectés, et dans leur lignées, les Wearable user interfaces (avec les Smartwatches et lunettes connectées, on y est déjà...), le Big data (et toutes les attentes qu'il suscite notamment dans le marketing)...

En revanche, des innovations commencent à attendre l'étape fatidique du "trough of disillusionment" (premiers échecs à la suite d'expérimentations, même si ces innovations font encore l'objet d'investissements) : c'est le cas pour la réalité augmentée (les fameux codes-barres 2D permettant d'accéder à des contenus complémentaires), la norme NFC (censé notamment favoriser le paiement depuis un téléphone mobile), le cloud computing (effet-boomerang de PRISM, selon Wired: une entreprise ou un particulier peut-il avoir encore confiance en la protection de ses données dans un tel système ?).

En phase "Slope of enlightenment" (une seconde ou une troisième génération de produits autour de ces technologies émergent), Gartner affiche notamment l'impression 3D en entreprises, et les méthodes d'authentification biométrique : pas étonnant, alors qu'Apple pourrait faire figurer un capteur biométrique avec un lecteur d'empreintes digitales sur sur prochain iPhone 5S, attendu fin septembre. Apple avait d'ailleurs acquis l'an dernier pour 350 millions de dollars AuthenTec, start-up spécialisée dans le cryptage et des solutions de reconnaissance digitale: tous deux ont déposé un brevet commun allant dans ce sens.

Enfin, pour Gartner, des innovations ont atteint l'étape Plateau of productivity (phase d'industrialisation et début d'adoption par le grand public) : la reconnaissance vocale, soit cet écosystème de services de traduction et reconnaissance vocale, consacré par Siri sur iPhone. Troublant d'ailleurs, la société Mobile Technologies, spécialisée en reconnaissance vocale et en traduction, à l'origine de l'application Jibbigo (service de traduction vocal d'une quinzaine de langues), vient tout juste d'annoncer son rachat par Facebook. L'institut table aussi sur les Predictive analytics (analyse prédictive), qui permettrait de faire des hypothèses prédictives sur des évènements futurs, à partir de "data" historiques et transactionnelles, surtout dans le secteur bourse-finances.

dimanche 7 juillet 2013

Le slow journalism, prendre le temps de ralentir

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Il y a l'édito de Michel Denisot pour le premier numéro de Vanity Fair en VF. Où il proclame que "là où le temps s'accélère, Vanity Fair vous propose le temps de ralentir et d'aborder différemment la vision du monde qui nous entoure". (Certes, il faut avoir le temps: ledit édito se trouve page 43, après une floppée de pubs ;). C'est sûr, "il faut du temps et de la distance et c'est aujourd'hui un luxe dans la presse", Vanity Fair, un des lancements de mags les plus attendus cette année, serait-il la dernière incarnation en date du slow journalism ? Denisot nous promet dès l'édito des "histoires captivantes au long cours": et de fait, mis à part les nombreuses rubriques qui rappellent celles de GQ et autres mags branchés ("les minutes de l'info futile", les festivals estivaux...), on arrive ensuite à des sujets parfois d'une dizaine de pages (disons 5/6 une fois que l'on ôte les pages de photos): entretien avec le majordome de Liliane Bettancourt, atelier d'un faussaire allemand, interview-fleuve de Scarlett Johansson, magnifique retour sur les Bains-Douches par Eric Dahan (quand on le lit, on y est)... Le ton y est souvent détaché, chic, parfois désinvolte, un peu snob, avec l'écriture divine de certaines plumes.

C'est en tous cas un des rares exemples de magazines où il y a encore des papiers longs, même si l'on n'atteint guère la longueur (et la subtilité dans l'écriture) dont le New Yorker et The Economist sont coutumiers. Et si prendre le temps d'enquêter, devenait un luxe qui permettrait à la presse écrite de se distinguer, face à l'écume d'infos balancées presque en temps réel sur les médias en ligne, à l’information en temps réel, les articles courts et aux notifications push sur mobile ? C'est le slow journalism, concept autour duquel se greffent plusieurs nouveaux projets de médias.

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Même un des meilleurs quotidiens actuels, le New York Times, s'est y essayé : le 20 décembre dernier, il publiait Snow Fall, un article titanesque, publié en 6 chapitres, et portant sur un sujet plutôt décalé : l’histoire d’un groupe de skieurs qui, l’hiver précédent, avaient été pris dans une gigantesque avalanche à Tunnel Creek, dans l’état de Washington. Au menu: des dizaines de milliers de signes, mais aussi des vidéos, sons, animations et infographies, grandes photos... Et au passage, le résultat de 6 mois de reportage, une équipe de 17 personnes mobilisée… Et plus de 3 millions de visiteurs-lecteurs de ce récit multimédia.

Cette idée de prendre le temps pour raconter, on l'a vue ressurgir dans la floppée de mooks (ou magbooks) lancés ces derniers mois, dans la lignée de la revue XXI : des revues bimensuelles ou trimestrielles, où le papier glacé et la maquette soignée s'y prêtaient d'autant plus. Mais on la retrouve dans plusieurs des projets journalistiques les plus intéressants du moment.

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Il y a notamment le nouveau mensuel Au fait, qui se revendique "média lent". Lancé le 25 avril dernier par Xavier Delacroix, journaliste passé parla BBC dans les années 80, et les RP, qui compte dans son comité éditorial des pointures telles que Bernard Poulet (ex-L’Expansion) et Patrick Blain (ancien du Parisien). Après avoir levé près de 400 000 euros, il a donc lancé son titre, décliné sur papier, tous les mois, et sur tablette. Un magazine sans pub (qui, à ce titre encore, se rapproche des mooks), vendu 7,90 euros le numéro (tout de même...); qui vise l'équilibre à 15 000 exemplaires.

Place ici, donc, au long : pour les articles, interviews, dossier au-delà des écumes de l'actualité. Avec pour particularité que Au fait n'en vient "aux faits", en profondeur ,que sur deux sujets par numéro - d'où sa couv' subdivisée en deux. Au menu ici, 47 pages sur le "système" HEC, "fournisseur officiel d'élites", et des articles qui n'hésitent pas à pointer ses faiblesses: le très faible nombre d’étudiants boursiers, la consanginuité des admis, le manque d'anticipation de l'école quand à la crise... Dans une seconde partie, longue interview de Zungmunt Bauman, sociologue non conformiste, qui donne sa vision de la société, de la religion ("l'expression des limites de l'être humain") à Facebook (où "les citoyens livrent volontairement toute leur intimité (...) Il a déjà collecté plus de secrets que n'avaient pu le faire tous les services d'espionnage et toutes les polices politiques de toute leur histoire"). Illustrations a minima, quelques rares photos: le concept est exigeant. Reste à voir si le lecteur accrochera...

Le Quatre Heures, slow info + grand reportage en ligne

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Mais il y a aussi la revue Le Quatre heures, projet de fin d'études d'étudiants au CFJ de Paris. L'idée : Chaque mercredi, à 16 heures pile, il propose sur son site un reportage multimédia, qui, dans la lignée des webdocus, mêle texte, photo, vidéo et son, en plein écran. Sur la page d'accueil du site, les étudiants revendiquent d'ailleurs de vouloir "faire du Quatre Heures le premier média français de slow info qui réconcilie web et grand reportage". Ils annoncent que le site, en version beta, durera six semaines, avant une version définitive prévue pour 2014.

Il y a également ce superbe projet de media néerlandais, De correspondent, comme j'en parlais dans cette enquête, financé par une jolie opé de crowdfunding: lancé par le journaliste allemand Rob Wijnberg et le designer Harald Dunnink, fondateur de l'agence digitale Momkai, ce média totalement digital, décliné sur Internet, mobile et tablette sera proposé par abonnement, pour 60 euros par an, il n'inclut à priori pas de publicité dans son modèle. De fait, les 17 000 crowdfunders ont préfinancé cette publication en prenant chacun un abonnement.

Des projets de slow journalism qui sonnent comme des répliques à l'ère de l'immédiateté, de la "fast information" en quelque sorte, où une actu chasse l'autre, phénomène dopé par Twitter. A l'heure où bon nombres de médias rivalisent ainsi d'"exclus", et il n'est pas rare qu'une info partagée sur Twitter se voie rapidement tancée d'un #old.

mercredi 26 juin 2013

«Les stagiaires», long-métrage publicitaire pour le Googleplex

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Il y a déjà cette affiche, avec cette bonne idée visuelle : deux adultes qui regardent d'un air un peu héété le fameux logo multicolore, et que l'on voit depuis l'autre côté de l'écran - comme s'ils étaient vus du point de vue de de la machine, Google même.

Un fait sans doute inédit dans l'histoire du cinéma : un film dont le lieu de tournage, et même le centre de l'intrigue est une des entreprises les plus puissantes et tentaculaires dans le monde. Une entreprise technologique qui a grossi de manière incroyable depuis sa naissance, il y a une dizaine d'années. Les stagiaires nous montre pendant près de deux heures, le petit monde merveilleux de Google, le Googleplex, sis au ceux de la Silicon Valley. Plus surprenant encore, il ne s'agit nullement de dépeindre un nouveau monde industriel, comme Les temps modernes de Chaplin : cela prend la forme d'une comédie, avec parfois des grosses ficelles, un peu lol, quelques références geek, où tout finit (forcément) pour le mieux.

C'est donc l'histoire de la reconversion plutôt forcée de Billy et Nick (incarnés par Vince Vaughn et Owen Wilson), deux VRP quadras mis à la porte de leur entreprise. Billy, en cherchant un job sur... Google, a l'idée d'y postuler : après tout, n'est-ce pas "le meilleur employeur du monde" ? Avec son acolyte, tous deux décrochent donc un stage chez Google, au Googleplex même. Le défi : ils vont devoir prouver qu’ils ne sont pas complètement ringards, confrontés à des échantillon bien représentatifs de la génération Y : des jeunes adultes hyper brillants, rapides, surnourris de culture geek, prêts à tout pour décrocher un job dans l'usine Google alors que "un jeune diplômé sur 4 n'a pas de boulot aux Etats-Unis". Voilà le pitch des «Stagiaires», sorti en salles ce mercredi 26 juin.

Très vite, alors que se déroule le film, on a l'impression de voir un véritable long-métrage publicitaire pour le firme de Mountain View : déjà, avec toute la panoplie de produits Google que nous montre le film. Nos deux héros passent leur premier entretien d'embauche par webcam, sur... Google +. Lors des premières scènes du film se déroulant au siège de Google, on nous montre à l'envi les différentes marques de Google, de Gmail à Google Docs. Jusqu'au générique de fin du film, où les noms de l'équipe sont affichés dans des cases Gmail, GChat ou Google+...

Le merveilleux monde de Google

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Surtout, le film nous donne très vite à voir un monde du travail (presque) idyllique dans ce Googleplex : tout le monde s’y éclate. "Parc d'attraction", "pays d'Eden" pour les héros : Il est vrai que Google a été consacré "meilleur employeur au monde" à quatre reprises, dont par Dans ce Googleland, à l'image de son logo, tout est gai et multicolore: dans les espaces (très) verdoyants, les salariés circulent en vélos (multicolores), où y aperçoit des Google cars qui roulent toutes seules, d'étranges jouets, des parasols. Dans le Googleplex, des poufs sont dispersés un peu partout, des espaces zen avec des fauteuils de relaxation, à la cafétéria, tout est gratuit et à volonté, des services (du vélo au pressing) sont proposés aux salariés, les stagiaires se baladent avec d'étranges casquettes multicolores. Sur l'Intranet, un simple stagiaire peut découvrir le profil et l'agenda des salariés. Toute la panoplie de la start-up "so cool" est là. Il manquerait juste le panier de basket, le babyfoot et la table de ping-pong pour les séances de brainstorming (véridique - même feu Transfert, au débutes années 2000, avec ce dernier accessoires). De véritables slogans sont distillés tout au long du film, comme"Google aime les gens à mieux vivre".

A vrai dire, dès sa sortie aux Etats-Unis, cette production de la Twentieth Century Fox a suscité des inquiétudes dans la presse geek, qui l'a tôt surnommée «Google, the movie». Très vite, la Bible AdAge s'en est inquiétée, ("how awful will that Google movie be?"), tout comme Slashdot.

Donc pas, ou très peu de satire sociale ou de critique d'un certain monde du travail, alors que le "modèle" Google, méta- start up, incarne un certain nouveau type d'entreprises, où l'on ne compte pas ses heures, et où l'on est récompensé en actions... En fait, Google devient le sympathique cadre d'une comédie qui se veut cool, avec Vince Vaughn et Owen Wilson, duo comique qui suscite la sympathie, depuis qu'il s'incrustait dans les mariages pour la (grosse) comédie Serial Noceurs de David Dobkin. Dans Les Stagiaires, Shawn Levy donne à voir une certaine forme du rêve américain à l'heure de la crise.

Génération Y

Certes, on effleure certaines questions sociétales : le choc des générations avec une Génération Y désabusée : chez Google, tout n'est pas si rose : lors de leur entretien d'embauche, les recruteurs de Google leurs signalent "beaucoup pensent différemment, on ne les prend pas". La flopée de stagiaires devra se rassembler en équipes pour mener à terme différentes missions: trouver un bug dans des lignes de code, gérer la hotline de Google... "95% de vous partiront sans rien, 5% seront embauchés", signale aux stagiaires le coach lors du premier séminaire. Nos deux quadras se verront taclés par ces jeunes génies: "vos compétences ne servent à rien dans ce siècle", leur lâche une Y. Mais tout se finit pour le mieux: les deux quadras apportent des compétences complémentaires à leurs jeunes copains geeks, et surtout, leur démontrent que la vraie vie se déroule bien hors de leurs écrans d'ordinateurs. Ouf.

Nullement de quoi déplaire à Eric Schmidt, en tous cas. On se serait presque attendus à voir figurer Google dans les partenaires du film. S'il n'a rien déboursé, en tous cas, d'après la presse américaine, il a largement aidé au tournage du film, entre le cadre de tournage gracieusement mis à disposition (certaines scènes ont été tournées à Googleplex même, d'après le Los Angeles Times), une centaine d'employés de Google ont joué les figurants, et Google a prêté des produits comme ses Google cars.

Campagne de recrutement

Un coup de pub et une campagne de recrutement sur mesure, donc. d'ailleurs, Le Figaro a révélé cette vidéo qu'a publiée fort opportunément Google, où des (vrais) stagiaires racontent leurs extraordinaires conditions de travail.

C'est un fait inédit de voir un film mis en scène dans une entreprise contemporaine, avec son propre nom, ses propres locaux, ses propres pratiques managériales (plusieurs anecdotes du film sont authentiques). Mais sous forme, ici, de "publireportage cinématographique", bien loin du sombre et splendide bioptic conscré à Facebook par David Finsher, The social network, où il dressait un portrait grinçant de Mark Zuckerberg, ôtant de l'affiche le logo de Facebook.

vendredi 14 juin 2013

Les jeux vidéos entrent au musée (et en salles de ventes)

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Les jeux vidéos, un des emblèmes de la culture pop à néons des années 80, seraient-ils en train d'entrer dans l'histoire ? En tous cas, ils entrent dans les musées, et même les salles de ventes aux enchères.

Hier soir, à 18 heures, la prestigieuse maison de ventes aux enchères Millon & Associés (Drouot), accueillait Salle VV une foule de geeks, pour la plupart trentenaires (dont quelques-uns en costume-cravate). Pour une vente aux enchères de consoles de jeux et jeux vidéos. Une première en Europe. La maison de ventes inaugure ainsi son Département des arts des cultures populaires. Avec à l'appui, pour la vente de ces 300 lots, un très chic catalogue (numéroté s'il vous plaît) répertoriant l'ensemble des lots à vendre, par thèmes et par périodes, avec des estimations de prix de vente. Une formalisation digne d'une vente d’œuvres d'art classique... Cette pop culture serait-elle en voie d’anoblissement - voire de muséification ?

Pour cette première, pour laquelle la maison, fait rare, s'est offert un plan média (envoi de communiqués de presse et de catalogues numérotés à la presse), la maison de vente s'est offert les services de Camille Coste, 28 ans, star parmi les gamers: collectionneur patenté, game designer, il a notamment collaboré à la traduction de Final Fantasy XI.

Contraste saisissant, au même moment s'achève le salon E3 à Los Angeles, grand-messe annuelle de l'industrie des jeux vidéos, où ferraillent des géants tels que Microsoft et Sony, avec des consoles toujours plus connectées, canaux de diffusion de multiples contenus...

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Au menu hier soir, des ventes d'objets multiples : premières générations de consoles de la fin des années 70, dont la mythique Atari 2 600 de 1977, consoles Epoch, Nintendo, Mattel; premiers personal computers pour le jeu, tels les Commodore Amiga, Sinclair ZX Spectrum +... Cela a quelque chose de fascinant, car on a revu là les tous premiers ordinateurs de l'histoire, de la même génération que les Macintosh nés en 1984. Ils font désormais l'objet de collections privées...

Parmi les objets cultes figuraient ainsi la version originale de première console de salon au monde, la Magnavox Odyssey créée en 1972. Estimée à 300 euros, elle sera vendue pour 500. L'exemplaire unique de la console Magnavox Odyssey de 1974 s'arrache pour 2 800 euros. Dans les plus beaux jouets vintage de geeks, un classeur de jeux prototypes pour l'Atari 2 600 (le succès commercial de l'époque, distribué de 1977 à 1991) vendu 1 500 euros, et la valise Atari 2 600 complète, vendue pour 750 euros.

Et bien sûr les jeux cultes, comme ces exemplaires uniques de jeux Super Mario Bros & Dick Hunt pour Nintendo NES de 1985 : "des pièces de musées uniques issues de l'histoire du jeu vidéo", et "ayant servi lors du procès de Nintendo contre Magnavox", précise le catalogue. On est bien dans l'histoire du jeu vidéo qui se construit, avec ses pièces-cultes... Il sera adjugé 1 500 euros. Tout de même. Ou encore les jeux vidéos Rubik's Cube 3D pour Attari 2 600, adjugé à 600 euros.

Au fil de la vente, il y a parfois de légers remous dans le public. Les ventes sont menées tambour battant, plusieurs portables sonnent dans la salle, les heureux acheteurs étant priés de payer illico par carte bancaire. On entend les commentaires affûtés des connaisseurs : "évaluation surestimée", "joli lot", collector"... D'ailleurs, les estimations catalogue sont très rarement franchies: les acheteurs gardent toujours en tête les 26% des commission prélevés par la maison de vente, non inclus dans le prix de vente annoncé.

Les vendeurs de Million mènent cette vente particulière à la cool: à la vente de la console Odyssey 300 de 1976, "c'est un petit morceau d'histoire que l'on vend", souligne l'un d'entre eux. "Allez, enchérissez, avec cette vente, vous faites entrer Nintendo dans les mémoires", surenchérit-il plus tard. "Le principe, c'est de lever la main pour enchérir. Mais vous pouvez aussi sautillez", lance-t-il (la foule devient compacte dans la salle).

"Thomson, tu me rends micro"

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En filigramme, cette expo retraçait aussi l'émergence de la culture des premiers gamers de l'époque, préfigurant ainsi la culture geek: leurs codes, leur look, les jeux culte... On y a aperçu aussi de jolies trouvailles vintage, tel cet ensemble avec l'ordi Thomson MOS édition limitée Michel Platini (!) de 1984, avec la délicieuse sacoche en vinyl, et le slogan qui tue, "Thomson, tu me rends micro" ;), vendu aux enchères pour 150 euros...

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Ou encore ce charmant blouson "Cosmonaute" lamé argenté (qui n'est pas sans rappeler ce que portait Mickael Jackson à l'époque) "Accessoire officiel Atari", "rare", précise le catalogue de ventes !

De la "sous-culture" au retrogaming

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D'autant plus touchant de voir cette "sous-culture" de l'époque, alors haïe par les bien-pensants tout comme l'étaient les mangas et les dessins animés japonais, entrer dans des salles de ventes aux enchères, et dans des musées. Parce qu'elle a fait partie de l'enfance des geeks d'aujourd'hui, et parce qu'il y a une mémoire, matérialisée par ces jouets et consoles vintage en plastique. Des traces d'autant plus importantes à l'ère où les jeux vidéos sont devenus multijoueurs, et se dématérialisent sur les réseaux sociaux et Internet.

Et parce que le "dixième art", phénomène culturel, a été la première forme artistique à rassembler en un seul média l'image, le son, le scénario et l'animation, et un langage interactif qui lui est propre, le gameplay... Il a façonné son univers, ses propres héros, de Super Mario à Lara Croft.

Cette culture du retrograming s'expose désormais. L'an dernier, le Grand Palais de Paris a accueilli une expo dédiée au retrogaming. Du 10 au 21 juin, une expo sur L'Age d'Or du Jeu Vidéo est ainsi présentée dans le cadre du Cinema Paradiso, Drive-In cinéma installé sous la Nef du Grand Palais à Paris. On peut y jouer sur des consoles et bornes d'arcade, de Pong à Pac-Man, en passant par Mario, Space Invaders, Asteroids, Frogger, Sonic...

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Même le très chic MoMA (Modern Museum of Arts) a accueilli il y a quelques mois un département jeux vidéos vintage dans son aile design. Il devrait passer de 14 à 30 jeux exposés. Des bornes avec des extraits d'une dizaine de jeux, tels PacMan ou Space Invaders, y sont "exposées", à quelques mètres de meubles design. Pourquoi ? C'est bel et bien de l'art (vaste débat...), mais aussi du design, une représentation de l'univers, les jeux étant choisis selon les formes d'interactive design qu'ils proposent, expliquait alors le New York Times.

"Ces 20 dernières années, le design a pris de nouvelles directions. Aujourd'hui, un designer peut choisir de se concentrer sur une interaction, des interfaces, le Web, la visualisation, les espaces immersifs, le biodesign, les jeux vidéos. Avec des exemples de cette vitalité et cette diversité, tel le jeu spatial Tetris. Tetris est le premier jeu vidéo à entrer dans la collection MoMa, sélectionné avec 13 autres comme piliers du design interactif. Cette acquisition permet au MoMa d'étudier, préserver, et montrer des jeux vidéos comme des parts de sa collection Architecture et design".

mardi 4 juin 2013

"Futur par Starck" : cours d'anticipation sur deux écrans

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Philippe Starck, nous le connaissons tous. "Créateur visionnaire", "Pape du design", megastar qui a popularisé cette discipline... Il est lui-même devenu une marque, qui a "signé" la brosse à dents Fluocaril, le vélo urbain Peugeot, la dernière Freebox, une bûche de Noël Lenôtre... Mardi 4 juin en début de soirée, Arte diffusait un ambitieux documentaire, Le Futur par Starck, réalisé par Gaël Leiblang, qui nous emmenait, s'improvisant interviewer très béotien, à la rencontre de visionnaires, souvent méconnus du grand public, qui pensent et inventent le monde de demain. Arte creuse ainsi le sillon de programmes dédiées à l'innovation et l'anticipation, déjà entamé avec la diffusion de la série suédoise Real Humans, dont je parlais ici.

Aux quatre coins du monde, Philippe Starck, part donc à la rencontre d'experts visionnaires qui analysent les mutations de l’homme et, plus généralement, les avancées scientifiques. Un voyage dans le futur, où il se pose cette question aussi existentielle qu'universelle : quel sera notre monde de demain ? Il s'improvise donc reporter et interviewer, auprès de médecins, chercheurs et philosophes visionnaires, méconnus du grand public, au fil des labos de recherches et universités qu'il parcourt. où vivrons-nous? Que mangerons-nous? Comment sera le corps de l'homme?... En moins de deux heures, le docu se livre à une forme de prospective tous azimuts.

On y découvre ainsi le travail de Kevin Warwick, professeur de cybernétique, George Church, pionnier de la biologie synthétique, de Kevin Warwick, professeur de cybernétique anglais et un des premiers humains-humains militants cyborgs, me précise cette notule sur le site web dédié à l'émission, conçu par Upian, que je consulte sur ma tablette.

Car Arte a eu la bonne idée d'arrimer à ce docu un site web dédié, où défilent automatiquement des infos complémentaires au docu, de manière synchronisée. Avec même des citations-clés et un petit bouton Twitter - du prêt-à-tweeter en somme (j'ai testé)... Au fil du docu, un chiffre affiché en bas de l'écran de mon téléviseur (le nombre de secondes écoulées depuis le début), me permet de synchroniser le contenu de la page web avec le déroulé de l'émission.

Pour K. Warwick, c'est sûr, le post-humain sera "augmenté" grâce aux technologies. Pour lui, en tant que scientifique, les être humains "pourraient être encore mieux" - comprenez une fois "augmentés". George Church, pionnier de la biologie synthétique, chercheur à Harvard, planche sur le séquençage de l'ADN. Le site web m'enjoint à "praticiper au Personal Genome Project " qu'il a initié. Et lance un mini-spndage pour/contre les thérapies géniques. Un extrait de Jurassic Park nous rappelle ce vieux rêve qui devient réalité: recréer des espèces animales à partir d'une simple goutte de sang prélevée sur un moustique fossilisé... Faux ? "L'écosystème n'a pas forcément besoin qu'on recrée l'espèce originelle: on pourrait recréer un hybride", commente le chercheur.

Quid du cyborg vs post-huamin et homme augmenté ? "Un des grands éléments éthiques de toutes ces transformations: leur possible réversibilité, pouvoir revenir en arrière", rappelle Jean-Claude Ameisen, professeur d'immunologie à l' université Paris Diderot. Qui évoque les risques d'instrumentalisation où la médecine s'aventure "non pour soulager la souffrance, mais par convenances personnelles" - cf la chirurgie esthétique... Et "la tentation du formatage", esquissée dans Bienvenue à Gattacca.

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Les "nénuphars géants" de Vincent Caillebau

Autre préoccupation future, l'évolution de notre planète, avec la montée des eaux, et des questtons géopolitiques inédites qui se poseront; Les réfugiés climatiques, alors que selon le Giec, le niveau des océans devrait monter de 40 cm à 1m d'ici 2100 : 6% des Pays-Bas: 80% de plusieurs atolls en Océanie sont menacés de disparition. L'enjeu: pour le chercheur François Gemenne: "encadrer les flux migratoires", alors que d'ici 2060, "500 millions de personnes seront exposées à un risque constant d'inondation". Autre question presque métaphysique: que deviendraient des pays qui disparaîtraient physiquement ? La question se pose, alors que plusieurs îles sont déjà menacées de disparition. Les gouvernements d'Etats voisins de pays disparus physiquement seraient-ils prêts à abriter leurs voisins ? Quelle solution technologique inventer pour protéger des zones à risque ? Avec par exemple ces projets d'îles flottantes, imaginés par l'architecte Vincent Callebaut, sortes de nénuphars géants qui pourraient accueillir jusque 50 000 habitants.

Autre question littéralement vitale : que mangerons-nous ? Ce n'est déjà plus de la science-fiction, les insectes à croquer pourraient devenir un mets à déguster dans le futur: Alexis Chambon en cuisine déjà. Riches en vitamines et protéine,s peu coûteux, disponibles en abondance, ils pourraient être une alternative à la viande.

Et l'agriculture, passera-t-elle par la photosynthèse, le bio, les OGM ? "Les défenseurs des OGM ne veulent qu'une chose : breveter les semences pour faire des bénéfices", estime Orvandana Shiva, militant pro-bio. A contrario, l'agriculture bio ne suffira pas pour nourrir le monde, nuance un chercheur pro-OGM.

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La crise économique ? Pour Jérémy Rifkin, on traverse "une crise économique mondiale de grande ampleur, pas une crise de 3 mois", qui a engendré elle-même une crise environnementale - tune dépendance excessive aux sources pétrochimiques. Pour lui, il faut "sortir de l'économie du carbone". Il croit d'ailleurs en les énergies renouvelables pour subvenir aux besoins de la planète. Il rappelle quels sont à son sens les 5 piliers de la 3ème révolution industrielle, que je retrouve sur ma tablette: énergies renouvelables, bâtiments devenant des mini-centres de production d'énergie, stockage d'énergie, en particulier sous forme d'hydrogène, partage de la production d'énergie via un réseau intelligent, et passage aux transports automobiles électriques ou à l'hydrogène.

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Autre enjeu, le voyage dans l'espace... 200 000 euros pour être en apesanteur quelques minutes au-dessus de la Terre. un business du futur: Richard Bronson, Jean-François Clervay et une agence de voyage agréée proposent déjà des vols suborbitaux.

Bilan ? Le docu est foisonnant, pose beaucoup de questions... Sans toujours y répondre sur le fond, ni prendre position ou de la distance. Au fur et à mesure que l'on apprivoise ce fonctionnement "bi-médiaé", avec cette télé "augmentée" par des compléments depuis notre tablette, on a l'impression, dans un premier temps, d'être noyé sous l'afflux d'infos. Mais c'est un nouveau type d'exercice télévisuel, où on peut consulter, en simultané ou plus tard, des interviews, des portraits, des vidéos complémentaires. En tous cas, le dispositif web a compté 30 000 visites, 1 million de pages vues, et l'émission une audience de 2,3% d'audience, avec 600 000 visiteurs.

dimanche 2 juin 2013

Une (contre-)histoire de l'Internet - et de ses défricheurs

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Ça commence par un torrent d'extraits de vidéos, de lolcats, de l'armée nord-coréenne, de Barak Obama sur scène, un énième détournement vidéo de "La chute" avec Hitler... Un concentré de la culture lol en quelques secondes. "That's Lol folks". En 1h30, dans Une contre-histoire des Internets, Jean-Marc Manach et Julien Goez, tous deux auparavant journalistes à feu Owni, reviennent sur la dense et jeune histoire du Réseau Internet, et ses relations complexes avec les pouvoirs publics, entre jurisprudences, lois floues, jusqu'aux déclarations (cultes?) de Nicolas Sarkozy appelant à "civiliser" (sic) Internet. Un docu (que j'ai donc enfin visionné, avec un certain retard par rapport à sa diffusion initiale sur Arte, il y a une quinzaine de jours) dense, avec au bas mot une quinzaine d'interviews, et des compléments Web bien pensés, dont un webdocumentaire complémentaire, où l'on trouve les autres des 50 interviews réalisées par les deux journalistes. Les internautes peuvent aussi y poster leurs propres souvenirs d'Internet. Car dans cette "contre-histoire", loin des créateurs de start-ups médiatisées, sont mis en avant militants et chercheurs qui y ont contribué, des "défricheurs du Net" parfois malgré eux, que l'on recroise avec plaisir, de Valentin Lacambre à Marie-François Marais.

Dès les premières minutes, on entre dans le vif du sujet : Nicolas Sarkozy soulevant, lors d'un très politique eG8 organisé (en grande pompe) avec l'agence Publicis en mai 2011, "une question centrale, celle de l'Internet civilisé - je ne dis même pas de l'Internet régulé"... vs les "internautes - barbares". "4 ans plus tôt, c'est la République de Chine, un des 10 pays ennemis de l'Internet, qui voulait l'Internet civilisé. Bel héritage.", souligne le journaliste Julien Goez en voix off. Cela donne le ton...

Petit retour sur l'eG8 donc, alors organisé dans le jardin des Tuileries, où Nicolas Sarkozy assurait son intention d'organiser, la veille du G8, "avec l'accord du président Obama, une grande réunion avec les grands intervenants de la société virtuelle de chacun des pays du G8 ".. Et "un barbare", perdu au milieu des dirigeants de Facebook et Google, John Perry Barlow, co-fondateur de l'Electronic Frontier Foundation (EFF, mythique ONG qui défend la liberté d'expression sur Internet) . "je crois que nous ne vivons pas sur la même planète", lâche-t-il, aux côtés de Bruno Patino, impassible. Et de raconter, après-coup, aux deux journalistes comment les Etats veulent récupérer le pouvoir sur l'Internet, "devenu trop important"...

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Le documentaire revient sur ce paradoxe inhérent à internet : espace de liberté d'expression et de libre-circulation de l'information, porteur à ses débuts d'idéaux tels que le bien commun, mais aussi le piratage, comme j'en ai parlé ici, il fut "créé par des hippies sous LSD, même s'ils travaillaient pour la Darpa (Agence pour les projets de recherche avancée de défense pour l'Armée des Etats-Unis)", rappelle John Berry Barlow. Des hippies qui avaient déjà leur "vraie" communauté en 1967 à San Francisco, et quelques années après, vont s'approprier l'informatique, ce "territoire virtuel" qui "augmente l'esprit, où on peut agir sur le code soi-même, et on élargit son rapport au monde depuis les individus, qui vont se connecter un par un", souligne le sociologue Dominique Cardon.

Le docu revient aussi sur les premiers pans historiques de cet Internet libertaire, plus ou moins connus : comment le MIT embauche des "system hackers" comme Richard Stallman, futur inventeur du logiciel libre, les premiers hackers bidouilleurs des réseaux, auxquels les services secrets s'intéressent de près. ... jusqu'à ce qu'un certain Jean-Bernard Condat (redécouvert quelques années après par Les Echos), co-fondateur du Chaos Computer Club de France - il s'avèrera être à l'origine d'un faux groupe de hackers créé en 1989 à Lyon à la demande de la DST. Avec, à l'origine, le premier CCC créé dix ans avant en Allemagne, avec parmi ses fondamentaux une éthique des hackers, soit garantir l'accès à l'information pour tous, et moins de concentration du pouvoir, ce que permet Internet, avec la libre-circulation de l'information...

Naîtra alors en France une ambiguïté à propos des hackers : "les médias ont en tête (à propos du hacker) le cliché du pirate, et non du maker qui va fabriquer, détourner les objets" (Olivier Laurelli, directeur Associé de Toonux, une société de services en logiciels, et connaisseur historique des logiciels libre). Des contre-offensives apparaissent, comme le logiciel PGP (logiciel public de chiffrement des données), au code-source en accès libre et gratuit, au nom de la culture du partage inhérente au Net.

Internet, liberté et pressions pour le contrôler

Mais qui contrôle cet Internet ? On garde en mémoire les déclarations Lolesques de Frédéric Lefebvre, éphémère porte-parole de l'UMP sur les "faux médicaments, adolescents manipulés, bombes artisanales, créateurs ruinés par le pillage de leurs oeuvres..." la faute à l'Internet bien sûr, "envahi par toutes les mafias du monde".

Qui tenir pour responsables ? Se succéderont les fournisseurs d'accès à Internet, les hébergeurs, soit les intermédiaires techniques... Puis les internautes. Les fournisseurs de stuyaux par lesquels passent les contenus, d'abord : en mai 1996, une descente de police chez deux fournisseurs d'accès à Internet indépendants, Worldnet et FranceNet, pour cause de photos pornos mettant en scène des enfants découvertes sur les réseaux. En1999, le CSA cherche à s'emparer du sujet, en organisant le premier sommet mondial des régulateurs consacré à Internet. Alors que l'autorégulation s'impose de façon collective parmi les internautes.

Vient ensuite une nouvelle cible, les hébergeurs, avec l'"affaire" Estelle Halliday, dont des photos d'elle dénudée ont circulé : mais qui était alors coupable ? Valentin Lacambre, fondateur d'Altern.org, qui croisera sur sa route la magistrate Marie-Françoise Marais (future présidente d'Hadopi, tiens donc...) qui le condamnerai en appel à 45 000 €. "On va jeter un pavé dans la mare. On ne veut pas savoir si (Internet) c'est un espace de liberté ou pas : il y a atteinte à la vie privée", justifie-t-telle dans le docu. L'hébergeur plutôt que l'internaute ayant posté ces photos sur Internet était considéré comme responsable juridiquement...

Autre révélation du docu, avec cette première décision juridique rendue par le Conseil constitutionnel en 1996, à peine aux prémices de l'Internet il censure alors un amendement présenté par le Ministre des télécoms d'alors (François Fillon...), dans le cadre de la loi de libéralisation du secteur des télécoms - et voté à la hussarde, en pleine nuit - qui prévoyait de responsabiliser fortement les intermédiaires techniques. Aux Etats-Unis, Bill Clinton avait aussi tenté, en vain, de faire passer un texte similaire. Les gouvernements voulaient contrôler le Net via les intermédiaires publics...

Nouvelle étape, les internautes sont considérés comme responsables, "nouvelle cible à contrôler pour assainir le réseau": via Hadopi - qui a "normalisé la surveillance des internautes par une société privée" selon Olivier Laurelli. Le vrai objectif d'Hadopi, derrière, serait de protéger le copyright .

Surveillance du réseau, surveillance business

Autre paradoxe du Réseau, on adore partager nos vies sur Facebook, on y partage volontairement nos données (très) privées. "La première personne qui sait si vous avez une maladie grave, c'est Google". Votre carte de crédit permet de prédire un an à l'avance votre divorce à partir de vos habitudes d'achat, souligne Rick Falkvinge, fondateur du Parti Pirate suédois.

Mais plusieurs sociétés vendent des services de surveillance à part entière du Réseau. Le docu rappelle ainsi qu'en décembre 2007, la France signait avec la Libye un contrat pour lui fournir un vaste infrastructure lui permettant de surveiller l'ensemble de l'Internet libyen. Khadafi sera reçu avec tous les honneurs à l'Elysée... Elle sert inévitablement à traquer des opposants. Amesys sera mise en cause par le Wall street Journal tout comme la société française Qosmos.

Le docu finit sur une note d'espoir, citant un nouvel exemple de hackers au service de la liberté d'expression : le collectif Telecomix en Syrie, qui aide les gens à se connecter en contournant la censure. Hackers ? Ils ont mis à disposition des infrastructures en contournant la surveillance. "Une ONG ne peut intervenir en ce sens, face à un états souverain. Un Etat ne peut le faire, un service secret non plus. Mais nous, nous pouvons le faire", explique face caméra un de ses fondateurs. Son manifeste se clôt d'ailleurs ainsi: "Nous diffusons des outils pour contourner le filtrage d'Internet, ainsi que de puissants logiciels de chiffrement afin de contrer la surveillance gouvernementale et la répression (...), préserver la libre circulation de l'information. Nous venons des Internets. Nous venons en paix. Que tous les hommes et les machines soient libres !".

lundi 20 mai 2013

"Punk, chaos to couture", la culture punk récupérée par la mode

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C'est une des expos du moment à New York. Depuis quelques jours, le très chic Metropolitan Museum of Art (MET), sis sur la Fifth Avenue, à côté de Central Park, accueille une expo qui tranche, à quelques pas de celle consacrée aux impressionnistes et la mode, ou de ses collections exceptionnelles de Degas, Rembrandt et autres Cézanne. "Punk, chaos to couture", retrace comment la mode - et surtout la haute couture - a tenté de s'approprier les codes de la culture punk.

Mais pourquoi le prestigieux musée d'art contemporain accueille une telle expo ? D’après le directeur général du MET Thomas P. Campbell, cité sur un des panneaux à l'entrée de l'expo, "Le mouvement Punk est un mélange de références et a été alimenté par les développements artistiques tels que le dadaïsme et le postmodernisme" . Et d’après Andrew Bolton, du Costume Institute, "Depuis ses origines, le mouvement Punk a eu une influence incendiaire sur la mode. (…) Les créateurs continuent de s’approprier le vocabulaire esthétique du punk pour capturer au mieux son esprit de rébellion juvénile et sa force".

Certes... Mais dès l'affiche (faussement) provoc' - une jeune femme à l'eye liner appuyé, aux cheveux en pétard et la veste de haute couture (Chanel?) savamment déchirée, on sent l'ambiguité, malgré l'intitulé malin, "Chaos to couture" - un véritable slogan marketing. L’exposition, conçue avec pour mécènes le site Moda Operandi et le groupe Condé Nast (éditeur notamment du magazine Vanity Fair), propose donc de retracer l’influence du mouvement punk sur la mode à travers une centaine de modèles de vêtements de prêt à porter et haute couture, des premiers modèles créées dans les années 70 aux plus récents. L'angle est déjà en soi périlleux.

Le mélange entre la mode et la culture punk a toujours existé : tout mouvement culturel a été doté d'une identité forte, un look affirmé chez ceux qui s'en revendiquent, et à chaque fois, une pointée de marques ont réussi à se rattacher à cette culture. Ce fut le cas pour la marque britannique Fred Perry, qui a su louvoyer entre les mods, puis les punks britanniques, comme je le racontais l'an dernier dans cette enquête (voir aussi ce documentaire).

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Et après tout, comme rappelé dans la (beaucoup trop) brève introduction historique de l'exposition, le mouvement punk a eu parmi ses premiers bastions les clubs CBGB & OMFUG (acronyme de Country, Bluegrass, Blues and Other Music For Uplifting Gormandizers), à Manhattan, ou Hilly Cristal, dans le quartier d'East Village à New York. Parallèlement, à Londres, dès le début des années 50, Malcom McLaren et Vivienne Westwood avaient ouvert une boutique avant-gardiste, au 430 Kings Road à Londres. La future papesse de la mode punk a eu pour idée d'apposer des slogans sur mesure sur ses T shirts, avec des dessins provocs: "Vive le rock", "Rape", "Piss Marilyn" (Monroe bien sûr), "Mickey & Minnie fucking"... Et le fameux slogan, dérivé de la mort de James Dean, "Too Fast To Live, Too Young To Die", sera le nouveau nom de la boutique en août 1973. Vivienne Vestwood ajoutera peu à peu à sa gamme de T shirts, des fermetures à glissière, du cuir clouté, des poches en plastique, des déchirures... Déjà surprenant de voir ces T shirts exhumés dans ce musée, comme des pièces artistiques...

Mais en cheminant dans l'expo du MET, on est pris d'un certain agacement, et l'expo apparaît de plus en plus biaisée. On voit donc plusieurs podiums où trônent des mannequins revêtus de perruques hirsutes, dans ses salles sombres, et des écrans géants sur les murs où sont diffusés en boucle quelques tubes des Clash et des Sex Pistols. Ces derniers servent également de caution à l'expo, avec certaines de leurs citations reprises (hors contexte) pour la justifier. Pas sûr que Johnny Rotten, chanteur déglingué des Sex Pistols, aurait apprécié de se voir cité sur un des murs du MET dans cette expo "de luxe", disant "Tears, safety pins, rips all over thé graff (...), that was poverty really, lack of money. The rase of your pants fall out, you just use your safetey pins".

Tailleur Chanel + épingle à nourrice...

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Précisément, ces symboles de la culture punk, pièces de récup' par les fils de prolétaires britanniques, ont ainsi été récupérés par des marques de luxe. Paradoxe à peine effleuré dans cette expo. Balenciaga, Helmut Lang, Prada, Yoji Yamamotto, Versace, Chanel, Givenchy, Dolce & Gabbana, Burberry (sic)... Tous, un jour où l'autre, ont créé des modèles de vêtements de haute couture (donc hors de prix) labellisés "punks". Et donc comportant lames de rasoir, épingles à nourrice, capsules, déchirures et trous. Des symboles de la culture punk, qui fut fondée sur le principe du DIY, de la récup' et du recyclage, et la dénonciation de la société de consommation.

Seulement voilà : il ne suffit pas de vendre un T shirt déchiré avec pour imprimé "Fuck" pour être punk. C'est pourtant ce qu'ont fait toutes les marques de haute couture ici exposées. Même s'il est vrai que les marques de luxe ont tout intérêt à aspirer ces idéaux inhérents à la culture punk pour s'offrir un vernis rebelle. Sois rebelle, ça fait vendre...

Même des marques de prêt-à-porter telles que The Kooples (destinées aux aspirants branchés) ou Zadig & Voltaire (et ses cachemires à 400 euros...) recyclent quelques codes de la culture punk, pour s'offrir cette si difficile cool attitude.

Fragments détournés de culture punk dans la pub

Alice_Dellal_Sac_Boy_Chanel__3__4.jpg Alice Dellal chez Chanel : rebelle, vraiment ?

Et depuis quelques temps, les marques de luxe tentent de s'offrir des égéries post-punks : comme j'en parlais dans cette enquête l'an dernier, Chanel a ainsi retenu pour égérie Alice Dellal, "socialite" issue d'une bonne famille mais qui a un vernis rebelle (juste ce qu'il faut) grâce à son crâne partiellement rasé et ses tatouages. Tout comme il n'est plus vraiment surprenant de voir d'ex-idoles punks ou rocks récupérées par la pub : Keith Richards poser dans une campagne du bagagiste ultra haut de gamme Louis Vuitton, ou Iggy Pop se transformer sans complexes en homme-sandwich pour SFR ou les Galeries Lafayette. Citons aussi Marilyn Manson, surprenant modèle pour la prochaine collection homme de Yves Saint Laurent.

Merchandising "punk"

Enfin, cette expo trouvait en quelque sorte son apogée dans la kyrielle de produits dérivés proposés par la MET à la sortie: magnets Punk à 6$, lots de trois épingles à 35$, planches de skate Punk à 12,95$, trousses à 20$, tirages photos de Sid Vicious par Michael Zagaris 500$, T shifts Givenchy à 565$... Sois rebelle, consomme...

dimanche 5 mai 2013

Vine, micro-vidéo en slow motion, le nouveau GIF animé (voire plus?)

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Une application iOS de partage vidéo, et service de micro-vidéo ,qui permet de prendre et partager des clips de 6 secondes... Mais sans doute un peu plus. J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire ici, ou , on est dans un paysage de médias sociaux où la photo, l'image prédomine de plus en plus dans les usages, porté par le succès d'Instagram, mais aussi des Socialcom et autres Viddy.

C'était au début une (micro) start-up de 3 salariés, discrètement rachetée par Twitter en octobre 2012, qui comportait alors un service de partage vidéo en cours de développement. Son service est devenu numéro un des téléchargements d'app gratuites sur l'Apple Store US début avril... Comme Twitter et Instagram, Vine est basé sur des contraintes. Vous ne pouvez pas ajouter de son. Les vidéos sont en slow motion (basse définition). Vous ne pouvez pas faire de montage vidéo ni retouches : la séquence tournée sera partagée et diffusée telle quelle. Pas de filtres photo à la Instagram. Pas de boutons Enregistrer ou Jouer. On lance le tournage en un effleurement de son smartphone (ou sa tablette). Et enfin, on ne dispose que de 6 secondes. La consécration de la brièveté, de la séquence ultra-courte, comme chez Twitter.

Culture GIF

Mais Vine n'a pas débarqué totalement par hasard. Je le disais, il y a dans cet univers "social" et digital déjà l'ultra prédominance de l'image, des captures d'écrans brutes et peu retravaillées. Mais Vine a aussi débarqué en pleine culture GIF, ces GIF animés, ces simples clips souvent utilisés our exprimer des idées complexes et des émotions (comme le drolatique Vis ma vie de pigiste...). Ce sont des vidéos en streaming denses en informations. Alors certes, il y a des hiatus, comme l'arrivée en trombe du porno sur Vine, après les GIFS Q - d'ailleurs, peu après son lancement, début février, l'entreprise a prestement modifié les conditions générales d’utilisation dans sa version 1.0.5, en changeant l’âge minimal pour utiliser l’application dans l’App Store, passé brutalement de 12 à 17 ans. Ou comment Twitter s'est dédouané vis-à-vis de certains usages inévitables...

Egalement, certaines fonctionnalités "sociales" manquent cruellement. Comme celles liées à la découverte de nouveaux contacts : d'autant que Facebook a très vite interdit à Vine l'utilisation de son "social graph". Impossible d'éditer des titres ou des tags une fois que vous avez posté des micro-vidéos.

Certes, Twitter a lancé Vine un peu à l'arrache, en sachant que ce nouveau service était loin d'être parfait. Mais il est prometteur: un peu comme la culture LOL inhérente aux GIF animés, Vine va générer sa propre culture.

Usages multiples

La multitude de ses usages émerge déjà: en marketing, publicité, mode, cuisine, cinéma, autour des people... Début mars, lors de la Fashion Week parisienne, on a ainsi vu une multitude de mini-vidéos Vine tournées dans les coulisses des défilés par journalistes et blogueurs, qui, à travers ces micro-séquences, montraient leur capacité à récupérer des bribes d'indiscrétions. Du côté des marques, Toyota était la première à monter sa micro-pub, fin janvier, avec un montage malin montrant une voiture en papier roulant successivement sur un iPad et le T shirt d'un homme. MacDo dégaine très vite sa propre Vine-pub. Ou comment bricoler des micro-clips à micro-budget, et s'offrir un vernis so cool...

Du côté du cinéma, fin mars, James Mangold, le réalisateur du prochain volet de Wolverine, lançait sur Vine sa première (micro) bande-annonce , avant de dévoiler un teaser plus classique de 20 secondes, puis une bande-annonce standard. Plus loufoque, en télé, Adam Goldberg (2 Days in Paris, Il faut sauver le soldat Ryan) initiait, le 31 janvier, la diffusion d'une "micro-série", reconnaissable au hashtag #merrittxanadu44, avec une succession de vidéos mettant en scène sa femme Merritt, qui serait devenue folle après sa première utilisation de Vine. En musique, citons les Daft Punk, qui ont utilisé Vine pour dévoiler la tracklist de leur nouvel album, Random Access Memory.

Côté culinaire, out les éternelles photos des petits plats (qui ont, un temps, envahi Instagram), Vine montre comment vous les préparez. Côté culture LOL, un site comme Vinecats.com compile exclusivement des clips de lolcats, déjà stars d'antan sur Tumblr et les GIF animés. Pour ces petits chats, Vine a rapidement engendré ses propres hashtags.

"Journalisme citoyen"

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Mais des nouveaux usages (presque) journalistiques émergent autour de Vine. Certains médias se dotent de leur propre page Vine : en janvier, NBC a inauguré cette pratique en publiant sur sa page Vine des images d’un dauphin coincé dans le Gowanus Canal à New York. De même, le mensuel américain Rolling Stone avait suscité la curiosité sur Vine autour de sa prochaine Une de mars.

Autre usage qui a émergé, lors des attentats de Boston : la vidéo produite avec Vine qui a alors généré le plus de vues a été diffusée non pas par un témoin du drame présent sur place, mais par un certain Doug Lorman, qui filmait sur son téléviseur, avec son smartphone, un reportage de NBC. C’est en réalisant, dans les minutes qui ont suivi, qu’aucune chaîne d’info ne reprenait les images du reportage qu’il a eu le réflexe de les diffuser lui-même sur Twitter. Moins d’une heure plus tard, la vidéo avait été partagée plus de 15 000 fois et regardée par plus de 35 000 personnes.

Ensuite, d'autres vidéos vont circuler, notamment sur le Boston Globe, le format très court de Vine les rendant d'autant plus impressionnantes, marquantes, mémorisables. D'autant que ce qui est nouveau avec Vine, c’est la facilité avec laquelle tout citoyen peut immédiatement retransmettre un événement filmé, sans être CNN ou une autre chaîne d’info en direct. On avait déjà vu cela avec Twitter, mais là, un nouveau "journalisme citoyen" (rappelez-vous, l'expression était en vogue il y a une dizaine d'années...) a émergé : sans même être sur place, Lorman a partagé en direct son "montage", au moment où sur place, quelques premières personnes commençaient tout juste à poster sur Twitter des photos de l’événement. Vine n'est plus là un simple outil LOL.

mercredi 10 avril 2013

Bisou, féminin pop et post-ado

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Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait de petit feuilletage de magazine ici, depuis la mémorable série de sorties de pouffe-mags, dont certains ont dépéri, fusionné (Be et Envy), ou ont plutôt bien persisté (Grazia). Un courant certes rattrapé par des des ousiders bienvenus, comme le prometteur Causette.

Là, déjà le nom, ''Bisou'' : on ne peut pas louper (parfaitement ridicule, casse-gueule, ou avec un certain second degré, au choix), à douter qu'il y ait eu une étude de branding... Et puis, la couv': titre écrit en rose flashy, titres où l'on sent une certaine désinvolture ("Sexe: un homme, une pipe, une question", "10 trucs qu'on portait mieux à 5 ans"), des références claires à l'univers des réseaux sociaux ("Hipsters: Qui sont-ils? Quels sont leurs réseaux?"), et ce dessin, qui préfigure un univers un peu bédéesque...

De fait, c'est le premier magazine féminin lancé par un éditeur de BD, Guy Delcourt. Il y a mis les moyens: tirage initial à 100 000 exemplaires pour ce bimestriel vendu 3,95 euros (un peu cher à première vue), vaste campagne de pub sur les façades de kiosques...

Audacieux. Comment se distinguer des Elle, Grazia et autres Glamour ? Comment être à mi-chemin entre la presse people, la presse féminine (déjà limite saturée), et alors que va débarquer un féminin gratuit, Stylist, ce printemps), et la presse pour ados ? Comment toucher la cible très attrayante (y compris pour les annonceurs) des jeunes femmes de 20 - 30 ans, voire, moins ?...

Au fil des pages, on voit comme l'éditeur s'essaie à un exercice d'équilibriste - parfois de manière limite, mais sans chute fatale, avec légèreté, humour (un peu) trash, et style trèèès djeuns (on en prend un coup de vieux) - où l'on échappe tout de même au style SMS.

Il y a déjà la page d'édito, inscrit dans un énorme cœur rose (sur fond jaune, le tout est un peu kitsch), où, déjà, on prend un petit coup de vieux... "(...) La vingtaine est une période compliquée. Quelle femme va-t-on devenir? Esr-ce que mon mec va me rappeler? Y a-t-il un moyen pour continuer à manger des Kinder Pengui sans prendre 5 kg chaque année?"...

Au fil des pages, la maquette aux couleurs criardes, parfois un peu imprécises, des titres trèèès simples suscite au départ une certaine perplexité.

Mais le mag s'en sort bien en respectant certaines règles obligées de la presse féminine (courrier des lecteurs, shopping, horoscope..) pour mieux les détourner.

Les pages mode d'abord: des fringues originales, une sélection de marques bon marché, et déjà une culture BD - geek qui ressort avec la sélection Comic strip.

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Avec la série de photos "Game of trom" (référence à Game of thrones, série TV de fantasy qui fait référence chez les ados et gamers), réalisée dans le métro parisien, rigolote, bien réalisée, on plonge un peu plus dans la culture geek.

Ensuite, l'interview de Norman (connu des ados pour ses drôles de vidéos tournées dans sa chambre, qui cartonnent sur YouTube - et déjà un bon sens du business ;): là, on commence à doute que le mag cible les jeune femmes de 20-30 ans. Questions posées en novlangue langage djeuns', simplettes ("Alors, il paraît que t'es un mec occupé?", "A moins d'un million de vues, tu pleures?"), avec heureusement une question bieeen acide qui vise l'honorable consoeur Elle ("(...) dans Elle, ils demandent toujours leur secret de beauté aux célébrités. Tu sais, ça permet de citer des produits, et après des marques t'envoient des cadeaux. C'est quoi ton shampoing?"). Même si la maquette (grosse étoile jaune en fond) me pique encore les yeux...

On poursuit ensuite dans des références culturelles imprégnées d'un univers geek et des médias sociaux: "petit précis d'hispterologie", ou de la culture djeuns, avec une interview de Booba, et poster spécial fans inséré (avec au verso un charmant chat - si, si).

Autre incontournable sur lequel le mag s'en sort plutôt bien, la rubrique psycho : Maïa Mazaurette (qui signe notamment dans GQ) signe un papier enlevé sur la nécessité de son confier à autrui - même à son chat ;)

Il massacre allégrement le marronnier de l'horoscope ("à lire à une fille que vous detestez").

Dans la dernière partie du mag, un tiers de la pagination est occupée par des BD. C'est bien sûr là que l'éditeur apporte sa patte, innove, et du même coup prend un risque, pariant que les jeunes lectrices accrocheront aux styles narratifs propres au Neuvième Art... Et ça fonctionne plutôt bien.

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Le mag ose même le roman-photo, version très second degré débridée, et bourrée des références djeun's: intitulé Les histoires ahurissantes de Monsieur Poulpe, il met en scène Bérangère Krief, comédienne révélée l'an dernier par la série "Bref", devenue culte chez les jeunes.

On découvre ainsi des prépublications d'auteurs confirmés, comme Margaux Motin, ou de jeunes bédéistes. Sous des traits différents, des styles différents, des femmes auteures y abordent des thématiques girly, mais souvent bien vues, et avec humour. Il fallait que je vous mette la planche la plus "directe"...

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Premier bilan : plutôt réussi. Reste à voir si le lectorat accrochera : j'ai l'impression que ce mag cible plutôt les ados... Il me rappelle assez Fluide Glamour, le hors-série (plus trash et sexy) BD et féminin qu'avait lancé Fluide Glacial au printemps 2010. Bisou est d'ailleurs piloté par Anaïs Vanel et Guillaume Prieur, deux jeunes journalistes qui y avaient travaillé. r

mercredi 3 avril 2013

Des "hubots" plus vrais que nature

Une sorte de fable très contemporaine, une nouvelle forme de science-fiction contemporaine. Cela se passe dans une ville moyenne de Suède d'aujourd'hui, avec ses pavillons bourgeois, ses familles banales... Pourtant, on voit dans les familles, les usines, les restaurants d'étranges créatures, à première vue des "real humans", tout juste trahies par leur regard un peu trop fixe, leurs expressions sur le visage un peu figées, les gestes un rien mécaniques. C'est une des séries les plus troublantes du moment que diffuse Arte à partir de ce jeudi soir, Real Humans (100% humain), Akta Människor en VO, pour laquelle la chaîne s'est d'ailleurs offert, fait rarissime, une vaste campagne de pub en radio, cinémas et affichage - vous n'avez pas pu rater ces étranges affiches dans le métro, avec ces personnages au regard fixe...

"Hubots" auxiliaires de vie

C'est donc l'histoire d'une société ordinaire, où il est devenu naturel que les humains cohabitent avec des "hubots", nouveau néologisme pour désigner ces "humans-robots", une nouvelle génération de robots, encore plus perfectionnés que les traditionnels robots androîdes qui peuplent les films de science-fiction classiques... Pas de fusées ni de monde futuriste dans la série suédoise ultra réaliste, écrite par Lars Lundström: tout est très contemporain, à part donc ces hubots multifonctions, qui ne sont jamais las ni fatigués, auxiliaires de vie, assistants aux personnes âgées, nurses pour enfants, aides au ménage, employés modèles en usines, serveurs dans des restaurants... Et même auxiliaires très sexuels. Dans cette fiction, ils sont devenus indispensables aux humains, et semblent presque se fondre dans cette société. Dans cette série que j'ai eu la chance de dévorer en avant-première (et que j'ai chroniquée dans le dernier numéro de Stratégies), le réalisateur s'attache à mettre en scène les diverses et étranges formes de cohabitation qui naissent entre humains et robots. Et les conflits que cela va provoquer.

Les robots de service, ils sont devenus omniprésents au cinéma (forcément), mais aussi dans des expos, livres, débats sur l'avenir de l'humanité (voire des transhumains), l'industrie de la robotique de services fait débat, ils ont un salon dédié, Innorobo... C'est intéressant de les voir mis en scène dans une série télé grand public. Le sujet fait débat, alors qu'un jour, les robots de services débarqueront inévitablement dans notre quotidien.

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Ici, donc, des androïdes très ressemblants aux humains, à l'exception de cette étrange prise USB fichée dans leur nuque, par laquelle ils peuvent se recharger sur une prise électrique - comme un simple téléphone. Mais qui permet aussi, à partir d'une tablette tactile, de vérifier leur identité, leur propriétaire, les paramétrer... Mais aussi les pirater, y installer des "mises à jour" très particulières, par exemple pour les transformer en partenaires sexuels hors pair.

Le réalisateur Lars Lundsdröm met ainsi en scène les diverses formes de cohabitation qui pourraient naître entre humains et robots. Mais aussi les formes de rejet qu'ils pourraient susciter, une fois devenus trop menaçants: car ils commencent à prendre des emplois aux humains, dans les usines par exemple, où ils séduisent les services RH avec "leur marge de 0% d'erreur". Un jeune humain attiré par la hubot domestique se voit qualifié par sa psy de "transhumainsexuel". On commence à voir en ville des hubots prostitués par des humains, avec même une maison close dédiée... La, la réalité rattrape déjà la fiction : après tout, il existe déjà des robots sexuels, tel Roxxxy...

Au point que se développe un mouvement radical, anti-hubots, intitulé "Real Humans", un "label" que certains humains radicaux placardent à l'entrée de leur maison. Un vocabulaire anti-hubots apparaît: PacMan, trucs, machines...

Les trois Lois d'Asimov ; des robots plus que des objets ?

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Surtout, la série pose des questions vertigineuses, incluant les Trois lois de la robotique édictées par le maître de la SF, Isaac Asimov.

Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger.

Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première loi.

Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième loi.

Pour cela, la série met en scène plusieurs catégories de hubots: les hubots domestiques, vendus neufs ou d'occasion, diversement traités, dans des rapports maître/esclave ambigüs, parfois des objets sexuels. Mais aussi des hublots "affranchis", devenus autonomes suite à l'installation d'un code de programmation par un humain geek, David Eisner.

Au fil des épisodes, parfois au contact des humains, on voit ces hubots mîmer de mieux en mieux des émotions (or, l'émotion est le propre de l'homme..), voire apprendre à faire des blagues, à mentir. On voit ainsi un hubot affranchi se prendre de passion pour la Bible. Une hubot rêver de se mettre en couple avec un humain. Ou un hubot devenu compagnon très sexuel se rebeller lorsque sa propriétaire le débranche temporairement ("J'ai un interrupteur, donc tu me traites comme une machine ?").

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Sont-ils des objets, ou un peu plus ? Et si les hublots étaient dotés de libre-arbitre ? Impossible bien sûr, mais la série le suggère : les hubots apprennent au contact de l'homme, et mîment de mieux en mieux leurs sentiments... Après tout, récemment encore, dans les pages Technologies du Monde, Kate Darling, chercheuse en propriété intellectuelle et en politique de l'innovation au Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston, militait pour "donner des droits aux robots", précisant : " Je parle plutôt de quelque chose comme les lois qui protègent les animaux. A eux non plus, on n'accorde pas le droit à la vie, mais on a édicté des lois pour les protéger contre la maltraitance".

Métaphore sur l'altérité

Real Humans est une métaphore sur l'alterité, la discrimination. Un reflet de notre société, où la domination de classe se poursuit en silence, avec une certaine violence sociale et politique, terriblement contemporaine Et pose des questions : un hubot, "véhicule motorisé" d’un point de vue juridique, peut-il être considéré comme victime de discriminations, ou de maltraitance ? Une avocate se voit saisie de la question par deux femmes, qui estiment avoir été discriminées - ainsi que leurs amants-hubots - car refoulées avec ceux-ci à l'entrée d'une boîte de nuit.

Je me demandais il y a quelques temps si la science-fiction n'était pas un genre en train de disparaître. Ce n'est pas sûr... En tous cas, elle renaît avec ce nouveau genre de séries télé. Aux Etats-Unis, la chaîne SciFi diffuse depuis janvier ''Continuum'', lancée par la chaîne câblée canadienne Showcase, qui met en scène Kiera, une femme flic de 2077 renvoyée malgré elle en 2012, où elle poursuit dans leur fuite temporelle un groupe de terroristes décidés à changer, depuis le passé, la face du futur. Et il y a quelques jours, Lana et Andy Wachowski annonçaient se lancer dans la réalisation d'une série, qui sera diffusée en 2014sur la plateforme Netflix, où il sera question de robots et de science-fiction.

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jeudi 21 mars 2013

Robots-tondeuses, aspirateurs, majordomes, de surveillance, et bientôt nurses... Des robots dans notre quotidien demain ?

Grands, petits, à roulettes, noir et blanc ou multicolores, blocs fonctionnels, jouets ou humanoïdes parfois très réalistes... Il n'était pas rare de croiser des robots dans les travées du salon Innorobo, qui se tient du 19 au 21 mars à Lyon. Un véritable salon dédié aux robots, ou des start-ups ou grosses entreprises, venues de Lyon, Evry, Barcelone, de Corée du Sud ou du Japon exposaient leurs derniers joujoux. Car c'est sûr, pour les professionnels de ce secteur, la robotique de services sera le point d'entrée des robots dans notre quotidien. J'en ai déjà parlé dans ce billet, ici, ou encore ici : au-delà des fantasmes alimentés par le science-fiction, c'est bel et bien un secteur économique qui émerge. On ne serait pas loin de la robolution préconisée par Bruno Bonnell, ex-médiatique patron d'Infogrames, qui a créé en 2006 Robopolis, start-up devenue une grosse entreprise de distribution de robots.

Plusieurs types de robots de services émergent: robots au service des personnes âgées, robots de surveillance, robots de présentation, robots-tondeuses, robots laveurs de vitres, robots-jouets pour enfants, et même des robots au centre de jouets éducatifs...

Robots-majordomes

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Photos Capucine Cousin - Tous droits réservés

Il y a déjà le FutureRobot de la société coréenne Furo, robot-majordome qui roule dans les travées, s'arrête automatiquement devant vous, avec cet étrange visage féminin affiché sur un écran en guise de tête. On interagit avec lui via l'écran tactile apposé sur le buste, qui permet d'y consulter directement des informations. Il est destiné aux événements, salons et musées, et pour des prestations de téléprésence.

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Autre robot-majordome, Reem, développé par la start-up barcelonaise PAL Robotics, destiné aux universités, musées et événements. Il vous parle spontanément - dans une des trente langues qu'il maîtrise - et vous propose de taper votre nom sur l'écran tactile dont il est doté. La même voix suave vous explique que, grâce à son système de reconnaissance faciale, il pourra ensuite vous reconnaître et prononcer votre nom, tout en affichant votre visage sur son écran Troublant... Plus étrange encore, ce visage à forme humanoide doté d'une paire d'yeux, où les concepteurs ont poussé le mimétisme jusqu'à y reproduire des pupilles, qui semblent vous dévisager...

Robots-tondeuses, sentinelles...

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Dans cette génération de robots de services, le géant américain iRobot, lui, mise sur les robots de services quotidiens. "Ce sont ces robots de services qui vont faire entrer les robots dans les foyers", assure Bruno Bonnell. De fait, après les Roomba, premiers robots-aspirateurs à être devenus un succès grand public, il lance en France cette année les robots-nettoyeurs de piscine, les robots-tondeuses, comme Tuscania, conçu par la start-up israélienne Robomow. On voit aussi apparaître des petits robots pour nettoyer la piscine, les gouttières, les vitres...

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Autre créneau prometteur, les petits robots de surveillance pour entreprises. Plusieurs start-ups exposaient ainsi des robots 'rondiers", munis d'une petite caméra, destinés à assurer la surveillance dans les entrepôts, comme ce mini-tank, dévoilé par la start-up barcelonaise Robotnik, ou l'e-vigilante, développé par la start-up française Eos Innovation.

Robots ludo-éducatifs, jouets

Nao

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Avec les petits Nao, on arrive là dans la catégorie des robots qui ressemblent presque à des jouets. Ne sont-ils pas (presque) émouvants, avec leur petite bouille, leurs yeux ronds ? Ils peuvent vous parler, chanter, raconter une histoire, danser... Et même conduire une voiture. C'est une des grosses start-ups françaises, Aldebaran Robotics, qui en est à l'origine. On avait beaucoup parlé d'elle au printemps dernier, lorsqu'elle avait levé 100 millions d'euros auprès d'un fonds d'investissement... japonais.

Certes, ils ne sont pas encore en vente auprès du grand public. Mais avec un prix de vente d’entrée de gamme à 3 600 euros, pourraient-ils devenir les jouets de demain ? Car ces joujoux pourront devenir de véritable robots de services avec des fonctionnalités sur mesure, grâce à la boutique d’applications, sur le modèle de l'Appstore d'Apple, qu'Aldebaran développe, avec une communauté de développeurs. On en compte déjà une centaine, dont certaines élaborées avec des entreprises dans la santé, la domotique...

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Demain, ce sont aussi les robots-jouets et robots éducatifs qui entreront dans les foyers et les écoles. Ce qu'ont bien compris les start-ups coréennes. Avec par exemple cet ensemble ludo-éducatif, les smart robots Albert, qui cumule dock pour smartphone, appstore dédié, cartes de jeu scannées par le smartphone, une nouvelle génération de livres-jeux interactifs et un stylo intelligent... La génération de demain des jouets? En tous cas, ce jeu devrait débarquer cette année en France pour 200 euros.

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Il y a aussi ces sortes de Lego version sud-coréenne, les Robotron, des packs avec briques de jouets et système électrique, qui permettent de construire soi-même ses jouets-robots, qui peuvent même danser (je vous renvoie à ma petite vidéo). Ils sont destinés aux écoles, mais sont déjà en vente dans les grandes surfaces sud-coréennes...

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Tout comme le constructeur coréen Robotis dévoilait ses robots-jouets, inspirés de l'univers des dessins animés et des mangas.

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Troublant aussi, ce robot humanoïde, né du projet européen de R&D iCub, une plateforme open source de recherche sur la robotique humanoïde et les sciences cognitives, initiée par l'Institut italien de technologies. Son visage mime les expressions d'un enfant de 3 ans. Et voir la dextérité avec laquelle il saisit une balle...

Alors bien sûr, tous ces robots ont des fonctions très précises. Pour la plupart, leur fonction, mais aussi leur apparence, leur design, les cantonne à des machines rassurantes qui remplissent une mission simple. Reste à voir si, demain, nous accepterons des robots pouvant remplir des tâches plus complexes, où ils devront être capables de comprendrais les émotions des humains et y répondre, comme une nurse ou un robot d'assistance aux personnes âgées...

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